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Lundi 30 janvier 2006

Film français de Philippe Faucon
Interprètes :
Vincent Martinez (Roque), Ahmed Berrhama (Taïeb), Cyril Troley (Vergnat), Luc Thuillier (Sansot), Walid Bouzham (Ahmed), Medhi Yacef (Hachemi).
Durée : 1 h 25

http://www.figaroscope.fr/photos/19122_cinema_04.jpg

Note : 7,5/10
En deux mots : Chronique de la vie d'une section dans le sud-est algérien en 1960, ce film sobre s'interroge sur ce que peut signifier trahir pour des hommes pris entre leur peuple et leur uniforme.

Le Réalisateur : Philippe Faucon est né à Oujda au Maroc en 1958. Il a fait des études à l’Université d’Aix-en-Provence, région où il vit encore et qui a servi de décor à plusieurs de ses films.
En 1993, dans «Sabine», il raconte l’histoire d’une mère séropositive. «Muriel fait le désespoir de ses parents» (1995) aborde l’homosexualité, et «Samia» (2000) raconte la vie d’une jeune immigrée dans la banlieue marseillaise.

La critique : Algérie, 1960. La section du lieutenant Roque participe à des opérations de maintien de l’ordre dans la montagne : traque d’un groupe de fellaghas, fouille des villages, évacuation forcée de la population. Au poste, le quotidien est fait de tâches routinières : factions, surveillance du camp où les montagnards ont été regroupés, patrouilles.

La section compte quatre soldats musulmans. Si pour certains de leurs camarades métropolitains, ils restent des bougnoules, aux yeux de leur lieutenant, ils sont, comme vient de l’affirmer De Gaulle à Mostaganem, «des Français à part entière».Ils sont d’ailleurs bien utiles, dans cette guerre où les militaires font un travail de policier, et dans cette  région où malgré 130 ans de présence française, on ne parle que l’arabe.

Jusqu’au jour où un carnet trouvé sur un fellagha révèle que ces soldats algériens ont prévu d’égorger le lieutenant et de livrer le poste au F.L.N., seul gage acceptable pour que ce dernier leur accorde le pardon. Lentement, la suspicion s’installe de part et d’autre, et des comportements anodins jusque là (parler en arabe, composer des patrouilles systématiquement mixtes) confortent la méfiance et achèvent de saper une illusoire fraternité d’arme.

La trahison, ou plutôt les trahisons.
La trahison soupçonnée des quatre Algériens vis-à-vis de leurs compagnons et de leur parole.
La trahison des mêmes vis-à-vis de leur peuple, jetée à leurs faces par des femmes ou même des gamins qui les caillassent.
La trahison programmée de la France avouée par le lieutenant trop honnête pour leur promettre qu’ils ne seront pas abandonnés en cas de défaite –défaite que tout annonce, tant la population entière semble hostile.
La trahison du lieutenant lui-même, qui utilise le peu de confiance qu’il leur inspire encore pour les faire monter un par un dans le camion où les attendent les paras.

Au contraire du cinéma américain qui a très vite utilisé la toile de fond vietnamienne pour exorciser le spectre de la défaite, le cinéma français a été d’une grande timidité vis-à-vis de ses guerres coloniales, et particulièrement «les évènements d’Algérie».

«La Trahison» est un film sobre, voire dépouillé. Il est plus proche d’ «Avoir vingt ans dans les Aurès» que de «R.A.S.», le romanesque s’effaçant au profit d’une précision presque documentaire. Le récit est morcelé, fragmenté, et si des panneaux nous en indiquent la chronologie, le spectateur doit parfois reconstituer les morceaux du puzzle.

Ainsi, Philippe Faucon filme les scènes de combat comme doivent les voir les combattants, quelques coups de feu, une explosion au loin, un homme qui s’effondre. Puis les corps des fellaghas alignés, comme un tableau de chasse.

Cette distance renforce le doute par rapport aux accusations du renseignement militaire vis-à-vis de Taïeb et de ses camarades, et nous place au même plan que le petit lieutenant qui refuse de croire en ce qui semble pourtant évident. Et paradoxalement, cette épure rend l’histoire encore plus crédible, et de cette tension quasi douloureuse naît finalement l’émotion.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Mercredi 25 janvier 2006

Film américain de Steven Spielberg
Interprètes :
Eric Bana (Avner), Mathieu Kassovitz (Robert), Ciarán Hinds (Carl), Daniel Craig (Steve), Geoffrey Rush (Ephraim), Hanns Zischler (Hans), Mathieu Amalric (Louis), Michael Lonsdale (Papa)
Durée : 2 h 35

Munich.jpg 

Note : 7,5/10
En deux mots : La liste d’Avner…
Après la prise d’otage sanglante de Munich, un commando du Mossad traque pour les éliminer les Palestiniens qui ont commandité l’opération. Assassiner des assassins, est-ce se mettre au même niveau qu’eux, s’interroge Spielberg.
Naïf, démonstratif, américain. Mais quand même passionnant.

