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Mardi 30 mai 2006

Film français d’ Eric Toledano et Olivier Nakache

Sortie le 28 juin

Interprètes : Jean-Paul Rouve (Vincent), Olivier Boudet (Albert), Marylou Berry (Nadine), Omar Sy (Joseph), Jean Benguigui (Mimoun).

Durée : 1 h 43

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 6/10

En deux mots : Les jolies colonies de vacances revisitées par deux réalisateurs eux-mêmes anciens directeurs. Cette énième comédie française touche parfois juste, mais sombre trop souvent dans la caricature.

Le réalisateur : Eric Toledano et Olivier Nakache se sont connus dans les centres de vacances où ils ont été animateurs puis directeurs. Passionnés de cinéma, ils ont réalisé leur premier court-métrage ensemble en 1995, « Le Jour et la Nuit » avec Zinedine Soualem. En 2001, ils bénéficient d'une bourse du ministère de la Jeunesse et des Sports pour réaliser un deuxième court-métrage sur la vie d'une colo, "Ces jours heureux", avec Lorant Deutsch. En 2005, ils tournent leur premier long métrage, "Je préfère qu'on reste amis", une comédie avec Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve.

L'histoire : 1992. Vincent est le jeune directeur d’un centre de vacances qui se déroule dans les Charentes durant trois semaines d’été. Ayant tout juste réussi à se débarrasser de son père venu l’accompagner, il retrouve son équipe sur le quai de la gare : Nadine, l’assistante sanitaire en surcharge pondérale et en déficit d’AFPS, Daniel, le beau gosse qui fait fonction d’adjoint, Truman, le Québecois volubile dont la présence est le fruit d’un échange international, Caroline, l’animatrice mal dans sa peau, Joseph, le bon copain toujours de bonne humeur, et Lisa, la pin-up en vacances et accessoirement la démago de service.

Le casting des enfants est à la hauteur de celui des monos : l’hyperactif caractériel et fugueur, fils d’un pédopsychiatre célèbre, la gamine de la DDASS rebelle, le préado complexé accompagné de son correspondant belge grand lecteur de «La Tribune», le petit bout de chou à qui il arrive tous les malheurs, depuis la perte de sa valise jusqu’à une déchirure ligamentaire qui enthousiasme l’interne tellement elle est rare.

Sans oublier Mimoun, le cuisinier que la notion d’équilibre alimentaire n’a jamais effleuré, Christine la lingère plantureuse et Achille le chauffeur toujours prêt à vous faire visiter le musée de la pantoufle charentaise…

La critique : On l’a compris, «Nos Jours heureux » est une comédie, genre quasi-unique du cinéma français contemporain, et qui répond donc à la volonté de plaire au plus grand nombre. La recette en est simple : un acteur en vogue, deux ou trois jeunes comédiens dont l’inévitable échappé de l’écurie Canal (ici, l’Omar de «Omar et Fred», seul rescapé du court-métrage «Ces jours heureux» qui avait servi de brouillon à ce film), des gamins aperçus à «Graines de stars», et des personnages caricaturaux se débattant dans une intrigue prévisible où les moments plus graves ne peuvent nous émouvoir, assurés que nous sommes d’un happy end consensuel.

Il est clair que les deux auteurs ont mis l’essentiel de leur énergie dans l’écriture du scénario et non dans la réalisation, et l’objet filmique est plus proche du téléfilm de France 3 que d’une réelle œuvre de cinéma – la photographie est particulièrement plate, et renforce l’impression de voir un film des années 70.

Ici, on est assez proche de la démarche de Claude Berri dans «Le maître d’école» : se centrer sur un héros candide et plein de bonne volonté pour faire découvrir un univers, peuplé de personnages secondaires stéréotypés. Eric Toledano et Olivier Nakache ont été directeurs de colos, et quand ils se contentent de n’être que les chroniqueurs attendris de cette microsociété, cela sonne souvent juste, même si on a parfois l’impression de retrouver en une seule équipe toutes les études de cas d’un stage BAFA.

