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Mardi 28 février 2006
Titre original : The New World
Film américain de Terrence Malick
Interprètes : Q’Orianka Kilcher (Pocahontas), Colin Farrell (le capitaine Smith), Christian Bale (John Rolfe), Christopher Plummer (le capitaine Newport), August Schellenberg (Powhatan).
Durée : 2 h 16













Note : 8/10
En deux mots :
Au travers d’un opéra romantique enfiévré, Terrence Malick revisite le mythe du bon sauvage. L’œuvre d’un grand cinéaste.

Le réalisateur : Né en 1943, Terrence Malick qui signe là seulement son quatrième film est déjà un mythe, à l’image d’un Kubrick ou d’un Salinger. Il réalise en 1974 «La Balade sauvage», qui révèle Martin Sheen et Sissy Spacek, puis en 1978 «Les Moissons du Ciel». Il faudra attendre vingt ans pour son troisième film «La Ligne rouge», d’après le roman de James Jones.

La critique : En Virginie, au début du XVII° siècle, trois vaisseaux anglais remontent la rivière, comme dans «Apocalypse Now». Mais eux ne s’enfoncent pas au cœur des ténèbres. Non, la noirceur, ce sont ces colons en armes qui l’amènent sur ce continent vierge. Pour preuve, le premier acte qu’ils s’apprêtent à commettre à peine débarqués, s’est de pendre le capitaine Smith en punition de son insubordination.

Gracié in extremis, il se voit confier la mission d’entrer en contact avec le roi indien de la contrée. Au terme de  son expédition, sa troupe est décimée et, seul rescapé, il est fait prisonnier. Clairvoyants, les conseillers du roi prévoient qu’après cette poignée d’Anglais qui tentent de bâtir un fort sur un marécage, d’autres viendront, puis d’autres encore ; ils demandent la mise à mort de l’émissaire. Le roi se laisse convaincre par sa plus jeune fille Pocahontas, et lui accorde la vie sauve.

Il passe quelques mois dans le camp, le temps de découvrir que la jalousie, la haine ou la rancœur sont inconnues de ce peuple. Le temps aussi de tomber amoureux de la jeune princesse. Libéré à condition de partir au printemps, il prend le commandement de la colonie à la dérive, et trahit sa promesse…

Terrence Malick a construit son film comme un opéra. D’abord, en accordant une place importante à la musique (Mozart, Wagner, James Horner) pour ponctuer les plans magnifiant les paysages de la Virginie aux différentes saisons.

Ensuite, en adoptant un rythme proche de celui d’un drame lyrique, où l’écoulement du temps n’est plus celui de la réalité : il prend le temps de montrer de manière chorégraphique l’approche des colons par les indiens, plus curieux qu’agressifs, qui ont besoin de toucher, de sentir ces êtres étranges, ou encore les incantations de Pocahontas aux forces de la nature qui l’enveloppent et la protègent, ou même la gangrène qui ronge les corps et les âmes des Anglais pendant l’automne et l’hiver nord-américain.

Pour cela, il utilise une caméra mobile, avec de curieux raccords entre deux plans quasi-identiques, qui créent ce sentiment d’étrangeté, et beaucoup de plans larges pour replacer l’homme à son échelle.

Et puis, parfois, le rythme s’accélère, un plan, une phrase suffisent à annoncer une ellipse de plusieurs mois. Un montage cut, qui fait débuter une scène par un panoramique déjà en mouvement accentue cette élasticité du temps, comme si les actions des hommes avaient moins d’importance que leurs émotions ou leurs sentiments. 

Constante chez Malick, les voix-off des personnages, dont on ne sait si elles indiquent des flash-backs ou juste leur pensée de l’instant, ponctuent le récit et accentuent la dimension poétique.

Le personnage principal, c’est Pocahontas. D’ailleurs, quand Smith l’abandonne pour chercher de nouveaux passages vers les Indes, on reste avec elle, témoins de son chagrin, puis de sa rencontre avec John Rolfe, et enfin de son voyage en Angleterre où elle est traitée comme une princesse, et reçue par le roi dans une scène époustouflante. Malick a eu l’intelligence de confier ce rôle à une débutante de 15 ans, l’âge de Pocahontas au moment de sa rencontre avec Smith.

