Pages vues


FreeCompteur Live

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Mercredi 29 novembre 2006

Film américain de Martin Scorsese

Titre original : The Departed

Interprètes : Leonardo Di Caprio (Billy Costigan ), Matt Damon (Colin Sullivan), Jack Nicholson (Frank Costello), Mark Wahlberg (Dignam), Martin Sheen (Queenam)

Durée : 2 h 30



Note : 8,5/10

En deux mots : "Les Affranchis" version irlandaise à Boston ; brillant et palpitant.

Le Réalisateur : Né en 1942 à Long Island, Martin Scorsese fréquente les salles de cinéma de Little Italy dans son adolescence, avant d'aller à l'université où il réalise ses premiers courts métrages. En 1965, il tourne "Who's that knocking at my door ?" avec son ami Harvey Keitel. Il tourne ensuite "Bertha Boxcar" en 1972, puis "Mean Streets" en 1973 avec Robert De Niro. Il obtient la Palme d'Or en 1976 avec "Taxi Driver", suivi en 1977 de "New York, New York" et en 1980 de "Raging Bull", sur la vie de Jack La Motta. Viendront ensuite (entre autres)  "La Valse des Pantins" (1983), "After Hours" (1985), "La Couleur de l'Argent" (1987), "La Dernière Tentation du Christ" (1988), "Les Affranchis" (1990), "Les Nerfs à Vif" (1993), "Casino" (1995), "A Tombeau ouvert" (2000), "Gangs of New York" (2003) et "Aviator" (2005).

L'histoire : Billy et Colin ont grandi dans le même quartier irlandais de Boston sans se rencontrer, et suivi la même école de police. Billy accepte d'infiltrer la bande du caïd de la pègre irlandaise, Franck Costello ; pour se créer son alibi, il va en prison pour voies de fait. Pendant ce temps, Colin intègre le service le plus prestigieux de la police de Boston, celui chargé de traquer la pègre. Mais en même temps, il accepte de renseigner Costello.

Commence alors un double double jeu, chaque camp cherchant à démasquer sa taupe. Une course de vitesse s'engage donc entre Billy et Colin, le premier qui sera identifié étant promis à une mort certaine...

La critique : "Les Infiltrés" est un remake du long métrage hong-kongais "Infernal Affairs" d'Andrew Lau, dont l'action originale se déroulait à Hong Kong. Certes, on identifie dans une certaine stylisation de la violence l'influence asiatique ; mais ce remake est indubitablement un Scorsese, et même un grand Scorsese. Même s'il a troqué New York pour Boston, la mafia pour la pègre irlandaise et Robert De Niro pour Jack Nicholson, on retrouve bien le goût du génial Marty pour les grandes fresques sur l'ascension et la chute au pays des malfrats, de "Raging Bull" à "Casino" en passant par "Les Affranchis".

Comme souvent chez Scorsese, la séquence d'exposition est magistrale. Déjà, les premières images en 16 mm des années 70 montrent les Bostoniens s'opposant au busing, c'est-à-dire le transport d'enfants noirs dans les écoles blanches. D'emblée, un peu comme dans "Gangs of New York", Scorsese nous rappelle que la violence et l'opposition raciale sont consubstantielles à l'Amérique.  Puis, dans un montage parallèle nerveux et humoristique, on suit le destin de Billy et de Colin, un peu comme dans le générique de "The Persuaders", jusqu'à une scène identique pour les deux, mais à la conclusion opposée : leur arrivée dans les bureaux de la police de Boston.

Car Scorsese a accentué la gémellité de ses deux personnages principaux : même coupe de cheveux, même situation d'agent double, mêmes difficultés (Billy se bourre de cachets quand Colin est impuissant), jusqu'à la même femme dont ils tombent amoureux, alors qu'ils ne se rencontreront que dans le dernier quart d'heure du film. Celui qui a choisi le côté obscur a le droit à la reconnaissance de tous (femme ravissante, bel appartement, promotion), alors que celui qui a accepté de renoncer à tout pour faire triompher la justice doit gagner ses galons de lieutenant de Costello en se comportant comme une petite frappe.

Di Caprio et Matt Damon sont excellents, et leurs jeux respectifs brouillent les pistes, le "bon" Leo étant enveloppé d'une noirceur parfois dérangeante alors que le "bad" Matt campe une brillante canaille finalement bien sympathique et séduisante. Et que dire de Jack Nicholson, dont c'est la première collaboration avec Martin Scorsese : il était temps à 69 ans de réparer cet oubli pour un acteur qui a joué avec Minelli, Kazan, Kubrick ou Antonioni. D'une certaine façon, il reprend un peu le rôle de Daniel Day Lewis, le Bill the Butcher de "Gangs of New York", celui d'un parrain diabolique et fascinant, vieillissant et désabusé : "Lourde est la couronne", dit-il à Billy dans une des scènes-clés du film.

Le titre original, "The Departed", présente l'intérêt de jouer d'un double sens que n'a pas le titre français : infiltrés, certes, mais aussi défunts. Car des défunts, il y en a tout au long du récit, et bien peu de mort naturelle : amputés, défénéstrés, canardés, exécutés. D'aucuns pourront penser qu'il y en a même un peu trop dans le dernier quart d'heure, un peu comme pour ces opéras de Verdi où la fin est annoncée à grands coups de cymables.

Malgré ses 2 h 30, on ne sent pas passer le temps, grâce au sens du rythme de Scorsese : des rythmes devrais-je dire, car il sait raconter toute une histoire en cinq plans de deux secondes ; mais il sait aussi prendre le temps de laisser s'installer une ambiance, jouer du silence après avoir saturé la bande-son. Et le vieux Marty nous donne une leçon de cinéma avec sa déclinaison de la dramaturgie autour du téléphone portable.

A peine sorti du cinéma, je ressentais déjà l'impatience de rajouter ce film à ma DVDéthèque, tant il y a de scènes que j'ai envie de voir et de revoir, afin d'en décortiquer l'efficacité narrative. A la fois film populaire et régal des cinéphiles, "Les Infiltrés" montrent que Scorsese reste un des réalisateurs incontournables de son époque.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de novembre 2006
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Dimanche 26 novembre 2006

Film français de Guillaume Nicloux

Interprètes : Monica Belluci (Laura Siprien), Catherine Deneuve (Sybille), Sami Bouajila (Lucas), Elsa Zylberstein(Clarisse)

Durée : 1 h 40



Note : 4/10

En deux mots : Adaptation poussive du thriller lourdingue de Grangé.

Le Réalisateur : Né en 1966, Guillaume Nicloux crée à 22 ans une troupe théâtrale. Après avoir réalisé des téléfilms pour Arte, il tourne son premier long métrage en 1993, "Faut pas rire du Bonheur", puis en 1998 "Le Poulpe", avec Jean-Pierre Daroussin. Il se lance ensuite dans une trilogie policière : "Une affaire privée", "Cette femme-là" et "La Clé" (pas encore sorti).

L'histoire : Ayant elle-même perdu ses parents à deux ans, Laura adopte un bébé en Sibérie, Liu-San. Sept ans plus tard, en France où elle exerce le métier de traductrice, elle découvre une marque sur la poitrine de son fils, et elle partage avec lui des rêves étranges.

Alors qu'elle revient de chez son amie Sybille, présidente de la fondation qui avait facilité l'adoption de Liu-San, elle a un accident de voiture où son fils est gravement blessé et plongé dans le coma. A l'hôpital où il est soigné, son médecin est retrouvé égorgé ; puis c'est le tour d'un savant russe qu'elle avait contacté pour qu'il lui traduise l'enregistrement mystérieux de la voix de son fils dans une langue inconnue.

Quand Liu-San est enlevé, Laura part à sa recherche en Mongolie, où elle découvre que l'origine de son fils est étroitement mêlée à sa propre histoire...