Ayant vu le film à une projection organisée par le ministère de la Jeunesse et des Sports pour des responsables de cette administration et des professionnels de l’animation, il était d’ailleurs drôle de voir que ce n’étaient pas les mêmes qui riaient selon les passages, les premiers appréciant les psychodrames de la réunion du soir, les seconds s’esclaffant lors de la visite de l’inspecteur…

Mais les auteurs ne se sont pas cantonnés à cette peinture des mille et un bonheurs de la vie d’un centre de vacances ; ils ont voulu pousser la caricature des personnages, tant adultes qu’enfants, pour garantir les effets comiques et sans doute ratisser plus large. Malheureusement, cette pesanteur nuit à la crédibilité des situations, comme pour le personnage de Caroline, l’animatrice coincée qui hurle toute sa frustration accumulée face à un gamin sidéré (là, la scène est efficace malgré son outrance), et constelle la deuxième moitié du film de ses grossièretés, redondance inutile et indigeste.

On aurait aimé retrouver la finesse de l’étude des caractères de «L’argent de poche» (côté enfants) ou de «La meilleure façon de marcher» (côté animateurs). À noter d’ailleurs une scène qui fait écho à celle de ce dernier film où Claude Piéplu dépouillait les bulletins glissés dans la boîte à idées, devenue ici, signe des temps, boîte à délation. Contrairement à Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey, les animateurs de Vincent n’ont pas d’existence au-delà de l’étiquette qui a été collée à leur personnage, aussi grosse et voyante que le logo « Animateur » brodé sur le dos de leur t-shirt.

Alors certes, on rie, parfois un peu gêné, parfois de bon cœur, et certains s’en contenteront. D’autres, dont je suis, regretteront le film plus subtil qu’on aurait pu tirer d’une telle histoire.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2006
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Jeudi 25 mai 2006

Film italien de Nanni Moretti

Titre original : Il Caimano

Interprètes :  Silvio Orlando (Bruno), Margherita Buy (Paola), Daniele Rampello (Andrea), Jasmine Trinca (Teresa), Michele Placido (Marco Pulici).


Durée : 1 h 52

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note :
7,5/10

En deux mots : Film mosaïque sur la paternité, la séparation, la difficulté de monter un film, l'Italie d'aujourd'hui. Une grande maîtrise narrative, ou comment parler de politique en intéressant le spectateur à la vie de quelques personnages.


Le réalisateur : Né en 1953 dans une famille d'enseignants, Nanni Moretti est un adolescent passionné de cinéma et de water-polo. Déjà acteur dans ses premiers courts métrages en super-8, il réalise son premier long métrage en 1976, "Je suis un autarcique", suivi de "Ecce Bombo" en 1978. Il se met en scène en curé dans "La messe est finie" en 1986, en militant communiste amnésique dans "La palombella rossa" en 1989. Il tourne son "Journal intime" en 1994, prolongé en 1998 par "Aprile". En 2001, il obtient la Palme d'or à Cannes avec "La Chambre du Fils".

L'histoire : Plus rien ne va dans la vie de Bruno. Dans sa vie familiale, où sa femme souhaite leur séparation, lassée de l'entendre raconter les scénarii de ses films d'horreur en guise de berceuse à ses deux garçons de 7 et 9 ans. Dans sa vie professionnelle ensuite, où le producteur qu'il est, sorte d'Ed Wood transalpin ayant commis "Maciste contre Freud" et "Les Mocassins assassins", voit partir son réalisateur nonagénaire à la veille de finaliser un contrat avec la RAI pour produire "Le retour de Christophe Colomb".

Il est donc bien excusable de s'être engagé à produire "Le Caïman", scénario remis à la va vite par une jeune réalisatrice, et qu'une lecture pour le moins tranversale avait réduit à un film sur un type qui fait des affaires, aime le foot et se déplace en hélicoptère.