Certains spectateurs peuvent trouver que le film est long. Mais pour ceux qui se laissent prendre par le torrent d'émotions visuelles, auditives et sensibles (et j'en suis), la fin du film nous laisse déjà nostalgique, comme réveillé d'un rêve définitivement perdu, à l'image de la princesse, et sans doute à celle de son céateur.

Cluny


par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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Samedi 25 février 2006

Film américain de Stephen Gaghan 
Interprètes :
George Clooney (Bob Barnes), Matt Damon (Bryan), Alexander Siddig (le prince Nasir), Jeffrey Wright (Bennett), Chris Cooper (Pope), Amanda Peet (Julie)..
Durée : 2 h 06








Note : 6/10
En deux mots :
Film puzzle sur les manœuvres des groupes pétroliers et de la C.I.A. au Moyen-Orient. Malgré un propos intéressant, le parti pris narratif de déstructuration du récit rend tout cela bien indigeste.

Le réalisateur : Né en 1965, Stephen Gaghan a d’abord été scénariste pour la télévision («NYPD Blue», «The Practice». Puis il a écrit les scénarios de «L’Enfer du Devoir», et surtout de «Traffic».
Il passe à la réalisation en 2002 avec «Abandon», un thriller psychologique.


La critique : Bob Barnes, vétéran de la C.I.A., s’en veut de la disparition d’un missile qu’il avait remis à Téhéran à des opposants aux mollahs. Bryan, expert d’une société suisse,  perd son fils accidentellement au cours d’une fête donnée par un émir ; le fils de celui-ci l’engage alors comme conseiller. L’avocat Bennet est recruté pour prévenir les accusations qui risquent de pleuvoir sur le trust pétrolier Connex  après sa fusion avec un concurrent. Le Prince Nasir défend un programme libéral, ce qui n’est pas du goût de la C.I.A., qui préfère la stabilité dans le Golfe. Barnes part à Beyrouth, où il se fait piéger par un agent double…

Comme j’aurais aimé faire une bonne critique de ce film ! Ne serait-ce que pour rendre grâce à Steven Soderbergh et à George Clooney de leur courageux  travail de production, et pour soutenir cet autre cinéma américain qui aborde sans complaisance le rôle des Etats-Unis dans la géopolitique contemporaine, comme dans  "Lord of War" ou "The Constant Gardener", pour ne citer que les plus récents.

Malheureusement, on s’ennuie ferme. Stephen Gaghan a décidé d’utiliser le même procédé narratif que dans «Traffic», à savoir raconter plusieurs actions parallèles en présentant de courtes séquences sans cohérence apparente. Il s’agit de pièces d’un puzzle, et le spectateur doit comprendre le sens de chaque pièce au fur et à mesure que se dessine l’image globale. Mais il y a fort à parier que d’ici-là, il aura décroché, et se soit concentré sur le nombre de ressorts de son siège.

La construction labyrinthique peut donner de la force à une histoire, en aidant à créer une ambiance de mystère, comme dans «Pulp Fiction» ou «21 grams». Mais là, la complexité est déjà dans l’histoire racontée, et plus qu’une afféterie, le procédé narratif devient un obstacle.

Alors, il y a bien quelques accélérations dans la deuxième moitié du film (avec notamment une scène de torture particulièrement réaliste, avis aux âmes sensibles) ; George Clooney est excellent dans son personnage empâté, à la limite de l’hébétude ; Matt Damon promène sa nonchalance ironique dans ce jeu d’ombres et de lumière, mais cela ne suffit pas à sauver le film de l’ennui.

En 1942, quand il s’envolait vers la Syrie, le général De Gaulle a dit : «Vers l’Orient compliqué, je me rends avec des idées simples.» Dommage que Stephen Gaghan ne se soit pas approprié cette intention !

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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Vendredi 24 février 2006
Film franco-marocain de Leïla Marrakchi 
Interprètes :
Morjana Alaoui (Rita), Matthieu Boujenah (Youri), Assaad Bouab, Fatim Layachi.
Durée : 1 h 40





















Note :
7/10
En deux mots : Ce premier film un peu trop sage balance entre teen movie et chronique de la jeunesse dorée de Casablanca.

La Réalisatrice : Laïla Marrakchi est née à Casablanca au Maroc en 1975. Titulaire d'un DEA en Etudes cinématographiques et audiovisuelles de l'université Paris III, elle a été assistante à la mise en scène sur plusieurs films avant de réaliser en 2000 son premier court métrage, "L'Horizon perdu." En 2001, elle signe deux documentaires : "Femmes en Royaume chérifien "et "Derrière les portes du hammam."

