Film français collectif réalisé par Olivier Assayas, Frédéric Auburtin et Gérard Depardieu, Gurinder Chadha, Sylvain Chomet, Joel et Ethan Coen, Isabel Coixet, Wes Craven, Alfonso Cuarón, Christopher Doyle, Richard LaGravenese, Vincenzo Natali, Alexander Payne, Bruno Podalydès, Walter Salles et Daniela Thomas, Oliver Schmitz, Nobuhiro Suwa, Tom Tykwer, Gus Van Sant.
Interprètes : Fanny Ardant, Juliette Binoche, Sergio Castellitto, Ben Gazzara, Maggie Gyllenhaal, Bob Hoskins, Yolande Moreau, Natalie Portman, Gena Rowlands, Elijah Wood.
Durée : 2 h

Note : 8,5/10
En deux mots : 18 courts-métrages de cinq minutes ayant pour point commun Paris. Pour le reste, toute la diversité du cinéma, avec du moyen (peu) et de l'excellent (beaucoup).
Les histoires : Un homme seul et irrascible aide une femme qui fait un malaise. La rencontre d'un jeune "gaulois" avec une musulmane voilée. Le soliloque d'un homme devant un autre homme qu'il perçoit comme son alter ego. Cauchemar pour un Américain sur le quai du métro Tuileries. Une jeune mère latino-américaine vient travailler comme nounou dans un appartement du XVI°. Un démarcheur en produits cosmétiques rencontre une experte de kung-fu. Un homme veut annoncer à sa femme qu'il la quitte. Une mère ne se remet pas de la mort de son fils. Un mime marceau bedonnant rencontre au ballon sa mime marcette. Un père américain remonte le boulevard avec sa fille française. Une actrice invite son dealer sur son tournage. Un immigré africain meurt dans les bras d'une secouriste black. Jeu de poupée russes dans un peep-show. Une femme vampire fait un nouvel adepte. Le fantôme d'Oscar Wilde sauve un couple au Père Lachaise. Un aveugle craint la fin de son histoire d'amour avec une actrice américaine. Gena Rowlands et Ben Gazzara fêtent leur divorce du lendemain. Une factrice américaine solitaire profite de son voyage à Paris pour faire le point sur sa vie.
La critique : Très en vogue dans les années 60/70, les films "à sketchs" avaient quasiment disparu, jusqu'au passionnant "11'09''01 - 11 septembre". Bâti sur le même principe (un thème unique, une durée égale pour tous), "Paris je t'aime" est aussi un formidable catalogue de la diversité du cinéma. Diversité de genres : film de vampire, de kung-fu, fantastique, comédie sentimentale, mélodrame... Diversité de styles : onirique, intimiste, social, politique... Diversité de narrations : flash-back, voix off, plan séquence, accélérés, steady-cam...
Le format de cinq minutes nécessite de rentrer directement dans le sujet, de pratiquer l'ellipse ou l'implicite, et la répétition exige du spectateur une concentration que la durée de l'ensemble (2 heures) rend parfois difficile. Du coup, les (rares) films médiocres (celui de Nobuhiro Suwa avec Juliette Binoche, d'un onirisme pachidermique, ou celui de Richard LaGravenese avec Fanny Ardant et Bob Hoskins, alambiqué et prétentieux) semblent durer bien plus longtemps.
Mais la majorité des films sont au minimum intéressants (Gus Van Sant, les frères Coen, Olivier Assayas) et certains sont de vrais petites merveilles.
Alexander Payne ("Sideways") filme Margo Martindale en visite à Paris, tandis qu'on entend sa voix qui dans un français scolaire et phonétique raconte la tristesse de sa vie de factrice solitaire.
Alfonso Cuaron ("Harry Potter 4") réalise un plan séquence, long traveling latéral qui suit Nick Nolte et Ludivine Sagnier en train de s'engueuler indistinctement en français et en anglais, laissant un doute sur la nature de leur relation, doute qui ne se dissipera que quand s'arrêtera la caméra.
Le réalisateur allemand Tom Tykwer ("Cours Lola, cours") rentabilise étonnament ses cinq minutes pour raconter le début, le déroulement et deux fins hypothétiques de l'histoire d'amour de Natalie Portman et de Melchior Belson, qui joue le rôle d'un non-voyant (Sortir avec Natalie Portman et ne pas la voir, quel gâchis...)
Sylvain Chomet ("Les triplettes de Belleville") quitte l'animation pour filmer des personnages qui semblent quand même échappés du cellulo, dans un rythme et une esthétique proche de "Zazie dans le métro", avec comme fil rouge entre les deux films la Tour Eiffel.
Mais les deux plus beaux bijoux de cet écrin sont hispaniques : Walter Salles ("Carnets de voyage") suit la matinée de Catalina Sandino Moreno (la "Maria pleine de grâce") depuis la crèche de banlieue où elle calme son enfant d'une berceuse latino-américaine, jusqu'à l'immense appartement du XVI° où une patronne réduite au hors champ lui laisse la garde de son bébé, qu'après une hésitation elle apaise de la même berceuse. Limpide et nerveuse, la caméra suit au plus près Ana, saisissant les émotions qui l'agitent.
L'autre est l'oeuvre d'Isabel Coixet ("The Secret Life of Words"), et nous montre le moment où Sergio s'apprête à annoncer à sa femme qu'il la quitte ; mais elle vient de recevoir les résultats des analyses qui la condamnent... La réalisatrice espagnole utilisent tous les moyens du cinéma : flash-back, voix-off, musique, précision du cadre, pour créer en cinq minutes l'histoire du naufrage d'une vie.
Et puis, Paris. Paris filmé sous tous les angles, à toutes les heures, du XVI° à Belleville, loin des cartes postales chères à Spielberg ou aux autres cinéastes américains restés coincé à l'ère de l'Inspecteur Clouzeau. Pas un simple décor, mais un vrai lieu, à l'instar du trottoir du quartier Montceau squatté par Alfonso Cuaron ou de la rue de Montmartre captée par Denis Podalydés et réduite à d'improbables places de stationnement. Disparate, international et polyphonique, "Paris je t'aime" est bien plus qu'un simple exercice de styles, mais bien un passionnant état des lieux du cinéma contemporain. Cluny
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