Pages vues


FreeCompteur Live

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Samedi 24 juin 2006

Film français collectif réalisé par Olivier Assayas, Frédéric Auburtin et Gérard Depardieu, Gurinder Chadha, Sylvain Chomet, Joel et Ethan Coen, Isabel Coixet, Wes Craven, Alfonso Cuarón, Christopher Doyle, Richard LaGravenese, Vincenzo Natali, Alexander Payne, Bruno Podalydès, Walter Salles et Daniela Thomas, Oliver Schmitz, Nobuhiro Suwa, Tom Tykwer, Gus Van Sant.

Interprètes :  Fanny Ardant, Juliette Binoche, Sergio Castellitto, Ben Gazzara, Maggie Gyllenhaal, Bob Hoskins, Yolande Moreau, Natalie Portman, Gena Rowlands, Elijah Wood.


Durée : 2 h

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 8,5/10

En deux mots : 18 courts-métrages de cinq minutes ayant pour point commun Paris. Pour le reste, toute la diversité du cinéma, avec du moyen (peu) et de l'excellent (beaucoup).


Les histoires : Un homme seul et irrascible aide une femme qui fait un malaise. La rencontre d'un jeune "gaulois" avec une musulmane voilée. Le soliloque d'un homme devant un autre homme qu'il perçoit comme son alter ego. Cauchemar pour un Américain sur le quai du métro Tuileries. Une jeune mère latino-américaine vient travailler comme nounou dans un appartement du XVI°. Un démarcheur en produits cosmétiques rencontre une experte de kung-fu. Un homme veut annoncer à sa femme qu'il la quitte. Une mère ne se remet pas de la mort de son fils. Un mime marceau bedonnant rencontre au ballon sa mime marcette. Un père américain remonte le boulevard avec sa fille française. Une actrice invite son dealer sur son tournage. Un immigré africain meurt dans les bras d'une secouriste black. Jeu de poupée russes dans un peep-show. Une femme vampire fait un nouvel adepte. Le fantôme d'Oscar Wilde sauve un couple au Père Lachaise. Un aveugle craint la fin de son histoire d'amour avec une actrice américaine. Gena Rowlands et Ben Gazzara fêtent leur divorce du lendemain. Une factrice américaine solitaire profite de son voyage à Paris pour faire le point sur sa vie.

La critique : Très en vogue dans les années 60/70, les films "à sketchs" avaient quasiment disparu, jusqu'au passionnant "11'09''01 - 11 septembre". Bâti sur le même principe (un thème unique, une durée égale pour tous), "Paris je t'aime" est aussi un formidable catalogue de la diversité du cinéma. Diversité de genres : film de vampire, de kung-fu, fantastique, comédie sentimentale, mélodrame... Diversité de styles : onirique, intimiste, social, politique... Diversité de narrations : flash-back, voix off, plan séquence, accélérés, steady-cam...

Le format de cinq minutes nécessite de rentrer directement dans le sujet, de pratiquer l'ellipse ou l'implicite, et la répétition exige du spectateur une concentration que la durée de l'ensemble (2 heures) rend parfois difficile. Du coup, les (rares) films médiocres (celui de Nobuhiro Suwa avec Juliette Binoche, d'un onirisme pachidermique, ou celui de Richard LaGravenese avec Fanny Ardant et Bob Hoskins, alambiqué et prétentieux) semblent durer bien plus longtemps.

Mais la majorité des films sont au minimum intéressants (Gus Van Sant, les frères Coen, Olivier Assayas) et certains sont de vrais petites merveilles.

Alexander Payne ("Sideways") filme Margo Martindale en visite à Paris, tandis qu'on entend sa voix qui dans un français scolaire et phonétique raconte la tristesse de sa vie de factrice solitaire.

Alfonso Cuaron ("Harry Potter 4") réalise un plan séquence, long traveling latéral qui suit Nick Nolte et Ludivine Sagnier en train de s'engueuler indistinctement en français et en anglais, laissant un doute sur la nature de leur relation, doute qui ne se dissipera que quand s'arrêtera la caméra.

