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Lundi 1 mai 2006

Film américain de Duncan Tucker

Interprètes :  Felicity Huffman (Bree), Kevin Zegers (Toby), Fionnula Flanagan (Elizabeth).


Durée : 1 h 43
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Note : 7/10

En deux mots : A la veille de son opération, une transexuelle traverse l'Amérique avec le fils dont elle vient de découvrir l'existence. Un peu décevant, car trop prévisible et parfois caricatural ; mais la performance de Felicity Huffman est à voir.


Le réalisateur : Originaire de l'Arizona, Duncan Tucker est diplômé de la New York University.
Son court métrage "The Mountain King "(2000) a été sélectionné dans plus de trente festivals du monde entier. "Transamerica" est son premier long métrage.

La critique : Née Stanley, Bree est à une semaine de l'opération qui fera d'elle définitivement une femme. Dernière formalité, elle a besoin de la signature de la psychologue qui la suit depuis des années. Mais quand celle-ci apprend que Bree a reçu un coup de téléphone des policiers new-yorkais qui venaient d'arrêter un jeune homme qui s'avère être son fils, elle refuse de signer tant que sa patiente n'aura pas assumé cet aspect de son ancienne vie.

Bree paie la caution (1$) et se fait passer pour une adepte de "l'église du père potentiel" missionnée pour raccompagner Toby. Commence alors une traversée de l'Amérique dans une vieille guimbarde qui les verra rencontrer le beau-père de Toby, une assemblée de transexuel(les), un hippie arnaqueur, un indien cow-boy et la famille de Bree.

Au cours de ce voyage, Bree découvre que son fils se drogue, se prostitue, et rêve d'aller en Californie pour tourner dans des films pornos gays. Quant à Toby, c'est progressivement qu'il apprend qui est en réalité cette improbable dame patronnesse...

Très bien accueilli par la critique, porté par la nomination aux Oscars de Felicity Huffman, ce film laisse finalement un petit goût d'inachevé, du fait d'un scénario trop prévisible et de personnages trop caricaturaux, délaissés au profit de celui de Bree.

Il s'agit d'un road movie, genre typiquement américain. Comme dans  "Thelma et Louise" ou plus récemment  "Burt Monro" ou "Sideways", on retrouve ici le défilement des paysages, les motels miteux, les rencontres avec les laissés pour compte du rêve américain. Et la force de ce film est justement de décliner les lois du genre avec persévérance, évitant ainsi le piège du film à thème sur la transexualité. On retrouve plutôt l'affrontement classique entre l'adolescent révolté et mal dans sa peau et son père, à la différence près que ce père s'habille comme Jackie Kennedy et que l'ado ne sait pas qui il l'est.

Le film a été écrit pour Felicity Huffman, la mère de famille débordée de "Desesperate Housewife", et l'épouse de Willam H. Macy qui a produit le film. Elle a particulièrement travaillé ce rôle, et le résultat est très convaincant. Elle réussit à évoquer Dustin Hoffman dans "Tootsie", enfermant son corps dans une sorte de carapace et couvrant son visage d'un excès de fond de teint, censé masquer la pilosité qui a résisté au traitement hormonal.

Mais malheureusement, la sensibilité et l'ambiguité de Bree ne se retrouvent pas dans les autres personnages, et particulièrement celui de Toby, mal défini et finalement peu crédible à passer sans transition du révolté au pauvre petit gars docile en mal d'amour. Et que dire de la famille caricaturale de Bree, particulièrement la mère, croisement entre Line Renaud et Michel Serraut dans "La cage aux folles"...

"Transamerica" avait tout pour faire un film ovni, à l'instar d'un "Priscillia, folle du désert". A vouloir gommer les aspérités d'un sujet si original par un scénario aussi prévisible et plein de bons sentiments, il ne tient pas la route jusqu'au bout : dommage pour un road movie !

 Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2006
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Samedi 29 avril 2006

Film espagnol d'Isabel Coixet

Titre original : La Vida secreta de las Palabras

Interprètes :  Sarah Polley (Hanna), Tim Robbins (Josef), Javier Cámara (Simon), Julie Christie (Inge).


Durée : 1 h 52

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Note : 7,5/10

En deux mots : Melo produit par les frères Almodovar, et porté par Tim Robbins et Sarah Polley. Finalement assez envoûtant. 


La réalisatrice : Diplômée d'Histoire contemporaine, Isabel Coixet réalise son premier film en 1989, "Demasiado viejo para morir joven". En 1996, elle tourne "Des Choses que je ne t'ai jamais dites", suivie en 1998 de "L'Heure des Nuages".

Mais elle acquiert une reconnaissance internationale avec "Ma vie sans moi" en 2003, déjà avec Sarah Polley dans le rôle d'une femme qui sait su'elle va mourir et qui dresse la liste de ce qui lui reste à faire.

La critique : Hanna travaille dans une usine en Irlande, emmuré dans son silence et ses phobies. Insensible au bruit (elle débranche son appareil auditif), insensible aux autres, qui eux vont se plaindre de cette ouvrière modèle mais si peu communicative.

Sommée de prendre des vacances, elle déplace sa solitude dans un hôtel miteux en bord de mer, en face d'une plateforme pétrolière d'où se dégage de la fumée. Ayant entendu la conversation téléphonique d'un homme chargé de trouver une infirmière pour soigner un grand brûlé sur la plateforme, elle se propose.

Sur la plateforme où la production a été arrêtée, vivotent quelques hommes : un cuisinier qui fait chaque jour un plat différent, assorti à la musique qu'il écoute, un océnographe qui mesure le nombre de vagues qui viennent frapper les pilotis, un contremaître taciturne qui a le roulis dès qu'il est à terre, et Josef, le blessé.

Malgré la douleur, ou à cause d'elle, il parle, pose des questions, et face au silence d'Hanna, émet des hypothèses : sur son prénom, sur la couleur de ses cheveux (il est temporairement aveugle), sur son origine. Progressivement, elle abaisse sa garde et commence à se livrer, amusée par sa tenacité. Mais l'un et l'autre ont le poids de la douleur et de la culpabilité à dépasser pour se découvrir et s'accepter mutuellement.

Rien d'étonnant à ce que ce film ait été produit par les frères Almodovar. Non que la façon de filmer d'Isabel Coixet, tout en épure, évoque le style flamboyant du pape de la movida. Mais nous sommes là dans le mélo, clairement assumé, et il est curieux de voir comment ce genre est présent dans la production espagnole (ou tout du moins dans ce qui franchit les Pyrénées).

Ce n'est d'ailleurs pas dans les moments les plus mélodramatiques que le film est le meilleur. Isabel Coxet y frôle parfois le too much, et l'abus de certains artifices (ralentis, faux raccords et caméra portée pour faire plus "vrai") gêne la sincérité du propos dans les scènes les plus dures.

Non, là où le film réussit à devenir envoûtant, c'est dans la peinture de la vie sur cette plateforme arrêtée, forme moderne du "Désert des Tartares", où chacun semble poursuivre un but sans réel rapport avec les raisons officielles de sa présence. Là, c'est avec beaucoup plus de grâce et de finesse que la réalisatrice évoque ces destins, mélanges de courage et d'absurdité, au cours de ponctuations musicales qui ne sont pas sans rappeler "Beaking the Waves", autre mélo pétrolier...

Tim Robbins, trop rare, et Sarah Polley, vue chez ses compatriotes Atom Egoyan et David Cronenberg, sont parfaits dans ce jeu de chat et de souris dont on ne sait qui est le prédateur. A noter la participation de Julie Christie dans le rôle de la psychologue qui a suivi Hanna la réfugiée.