Le Réalisateur : Né en 1946 à Cincinnati, Steven Spielberg réalise en 1971 un premier téléfilm remarqué, «Duel». Son premier long-métrage de cinéma, «Sugarland Express» sort en 1974, un an avant son premier succès, «Les Dents de la Mer».
Grâce à ses premiers gains, il monte sa société de production, Dreamworks, et enchaîne les succès planétaires : «Rencontre du troisième type» (1978), «E.T.» (1982), la trilogie «Indiana Jones», «Jurassic Park» (1993), «La liste de Schindler» (1993), «Il faut sauver le soldat Ryan» (1998), «A.I.» (2001), «Minority Report» (2002).

La critique : En 1972, durant les Jeux Olympiques de Munich, un commando palestinien de Septembre Noir prend en otages onze athlètes israéliens. Très mal gérée par les Allemands, la crise se solde par le massacre des otages. Des Juifs tués en terre allemande, la nouvelle crée une émotion considérable en Israël.

Le premier ministre, Golda Meir, décide alors de former un commando de cinq hommes qui aura comme mission de retrouver et d’exécuter en Europe les onze Palestiniens jugés responsables de la prise d’otage. Avner est désigné pour diriger l’opération. Ses hommes et lui doivent abandonner patrie et famille, et peuvent compter sur un financement inépuisable pour mener à bien leur mission.

Pour retrouver les cibles, Avner doit composer avec différents informateurs, dans un milieu où tout s’achète, et où tout le monde renseigne tout le monde. Chaque exécution s’avère plus compliquée que prévue (le retour d’une petite fille, une charge explosive trop puissante, la présence d’agents russes ou américains). Mais surtout, le doute s’installe sur la légitimité de faire appel aux mêmes moyens que ceux utilisés par l’ennemi.

Pourtant, ils continuent, de Rome à Beyrouth, de Paris à Londres. Jusqu’au jour où de chasseurs, ils s’aperçoivent qu’ils sont à leur tour devenus des proies…

Steven Spielberg tourne beaucoup, sans doute trop. A côté de véritables réussites («La liste de Schindler», «Minority Report»), il commet des films  plus anodins («A.I.», «Terminal»), voir carrément ridicules («La Guerre des mondes»).

«Munich» commence par le début de la prise d’otage, vu du point de vue des Palestiniens. Puis une savante imbrication d’images d’archives et de reconstitutions nous déroule la crise en accéléré. Car le film commence réellement à Tel-Aviv, quand Golda Meir convoque Avner pour lui proposer la mission.

Pourtant, les différentes scènes de Munich viennent ponctuer tout le film sous forme de flash-backs, histoire de redonner du sens à une opération qui s’embourbe dans le quotidien de la mise à mort, et pour Spielberg, de répondre d’avance à la critique israélienne d’accorder trop de poids au point de vue arabe. Jusqu’à la scène finale, très décriée, où le montage montre en parallèle Avner faisant l’amour et l’exécution des athlètes, Eros et Thanatos résumé par Hollywood.

Dans son interview à Télérama, Spielberg déclare «En tant que Juif, j'ai été élevé dans l'idée que la plus grande forme du Bien, selon le Talmud, c'est de soulever des questions.» La question de la légitimité de la vengeance, bien sûr. En nous montrant leur première victime, traducteur des Mille et une Nuits en italien, qui explique dans une conférence «Je m'intéresse au lien entre la narration et la survie» (le propos de Spielberg à travers de nombreux films…), il nous présente d’emblée les cibles comme des êtres humains, avec des richesses insoupçonnées. Et le deuxième est un bon père de famille, soucieux de l’éducation de sa fille…

Quand la bombe qu’ils ont placée sous le lit de l’une de leurs victimes ravage tout un étage de l’hôtel, faisant des victimes innocentes, Spielberg ne pose-t-il pas aussi la question du mythe des frappes chirurgicales ? Et comment interpréter le dernier plan du film, à New York où Avner refuse de revenir en Israël, avec les tours du World Trade Center en arrière plan, comme une amorce de la guerre de revanche à venir ?

Alors certes, comme souvent, Spielberg use et abuse de certains effets narratifs (la fausse piste) ou esthétiques (les ralentis, les images Davidhamiltonniennes…), avec une représentation de l’Europe qui empeste l’album de clichés (le marché sur le Pont de l’Alma, la place Montmartre, la terrasse de trattoria à Rome, Londres sous la pluie…).
Mais la sincérité de son interrogation porte le film, et son indéniable maîtrise technique en fait une œuvre somme toute attachante.

Cluny

Addenda :

Après une bonne nuit de sommeil (et je m'étonne de me réveiller avec la migraine...), je pense qu'il y a aussi une lecture possible de "Munich" : celle de la métaphore du cinéma.

Comme dans "Jurassic Park", où Spielberg nous racontait l'histoire d'un type qui se vantait d'avoir "dépensé sans compter" (le rêve de tout réalisateur, le cauchemar de tout producteur, les deux casquettes de Spielberg) pour déboucher sur une catastrophe, "Munich" peut se lire comme une façon déguisée (et peut-être inconsciente) de raconter la difficulté de faire un film...

Là encore, pas de souci de financement (les comptes en Suisse étant réapprovisionnés à l'infini - à condition de ramener les factures...), mais toutes les difficultés du montage du projet : la composition de l'équipe serait le casting, la localisation des cibles serait l'écriture du scénario, les imprévus des opérations seraient les contraintes du tournage, et la solitude et les doutes d'Avner renverraient aux affrres du réalisateur Spielberg...
 
par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Lundi 23 janvier 2006

Film français de Eric Lartigau
Interprètes :
Kad et Olivier, Marina Foïs, Guillaume Canet, André Dussollier
Durée : 1 h 30

Ticket.jpg

Note : 6,5/10
En deux mots : Comédie à «l’esprit Canal» qui se veut une parodie des films de genre.
Quelques situations absurdes et quelques répliques qui font mouche.

Le Réalisateur : Assistant réalisateur aux côtés de Diane Kurys, Edouard Molinaro et Emir Kusturica, Eric Lartigau a fait ses armes à la télévision, aux  «Guignols de l’Info» où dans la série H, dont il a réalisé une saison entière.
C’est Dominique Farrugia qui lui a présenté Kad et Olivier, qu’il met en scène en 2002 dans «Mais qui a tué Pamela Rose».

La critique : Le gouvernement français a une idée de génie pour financer la conquête spatiale et la rendre populaire : lancer l’opération «Un ticket pour l’espace», qui permet à deux heureux gagnants de partir quinze jours dans la station orbitale française.

Sauf que l’un des gagnants, Guérin, petit génie de l’informatique, a réussi à pirater l’endroit où le ticket est mis en vente afin d’assouvir sa soif de vengeance, et que l’autre est un looser mythomane qui espère reconquérir sa femme et son fils (sa bataille !).

Les spationautes amateurs partent dans l’espace avec deux militaires et un scientifique. Mais là-haut, tout se dérègle quand Guérin prend le contrôle de la station et menace de l’envoyer s’écraser sur la France…

Dans «Mais qui a tué Pamela Rose», Kad  et Olivier, déjà scénaristes, s’étaient attaqués avec un certain bonheur à la parodie du film noir façon "Twin Peaks". Dans leur deuxième film, les références sont moins nombreuses, et si on reconnaît l’évocation de "L’étoffe des Héros", d’"Appolo 13" ou d’ "Alien" (avec un dindon mutant…), la veine parodique est nettement moins riche.

Cette comédie fait partie de tous ces films réalisés autour de comiques de la télévision habitués à des sketchs ou des numéros de courtes durée. Cela se ressent ici, car s’il y a quelques situations ou répliques réellement drôles (l’ordinateur de bord qui a la voix d’Enrico Macias !), l’ensemble manque d’unité, et plus grave pour une comédie, de rythme.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le passage le plus jubilatoire n’a rien à voir avec l’intrigue : Kad vient chercher son fils qui suit un cours de théâtre, mené par un prof (Thierry Frémont) halluciné qui terrorise les pauvres gamins en leur reprochant de ne pas comprendre Vitez et Stanislavski…

On ne s’ennuie pas vraiment, on rie ça et là, et on se dit : «Heureusement qu’on a la carte UGC…»

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Samedi 21 janvier 2006

Titre original : «Pride and Prejudice»
Film anglais de Joe Wright
Interprètes :
Keira Knightley (Elizabeth Bennet), Matthew MacFadyen (Darcy), Brenda Blethyn (Mrs Bennet), Donald Sutherland (Mr Bennet).
Durée : 2 h 05

Orgueil.jpg

Note : 8/10
En deux mots : Adaptation élégante et enlevée du roman de Jane Austen, ce film met en scène une pléiade d’excellents acteurs, emmenés par Keira Knightley, éblouissante.

Le Réalisateur : Joe Wright étudie les beaux-arts et la vidéo au Camberwell College of Arts et au Central Saint Martins College of Art and Design. Il réalise plusieurs miniséries télévisées, et obtient le BAFTA de la meilleur série dramatique en 2004 pour «Charles II: The Power and the Passion». Il a également réalisé plusieurs courts-métrages. «Pride and Prejudice» est son premier film.

La critique : Mme Bennet (Brenda Blethyn, la Cynthia de «Vérités et Mensonges») règne en mère-poule sur sa basse-cour de cinq filles, quatre dindes et un cygne… Sa préoccupation essentielle, et celle de quatre demoiselles Bennet, consiste à réussir à leur trouver un mari.
M. Bennet, patriarche bougon et désinvolte, est lui plus préoccupé par l’état de son cheptel.

La cinquième fille, Elizabeth, adore sillonner les paysages de la campagne anglaise de cette fin du XVIII° siècle. Elle a son franc-parler, et jette un regard à la fois amusé et réprobateur sur les savantes manoeuvres de sa mère.

Alors, quand M. Bingley et ses 5 000 livres de rentes annuelles vient prendre villégiature à proximité, Mme Bennet déploie tous ses talents pour précipiter sa fille aînée dans ses bras, avec d’abord un certain succès.

Elizabeth, elle, s’intéresse à M. Darcy, l’ami de M. Bingley.
Pourtant, lui est aussi réservé et rigide qu’elle est vive et directe, et leurs premières rencontres ne font que mettre en évidence ce qui les oppose, la sœur de M. Bingley (Kelly Reilly, garce à souhait) oeuvrant particulièrement dans ce sens.

Commence alors un chassé-croisé entre eux deux, sur fond de préjugés de classe et de malentendus, d’élans et de retraits, d’impulsion et de regrets…

Adaptation du roman de Jane Austen, «Orgueil et Préjugés» est une réussite. Par la qualité de sa réalisation tout d’abord. Pour un premier film, Joe Wright fait preuve d’une maîtrise technique, qu’il met au service de la narration. Le plan-séquence d’ouverture, qui suit Elizabeth au travers des entrelacs de la maison nous annonce la complexité des intrigues matrimoniales et le colin-maillard sentimental des deux héros.

Ou encore la scène du premier bal, filmé avec des longues focales, isolant brièvement tel ou tel personnage dans la foule et jouant brillamment de la profondeur de champ. Wright a déjà compris ce qu’est le cinéma : raconter autant avec ce qui est donné à voir qu’avec ce qui est donné à entendre.  

Par le soin apporté au contenu de l’image : on évolue au milieu de tableaux de Constable ou de Gainsborough, avec une précision de la reconstitution proche du modèle en la matière, «Barry Lyndon».

Par la qualité de la distribution : Judi Dench  (Madame Henderson) en Duchesse hautaine et tyrannique, Donald Sutherland en patriarche bienveillant, Tom Hollander, cousin britannique de Maurice Barthélémy, en clergyman ridicule venu illustrer la pensée de Jane Austen : «Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d'eux à notre tour ?»

Certes, Matthew MacFadyen campe un Darcy un peu transparent, plus à l’aise dans la morgue que dans les élans du cœur. Mais le film repose sur les (frêles) épaules de Keira Knightley, présente dans presque toutes les scènes.
La jeune actrice anglaise, révélée par son rôle de Jules dans «Joue-la comme Beckham», apporte son inépuisable énergie, incarnant à la perfection ce mélange de droiture et d’impertinence qui caractérise son personnage. A l'image d'une Julia Roberts, elle éclabousse le film de son rire mutin. Puisse ce rôle lui ouvrir un autre répertoire que celui où elle a été jusqu'à présent cantonnée...

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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Jeudi 19 janvier 2006

Titre original : Brokeback Mountain
Film américain de Ang Lee
Interprètes
: Heath Ledger (Ennis), Jake Gyllenhaal (Jack), Michelle Williams (Alma).
Durée : 2 h 14

http://v9.indiewire.com/ots/brokeback.jpg

Note : 7/10
En deux mots : Le cow-boy Marlboro est pédé… L’histoire de l’amour impossible entre deux cow-boys dans les années 60, filmé de façon très classique et un peu trop distancié par Ang Lee.

Le Réalisateur : Né en 1954 à Taïwan, Ang Lee a étudié le théâtre dans son pays natal avant de s’installer aux Etats-Unis en 1978. Il réalise son premier long-métrage en 1992, «Tui Shou», premier élément d’une trilogie qui sera complété par «Garçon d’honneur» (1993), puis «Salé sucré» (1994).
En 1995, il obtient l’ours d’or à Berlin pour «Raisons et sentiments». En 2000, il retrouve ses racines chinoises avec «Tigres et Dragons». Il manifeste son éclectisme en tournant «Hulk»  en 2002.

La critique : Wyoming, 1963. Jack et Ennis ne se connaissent pas quand ils sont engagés pour garder des moutons dans la montagne durant un été. Jack est brun, volubile, amateur de rodéo. Ennis est blond, taiseux, et fiancé à Alma.
Ils vont se découvrir au rythme des tâches répétitives de leur estivage ; Jack dort au campement, tandis qu’Ennis protège le troupeau de l’attaque des coyotes dans l’alpage. Jusqu’au jour où ils dorment ensemble, et que leur amour se révèle, immédiatement, physiquement, presque brutalement.

A leur redescente dans la vallée, chacun reprend sa route. Pas question d’affirmer son homosexualité dans cette société de cow-boys, frustres et virils. Ennis reste dans le Wyoming et se marie avec Alma, ils ont deux filles. Jack court les rodéos, et rencontre au Texas Lureen, la fille d’un riche marchand de matériel agricole qu’il finit par épouser.

Au bout de quatre ans, ils se retrouvent et repartent quelques jours vivre leur amour à Brokeback Moutain. Pendant vingt ans, ils répèteront ces parties de pêches dont ils reviennent toujours sans poisson…

Jack dit oui à tout le monde, à son beau-père tyrannique, à sa femme… Ennis ne sait que dire non : à Jack, à sa femme, à sa fille. Et si l’un réussit socialement alors que l’autre devient un de ces laissé-pour-compte de l’Amérique profonde, tous deux partagent la souffrance de ne pas pouvoir s’aimer au grand jour et de se voir gâcher leurs vies.

Lion d’or à Venise, vainqueur de quatre Golden Globe et favori pour les oscars, ce film est promis au succès. Longtemps interdite, puis réservée au cinéma indépendant, l’évocation de l’homosexualité est aujourd’hui suffisamment vendeuse pour attirer Hollywood.

Mais la force de ce film est justement de traiter cette histoire comme n’importe quel mélodrame romantique, au même titre que «Sur la route de Madison» ou «Ecrit sur du vent». Et la réalisation ultra classique de Ang Lee fait appel à tous les codes, non pas tant du western que du film du grand ouest, plus «Jérémiah Johnson» ou «Légendes d’Automne» que «Rio Bravo» ou «La Poursuite Infernale».

Pourtant, malgré tous ces ingrédients, on a du mal à rentrer dans leur histoire. Peut-être parce que la psychologie des personnages n’est qu’effleurée ; il faut dire qu’Ennis frise l’autisme, et qu’à côté de lui, Clint Eastwood dans ses rôles les plus taciturnes est une vraie pipelette !

Il est difficile de raconter vingt ans en deux heures. Ang Lee ne s’attarde pas sur les événements, élude plus qu’il ne fait appel à l’ellipse, il reste à distance, et le spectateur ressort avec de nombreuses questions tant sur les personnages que sur certains éléments clés de l’action.

C’est le début qui est le plus réussi. L’attente avant l’embauche, la montée vers l’alpage, la rencontre avec un ours, tout cela nous est dévoilé avec brio, par petites touches nerveuses. Malheureusement, ce rythme s’essouffle et la routine de leur vie s’impose au film lui-même.

Malgré une image superbe magnifiant les paysages des Rocheuses et une réalisation léchée, «Brokeback Moutain» laisse un goût d’inachevé et de distance que le spectateur ne se sent pas autorisé à franchir.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de janvier 2006
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