Le réalisateur allemand Tom Tykwer ("Cours Lola, cours") rentabilise étonnament ses cinq minutes pour raconter le début, le déroulement et deux fins hypothétiques de l'histoire d'amour de Natalie Portman et de Melchior Belson, qui joue le rôle d'un non-voyant (Sortir avec Natalie Portman et ne pas la voir, quel gâchis...)

Sylvain Chomet ("Les triplettes de Belleville") quitte l'animation pour filmer des personnages qui semblent quand même échappés du cellulo, dans un rythme et une esthétique proche de "Zazie dans le métro", avec comme fil rouge entre les deux films la Tour Eiffel.

Mais les deux plus beaux bijoux de cet écrin sont hispaniques : Walter Salles ("Carnets de voyage") suit la matinée de Catalina Sandino Moreno (la "Maria pleine de grâce") depuis la crèche de banlieue où elle calme son enfant d'une berceuse latino-américaine, jusqu'à l'immense appartement du XVI° où une patronne réduite au hors champ lui laisse la garde de son bébé, qu'après une hésitation elle apaise de la même berceuse. Limpide et nerveuse, la caméra suit au plus près Ana, saisissant les émotions qui l'agitent.

L'autre est l'oeuvre d'Isabel Coixet ("The Secret Life of Words"), et nous montre le moment où Sergio s'apprête à annoncer à sa femme qu'il la quitte ; mais elle vient de recevoir les résultats des analyses qui la condamnent... La réalisatrice espagnole utilisent tous les moyens du cinéma : flash-back, voix-off, musique, précision du cadre, pour créer en cinq minutes l'histoire du naufrage d'une vie.

Et puis, Paris. Paris filmé sous tous les angles, à toutes les heures, du XVI° à Belleville, loin des cartes postales chères à Spielberg ou aux autres cinéastes américains restés coincé à l'ère de l'Inspecteur Clouzeau. Pas un simple décor, mais  un vrai lieu, à l'instar du trottoir du quartier Montceau squatté par Alfonso Cuaron ou de la rue de Montmartre captée par Denis Podalydés et réduite à d'improbables places de stationnement.

Disparate, international et polyphonique, "Paris je t'aime" est bien plus qu'un simple exercice de styles, mais bien un passionnant état des lieux du cinéma contemporain.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 18 juin 2006

Film japonais de Tetsuya Nakashima

Titre original : Shimotsuma monogatari

Interprètes : Kyoko Fukada (Momoko), Anna Tsuchiya (Ichigo).

Durée : 1 h 42

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 7/10

En deux mots : La rencontre d'une lolita rococo et d'une bad girl motarde. 100% manga, plus japonais tu meurs !

Le réalisateur : Né en 1959 à Fukuoka, Tetsuya Nakashima est l'un des réalisateurs les plus connus du Japon pour ses nombreux films d'animation et films live. En 1988, il participe au tournage d'un film à sketchs, "Bakayaro : Watashi okkote masu".  Sa comédie adolescente "Beautiful Sunday" est primé au Festival de Toronto en 1998. Il a terminé son nouveau long métrage, "Memories of Matsuko" qui vient de sortir en salle au Japon

L'histoire : Momoko a 17 ans. Fille d'un ex-apprenti gangster raté et d'une reine de beauté condamnée aux éternelles places de dauphine, elle vit dans un trou au côté de sa grand-mère sénile. Solitaire et sans illusions sur ses congénères, elle consacre toute son énergie et tout son argent à ses vêtements, dans un style qu'elle qualifie de "Lolita rococo".

Pour financer ses tenues froufrouteuses, elle vend sur internet les anciennes contrefaçons Versace de son père, et fait ainsi la connaissance d'Ichigo, une motarde membre d'un gang de filles, les yankis. Tout les sépare : le style de vie, les goûts vestimentaires, le langage, le rapport à la violence. Pourtant, Ichigo s'incruste, peut-être parce que Momoko lui dit ses quatre vérités, et que finalement elles partagent la même peur de l'avenir.