La critique : A trois mois du bac, Rita n'est pas l'Aziza, petite fille pauvre de Casa.
Non, elle, son univers, c'est une résidence spacieuse avec piscine et nombreux domestiques, le Lycée Lyautey, les sorties en boîte et les virées en voitures de sports, l'alcool et les joints. Sa musique, et celle du film, c'est la pop anglo-saxonne, pas le raï.

Quand elle rencontre Youri à la sortie du Velvet elle parie à ses copines qu'elle sortira avec lui avant la fin du ramadan. D'ailleurs à la maison, seuls les domestiques respectent le jeûne ; jusqu'au retour de Londres de Mao, le grand frère, parti pour une mystérieuse raison. Rita découvre vite qu'il a changé, et que le fêtard qu'elle a connu est devenu soucieux de respecter la religion, et de surveiller les relations de sa soeur.

Rita remporte son pari, mais cela ne se fait pas sans mal, puisque Youri est juif, et que ces derniers ont au lycée la réputation de chercher à dépuceler les arabes. Et ils doivent à la fois se débarasser des copains envahissant de Youri, et contourner l'interdiction paternelle survenue à la suite de la dénonciation de Mao...

Difficile de ne pas comparer "Marock" à "Viva Laldjérie", de Nadir Mokneche, et pas uniquement pour la ressemblance physique entre Morjana Alaoui et Lubna Azabal. Les deux films dressent le portrait de jeunes femmes indépendantes et résolues, luttant pour pouvoir vivre selon leurs désirs. Mais là où Nadir Mokneche nous faisait découvrir à la suite de son héroïne la violence et les déchirements de l'Algérie au sortir de la guerre civile, Leïla Marrakchi se trouve piégée par la superficialité de ses personnages et leur milieu.

Alors, il y a bien la volonté d'évoquer certains maux de la société marocaine contemporaine : la corruption, les mariages arrangés, la fuite des cerveaux, les contre-coups de la situation en Palestine sur la place de la communauté juive dans le royaume chérifien. Mais ces questions ne sont qu'effleurées, et souvent avec une lourdeur maladroite.

Au-delà d'une histoire bien convenue, l'intérêt du film réside dans les détails qui rendent Rita finalement attachante : la relation qu'elle a avec les domestiques, qui lui pardonnent tout et se rangent à ses côtés malgré son mode de vie à l'opposé du leur ; son amitié avec un copain de classe efféminé, confident et entremetteur, qui lui demande de le rappeler après chaque coup de fil à Youri pour tout lui raconter...

Les actrices sont d'ailleurs bien mieux dirigées que que les garçons, qui semblent échappés d'un feuilleton d'AB Production et deviennent encore plus mauvais quand ils cherchent à jouer dans le registre dramatique.

Présenté à Cannes l'an dernier, "Marock", en ayant choisi de nous montrer une jeunesse finalement très occidentalisée ne fait pas oeuvre de grande nouveauté, malgré une indiscutable sincérité. Reste à savoir comment ce film a été perçu au Maroc même, et quels effets il a pu avoir en présentant une jeune fille aussi farouchement indépendante.

Cluny
par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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Jeudi 23 février 2006
Film français de Claude Chabrol
Interprètes :
Isabelle Huppert (Jeanne Charmant-Killman), François Berléand (Humeau), Patrick Bruel (Sibaud), Robin Renucci (Philippe).
Durée : 1 h 50

















Note :
8,5/10
En deux mots : Très clairement inspiré de l'affaire Elf, ce film permet à Chabrol d'utiliser de son sens du rythme de la narration pour dénoncer les abus des trois pouvoirs : politique, économique et judiciaire.

Le Réalisateur : Né en 1930, Claude Chabrol participe aux Cahiers du Cinéma de 1952 à 1957. En 1958, il réalise son premier film, "Le Beau Serge". Depuis, au rythme de un à deux par an, il a tourné 55 films, ce qui en fait un des réalisateurs ayant une des plus grande filmographie du cinéma mondial. Subjectivement, je citerai "Landru" (1962), "Que la Bête meure" (1969), "Le Boucher" (1969), "Les Noces rouges" (1973), "Violette Nozière" (1979), "Les Fantômes du Chapelier" (1982", "La Cérémonie" (1994) et "Merci pour le Chocolat" (2002)

La critique : Dès le générique, un panneau nous annonce que toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite. Ben voyons.
Chabrol a pris un malin plaisir à choisir comme acteurs de quasi-sosies des protagonistes de l'affaire, et le spectateur peut reconnaître Loïc Le Floch-Prigent, Eva Joly, Charles Pasqua, Roland Dumas ou Christine Deviers-Joncourt. Chabrol ne s'en cache d'ailleurs pas, et il a déclaré dans une interview que c'était une sorte de rappel à l'ordre destinée aux différents pouvoirs.