Quand il découvre que ce type n'est autre que Berlusconi, il veut reprendre sa parole, mais en s'apercevant que ce projet amène les techniciens à envisager de travailler bénévolement, et que sa secretaire pourtant électrice du Cavaliere comme lui (et 50% des Italiens) semble retrouver une dignité perdue, il accepte de se lancer dans la bataille. Co-producteur polonais, acteur vedette érotomane, décors minimalistes servent à monter ce film, alors que sa vie personnelle continue de faire naufrage.

La critique : Il n'est pas de plus mauvaise publicité que de dire du "Caïman" qu'il est un film sur Berlusconi. De plus mauvaise, et de plus fallacieuse. Car du film qui sera finalement tourné, nous n'en voyons que cinq minutes à la fin, didactiques et chiantes comme les pires films de Boisset de la grande époque.

Non, le dernier opus de Moretti, qu'il a été obligé par la loi électorale de présenter à la télévision italienne comme un film sur "le chancelier allemand Baumgartner", parle de tout ce qui a toujours été la matière de ses films, à savoir les multiples aspects de sa propre vie.

Il parle du rôle du père d'aujourd'hui, spectateur faisant du lobbying sur l'entraîneur de l'équipe de foot de son fils, au grand désespoir de ce dernier, ou encore angoissé de ne pas comprendre les devoirs de son aîné de 9 ans. Il parle de la difficulté du couple où la tendresse ne suffit plus à remplacer l'amour perdu, de la douleur de la séparation, de la réalité de la jalousie qui s'impose aux accommodements de la raison.

Il parle du cinéma italien de ce début de millénaire, où le fait de ne pas être invité aux 90 ans de Dino Risi entraîne des conséquences fatales, où des bureaucrates de la RAI décident de ce qui verra ou non le jour, et où même Bruno choisit le film qu'il ira voir avec ses enfants en fonctions de ses recettes au box-office. Il parle de la télévision, et celle décrite par Moretti est aussi vulgaire que celle dépeinte par Almodovar.

Forcément, il parle quand même de Berlusconi. De comment il a réussi à tuer chez les Italiens de la génération de Moretti la foi en autre chose qu'un progrès qui se résume à la satisafction des ménagères grâce à une programmation télévisée matinale. De l'image qu'il donne à l'étranger, et là nous revoyons le vrai leader de Forza Italia inviter un eurodéputé allemand à jouer le rôle d'un kapo dans un camp de concentration. Grâce à la représentation mentale que Bruno se fait à la lecture du scénario, nous visualisons un premier Berlusconi qui reçoit une mallette bourrée de lires tombée du ciel. Après le vrai à Strasbourg ou devant les juges, nous voyons Michele Placido répéter le rôle avant de se défiler lâchement. et c'est Nanni Moretti lui-même qui endosse le personnage dans le tournage final, comme si le patron de la Fininvest, de Canale Cinque et de l'AC Milan avait réussi à prendre tous les visages de l'Italie contemporaine.

Moretti nous a habitué à ces films capharnaüms, comme dans "Aprile" où il s'imaginait à Hyde Park en train de dénoncer -déjà !- le système Berlusconi ou encore en train de rédiger toutes les lettres de protestation qu'il n'a jamais envoyées. Mais ici, il réussit à donner une fluidité au récit, et la très belle scène où sa femme chante en concert le "Dixit dominus" de Haëndel et qu'il finit par interrompre pour lui crier son reproche et sa souffrance, permet dans un montage parallèle de résumer en quelques plans la mosaïque des actions qui se jouent.

Le film, tourné avant les élections qui ont vu la victoire de la coalition de centre-gauche menée par Romano Prodi, se termine abruptement, comme si la véritable fin restait à écrire par le peuple italien. Même ainsi justifié, ce tête-à-queue final laisse au spectateur un goût d'inachevé, et rompt trop brutalement avec l'harmonie chorale de la narration. Mais ce n'est pas suffisant pour oblitérer la maturité attachante de ce film, vu par plus d'un million d'Italiens.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2006
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Mercredi 24 mai 2006

Film américain de Sofia Coppola

Interprètes :  Kirsten Dunst (Marie-Antoinette), Jason Schwartzman (Louis XVI), Steve Coogan (l’ambassadeur Mercy), Judy Davis (la comtesse de Noailles).