Momoko révèle un talent de brodeuse qui attire l'attention de son styliste, pendant que Ichigo se débat avec les difficultés internes à son gang. Partageant les galères, elles finissent par prendre des risques extrêmes l'une pour l'autre.

La critique : Le cinéma est aussi une ouverture sur le monde. Depuis six mois que je tiens ce blog, j'ai parlé de films coréens, algériens, marocains, argentins, canadiens ou taïwanais. Là, on est loin de Ozu, Mizoguchi, Kurosawa ou même de Kitano, et pourtant, plus japonais que cet ovni, ce n'est pas possible.

Mélangeant dessin animé manga, faux documentaire, film historique (la description du style français rococo est hilarante), film de yakuza ou comédie à l'humour potache (on pense parfois à "Shaolin Soccer"), "Kamikaze Girls" a comme principe unifiant un mauvais goût revendiqué avec une jubilation contagieuse.

Construit sur un schéma narratif proche d'"Amélie Poulain", le film présente une architecture maline, faite de voix off, de flash backs, d'adresses directes de l'héroïne au spectateur ou de comique de répétition. Cette folie terriblement manga représente le principal intérêt du film, mais aussi sa limite. En effet, il est difficile de tenir la distance d'un long métrage avec cette seule originalité stylistique, et surtout en l'absence d'une histoire qui intéresse d'un bout à l'autre.

Et malheureusement, l'intrigue n'est visiblement qu'un prétexte : l'enjeu de savoir si Ichigo trouvera le brodeur mythique qui écrira sur sa tenue de kamikaze le compliment qu'elle veut rendre à sa chef ne nous passionne pas. Pire, la "morale" sous-jacente est bien neuneu, et en décalage avec l'audace formelle et la rebellion affirmée des personnages : l'amitié finit par triompher, et chacun doit vivre son propre destin...

Alors, il reste quand même un sentiment puissant d'exotisme, la description d'une société où l'anti-conformisme est pratiqué avec la même tenacité qui sert de moteur au modèle rejeté, et puis surtout la force du personnage de Momoko, incarnée avec une gravité débarassée de la pesanteur par Kyoko Fukada, aperçue dans "Ring 2" et "Dolls".

Film adolescent réalisé par un quadra, "Kamikaze Girls" est a voir comme on visite le palais du facteur Cheval ou comme on s'attarde devant un tableau du douanier Rousseau, plus charmé par l'hétérogénéité des éléments qui le composent que par l'ensemble obtenu.

Cluny

 

 

 

 
par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 10 juin 2006

Film franco-algérien de Rabah Ameur-Zaïmeche

Interprètes : Rabah Ameur-Zaïmeche (Kamel), Meriem Serbah (Louisa), Abel Jafri (Bouzid).

Durée : 1 h 42

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 6,5/10

En deux mots : Les destins croisés d'un Algérien expulsé de France et d'une femme chassée par son mari. Dans un style qui oscille entre le documentaire et Cassavetes, ce film un peu lent et elliptique a du mal à gommer la distance instauré par le style de la réalisation.

Le réalisateur : Né en Algérie en 1966, Rabah Ameur-Zaïmeche arrive en France en 1968, et grandit dans la cité des Bosquets de Montfermeil. Equipé d'une caméra DV, il réalise en 2001 avec quelques amis "Wesh, Wesh, qu'est-ce qui se passe ?", l'histoire de la difficile réinsertion d'un ancien délinquant.

L'histoire : A peine sorti de prison, Kamel "La France" est expulsé et se retrouve chez ses cousins, dans les montagnes du Nord-Est algérien. Au même moment, sa cousine Louisa trouve refuge avec son fils chez ses parents suite à une dispute avec son mari. Les villageois doivent organiser une milice pour contrôler les entrées du bled et repousser un groupe de jeunes islamistes.

Le mari de Louisa vient la rechercher, mais il la bat et l'abandonne en pleine campagne une fois qu'il a récupéré son fils. Revenue au village, elle se fait tabasser par son frère qui lui reproche la honte qu'elle jette sur leur famille. Kamel s'oppose à lui, et cherche à aider Louisa. Mais elle part à Loulouj pour retrouver son fils, se fait chasser par sa belle-famille, et finit dans un hôpital psychiatrique.