Et jusqu'à l'entreprise qui s'appelle FMG : là où Kubrick transformait IBM en HAL dans "2001, l'Odysée de l'Espace"en enlevant une lettre, vous n'aurez qu'à en retrancher une pour découvrir de quelle société travaillant en Afrique il s'agit...

Claude Chabrol a dû se dire que le public connaissait les arcanes de l'affaire, puisqu'il ne s'attarde pas dessus, pratiquant l'ellipse et le saut dans le temps.
Non, ce qui l'intéresse, ce sont ses personnages et le jeu du chat et de la souris qui les oppose.
 
On rentre dans l'histoire avec le P.D.G. Humeau jonglant avec ses téléphones avant de quitter le siège de son empire. Seulement, des policiers l'attendent dehors, et le voilà brutalement jeté en prison, passant du statut de dirigeant tout-puissant à celui de détenu en provisoire. Et le traitement qui lui est réservé prend une résonnance particulière après les auditions parlementaires d'Outreau.

A partir du moment où il rencontre celle qui l'a attrapé dans ses griffes, la juge d'instruction Jeanne Charmant-Killman, c'est à elle que Chabrol s'intéresse. Exceptées quelques scènes nous montrant les manoeuvres du monde politique, la juge est en permanence à l'écran. Que ce soit dans le bureau exigu qu'elle partage avec son greffier, ou dans son appartement où sa vie de couple prend l'eau.

On aura beau saboter sa voiture, lui adjoindre une jeune juge, multiplier les menaces, rien ne la détournera de son but. Mais quel est son but ? Frapper haut pour faire un exemple, comme elle le dit à un moment ? Illustrer son propos, selon lequel "la personne la plus puissante en France, c'est le juge d'instruction" ? Ou assouvir un besoin de pouvoir, voire de revanche sociale, comme le laisse penser le jeu anguleux d'Isabelle Huppert ?

Car au début du film, personne n'est sympathique. Qu'il s'agisse de Humeau, méprisant et hautain ; qu'il s'agisse de Jeanne, qui utilise les faiblesses honteuses du système judiciaire pour pousser ses "clients" à bout ;  Qu'il s'agisse des politiciens, cyniques et manoeuvriers.

Jeanne ne prend une dimension humaine qu'à partir du moment où sa toute-puissance se lézarde, dans sa vie privée où quand elle quitte le domicile familial à quatre heures du matin, elle demande à ses gardes du corps estomaqués de la conduire au bureau, ou dans sa mission qui verra le système l'écarter sous prétexte de promotion.

C'est du Chabrol. Incontestablement.
Même si (surtout au début), les dialogues trop écrits évoquent plus Mocky, même si la réalisation fleure parfois les années soixante-dix (quelques zooms venus d'un autre âge, découpage de l'écran quand deux personnages se téléphonent), le savoir-faire de Chabrol se manifeste dans l'essentiel : une narration tendue, débarassée de l'inutile ; un sens du cadrage qui isole les hésitations et les tics de ses personnages ; une ambiance qui s'impose grâce à une précision des détails.

Le film repose sur Isabelle Huppert, qui signe là sa sixième collaboration avec Chabrol, la première datant déjà de 28 ans. Physiquement frêle et vulnérable, elle porte le film comme Jeanne porte l'instruction contre vents et marées. Mais elle va plus loin qu'incarner un personnage, elle lui donne une dimension proche du fantastique, par l'intensité habitée d'un regard, par la cruauté d'un visage non maquillé dans la nuit , par l'ambiguité de ses relations avec le neveu de son mari.

Chabrol dit de son film qu'il est politique au même titre que "Les Bronzés 3", car "tout film est un film politique car il correspond à une conception du monde". Modeste, le survivant de la nouvelle vague, car "L'ivresse du pouvoir", entre crise des banlieues et séisme d'Outreaux, peut être vu comme une chronique acerbe et réaliste des conflits de pouvoir dans la France de ce début de XXI° siècle.