Vainqueur des goyas 2006 du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur réalisateur, "The secret Life of Words" est un film sobre, pudique et grave, qui malgré quelques faiblesses réussit à maintenir jusqu'au bout l'intérêt et l'émotion.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2006
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Mardi 25 avril 2006

Film espagnol de Miguel Courtois

Interprètes :  Eduardo Noriega (Txema), Silvia Abascal(Begona), Mélanie Doutey (Aamaia), Patrick Bruel (Nelson).


Durée : 2 h 10
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Note : 6,5/10

En deux mots : Téléfilm pour grand écran sur l'histoire vraie d'un agent infiltré dans l'ETA.


Le réalisateur : Né en 1960 d'un père français et d'une mère espagnole, Miguel Courtois a débuté au cinéma en 1987, avec un premier long métrage  "Preuve d'amour". Il tourne ensuite un quinzaine de téléfilms, avant de revenir au cinéma en 1998 avec "Une journée de merde", suivi en 2000 de "Un ange", encore avec Richard Berry.

La critique : En 1973 au pays basque espagnol, Txema, un jeune chef d'entreprise, accepte d'héberger deux militants de l'ETA chargés d'abattre un traître. Quand il est arrêté par la police, un inspecteur lui propose d'infiltrer l'organisation terroriste. Acculé par ses ennuis financiers, menacé de prison, il accepte.

Patiemment,  il parvient à approcher les dirigeants de la fraction la plus dure de l'ETA. Grâce à ses indications, plus de cent-cinquante d'entre eux sont arrêtés. Mais les services secrets fixent une nouvelle mission à Txema - dont le nom de code devient «El Lobo» : faire tomber Nelson, le responsable de la branche militaire de l'organisation.

Tiré d'une histoire vraie, ce film a obtenu plusieurs Goyas, les Cesars du cinéma espagnol. Il a été diffusé il y a quelques mois sur Canal +. Est-ce le fait de l'avoir vu sur petit écran, ou une certaine paresse de la réalisation qui me donne l'impression de parler d'un téléfilm ?

L'histoire est intéressante, comme toutes celles portant sur l'infiltration d'une organisation terroriste, avec les dangers menaçant de toutes parts (identifié par les services secrets, "El Lobo" est inconnu de la police et manque plusieurs fois de se faire abattre par elle), et les cas de conscience agravés par la relation qu'il entretient avec une activiste de l'ETA, jouée par Mélanie Doutey.

La reconstitution est soignée, et moi qui me souviens avoir entendu 200 000 basques scander "ETA, ETA, mas metralletas" dans une manifestation antinucléaire à Bilbao à la fin des années 70, je reconnais que la sympathie dont l'organisation indépendantiste bénéficiait dans la population est bien restituée.

Même réalisme dans la représentation de l'appareil policier du franquisme moribond, qui utilise des méthodes qui le placent au même niveau que ses adversaires, avec cette médiocrité petite-bourgeoise qui était la marque de fabrique de la dictature du caudillo.

Eduardo Noriega a un jeu assez sobre, ce qui correspond bien à ce personnage pris entre le marteau et l'enclume. Patrick Bruel campe un Nelson très crédible, mettant son charme au service de ce personnage de leader impitoyable mais charismatique.

Malheureusement, la réalisation reste assez plate, et la volonté de suivre au plus près l'histoire réelle amène à un manque d'originalité dans le traitement narratif. Un peu longuet et manquant de relief, "El Lobo" semble en définitive mieux adapté au petit écran qu'aux salles obscures.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2006
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Samedi 22 avril 2006

Film français de Michel Hazanavicius

Interprètes :  Jean Dujardin (OSS 117), Bérénice Bejo (Larmina), Aure Atika (princesse Al Tarouk), Philippe Lefebvre (Jack).


Durée : 1 h 32


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Note : 8/10

En deux mots : Comédie parodique des films d'espionnage des années 50, ce film est un brillant exercice de style porté par un Jean Dujardin qui incarne le crétin étalon avec un brio indéniable.


Le réalisateur : Frère de l'acteur Serge Hazanavicius, Michel Hazanavicius a commencé à Canal + comme scénariste des Nuls. Au cinéma, il a cosigné le scénario de "Delphine 1, Yvan 0" et des "Dalton". Il a réalisé son premier film en 2004, "Mes Amis".

La critique : 1955, Jack, l'agent de l'OSS en poste au Caire a disparu, en même temps qu'un mystérieux cargo soviétique. Les services secrets français décident alors d'y envoyer Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, d'autant plus que depuis la guerre, il était le meilleur ami du disparu.

Dans la capitale égyptienne, il est pris en main par Larmina, la secrétaire de Jack dans la société d'élevage de poulets qui leur sert de couverture. Comme l'indique le titre, et comme le répètent à satiété les personnages, Le Caire est un nid d'espions : KGB, anciens nazis, agents britanniques, frères musulmans, nostalgiques du roi Farouk, il n'y a que le concurrent belge dans l'élevage de poulets qui ne joue pas un double jeu...

Hubert Bonisseur de La Bath est machiste, colonialiste, paternaliste et admirateur inconditionnel de René Coty, le Président de la République dont il distribue la photographie aux Cairotes abasourdis comme un instituteur de la IV° République distribuait des bons points. Il est envoyé au Caire "pour maintenir la paix au Proche-Orient" et grâce à sa "connaissance du monde arabo-musulman". Cette connaissance, il la manifeste par exemple en allant tabasser le muezzin qui a osé le réveiller à l'aube, ou en déclarant qu'une religion qui interdit l'alcool n'est pas vouée à un grand avenir...

Plus préoccupé de la propreté des voitures et de son costume en alpaga que de la géopolitique mondiale, il aligne gaffe sur gaffe, et on peut penser qu'il porte la responsabilité de la nationalisation du canal de Suez qui surviendra un an après ! Jean Dujardin prête son élégance et son auto-dérision à ce personnage, petite moustache et rire ultra-brite, sa carrure baraquée se conciliant tant bien que mal avec son marcel et son moule-bite des années 50...

Ce film est une vrai réussite. D'abord par son côté parodique, qui se manifeste à la fois dans l'écriture des dialogues ou les éléments de l'intrigue, mais encore dans le soin apporté à de nombreux détails : les directions de l'éclairage, la teinte de l'image, l'utilisation des intertitres pour situer le lieu de l'action, le recours aux transparences chères à Hitchcock. La référence à Sir Alfred est d'ailleurs constante, de la poursuite d'un assassin en djellabah, à l'image du début de "L'Homme qui en savait trop" à la bataille à coup de poulets, lointaine évocation des "Oiseaux".

Mais la parodie ne suffit pas à elle seule à donner vie à un long-métrage ; heureusement, le renouvellement des situations et l'abattage de Jean Dujardin permettent de maintenir l'intérêt, et la scène où il improvise "Bambino" à l'oud est vraiment jubilatoire. Et puis, on retrouve l'humour décalé de Canal dans un recours à l'absurde, qui se traduit par certaines situations (l'apprentissage de la contine numérique en arabe donne lieu à toute une déclinaison de gags) comme dans certains dialogues (les mots de passe par exemple !).

Loin des nanars sans distance d'André Hunebelle, "OSS 117 : Le Caire nid d'espions" s'inscrit bien plus dans la lignée des Mel Brooks de la meilleure période.

Cluny 

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2006
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Vendredi 21 avril 2006

Film américain de James McTeigue

Titre original : V for Vendetta


Interprètes :  Natalie Portman (Evey), Hugo Weaving (V), Stephen Rea (Finch).


Durée : 2 h 10

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Note : 7/10

En deux mots : Adaptation d'une bande dessinée anglaise, ce film écrit par les créateurs de Matrix raconte la lutte d'un terroriste contre un pouvoir totalitaire. Quelques longueurs et quelques facilités, mais l'ensemble se tient.


