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critiques de juillet-août 2007

Mardi 3 juillet 2007 2 03 /07 /2007 15:43

Film israélien de Eytan Fox

Titre original : Ha-Buah

Interprètes : Ohad Knoller (Noam), Alon Friedman (Yali), Yousef Sweid (Ashraf), Daniela Wircer (Lulu)

Durée : 1 h 57

 

Note : 7/10

En deux mots :  Roméo et Juliette gay sur fond d’Intifada ; meilleur dans la chronique que dans le drame.

Le réalisateur : Né en 1964 à New York, Eytan Fox arrive en Israël à l'âge de deux ans. Après son service militaire, il entame une formation à l'Ecole de Cinéma et de Télévision de Tel Aviv. Il tourne en 1990 "Time Off", un moyen métrage sur la recherche par un soldat de son identité sexuelle. Il réalise son premier long en 1994, "Song of the Siren". Suivent "Gotta have heart" (1997), "Tu marcheras sur l'eau" (2005) et "Yossi et Jagger" (2005).

L'histoire :  Le dernier jour de son service militaire à un point de contrôle des Territoires Occupés, Noam essaie de sauver le bébé d’une Palestinienne qui vient de perdre les eaux, mais en vain. Dans sa tentative, il ne s’est pas aperçu qu’il a perdu ses papiers. Rendu à la vie civile, il retrouve à Tel Aviv ses colocataires, Lulu, vendeuse dans une parfumerie, et Yali, serveur dans un café branché.

Ashraf, un Palestinien qui a assisté à la scène du matin, vient lui rendre ses papiers ; c’est le début de leur histoire d’amour. Vu qu’Ashraf est clandestin en territoire israélien, Yali le fait engager comme serveur sous un prénom hébreu. Mais Ashraf doit retourner à Naplouse pour le mariage de sa sœur.

La critique :  "The Bubble", c’est la bulle que tente de maintenir au-dessus d’elle la jeunesse progressiste de Tel Aviv, ville créée par des Européens qui ne connaissaient rien à la Méditerranée, comme Noam l’explique à Ashraf le soir de leur rencontre. C’est une bulle faite de rave, d’alcool et d’insouciance, comme pour mieux ressembler à toutes les jeunesses occidentales, et surtout pour oublier que le pays est en guerre depuis sa création.

Des trois colocs, Yali est le plus engoncé dans cette bulle, puisqu’il refuse même de quitter Tel Aviv et le quartier branché de la Rue Shenkin, comme si au-delà, le pire était assuré. Et effectivement, dès la scène d’ouverture on sait que ce que les jeunes appellent bizarrement « la politique », et qui désigne le conflit isarélo-arabe, aura des conséquences dramatiques sur ce qui ailleurs constitue le sel de la vie : aimer, se marier, enfanter. La brutalité de cette scène inaugurale laisse planer la menace sur les quatre personnages, et l’on devine très vite que le bonheur ne pourra être que fugitif.

Car si la guerre se rappelle constamment aux trois jeunes Israéliens, au moins ils peuvent vivre leurs amours au grand jour, dans une société plus tolérante pour l’homosexualité que pour le pacifisme ; pour le Palestinien Ashraf, avouer son amour pour un homme, juif de surcroît, est impensable.

Eytan Fox a raconté que sa mère, décédée depuis, avait œuvré toute sa vie en faveur du rapprochement israélo-palestinien, et l’anecdote que Noam raconte sur la fête qu’elle avait organisée au square et qui avait été boycottée par les extrémistes des deux bords lui est réellement arrivée. Malgré cela, il n’a pas la même aisance pour filmer les deux côtés du mur de la honte ; si on le sent comme un poisson dans l’eau quand il raconte la vie à Tel Aviv, il n’évite pas la caricature quand il tourne à Naplouse, particulièrement avec le personnage du beau-frère islamiste, et on a l’impression de se retrouver dans le cinéma légèrement outrancier de Youssef Chahine.

Par contre, la description de la cohabitation des trois héros israéliens, entre "Friends" et "Clara Sheller", fonctionne à merveille avec les fous rires, les engueulades et les recours au règlement intérieur de la colocation. Les acteurs sont bons, notamment Daniela Wircer qui incarne une Lulu tendre et volcanique, dissimulant ses origines sous un accent digne de l’inspecteur Clouzeau afin de se faire passer auprès de la famille d’Ashraf pour une journaliste française.

Le précédent film d’Eytan Fox, "Tu marcheras sur l'eau", parlait déjà de la difficulté de comprendre le point de vue de l’autre, en l’occurrence celui de jeunes Allemands dont la famille avait participé à la Solution Finale, et on peut voir comme une passerelle entre ces deux films dans la pièce de théâtre que Noam et Ashraf vont voir, et où Lior Ashkenazi, l’acteur de "Tu marcheras sur l'eau", joue un déporté homosexuel à Auschwitz.

Aux côtés de réalisateurs comme Raphaël Nadajari ou Dalia Hager et Vidi Bilu, Ethan Fox montre que la relève d’Amos Gitaï est assurée au sein d’un cinéma israélien capable de décrire dans un langage universel les maux et les souffrances de ce pays si singulier.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Jeudi 5 juillet 2007 4 05 /07 /2007 15:15

Film américain de Robert De Niro

Titre original : The good Shepherd

Interprètes :  Matt Damon (Edward Wilson), Angelina Jolie (Clover), John Turturo (Ray Brocco), Robert De Niro (Le général Sullivan)

Durée : 2 h 47

 

 

 

Note : 5/10

En deux mots :  La naissance de la CIA jusqu’à la Baie des Cochons, au travers du destin d’un homme. Parfois intéressant, souvent longuet.

Le réalisateur : Né en 1943 à New York, Robert De Niro quitte l'école à seize ans pour suivre les cours d'art dramatique du Dramatic Workshop et suit l'enseignement de Lee Strasberg à l'Actors Studio où il rencontre Harvey Keitel. C'est Martin Scorsese qui lui donne ses premiers grands rôles, dans "Mean Streets", "Taxi Driver" ou "Raging Bull". Il a joué pour Coppola, Cimino, Terry Gilian, Sergio Leone, Tarantino ou Frankenheimer.

Il réalise son premier film en 1994, "Il était une fois le Bronx".

L'histoire :  En 1939, Edward Wilson est un brillant étudiant de l’université de Yale, marqué à six ans par le suicide de son père dont il a subtilisé la lettre qu’il n’a jamais ouverte. Intronisé dans le club Skull and Bones, il doit épouser Clover, la fille d’un sénateur qu’il a mis enceinte, alors qu’il aime Laura, une étudiante sourde.

Approché par le général Sullivan, il est envoyé à Londres pour apprendre le contre-espionnage aux côtés des services secrets anglais, puis pour participer aux activités de l’OSS. En 1947, quand la CIA est créée pour lutter contre les soviétiques, il est naturellement de l’aventure.

La critique :  Produit par Francis Ford Coppola, couronné par un Ours d’Argent à Berlin, traitant d’un sujet passionnant et toujours d’actualité, le deuxième long métrage de Robert De Niro possède a priori toutes les qualités pour faire un grand film. Pourtant, au sortir de ces 2 h 47 labyrinthiques, on reste sur sa faim, avec l’impression d’avoir été cantonné dans l’antichambre du sujet.

Les premiers plans du film nous montrent Edward Wilson chez lui, en train de rentrer précautionneusement la maquette d’un clipper dans une bouteille alors que la radio diffuse un communiqué du gouvernement Kennedy déclarant haut et fort qu’en aucun cas il n’interviendra à Cuba. Puis notre homme sort de sa maison typiquement américaine, prend démocratiquement le bus où un gamin lui demande la monnaie d’un dollar. Il arrive ensuite à son bureau, dans les sous-sols d’un bâtiment officiel, donne le billet à un de ses adjoints qui consulte un liste de codes dont un correspond au numéro du billet, et reçoit un appel de la Maison-Blanche qui lui donne le feu vert pour l’opération anticastriste de la Baie des Cochons.

La présence des troupes cubaines à proximité du lieu du débarquement qui se transforme alors en fiasco prouve qu’une fuite a eu lieu au sein même de la CIA. L’enquête qui s’ouvre alors donne le départ d’un long flash-back qui démarre en 1939, avec l’intronisation d’Edward dans une sorte de loge maçonnique digne d’"Eyes Wide Shut". S’imbrique alors un autre flash back sur le suicide de son père, acte fondateur de toute la narration.

Car si celui-ci a commis cet acte suite à des accusations de corruption, son fils dissimule la lettre qui explique son geste, et la conserve sans l’ouvrir. Cette relation père-fils marquée par le doute structure toute le récit, que ce soit dans la recherche de pères de substituts dans une activité où il est pourtant illusoire de chercher à nouer de vraies relations personnelles, ou dans le rapport d’Edward avec son propre fils. Le titre original, "The good Shepherd", illustre bien mieux cet angle de vue que le très banal "Raisons d’Etat" qui ne retient du film que la toile de fond politique.

Idéaliste et convaincu des valeurs de l’Amérique – ou en tous cas de l’Amérique WASP, car les autres « ne sont que de passage », dit-il -, il n’hésite pas à dénoncer son professeur à Yale coupable d’amitiés pro-nazis, justifiant cette trahison par le fait qu’il se soit approprié un poème de Stikney.

Cette conviction d’être du côté du bon droit l’éloigne six ans de sa femme et de son fils ; elle l’entraîne surtout à commettre les mêmes actes que ceux qu’il reprochait au camp d’en face, jusqu’à trahir tout ceux qui l’ont aimé.

Visiblement, Robert De Niro a délibérément embrouillé le récit, pour placer les spectateurs dans le même état de doute et d’incompréhension que ses protagonistes, préférant se centrer sur les conflits intérieurs d’Edward. Et de fait, nous cherchons à progresser dans ce dédale de la même façon que lui déniche dans un chapeau un ticket de blanchisserie qui le conduit à récupérer sous une chemise un dossier dont nous n’entrevoyons que la couverture. Ces jeux de pistes à la John LeCarré, bien loin des scènes d’action hi-tech des films d’espionnages récents, finissent par nous égarer, d’autant qu’en multipliant les intrigues imbriquées et les faux semblants, Robert De Niro semble se désintéresser de la recherche d’une vérité de toute façon relative.

Même si l’on comprend pourquoi De Niro a voulu un rythme aussi étiré, "Raisons d’Etat" souffre de cette austérité ; et il est paradoxal –et pour tout dire un peu frustrant- de voir un des comédiens les plus flamboyants d’Hollywood demander à ses acteurs un jeu aussi épuré. Le soin apporté à une photographie glacial renforce cette impression de distance et d’extériorité, comme si les dossiers présentés n’avaient pas été complètement déclassifiés. Dommage, car en évitant la dispersion vers le thème omniprésent dans le cinéma américain de la recherche du père, il y avait matière à faire un film passionnant.

Cluny


 

 

Par Cluny - Publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /2007 16:10

Film américain de Tom DiCillo

Interprètes :  Steve Buscemi (Les Galantine), Michael Pitt (Toby), Alison Lohman (K'Harma Leeds), Gina Gerson (Dana)

Durée : 1 h 47

 

Note : 4/10

En deux mots : Satire bien trop sage et parfois lourdingue des comédies romantiques pour teenagers. 

Le réalisateur : Né en 1954 à Ancone (Italie), Tom DiCillo décroche un masters de réalisation à l'université de New York en 1976. Après avoir été acteur puis directeur de la photographie pour Jarmusch, il réalise en 1992 son premier long métrage, "Johnny Suede", qui révèle Brad Pitt. Il tourne ensuite "Box of Moonlight" en 1996, dont le tournage à rallonge lui inspire "Ça tourne à Manhattan". Il réalise en 2002 "Bad luck".

L'histoire :  Toby est SDF à New York. Au hasard de ses errances, il croise Les Galantine, paparazzo minable en quête du cliché qui le rendra riche et célèbre, méprisé des stars, des attachés de presse et même de ses parents. Les prend Toby comme assistant, et l’entraîne avec lui dans ses coups foireux et ses plans improbables. Jusqu’au jour où Toby croise la chanteuse K’Harma ; entre eux deux, c’est le coup de foudre. K’Harma invite Toby à une fête pour son anniversaire, où Les vient en ayant promis à Toby qu’il ne prendrait pas de photos…

La critique : Tom DiCillo a déclaré : « Notre monde est de plus en plus fasciné par la célébrité et le show business, et je suis moi-même de plus en plus fasciné par cette fascination. » Soit. On comprend donc le choix de ce sujet, et la volonté satyrique du réalisateur. Certains passages confirment ce propos, comme celui où les assistants de K’Harma lui lisent la lettre de ses parents qui annoncent leur intention de réclamer 7 millions de $ pour ses frais d’éducation, ou le clip de la même K’Harma, où elle débite ses paroles sirupeuses en sous-vêtements de cuir sur un ring de boxe en dansant une choré digne de Kamel.

Mais à vouloir parodier les contes de fées des tabloïds, DiCillo finit par tomber dans le travers qu’il entend stigmatiser, et la dénonciation se limite trop souvent à un humour pesant, style Elvis Costello himself annonçant qu’il prépare une comédie musicale sur la vie de Britney Spears, ou les parents de Les se scandalisant que leur fils ait osé photographier une vedette de série télé en pleine érection.

DiCillo aligne consciencieusement tous les poncifs du genre La princesse et le Ramoneur, et on attend sagement le grain de sable qui dynamitera le gâteau rose bonbon. Quand Les se sent trahi par Toby devenu star d’une série pour ados, et qu’il bricole un vieux Leica en flingue d’agent secret bulgare, on espère que Tom DiCillo et lui iront jusqu’au bout et que le récit se rapprochera enfin d’une version Fan de de "La Valse des Pantins". Las, tout rentre dans l’ordre, et on se retrouve avec une morale diablement ambiguë, où une nouvelle fois le rêve américain a fonctionné, et où Les semble finalement se contenter de l’aumône d’un salut de sa nouvelle star d’ex-pote.

Certes, on retrouve par moment ce qui faisait le charme de "Ça tourne à Manhattan" : la tendresse pour la mauvaise foi des mégalomanes, la fascination pour le système D et la carabistouille élevés au rang de stratégie, l’insertion du récit dans la vie new-yorkaise. La manière de filmer est la même, avec la caméra portée à l’épaule, la mise au point qui se cherche, et une image aux contrastes saturés. Certains détails font sourire, comme ces têtes de rongeurs présentés sous forme de trophées de chasse, ou la manie de Les d’énoncer une règle n° 1, jamais la même.

Mais ces qualités ne font pas oublier la déception qui se transforme parfois en gêne devant le jeu sans nuance de Steve Buscemi, dont les mimiques outrées finissent en troubles obsessionnels compulsifs. Trop sage, trop conventionnel, trop prévisible, "Delirious" ne confirme pas les promesses de "Ça tourne à Manhattan", et ne ressort finalement pas du lot des teen movies qu’il prétendait pourtant caricaturer.

Cluny

 

Par Cluny - Publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Vendredi 13 juillet 2007 5 13 /07 /2007 17:58

Film américain de David Yates

Interprètes :  Daniel Radcliffe (Harry Potter), Emma Watson (Hermione Granger), Rupert Grint (Ron Weasley), Ralf Fiennes (Lord Voldemort)

Durée : 2 h 18

 

Note : 6/10

En deux mots : Adaptation sans surprise et sans grand relief de la cinquième aventure de l’Antoine Doinel de la sorcellerie

Le réalisateur : Né en 1963 à Saint-Helens (Angleterre), David Yates a été pendant des années réalisateurs pour la BBC. Il a tourné son premier long-métrage de cinéma en 1998, "The Tichborne claimant". C'est son téléfilm politique "The Girl in the Cafe" qui lui vaut un Emmy Awards et le fait remarquer par les producteurs de Harry Potter.

L'histoire :  Alors qu’il rentre en 5° année à Poudlard, Harry découvre que le monde des sorciers refuse de croire au retour de Voldemort. Le ministère de la Magie a même désigné Dolores Ombrage comme nouveau professeur de défense contre les forces du mal, pour qu’elle contrôle Dumbledore. Bientôt nommée inquisitrice, elle refuse d’enseigner les sortilèges à ses élèves, tout en s’acharnant contre Harry.

Amer, celui-ci comprend que Dumbledore l’évite et il se sent exclu de l’Ordre du Phénix qui lutte contre les Mangemorts. Avec l’aide d’Hermione et de Ron, il décide de regrouper les élèves décidés à se battre au sein de l’Armée de Dumbledore, pur leur apprendre les sortilèges qu’il connaît.

La critique : Voici donc le cinquième opus de la saga du petit sorcier à lunettes. Il s’agit d’une expérience littéraire et cinématographique différente des autres sequels que nous inflige le cinéma d’aujourd’hui, vu que dès le départ on savait qu’il y aurait sept tomes, et que le dernier chapitre de l’ultime épisode a été écrit par J.K. Rowling avant même la publication du premier livre.

La particularité de cette démarche entraîne toute une série de conséquences. Tout d’abord, au lieu de devoir gérer comme dans "Shrek" ou "Pirates des Caraïbes" une inflation de personnages qui diluent l’intrigue, la ligne narrative reste centrée sur le trio Harry-Hermione-Ron, ainsi que sur la révélation progressive du lien qui unit Harry au Seigneur des Ténèbres, et à l’inévitable disparition de l’un d’eux –ou des deux ? Réponse le 21 pour les anglicistes… - Des personnages passent, adjuvants momentanés, comme Cho Chang. D’autres disparaissent, un par épisode à partir de "La Coupe de Feu". D’autres enfin prennent de l’importance, comme Neville, Luna ou Ginny, invités ici à participer au duel final du Département des Mystères.

Deuxième conséquence, l’évolution de la tonalité de la saga. Non seulement celle-ci évolue avec le cursus de la promo d’Harry, mais la différence de rythme entre la croissance biologique des acteurs et celui de la production de tels films, nécessitant chacun deux ans entre la préparation et le tournage, débouche sur une maturation accélérée : difficile de donner 14 ans à Daniel Radcliffe ou à Emma Watson (quant à Rupert Grint, cela fait déjà deux épisodes que sa mue pubertaire est achevée). Nous sommes loin de l’univers enchanté du premier film, où seule la dernière séquence annonçait la violence du combat engagé. D’ailleurs, la tonalité se manifeste déjà par la température de couleur : depuis le "Prisonnier d’Azkaban", les teintes chaudes des couloirs de Gryffondor éclairés à la torche ont laissé la place à une palette digne des détraqueurs. Et il est donc cohérent que le sentiment adolescent d’injustice et d’abandon d’Harry domine ce dernier film, toutefois de façon moins pesante que dans le livre.

Troisième remarque : malgré la succession des réalisateurs, l’unité de l’ensemble est maintenue. Entre la précision des romans de J.K. Rowling, dont le nombre de pages augmente à chaque tome, et une charte plastique incontournable, il y a visiblement peu de place pour l’expression personnelle du metteur en scène, à l’exception peut-être d’Alfonso Cuaron qui avait su profiter du virage narratif du "Prisonnier d’Azkaban"  pour exprimer avec maestria la noirceur qu’on peut retrouver dans "Le Fils de l’Homme". Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les producteurs ont préféré à Jean-Pierre Jeunet, un instant pressenti, et qui avait pourtant montré sa capacité à intégrer une saga avec "Alien 4", le néophyte David Yates moins susceptible de trop marquer le film de son empreinte.

L’augmentation du nombre de pages des livres a conduit à des ellipses, voire même à des coupes sombres : le rôle de Kreattur et l’histoire de la famille de Sirius Black sont à peine effleurés, alors que la visite aux parents de Neville à l’Hôpital Sainte-Mangouste est carrément supprimée ; quant à l’évocation de l’humiliation de Severus Rogue par le jeune James Potter, elle nous est juste montrée de manière incidente, alors que cet événement explique pourtant la haine du professeur de potions contre Harry, et que dans le livre, celui-ci est secoué par la vision de la méchanceté d’un comportement bien éloigné du mythe familial.

Ce cinquième film pâtit des faiblesses du livre, à mon avis le moins bon des six déjà parus. Apparemment abandonné de Dumbledore, éloigné de Sirius, injuste avec ses amis, Harry fait du surplace, et l’intrigue aussi. L’essentiel du récit repose sur sa confrontation avec Dolores Ombrage, qui apparaissait dans le roman comme une sorte d'Annie Wilkes (l'héroïne de "Misery"). Le choix d’en faire un ectoplasme de Barbara Cartland affadit le duel, même si la vision de son bureau aux murs couverts d’assiettes où se prélassent des matous, ou celle de Rusard couvrant une paroi des édits de l’inquisitrice sont assez réjouissantes.

Les meilleurs passages sont sans doute les essais balbutiants des élèves de l’Armée de Dumbledore, où David Yates réussit à restituer les petits riens qui font le sel d’un apprentissage, les fous rires des filles, la mine vexée des garçons et la joie de tous quand Neville le balourd réussit enfin son sortilège.

On espère simplement que pour les deux derniers épisodes, les producteurs accepteront de miser sur le savoir faire d’un grand réalisateur plus que sur l’accumulation d’effets spéciaux afin de rendre pleinement justice à une œuvre qui a su comme son héros s’émanciper des codes de l’univers enfantin pour viser une autre dimension.

Cluny

 

Par Cluny - Publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mardi 17 juillet 2007 2 17 /07 /2007 21:22

Film franco-algérien de Nadir Moknèche 

Interprètes : Biyouna (Mme Aldjéria), Aylin Prandi (Paloma), Nadia Kaci (Shéhérazade), Daniel Lundh (Ryiad)

Durée : 2 h 14

Note : 5 /10

En deux mots : Petites combines mafieuses dans l'Algérie d'aujourd'hui, filmées mollement par Nadir Moknèche.

Le réalisateur : Né en 1965, Nadir Moknèche a fait ses études en France. Il a réalisé "Le Harem de Mme Osmane" en 2000, et "Viva Laldjérie" en 2004.

L’histoire : Dans l’Algérie contemporaine, Madame Aldjéria tient une agence d’un genre un peu particulier : avec l’aide d’un avocat, elle précipite une de ses filles dans les bras d’hommes mariés pour les prendre en flagrant délit d’adultère et obtenir le divorce pour ses clientes. Il ne lui reste plus que quelques coups à faire avant de pouvoir réaliser son rêve : racheter à l’Etat les thermes de Caracalla et les rouvrir sous le nom de Thermes Aldjéria.

M. Bellil, le propriétaire du cinéma l’Alhambra lui résiste, et ne se laisse séduire par aucune des filles que lui envoie Mme Aldjéria. Celle-ci repère Rachida qui lui a servi un délice Paloma dans un salon de thé ; elle est convaincue que c’est elle qui réussira à conduire M. Bellil au constat d'adultère.

La critique : Grave cas de conscience devant un film tel que "Délice Paloma" : doit-on l’analyser et donc le critiquer comme n’importe quel film, ou bien lui accorder un statut spécial du fait du contexte politique et des difficultés de réalisation dans son pays d’origine ? C’est cette seconde option qu’ont visiblement choisi de nombreux critiques, à Télérama ou au Nouvel Obs, qui le présentent comme un "audacieux tableau de la société algérienne d’aujourd’hui" (Pascal Mérigeau).

J’ai choisi pour ma part de regarder "Délice Paloma" comme tous les autres films critiqués sur ce blog, et le résultat est loin d’être aussi dithyrambique. J’avais pourtant aimé "Viva Laldjérie", porté par l’interprétation incandescente de Lubna Azabal, et la destinée à la fois simple et complexe de cette femme qui aspirait à vivre pleinement sa jeunesse dans une société encore traumatisée par quinze ans de terrorisme et de guerre civile m’avait touché, me faisant oublier les nombreuses maladresses de la réalisation.

Dans "Délice Paloma", on ne retrouve plus cette simplicité, et tout est appuyé de façon pesante. La construction narrative d’abord, avec un long flash back souligné par la voix off de Biyouna, aperçue à sa sortie de prison dans son jogging informe aux couleurs de l’Algérie. Il y a une redondance permanente entre les commentaires et les images, un peu comme ces BD franco-belges d’après guerre avec une cartouche expliquant ce que le héros faisait dans la case en dessous.

Les mêmes critiques se sont extasiés devant la performance de Biyouna, déjà vue dans "Viva Laldjérie". Son interprétation surjouée dans ce film pouvait alors passer, étant adaptée à son personnage d’ancienne danseuse de cabaret ruminant son passé. Ici, elle en fait des tonnes, et l’admiration que lui voue apparemment Nadir Moknèche n’arrange rien, vu que la moindre de ses minauderies est soulignée par le ralentissement d’un rythme déjà bien raplapla. Le reste de la distribution est à l’avenant, à l’exception appréciable d’Aylin Prandi qui joue Paloma, et dont le naturel et la grâce sautent d’autant plus aux yeux qu’on a l’impression de voir une statue s’animer au milieu du Musée Grévin.

Et puis, que c’est long ! 134 minutes pour une histoire de corruption et d’adultère manigancé, ça fait quand même beaucoup pour pas grand-chose, d’autant que le réalisateur finit par s’emmêler lui-même les pinceaux dans ces petites combines ; certaines scènes, comme celle du Miami, semblent avoir pour seule justification de mettre en valeur la chanson du film, sans avoir la fluidité des comédies musicales égyptiennes auxquelles elle fait référence.

Alors oui, Délice Paloma a certainement une signification particulière pour les spectateurs algériens, quand il montre la corruption du controleur de l’hygiène au ministre des droits de l’homme, l’islamisation rampante de la société symbolisée par l’évolution de Shéhérazade d’escort girl en "corbeau", ou le statut d’incapable majeure réservée aux femmes dans le code de la famille.

Mais une intention généreuse et une indéniable tendresse pour les personnages ne suffisent pas à faire un film, surtout en l’absence de direction d’acteurs et de montage serré ; qu'on est loin d'Almodovar auquel Moknèche a parfois été comparé...

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de juillet-août 2007
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