Durée : 2 h 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note :
7/10

En deux mots : Queen Suicide ou Lost in Versailles, Sofia Coppola poursuit sa réflexion sur la difficulté d'être une jeune femme au mauvais endroit. Parfois envoûtant, souvent ennuyeux.


Le réalisateur : Née en 1971 à New York, Sofia Coppola est la fille du réalisateur Francis Ford Coppola (qui est producteur de "Marie-Antoinette"), petite fille du compositeur Carmine Coppola, soeur du réalisateur Roman Coppola et accessoirement cousine de Nicolas Cage...

C'est âgée de huit jours qu'elle tourne son premier rôle, le bébé du baptême dans "Le Parrain". Actrice notamment chez son père et chez Georges Lucas, elle s'intéresse très vite à la réalisation. En 1999, elle tourne "Virgin Suicides", l'histoire de cinq soeurs (dont Kirsten Dunst) qui mettent fin à leurs jours plutôt que d'affronter la vie adulte. En 2003, elle obtient un grand succès avec "Lost in translation", l'histoire de la rencontre à Tokyo d'un acteur sur le retour et d'une jeune femme perdue dans la capitale nippone comme dans sa propre vie.

L'histoire : A quatorze ans, la princesse d'Autriche Marie-Antoinette est envoyée à Versailles pour sceller l'entente entre son pays et la France, et accessoirement pour épouser le Dauphin, petit-fils de Louis XV. Elle doit faire face à l'étiquette ridicule de la cour, aux intrigues de couloirs et d'alcoves, et à un mari plus intéressé par la chasse et la serrurerie que par les ébats avec sa jeune épouse.

D'abord ballotée entre les jeux de pouvoir de Versailles et l'angoisse de sa mère de ne pas la voir donner jour à un héritier qui scellerait l'alliance, Marie-Antoinette trouve ses marques quand son mari devient Louis XVI à la mort du vieux monarque. Débarassée de la menace par sa maternité, elle cherche à fuir l'étiquette compassée en s'installant au petit Trianon, en traversant une période Rousseauiste à la Ferme de la Reine et en multipliant les fêtes dispendieuses.

Elle trompe son ennui et son royal mari avec le comte de Fersen, sans se rendre compte que le peuple lui fait porter tous les maux de cet ancien régime finissant. Et quand après la prise de la Bastille, les princesses de sang et ses dames de compagnie partent se mettre à l'abri en exil, elle choisit de rester au côté de son époux, devenue enfin reine.

La critique : "Marie-Antoinette" commence avec un long voyage en calèche, celui qui conduit la jeune princesse jusqu'à Versailles, avec un passage à la frontière où elle doit se dépouiller de tout ce qui rappelle son pays natal, et donc son enfance. Violemment projetée dans l'âge adulte, elle court tout au long du film (qui balaie 19 ans de sa vie) après cette adolescence volée.

Il se termine par le début du voyage de 20 km en calèche, celui qui conduit le boulanger, la boulangère et le petit mitron jusqu'aux Tuileries, ramenés par le peuple de Paris (la populace, selon le scénario anglosaxon). Entre les deux, exceptée une virée nocturne dans un after masqué, toute l'histoire se déroule dans le huis-clos de Versailles, réplique de la maison familiale des Lisbon, ou de l'hôtel tokyoïte de Bob Harris et de Charlotte.

Une partie de la critique reproche à Sofia Coppola de s'être tapé l'incruste dans l'histoire de France et d'avoir posé un regard américain branché sur la fin du siècle des Lumières. Il y a bien quelques anachronismes (la cocarde tricolore du dauphin, presque vingt ans avant la prise de la Bastille, la fête masquée à l'Opéra-Garnier, presque un siècle avant sa construction), une place appuyée accordée à la guerre d'indépendance (les rares moments où Marie-Antoinette n'est pas à l'écran sont les conseils où le roi décide d'intervenir en Amérique). Le scénario a été écrit en se basant sur l'ouvrage de l'historienne anglaise Antonia Frazer, et certains clichés sont contestés par les historiens.