La critique : On retrouve Kamel, le héros de "Wesh, Wesh",  interprété par Rabah Ameur-Zaïmeche lui même. Comme dans le premier film, on ne sait pas grand chose de l'avant, ou ici de l'entre-deux films. Il a finalement été expulsé, et étranger en France, il se retrouve aussi étranger dans son village. D'ailleurs, lui parle le français (tout comme Louisa), alors que ses cousins et ses voisins parlent ce mélange d'arabe et de français, et quand il utilise une expression en verlan, on ne le comprend pas.

Peu après son arrivée, tout le village se retrouve pour une "zerda", le sacrifice d'un taureau sur la tombe d'un cheikh. La scène très crue où la bête est égorgée renvoie à celle qui suit peu après, où Bouzid, le cousin de Kamel, est attrapé par des islamistes qui lui reprochent d'avoir bu de l'alcool, et où ils mettent en scène son égorgement.

La violence est omniprésente, latente et imprévisible. Elle est masquée par une indolence et une étiquette qui s'impose à tous ; quand Louisa sort de la maison après avoir été tabassée par son mari puis par son frère et qu'elle erre dans la nuit, hagarde, sa cigarette à la main au milieu des hommes, il n'y en a pas un pour lui dire sa réprobation, tant elle est évidente pour tous.

Et ce mélange d'indolence et de flambée de violence se retrouve dans la façon de filmer. Utilisant une caméra numérique, le réalisateur reste souvent à distance de l'action, cadrant en plan large ou déambulant au milieu des personnages, avec une prise de son "godardienne", où les dialogues se perdent dans le brouhaha des conversations. Le montage prend l'aspect d'une suite de plans sans grand souci du raccord, et on a souvent l'impression de suivre un de ces documentaires contemporains, où le spectateur doit reconstituter tout seul le puzzle de ce qui est donné à voir.

Ce choix, ainsi que celui d'un rythme légèrement anesthésié évoquant par moment le "Gerry" de Gus Van Sant, maintiennent le spectateur en dehors de l'histoire, un peu comme Kamel dans ce pays qu'il ne reconnaît pas. Heureusement, le film décolle parfois, notamment quand Louisa arrive à l'hôpital psychiatrique. Chassée par son mari, chassée par sa famille, elle trouve enfin un lieu où elle est acceptée telle qu'elle est, et où une des patientes proclame que les fous sont dehors. Et quand elle chante Don’t explain, de Billie Holiday, les visages des spectateurs montrent l'apaisement auquel aspire l'Algérie d'aujourd'hui.

Cluny

 

par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 3 juin 2006

Film anglais de Lexi Alexander

Titre original : Green Street Hooligans

Interprètes : Elijah Wood (Matt), Charlie Hunnam (Pete), Claire Forlani (Shannon), Marc Warren (Steve), Leo Gregory (Bovver).

Durée : 1 h 55

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 7/10

En deux mots : Un hobbit yankee au pays des hooligans anglais. Une description de ce milieu souvent juste et nerveuse, mais qui n'évite pas la complaisance.

La réalisatrice : Née à Manheim en Allemagne, Lexi Alexander a été championne du monde de karaté et de kick-boxing. Elle a réalisé trois courts métrages: "Pitcher Perfect", sur les difficultés d'un jeune prodige du baseball, "Foolproof" et "Johnny Flynton" sur la boxe, nommé à l'oscar 2003.

L'histoire : Injustement renvoyé de Harvard où il étudiait le journalisme, Matt atterrit un peu au hasard à Londres où vit sa soeur, juste le soir où le mari de celle-ci, Steve, a prévu une soirée romantique. Confié à Pete, le jeune frère de Steve, il se retrouve immergé dans un groupe de supporters de West Ham dont le leader se trouve être Pete. A l'issue du match, Matt, qui a été repéré par un groupe de hooligans adverses, est sauvé par Pete et sa bande et pour la première fois de sa vie, prend plaisir à la baston.

Malgré l'hostilité de Bovver, le lieutenant de Pete, qui n'accepte pas qu'un yankee intègre leur groupe, Matt est adopté par les membres du GSE, le club de hooligans qui cherche à établir sa domination sur les autres groupes. Il prend des coups, en distribue, et partage pintes de bières et chants guerriers avec ses nouveaux amis.

Jusqu'au jour où West Ham tombe au tirage au sort des quarts de finale de la Cup contre Millwall, l'ennemi héréditaire. Dix ans avant, le fils du chef des hooligans de cet autre club de la banlieue londonienne avait été tué dans un affrontement avec le GSE dirigé alors par le "Major", qui n'est autre que Steve...

La critique : Premier long métrage de Lexi Alexander, "Hooligans" présente déjà l'intérêt d'être un des rares films à aborder ce milieu des hooligans anglais, rendus célèbres en Europe depuis la tragédie du Heysel. Avec les yeux du yankee qui appelle le football "soccer", nous rentrons dans l'intimité de la bande, depuis son repère du pub "Abbey" jusqu'aux déplacements à Manchester. Loin d'être des lumpens, les membres du GSE sont profs, pilotes, traders en bourse, bref, à l'image de la société anglaise d'aujourd'hui, comme nous le montre la séquence où tous attendent sur leur lieu de travail le résultat du tirage au sort qui déterminera la localisation de leur prochain champ de bataille.

Dans la description de cette complicité arrosée de bière et de sang, la réalisatrice sait trouver des accents proches de Ken Loach, Peter Cattenao ("The Full Monty") ou Stephen Daldry ("Billy Elliott"). Chassé honteusement de sa fac et de son pays, depuis longtemps délaissé par un père grand reporter, Matt trouve la fraternité et le sentiment d'une appartenance conquise au prix du danger auprès de ses nouveaux compagnons, dont le chef peut à la fois laisser sa place à une femme dans le métro et traiter de "youpin" le leader d'un groupe adverse.

Lexi Alexander a fait appel à des "gueules" comme on en voit dans "My Name is Joe" ou "The Navigators", qui donnent une crédibilité à la description de cet univers schizophrène, où de bons pères de famille, des employés modèles ou de sympathiques pédagogues se transforment en brutes épaisses mus par des réactions tribales dignes des pires bandes de nos cités.

A la tête de ce "club", l'acteur anglais Charlie Hunnam est très convaincant, mélange de Brad Pitt et de Pacino, sachant distiller à la fois un charisme indéniable et une brutalité animale. Il illustre à lui seul la dualité inquiétante de ces hooligans qui refusent le qualificatif de "gang", mais se comportent avec la même bestialité que les bandes de "Gangs of New York".

Malheureusement, le scénario n'évite pas l'ornière des situations convenues, vues et revues depuis "West Side Story". Outre le traumatisme du père absent, on retrouve tous les ingrédients du mélo : la spirale de la vengeance, l'enchaînement fatal des événements, la trahison, le remord... Et c'est là que le film trouve ses limites : à vouloir filmer cet affrontement de petites frappes lobotomisés comme une tragédie antique ou un drame shakespearien, à vouloir parer ses héros des vertus de la droiture et de la fidélité, la réalisatrice n'évite pas une certaine forme de complaisance ; et quand de retour à New York, Matt se venge pacifiquement de celui qui l'avait laissé payer à sa place, c'est en chantant l'hymne du GSE qu'il disparaît dans la nuit de Manhattan, histoire de montrer que cette expérience en a fait un homme nouveau.

Et cette ambiguité se retrouve dans la façon de filmer les affrontements, avec une chorégraphie faite de ralentis et de saccades, qui à la fois ne cache rien de la violence des combats, tout en manifestant une fascination proche du plaisir masochiste des protagonistes à prendre les coups. Simple déformation d'une ancienne championne d'arts martiaux ou manque de discernement ? Laissons à ce premier film quand même intéressant le bénéfice du doute, et attendons de voir ce que nous proposera à l'avenir Lexi Alexander.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
logiciel pour creer un site sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus