Titre original : Flags of our fathers
Film américain de Clint Eastwood
Interprètes : Ryan Philippe (John "Doc" Bradley), Adam Beach (Ira Hayes), Jesse Bradford (Rene Gagnon).
Durée : 2 h 12
Note : 5/10
En deux mots : Plaidoyer longuet contre la récupération politico-médiatique de l'héroïsme des GI's de la Guerre du Pacifique.
Le Réalisateur : Né en 1930 à San-Francisco, Clint Eastwood a fait de nombreux petits boulots après son retour de l'amée. Il obtient quelques rôles de cinéma avant de figurer dans la série western "Rawhide". C'est avec Sergio Leone et Don Siegel (L'inspecteur Harry) qu'il rencontre le succès. En 1971 il réalise son premier film, "Un Frisson dans la nuit". "Honkytonk Man" (1982) lui vaut une reconnaissance de la critique, avant "Bird" (1988), présenté à Cannes. Son western crépusculaire "Impitoyable" remporte quatre oscars en 1992. Depuis, il enchaîne les succès, tant vis-à-vis du public que de la critique : "Un Monde Parfait" (1993), "Sur la Route de Madison"(1996), "Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal" (1998), "Jugé Coupable" (1999), "Space Cowboys" (2000), "Mystic River" (2003), "Million dollar Baby" (2005) à nouveau récompensé à la cérémonie des oscars.
L'histoire : En décembre 1944, les Marines partent à l'assaut de l'îlot rocheux d'Iwo-Jima, premier morceau du territoire japonais défendu avec acharnement par 12 000 soldats nippons. Le débarquement ayant été décidé après un bombardement insuffisant, les pertes sont considérables. Après cinq jours de combats acharnés, les Marines prennent leur premier objectif, le Rocher qui domine l'île. Six soldats hissent le drapeau en haut du promontoire, et un photographe, Joe Rosenthal, immortalise la scène.
C'est cette photo plutôt qu'une autre qui est immédiatement mise en avant par la presse et par les propagandistes de la collecte de fonds. Les trois soldats survivants sont ramenés aux Etats-Unis et enrôlés dans une tournée à travers tout le pays pour promouvoir l'effort de guerre.
Mais les visages étant masqués sur la photo, des erreurs ont été commises, tant en ce qui concerne les survivants que les morts. Les trois "héros" se sentent dans la peau d'usurpateurs, et aucun ne réussira à se remettre de cette expérience.
La critique : Et bien ça y est, on le sait maintenant : même Clint Eastwood peut rater un film.
Pourtant, de nombreux ingrédients nous laissaient présager le meilleur. Le sujet, tout d'abord : comment une image, ici une photo, peut à la fois modifier le destin d'une nation et bouleverser la vie des hommes qui en sont les "héros", bien plus Fabrice à la bataille de Waterloo que John Wayne. Tourner un film aujourd'hui aux Etats-Unis sur la mise en scène et la manipulation de l'information à des fins de propagande n'est pas neutre à l'heure où plus un Américain ne croit à la présence d'armes de destruction massive dans l'Irak de Saddam.
Les scénaristes, ensuite : Paul Haggis, déjà auteur du scénario de "Million dollar Baby" et réalisateur de l'oscarisé "Collision", grand spécialiste de la narration labyrinthique, et William Broyles Jr, scénariste de "Jarhead", un beau film sur une autre guerre, celle du Golfe.
La démarche, enfin : celle qui a consisté à tourner deux films sur cette bataille décisive dans l'issue de la guerre (c'est la résistance acharnée de ses défenseurs qui convainquit Truman de faire usage de la bombe atomique), le second, "Letters from Iwo-Jima", dont la sortie est prévue en janvier, racontant le point de vue des Japonais.
Alors, qu'est-ce qui a manqué à ce film pour répondre à nos attentes ? Un peu de fluidité narrative, d'abord. Une construction faisant appel à différents moments du récit, avec des flash-backs nombreux et souvent syncopés, cela peut apporter dynamisme et mystère à la présentation d'une histoire. Là, comme on a compris au bout d'un quart d'heure quel va être le propos du film, ce dédale ne fait que perdre le spectateur et étirer une durée déjà trop longue.
Il y a ensuite quelque chose autour de la direction d'acteurs qui pose problème : est-ce le casting bien trop anonyme (cette fois-ci, pas de Sean Penn, de Tim Robbins ou de Morgan Freeman au générique), ou une exagération parfois caricaturale du jeu des acteurs, et particulièrement celui d'Adam Beach qui joue le soldat indien, le plus tourmenté par la mauvaise conscience et le sentiment d'imposture.
Et puis, des choix de réalisation laissent perplexe : une image sépia assez laide, qui peut se justifier sur les scènes de combat mais qui tourne au truc pour le reste du film ; une façon de filmer la guerre déjà vue, notamment dans "Il faut sauver le Soldat Ryan" ou dans "Stalingrad" ; une complaisance pour les images gore, qui paradoxalement affaiblissent l'horreur par leur exagération grand-guignolesque.
Il y a bien ça et là quelques scènes où l'on retrouve la touche du vieux maître de Carmel : la mère d'un soldat qui reconnaît son fils de dos sur la photo, l'étreinte de Ira et de la mère d'un de ses camarades tué au combat, une façon de nous montrer que ces GI's hier comme les soldats aujourd'hui en Irak n'étaient que des gosses.
C'est peu. Espérons que les lettres japonaises permettront à Clint Eastwood de retrouver le souffle de ses dernières oeuvres et de nous sortir de l'ennui légèrement agacé avec lequel nous avons vu "Mémoires de nos Pères".
Cluny
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