La critique : "Le Concile de pierre" est la troisième adaptation à l'écran d'un roman de Jean-Christophe Grangé, après "Les Rivières pourpres", de Kassovitz (avec Mr Bellucci, beau film à la fin maheureusement bâclé) et "L'Empire des Loups" de Chris Nahon (glauque et raccoleur), en attendant les adaptations à venir du "Vol des Cigognes" et de "La Ligne noire".

Le roman qui a servi de base à ce film était déjà le moins bon du "Stephen King français" : on n'accroche pas à cette histoire alambiquée, et le systématisme du procédé paranoïaque consistant à faire de tout membre de l'entourage de l'héroïne un traitre en puissance cesse vite de surprendre et irrite rapidement.

Comme souvent chez lui, le dénouement n'est pas à la hauteur du suspens amorcé dans toute la première partie du récit ; et à l'écran, les explications finales  prennent encore plus la forme d'un galimatia mystico-ésotérique digne du Dr Septimus quand il nous expliquait les effets du télécéphaloscope...

Bizarrement pour un film d'action, "Le Concile de pierre" souffre d'une certaine mollesse ; ce défaut de rythme me semble lié au montage, avec des accélérations inappropriées (les deux premières apparitions d'Elsa Zylberstein, effet de surprise à la "Scream"... alors que ce n'est que la coloc de Monica !) et des transitions cut qui tombent à plat.

On a beaucoup insisté sur le travail fait autour du personnage de Monica Bellucci, pour en faire une femme banale : cheveux courts, absence de maquillage, garde robe empruntée aux Vamps. Mais ce travail de relookage ne remplace pas la direction d'acteur, et Monica, hébétée d'un bout à l'autre du film, semble plus souffrir de devoir lutter avec des cobras et des ours numériques que d'avoir perdu son fils. Et que dire de la pauvre Catherine Deneuve, dont je me suis demandé si Nicloux avait fait exprès de choisir les prises les plus bafouillées, ou si elle n'avait jamais réussi à apprendre ses déclamations scientifico-chamaniques ?

Alors ce ne sont pas quelques belles cartes postales des steppes mongoles ni quelques mouvements de caméra élégants qui suffisent à sauver l'ensemble d'un ennui qui s'instille en même temps que monte l'agacement devant le ridicule de nombreuses scènes et la fadeur d'un scénario abracadabrantesque.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de novembre 2006
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Samedi 25 novembre 2006

Film mexicain de Guillermo Del Toro

Interprètes : Sergi Lopez (Le Capitaine Vidal), Ivana Baquero (Ofelia), Doug Jones (Pan),Ariadna Gil (Carmen)

Durée : 1 h 52



Note : 7,5/10

En deux mots : Conte fantastique inscrit dans la réalité cruelle de l'Espagne franquiste. Baroque et émouvant.

Le Réalisateur : Né en 1964 à Guadalajara (Mexique), Guillermo Del Toro a commencé comme spécialiste des effets spéciaux, et a écrit un livre sur Hitchcock
. Il réalise son premier film en 1993, "Cronos", film de vampire remarqué à Cannes.

En 1997, il réalise aux Etats-Unis "Mimic", avant d'aller en Espagne tourner "L'Echine du diable". Retour à Hollywood pour "Blade 2" (2002) puis "Hellboy" (2004).

L'histoire : En 1944, le régime franquiste tente d'éradiquer les derniers maquis républicains. Ofelia, 12 ans, accompagne sa mère qui rejoint son nouveau mari, le Capitaine Vidal. Ce dernier a exigé qu'elle vienne le rejoindre dans les montagnes où il dirige la contre-guérilla, malgré son état : elle est enceinte de plusieurs mois.

Ofelia est entraînée par une sorte d'insecte dans un labyrinthe perdu dans la forêt. Là, elle rencontre un faune qui lui annonce qu'elle est la princesse Moroa, et qu'elle ne pourra retrouver son père que si elle réussit trois épreuves. Pendant ce temps, l'état de sa mère empire, et son beau-père mène une traque impitoyable contre les maquisards dont il devine qu'ils bénéficient de complicité dans son propre entourage.