Cluny
par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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Samedi 18 février 2006

Film français de Danièle Thompson
Interprètes :
Cécile de France (Jessica), Valérie Lemercier (Catherine Versen), Albert Dupontel (Jean-François Lefort), Claude Brasseur (Jacques Grumberg), Christopher Thompson (Frédéric Grumberg), Dani (Claudie), Sydney Pollack (Sobinsky), Laura Morante (Valentine)
Durée : 1 h 46

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Note : 7,5/10
En deux mots : Comédie « à la française » enlevée, avec une unité de lieu et de temps judicieusement choisie, ce film n’échappe pas parfois à un excès de bons sentiments ; mais ça ne fait pas de mal !

La Réalisatrice : Née en 1942, Danièle Thompson est la fille de Gérard Oury et de de l'actrice Jacqueline Roman. Longtemps scénariste de son père pour ses plus grands succès, de «La Grande Vadrouille» à «Vanille Fraise», elle a aussi écrit pour d’autres, notamment Chéreau («La Reine Margot») ou Pinoteau («La Boum 1  et 2»). En 1999 elle passe à la réalisation avec «La Bûche», puis «Décalage horaire» en 2002.

La critique : Jessica est une «brave» fille de Mâcon, petite-fille aimante de sa mamie un peu gâteuse (Suzanne Flon dans son dernier rôle) qui rabâche dans sa  maison de retraite les souvenirs de sa vie de petite main du monde du luxe parisien.

Au culot, Jessica se fait embaucher dans le VIII° arrondissement comme extra au Bar des Théâtres, en face d’une salle de concert où Jean-François Lefort doit donner un concert, d’un théâtre où Catherine Versen prépare la première de «Ne t’promène donc pas toute nue» et d’une salle des ventes ou Jacques Grumberg s’apprête à vendre la collection d’art de toute sa vie, et tout ça le même soir à la même heure.

Candide au milieu de ce que Frédéric Grumberg dit ne pas être un quartier, Jessica va servir de révélateur et de lien entre tous ces personnages en crise. Lefort  n’en peut plus de donner des récitals devant un public privilégié, rêve de jouer dans les hôpitaux et les prisons, et met en danger son couple avec Valentine qui lui sert d’agent.

Lemercier triomphe à la télévision dans un soap, s’embrouille avec le metteur en scène de la pièce qui n’est autre que son ex ayant en plus choisi leur fille comme assistante, et rêve de tourner avec Sobinski  le rôle de Simone de Beauvoir.

Grumnerg quant à lui, refait sa vie avec un mannequin de quarante ans sa cadette, se dispute avec son fils universitaire mais cache aux deux son cancer.

A cela s’ajoute d’autres personnages : le tenancier du café, perpétuellement sur les nerfs, et la concierge de la salle de concert, ancienne de l’Olympia qui s’apprête à partir à la retraite.

La mode est aux films chorals. Depuis «Short Cut», le cinéma, et particulièrement le cinéma français, aime à filmer ces histoires qui s’entrechoquent au rythme de ces personnages qui s’entrecroisent. Dans le genre, «Fauteuils d’orchestre» est plutôt réussi, grâce au choix de cette unité de lieu entre ces trois salles publiques et le café qui leur sert de base arrière.

Les personnages sont assez convenus et prévisibles (le virtuose forcément en plein doute, la comédienne de boulevard qui aspire au cinéma scorsesien, le veuf inconsolable qui se console comme il peut) ; mais la place accordée à Jessica, Bécassine futée qui aide ces personnages à tomber les masques est une idée qui fonctionne bien, et chacun des acteurs donne de la consistance à son personnage (avec peut-être une mention spéciale à Dupontel et à Dani).

La réalisation est portée par la structure de l’histoire, avec un montage parallèle entre les trois actions simultanées. Certes, il n’y a pas de plans à faire pâmer un étudiant de la FEMIS, mais de bons vieux plans avec une bonne caméra posée sur pied ou sur dolly et non portée à l’épaule par un cadreur parkinsonien, ça fait du bien de temps en temps.

Quant aux happy ends multiples, d’autant plus artificiels qu’ils s’enchaînent miraculeusement, ils font partie de la loi du genre, et doivent être indispensables au large public visé par ce film. Mais ne boudons pas notre plaisir : on n’est pas non plus condamné à aborder le sida et la torture tous les samedis soir !

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2006
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