Le réalisateur : Né en Australie, James McTeigue a été l'assistant réalisateur des frères Wachowski sur les trois "Matrix", ainsi que sur "Star War, l'attaque des clones".

La critique : Nous sommes en Angleterre, dans un futur proche. Un régime totalitaire s'est installé en profitant du chaos créé par les guerres et les épidémies, et le chancelier Adam Sutler, sorte de Big Brother inspiré par les neo-conservateurs religieux, aboie sur tous les écrans du pays.

Seul un homme résiste : il se fait appeler V, et porte un masque et un déguisement qui évoque Guy Fawkes, pendu pour avoir tenté de faire sauter le parlement le 5 novembre 1605. Lors d'une action terroriste spectaculaire à cette date anniversaire, V annonce que l'année suivante, il fera sauter le Parlement.

Il sauve une jeune femme, Evey Hammond, des griffes des sbires du pouvoir, lointains cousins des drougs d'"Orange Mécanique". Les parents et le frère d'Evey sont tous morts en résistant contre la dictature, et si elle cherche à vivre comme tout le monde, l'irruption de V va bouleverser sa vie.

Une course s'engage alors entre l'inspecteur Finch, qui découvre peu à peu ce qui unit toutes les victimes de la vengeance de V, les sinistres miliciens de Creepy, l'âme damné de Sutler, et Evey et son Pygmalion, qui lui fait découvrir "Le Comte de Monte-Cristo" (la version de 1934, avec Robert Donat), une autre histoire de vengeance.

Quelle étrange acharnement du cinéma contre l'Angleterre, berceau de la démocratie et un des rares pays à n'avoir pas connu la dictature depuis plusieurs siècles ! Depuis "Farhenheit 451" (quand Evey se réveille chez V, sa chambre est envahie de livres), "Brazil", "Titus" et "Richard III" nous racontent un futur immédiat ou un passé recomposé où les fascistes auraient pris le pouvoir sur les bords de la Tamise. La faute à Orwell, sans doute...

Mais quand les frères Wachowski ont écrit leur scénario, c'est clairement à l'Amérique de Bush qu'ils pensaient. Le discours de Sutler est nationaliste, homophobe, obsédé par le terrorisme, et anti-musulman (un personnage est exécuté parce qu'il conservait un Coran) : ça ne vous rappelle rien ? Et quand on découvre que les attentats chimiques qui ont fait des dizaines de milliers de morts étaient l'oeuvre des partisans de Sutler, on ne sait si on doit penser aux pratiques des généraux algériens ou aux mensonges de Colin Powell.

Le scénario est parfois un peu confus, dans une volonté d'en faire trop dans la parabole, et la réalisation n'évite pas certaine facilités "matrixiennes", comme la stylisation de la violence. Mais le film évite la surrenchère d'effets spéciaux et d'explosions pyrotechniques, propre aux adaptations de comics, et l'histoire prime sur le clinquant du tout-venant hollywoodien.

Natalie Portman est parfaite, avec ou sans cheveux, dans le rôle de cette jeune femme qui doit d'abord apprendre à vaincre sa peur avant de se sentir libre de choisir, évoquant par moment Jean Seberg dans "Saint Joan" d'Otto Preminger. Le réalisateur utilise à fond l'idée du masque, et dans les scènes sombres, l'émotion est finalement renforcée par le contraste entre la tension des propos et le rictus narquois du masque, jusqu'au baiser échangé entre Evey et V, la lèvre effleurant la porcelaine...

Comme dans "Man Inside" (c'est drôle comme une même idée peut surgir au même moment dans deux films), V distribue des masques pour se dissimuler dans la foule et se démultiplier. Et l'image des milliers de sosies masqués débordant pacifiquement les soldats qui protègent le parlement ne manque pas de souffle, dans ce film à la fois baroque et sobre.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2006
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