La critique : Le genre fantastique n'est pas ma tasse de thé. J'avais vu "Hellboy" sur canal +, que j'avais trouvé plutôt bien réalisé, mais la pléthore d'adaptations des superhéros des marvels comics m'agace, les budgets engagés (1/10° suffirait à développer durablement le cinéma africain) étant inversement proportionnels au QI attendu des spectateurs.

Mais ici, Guillermo Del Toro a eu l'intelligence de situer son récit dans un contexte réel bien particulier : celui des premières années du franquisme, au moment où l'Espagne s'enfonce dans une nuit de 40 ans de dictature. Et les épreuves que doit affronter Ofelia, aussi gore soient-elles, sont finalement moins brutales et cruelles que la terreur, publique et privée, que fait régner le Capitaine Vidal. Superbement campé par Sergi Lopez, ce condottiere courageux dans le combat, fils d'un héros de la Guerre du Maroc, est un reflet des personnages noirs des contes de fées, ogres et croquemitaines.

Ofelia fuit ce monde réel qui ne lui offre que la cruauté et le mensonge, ne serait-ce que celui de devoir appeler "père" cet homme prêt à sacrifier sa mère pour assurer sa descendance, et qui, en bon franquiste, se méfie instinctivement d'une petite fille qui aime lire. Elle préfère affronter avec courage les épreuves peuplées de créatures gluantes et de monstres aveugles ; quand elle s'engage dans le tunnel qui la conduit à sa première épreuve, elle abandonne symboliquement sa robe et ses souliers vernis : ce n'est pas aux pays des merveilles qu'elle pénètre.

La réalisation est assez brillante, avec un soin particulier accordé à la bande son qui annonce le passage d'un monde à un autre. Les effets spéciaux, domaine dans lequel Del Toro a longtemps travaillé, ne sont pas envahissants, et se mettent au service du récit.

Les hasards de la distribution nous permettent de constater la vitalité du cinéma mexicain, avec à l'affiche les films de Guillermo Del Toro, d'Iniacio Gonzalez Innaritu, "Babel" et d'Alfonso Cuaron (coproducteur du "Labyrinthe de Pan"), "Les Fils de l'Homme".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de novembre 2006
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 22 novembre 2006

Film français d'Alain Resnais

Interprètes : Sabine Azéma (Charlotte), Isabelle Carré (Gaëlle), Laura Morante (Nicole), Pierre Arditi (Lionel), André Dussolier  (Thierry), Lambert Wilson (Dan)

Durée : 2 h 05



Note : 3/10

En deux mots : Vaudeville lourdaud, tellement loin d'Hiroshima et Marienbad.

Le Réalisateur : Né en 1922 à Vannes, Alain Resnais se fait offrir une caméra Kodak à 12 ans. Il intègre en 1943 la première promotion de l'IDHEC. Il obtient deux fois le prix Jean Vigo pour des documentaires : en 1954 pour "Les Statues meurent aussi" (coréalisé avec Chris Marker), puis en 1956 pour "Nuits et Brouillard", sur la déportation.

En 1959, il tourne sa première oeuvre de fiction "Hiroshima mon amour", sur un scénario de Marguerite Duras. En 1961, Robbe-Grillet écrit pour lui "L'année dernière à Marienbad", Lion d'Or à Venise. "Muriel" en 1964 est un des premiers films sur la Guerre d'Algérie. En 1966, "La Guerre est finie" sur la guerre d'Espagne obtient le Prix Louis Delluc.

Il aborde tous les genres : la science-fiction ("Je t'aime, je t'aime", 1968) le film historique ("Stavisky", 1974), le film scientifique ("Mon Oncle d'Amérique", 1980), la BD ("I want to go home", 1989), la variété ("On connait la chanson", 1997), l'opérette ("Pas sur la bouche", 2002).

L'histoire : Thierry est agent immobilier ; il fait visiter des appartements à Nicole, qui cherche à sauver son couple avec Dan, officier radié de l'armée. Au lieu de chercher du travail, il passe ses journées à boire au bar d'un grand hôtel, ratiocinant devant un barman désabusé, Lionel. Le père impotent de Lionel est odieux, et pas une garde-malade n'a réussi à passer plus de deux heures auprès de lui. Charlotte, la collègue de bureau de Thierry, accepte de s'en occuper. Bigote, elle prête des cassettes d'émissions musicales et religieuses à Thierry, qui découvre que ces cassettes ont été enregistrées par dessus des images érotiques mettant en scène Charlotte. Il est surpris en train de mater ces images par sa jeune soeur Gaëlle avec qui il habite.

La critique : "Coeurs" est tiré de "Peurs privées en places publiques", une pièce d'Alan Ayckbourne, dramaturge anglais dont il avait déjà adapté "Smoking" et "No Smoking". Cette matrice théâtrale se fait sentir, et pesamment. Que ce soit dans les décors (aucune action ne se passe en extérieur), dans les dialogues souvent à la limite du ridicule, dans les situations boulevardières ou dans le jeu accentué des acteurs (mention particulière à André Dussolier, mauvais comme un cochon), on sent le théâtre filmé. Les moyens du cinéma ne sont pas déployés pour donner de l'ampleur au récit, au contraire. Là où l'épure et le symbole servaient la densité de la narration dans un film comme "Dogville", ici tout est étriqué, téléphoné, mille fois vu.

La trame du récit est un enchevêtrement de personnages dont on découvre progressivement les liens, et la communauté de solitude. Ce procéde très à la mode aujourd'hui ( voir "Babel" ou "Trois Enterrements") n'est pas nouveau, il suffit de revoir "La Ronde" ou "Short Cuts", du déjà regretté Robert Altman. Mais ici, le procédé est voyant, peut-être parce qu'on sent très vite que l'histoire n'est qu'un prétexte pour faire autre chose, à savoir filmer les agitations des personnages cherchant à échapper à leur solitude comme les souris de laboratoire de "Mon Oncle d'Amérique".

Mais voilà : ces élucubrations tournent à vide, et on s'ennuie ferme. Intéressés ni par des personnages stéréotypés et peu crédibles (Thierry vivant avec sa soeur de 30 ans sa cadette...), ni par une intrigue poussive, ni par une mise en scène tournant à vide, les spectateurs n'ont plus qu'à décompter le temps qui s'écoule si lentement. Nombreux furent ceux dans la salle où je l'ai vu qui n'ont pas eu cette patience...

Cluny

 

par Cluny publié dans : critiques de novembre 2006
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Dimanche 19 novembre 2006

Film américain de Larry Charles

Interprètes : Sacha Baron Cohen (Borat Sagdiyev), Ken Davitian (Azamat Bagatov), Pamela Anderson (Elle-même)

Durée : 1 h 30



Note : 7,5/10

En deux mots : Les "Lettres Persanes", version Jackass : un journaliste kazakh débarque aux Etats-Unis et révèle les travers de ses hôtes.

Le Réalisateur : Né en 1956 à Brooklyn, Larry Charles est un producteur, scénariste et réalisateur de télévision. Il a été un des scénaristes de la série "Seinfeld" depuis 1994, et a produit "Entourage" et "Mad about You".

L'histoire : Borat Sagdiyev est journaliste au ministère de l'information de son pays, le Kazakhstan. Il commente ainsi des festivités locales comme le "lâcher de juifs", sorte de corrida de Pampelune où le taureau est remplacé par deux énormes pantins inspirés de l'iconographie antisémite du XIX° siècle.

Il est envoyé aux Etats-Unis avec son producteur Azamat pour faire un reportage sur le mode de vie de cette nation présentée comme un modèle dans le monde entier. A New York, il rencontre un coach en humour, des féministes, un sénateur. En regardant à la télévision "Alerte à Malibu", il tombe amoureux de Pamela Anderson et décide de traverser le continent pour la rejoindre en Californie. Avec Azamat, ils achètent une camionnette et se lancent dans un road movie délirant.