Mais la réécriture de l'histoire pour parler de préoccupations contemporaines est le propre de la création artistique, et personne ne reproche à Shakespeare d'avoir trituré l'histoire romaine pour écrire "Titus Andronicus". Alors certes, on a parfois l'impression de suivre une biographie de Diana, la popularité en moins.

Mais le propos de Sofia Coppola est visiblement autre, et ce qui l'a intéressée dans cette histoire, c'est comment peut réagir une adolescente confrontée à un monde aussi éloigné du cocon de son enfance perdue, intérêt dont on peut trouver l'origine dans la propre histoire de la fille du réalisateur d'"Apocalypse Now". Ca, la jeune réalisatrice sait le filmer avec son style déjà si reconnaissable : suppression des repères narratifs, cadre aérien alternant steadycam, travelings et plans fixes, montage syncopé, pulsation donnée par la musique (le classique pour l'étiquette, le pop-rock pour les escapades de l'Autrichienne).

Elle sait saisir l'étrange, caméra subjective même quand Kisten Dunst est dans le champ : les courtisans poudrés, échos des morts-vivants du cinéma fantastique (clin d'oeil à la présence d'Asia Argento en Du Barry ?), les fous-rires enfantins contenus de la princesse, la répétition comique des scènes du rituel de la cour, jusqu'à la présence subliminale de Converse dans la collection de chaussures digne d'Imelda Marcos.

Mais Sofia Coppola n'a pas su échapper à la contradiction des cinéastes amenés à filmer l'ennui sans plonger leurs spectateurs dans  ce même ennui. Que ce soit dans les pompes empesées ou dans la frénésie des fêtes versaillaises, ce qui nous est donné à voir avec une distance accrue par la musique et le rythme du montage est ce qui est donné à vivre à Marie-Antoinette, à savoir une répétition sans perspective et sans échappatoire, si ce n'est celle que connaît le spectateur.

Par moment enivrant, le film ne sort de sa langueur monotone (moi aussi, je peux pondre des anachronismes !) que par la fulgurance de certaines scènes où le talent de la princesse de la dynastie Coppola se rappelle au bon souvenir du cinéphile.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2006
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Dimanche 21 mai 2006

Film espagnol de Pedro Almodovar

Interprètes :  Penélope Cruz (Raimunda), Carmen Maura (Irene), Lola Dueñas (Sole), Blanca Portillo (Agustina), Yohana Cobo (Paula).


Durée : 2 h 01

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note :
8,5/10

En deux mots : Retour du pape de la movida sur l'univers des femmes de son enfance dans la Mancha. Film à la lisière du fantastique buñuelien, "Volver" est un grand Almodovar avec une grande Penelope Cruz.


Le réalisateur : Né en 1949 dans la Mancha, Pedro Amodovar a commencé dans les dernières années du franquisme à tourner des films en super 8, à jouer au théâtre et à participer à un groupe punk-rock. En 1980, il réalise son premier long-métrage "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier", suivi en 1982 du "Labyrinthe des passions", en 1987 de "La loi du désir" et en 1988 de "Matador", qui révèle Antonio Baderas. Avec Victoria Abril, il tourne "Attache-moi" (1989), "Talons aiguilles" (1991) et "Kika" (1993).

Il rencontre un succès mondial avec "Tout sur ma mère" en 1998 (Prix de la mise en scène à Cannes) et "Parle avec elle" en 2001. En 2004, il quitte l'univers féminin pour revenir sur son enfance dans une institution religieuse avec "La mauvaise éducation".

L'histoire : Raimunda vit dans la banlieue de Madrid avec sa fille Paula et son mari Paco, non loin de sa soeur Sole qui travaille au noir comme coiffeuse. Elle s'inquiète de sa vieille tante Paula qui habite seule dans sa maison d'un petit village de la Mancha depuis la mort de leur mère dans un incendie, même si sa voisine Augustina veille sur elle.

Le même soir, la jeune Paula tue Paco pour repousser ses avances, et la vieille Paula meurt. Raimunda dissimule le corps de Paco dans le congélateur du restaurant dont un ami lui a laissé les clés, et accepte de faire à manger à une équipe de tournage. Pendant ce temps, Sole voit le fantôme de sa mère dans la maison de sa tante.

Sa mère la suit, cachée dans le coffre de sa voiture, et s'installe chez elle. Augustina a raconté à Sole que dans la Mancha, les fantômes revenaient pour achever quelque chose qu'ils n'avaient pas pu accomplir de leur vivant. Là, son retour a-t-il pour but de permettre la révélation de lourds secrets de famille ?

La critique : Le film commence par un long traveling dévoilant des femmes aux blouses bariolées épousetant des tombes. Paula fait remarquer qu'il n'y a que des veuves, et sa mère lui répond que dans ce pays, les femmes survivent aux hommes. A part quelques membres d'une équipe de tournage au restaurant de Raimunda, (et donc venus d'un monde extérieur, comme par hasard celui du cinéma...), les mâles sont quasiment absents du film, ou alors juste là pour être les vecteurs du malheur que devront surmonter les femmes.

Adultère, inceste, dureté de la vie, culpabilité, maladie, les malheurs ne manquent pas dans la vie de ces femmes. Mais  ces difficultés conjuguées à la force de leurs coeurs leur donnent une énergie de la même puissance que le vent omniprésent de la Mancha. Et après le détour d'Almodovar dans l'univers des hommes de la "Mauvaise éducation", son retour auprès de ses chères actrices leur donne une nouvelle fois l'occasion de montrer leur talent : Carmen Maura, qui retrouve Almodovar dix-huit ans après "Femmes au bord de la crise de nerf", malicieuse et paradoxalement enfantine, Blanca Portillo, fille de la seule hippie du village, qui combat son cancer à coups de joints, la jeune Yohana Cobo, qui évite de tomber dans la caricature de l'ado ingrate, Lola Dueñas, terrienne et si peu sûre d'elle.

Mais la chef de meute, c'est Penelope Cruz, éblouissante dans ce rôle de Mère Courage, descendante d'Anna Magnani dans "Bellissima" que l'on aperçoit à la télé. Son jeu subtil rend toute la complexité de son personnage, mélange de force et de faiblesse, capable de petites injustices comme de grands sacrifices. Quand pour la première fois depuis son enfance où sa mère l'avait amenée dans un télé-crochet, elle chante "Volver", un tango de Carlos Gardel adapté sur un rythme de flamenco, devant sa fille et sa mère cachée dans une voiture, les trois générations se retrouvent unies dans les larmes (et les spectateurs aussi) devant la beauté de l'instant.

Dans son interview au "Nouvel Observateur", Almodovar parle de l'état du cinéma mondial en ces termes : "Le manque d'attention au scénario est une vraie honte, il est insensé que l'on investisse des sommes considérables sur des bases aussi peu assurées, alors que le scénario est la pierre angulaire du film. Les scénarios sont incroyablement peu travaillés, je ne comprends pas comment c'est possible : j'ai réécrit celui de "Volver" une vingtaine de fois".

Outre la justesse de cette opinion, ces mots expliquent en partie les raisons qui font de "Volver" un film aussi accompli. La mécanique horlogère de son scénario, l'écriture très acérée de ses dialogues portés par des actrices dirigées avec une telle précision, tout cela conduit à ce qui fait la qualité si reconnaissable des films de l'Almodovar de la maturité : ce passage imperceptible du rire à l'émotion, un rythme et une énergie du jeu qui rendent problables les situations les plus irréalistes, dans un climat évoquant par moment le surréalisme de Buñuel dans "Le charme discret de la bougeoisie".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2006
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Jeudi 18 mai 2006

Film américain de Ron Howard

Interprètes :  Ton Hanks (Robert Langdon), Audrey Tautou (Sophie Neveu), Jean Reno (Le commissaire Bézu Fache), Ian McKellen (Sir Leigh Teabing).


Durée : 2 h 32

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 6/10

En deux mots : Adaptation fidèle de la soupe philosophico-ésotérique de Dan Brown. La réalisation est certes sans génie, mais il y  un certain savoir-faire, malheureusement insuffisant pour faire oublier la niaiserie du scénario.


Le réalisateur : Né en 1954 dans une famille de comédiens, Ron Howard joue son premier rôle à 18 mois. Richie Cunningham dans "Happy Days" de 1974 à 1980, il passe à la réalisation en 1976, et rencontre son premier succès avec "Cocoon" en 1985, suivi notamment de "Backdraft" (1990), "Appolo 13" (1995), "Ed TV" (1999), "The Grinch" (2000). En 2001, il obtient l'oscar du meilleur réalisateur avec "Un homme d'exception".

La critique : Le professeur Robert Langdon, spécialiste des symboles religieux, est appelé au Louvre où on vient de découvrir le corps du conservateur Jacques Saunière assassiné par un moine albinos. Avant de mourir, il a écrit avec son sang le nom de Langdon, accompagné d'un message codé. Très vite suspecté par le commissaire Fache, il réussit à s'enfuir avec l'aide de Sophie Neveu, une cryptographe de la police qui se trouve être la petite-fille de Saunière.

De messages codés en messages codés, de Paris à Londres, ils avancent sur la piste d'un secret que détenait Saunière, grand-maître du Prieuré de Sion : la descendance que le Christ aurait eu avec Marie-Madeleine. Ils doivent échapper aux griffes du commissaire Fache, et surtout à Silas, le moine albinos chargé par l'Oups Dei d'éliminer les membres du Prieuré...

Ron Howard est un honnête faiseur de films, qui n'a jamais prétendu être un nouveau Welles ou un nouveau Cuckor. Avec "Appolo 13" ou "Backdraft", il a réussi a raconter des histoires bien ficelés, sur un rythme efficace. Je dois avouer que je n'ai pas compris le déchaînement de la critique cannoise contre le film, comme si l'excès d'honneur (Eurostar spécial, projection en ouverture) suffisait à justifier cet excès d'indignité.

Dans "Da Vinci Code", il alterne de l'assez bon (un montage parallèle plutôt énergique, un certain savoir-faire pour dynamiser l'interminable prêchi-prêcha, certains plans de tableaux pour souligner l'ambiance) avec du nettement moins bon (les clichés sur les prélats retors, une esthétique parfois franchement de mauvais goût).

Mais la vision du film est accablante pour le scénario, et au-delà, pour le galimatia indigeste de Dan Brown. Ce qui était déjà ridicule à l'écrit devient carrément risible à l'écran, et le blabla censément érudit se dilue dans l'ennui malgré les écarquillements de mirettes d'Audrey Tautou. Paradoxalement pour un film d'action, le récit s'étire à cause des innombrables scènes où sont révélés les turpitudes de l'église et l'oeuvre du Prieuré de Sion, et un spectateur qui n'a pas lu le livre risque de s'y perdre entre les différentes forces occultes qui en plus jouent des doubles jeux.

Tom Hanks fait du Tom Hanks, seul au monde pour sauver le soldat Tautou, et Jean Reno fait du Jean Reno. La bonne surprise vient de Ian McKellen, parfait dans son rôle de milliardaire britannique féru d'ésotérisme, à la fois passionné et inquiétant.

Pour ceux qui veulent aller au cinéma pour s'interroger sur la nature humaine du Christ, courrez (re)voir "La dernière Tentation du Christ" de Scorcese, ou mieux encore, "L'évangile selon Saint Matthieu" de Pasolini. Pour ceux qui veulent voir un solide polar, profitez des derniers jours d'"Inside Man", de Spike Lee. Pour ceux enfin qui auraient la curiosité de voir comment adapter un best-seller immérité, vous pourrez alors endurer les 2 h 30 en essayant de repérer comment Ron Howard a méritoirement essayé d'insuffler du rythme dans une intrigue aussi verbeuse.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2006
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