La critique : "Borat" est ce que les Américains appellent un "mockumentaire", c'est-à-dire une parodie de documentaire. Dès le générique, on est plongé dedans : définition de l'image ex-soviétique, titres et sous-titres en caractères cyrilliques, musique piquée à Kusturica et  syntaxe approximative, comme le prouve le sous-titre du film, "Leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan".

De nombreuses scènes ont été tournées en présentant Borat comme un véritable journaliste venu d'un lointain pays au nom imprononçable. Profitant sans vergogne du sens de l'hospitalité des Américains, il se fait inviter au journal d'une télévision, où il vient saluer le Patrice Drevet local au milieu de son bulletin, ou il se fait expliquer qui est Pamela Anderson par des féministes scandalisées par les théories d'un savant kazakh selon lesquelles le cerveau d'une femme a la taille de celui d'un écureuil ! On pense parfois à certaines scènes des "Onze Commandements" de François Desagnat avec Michael Youn ; mais au lieu de simples sketchs potaches, ces canulars ont ici une autre visée.

Car voilà : Borat Sagdiyev est raciste (il déteste les gitans), xénophobe (il déteste les ouzbekhs), antisémite, homophobe et mysogyne. Il est aussi naïf, crédule et malgré tout sympathique. Ainsi, après avoir suivi des cours de savoir-vivre, il est reçu par une maîtresse de maison ayant notamment pour hôte un pasteur et sa femme. Borat aligne les gaffes et les déclarations péremptoires ; quand il s'absente pour soulager un besoin pressant, son hôtesse déclare à la caméra que malgré des différences culturelles énormes, elle pense qu'il serait possible de l'américaniser. Elle déchantera bien vite, quand il reviendra avec ses excréments dans un sac en plastique...

Il déclenche des réactions de rejet, notamment quand il franchit allégrement les frontières du politiquement correct ; la scène où il reçoit des conseils d'un "coach en humour" est hilarante, avec un humoriste professionnel lugubre et effaré par cet élève hilare en découvrant que les bonnes blagues kazakhs ne font pas rire en Amérique (photo). Mais parfois, il est plébiscité, notamment quand il proclame dans un rodéo "Nous soutenons votre guerre de terreur en Irak". La patience de ses interlocuteurs est souvent commerciale, comme ce vendeur de voiture qui répond à sa question "Quelle genre de voiture je dois acheter pour attirer une femme au vagin rasé (sic) ?" par "Ca pourrait être une Corvette" ; et quand dans le même rodéo un Texan lui explique qu'il devrait se raser la moustache pour avoir moins une tête de musulman, le rire se coince un peu.

Car on rit beaucoup (enfin moi), parfois un peu honteux, souvent sans retenue. Sacha Baron Cohen se régale à camper un Borat Sagdiyev hallucinant, cousin obsédé du gentillet Viktor Navorski, le héros de "Terminal".

Signalons que le ministre des Affaires Etrangères du Kazakhstan a déclaré que son pays n'avait pas mérité ça, et le président Noursoultan Nazarbaïev en a touché un mot à Georges Bush lors de sa visite à Washington. Rappelons qu'il s'agit d'un des derniers dirigeants staliniens en place, et que pour être moins folkloriques que celles du film, les atteintes aux droits de l'homme n'en sont pas moins monnaie courante. Et puis ici, le Kazakhstan est un mélange du Groland et de la Syldavie, comme vous pourrez le vérifier sur le site internet du film.

Soulignons enfin que la bande-annonce est un exemple : elle ne présente que les principaux plans de l'introduction kazakh, donnant envie de voir la suite, au lieu de compiler les passages les plus drôles comme dans de trop nombreuses B.A. de comédies françaises.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de novembre 2006
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
podcasting sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus