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Samedi 18 août 2007

Film sud-coréen de Kim Ki-Duk

Interprètes : Seong-Hyeon-a (See-Hee 2), Jung-woo Ha (Ji-woo), Ji-Yeong Park (See-Hee 1)

Durée : 1 h 37

Note : 7/10

En deux mots : Kim Ki-Duk l'éclectique s'attaque aux ravages causés par le temps dans la relation amoureuse ; une idée de départ brillante, mais le film traîne un peu en longueur.

Le réalisateur : Né en 1960 dans un village de montagne, Kim Ki-Duk arrive à Séoul à l'âge de 9 ans. Tour à tour ouvrier, marines puis moine, il part en France étudier la peinture, où il découvre le cinéma. De retour en Corée en 1993, il écrit des scénarios avant de réaliser son premier film en 1996, "Crocodile" qui raconte sa propre vie. A partir de là, il réalise un film par an, dont "Wild Animals" qu'il tourne à Paris en 1997, "L'Ile" (2000), "Adresse Inconnue" (2001), "The Coast Guard" (2003), "Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps" (2003), "Locataire" (2004) et "L'Arc" (2005).

L'histoire : See-Hee et Ji-Woo sortent ensemble depuis deux ans, et See-Hee sent le désir de son compagnon qui s'émousse ; elle fait des crises de jalousie, lui reproche de penser à d'autres filles quand ils font l'amour, et brusquement, elle disparaît sans laisser de traces. Ji-Woo la cherche, ses amis tentent de lui présenter des filles, mais il n'arrive pas à l'oublier.

Sur le ferry qui le conduit au parc aux sculptures où il allait avec See-Hee, il remarque une fille avec un masque ; plus tard, il la retrouve comme serveuse dans le café où il retrouvait See-Hee. Il ne sait pas que c'est See-Hee qui a subi une opération de chirurgie esthétique.

La critique : Le générique de début s'inscrit sur fond noir alors que résonne un tic-tac ; puis en très gros plan, la préparation d'une opération esthétique : le chirurgien trace des pointillés noirs sur la peau, un goutte-à-goutte distille le produit anésthésiant, puis des images crues des chairs charcutées. Une femme portant un masque pousse ensuite la porte de la clinique dont les battants affichent les images de deux demi-visages différents, elle sort dans la rue, hagarde, elle est percutée par une passante, et le portrait qu'elle tenait contre elle tombe et vole en éclat.

Ces deux premières minutes donnent le ton du dernier film de Kim Ki-Duk : un rythme nerveux, fait de scènes courtes, de récurrence d'actions et de symboles, une narration où l'enjeu n'est pas la réalité de telle ou telle action (dès le début, on sait que See-Hee s'est fait opérer) mais ce que ressentent les personnages.

Belle idée de scénariste que celle de cette femme qui tente de combattre l'érosion du désir et l'usure du temps en repartant à zéro, et en tentant de séduire une deuxième fois le même homme. Kim Ki-Duk représente ce temps qui s'écoule par la répétition des lieux (le café, le ferry, le parc aux statues et notamment la sculpture des mains-escalier), des objets (les photos, les lettres, les messages sur le portable) et des actions (la dispute, l'opération, la séduction).

Ayant vu "Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps" il y a peu, et malgré les différences entre les deux films, j'ai retrouvé aussi des constantes : la giffle, le masque dérisoire (ici le mot "fermeture", là la photographie de celle qu'elle était avant), la femme à la tête couverte d'un foulard, la porte à doubles battants qui donne accès à un autre monde...

On est pris par ce tourbillon, un peu agacé par l'hystérie et la jalousie de See-Hee, un peu désolé du manque de clairvoyance de Ji-Woo ; on passe de scènes drôles, comme la séduction par le maniement du balai, à des scènes poétiques, comme celle très courte d'une petite fille déguisée en ange qui vient apporter un message, ou celle où See-Hee découpe des visages glamour dans un magazine, préfiguration du charcutage qu'elle va subir.

Mais le film s'essouffle aux deux-tiers, quand il découvre l'identité de celle qu'il vient de séduire, et qu'à son tour il disparaît. La répétion cyclique devient un enfermement étouffant, et même si on comprend qu'est en jeu l'application de la loi du talion, oeil pour oeil, visage pour visage, on ne sait plus si c'est See-Hee ou Kim Ki-Duk qui ne trouve plus la sortie, et nous avec.

On est très loin de l'univers contemplatif de"Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps", et le jeu des comédiens n'est pas toujours à la hauteur ; mais "Time" malgré ses imperfections offre une réflexion vertigineuse sur l'identité et la résistance à l'usure, et il reste le film captivant d'un cinéaste décidément très éclectique.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Jeudi 16 août 2007

Film français de Céline Sciamma 

Interprètes : Pauline Acquart (Marie), Louise Blachère (Anne), Adèle Haenel (Floriane)

Durée : 1 h 40

Note : 6,5/10

En deux mots : Premier film très écrit mais plutôt réussi sur les émois de trois adolescentes.

La réalisatrice : Née en 1980, Céline Sciamma a grandi en banlieue parisienne. Après des études de littérature, elle rentre à la FEMIS dans la section scénario. Elle présente celui de "Naissance des Pieuvres" au concours de fin d'études, et il est remarqué par Xavier Beauvois, membre du Jury.

L'histoire : Marie a 15 ans, c'est l'été et elle s'ennuie. Elle suit sa copine Anne qui participe à un gala de natation synchronisée. Marie est subjuguée par la prestation de l'équipe junior, où figure Floriane; elle veut s'inscrire, mais elle doit attendre la rentrée. A une fête, elle aborde Floriane, et lui demande si elle peut assister à leur entraînement. Anne accepte, mais lui demande un service en retour : qu'elle vienne la chercher pour qu'elle puisse retrouver un garçon de l'équipe de water-polo, François.

La critique : Drôle de titre que "Naissance des Pieuvres" ; comme le film se déroule dans le milieu de la natation synchronisée, entre bassin et vestiaires, on peut croire que les pieuvres, se sont ces mouvements ultra-physiques des jambes (le  rétropédalage) que font les nageuses sous l'eau, et qui s'opposent à la grâce de ceux qu'elles font à l'air libre. Quand Marie plonge la tête sous l'eau, nous découvrons ces mouvements quasi mécaniques, et il y a une dimension fantastique, renforcée par la musique légèrement angoisante de Para-One, à base de synthés d'un autre âge.

Mais la véritable explication est autre, donnée par Céline Sciamma : "Pour moi, la pieuvre est ce monstre qui grandit dans notre ventre quand nous tombons amoureux, cet animal maritime qui lâche son encre en nous. C’est ce qui arrive à mes personnages dans le film, trois adolescentes, Marie, Anne et Floriane. Et justement, la pieuvre a pour particularité d’avoir trois cœurs." (ce qui est rigoureusement exact d'un point de vue anatomique.)  

Car le sujet de ce film, c'est la naissance de l'amour à l'âge de l'adolescence, et du côté des filles. Les garçons ne sont là que comme partenaires éphémères, réels ou fantasmés, et puisque nous sommes à la piscine, ce sont surtout les membres de l'équipe de water-polo, reconnaissables à l'étrange coutume qui les pousse à se mettre leurs maillots de bains sur la tête lors des fêtes.

Peu de garçons, donc, et aucun adulte, un peu comme dans "Elephant". Les trois filles entrent et sortent de chez elles par la porte-fenêtre de leur chambre (avantage des lotissements très middle-class américaine de Cergy), et jamais nous ne croisons leurs parents, l'exceptionnelle liberté dont elles jouissent étant surtout scénaristique : Céline Sciamma a expliqué qu'il était important que les spectateurs n'aient rien d'autres pour s'identifier que les trois filles. De même, elle a voulu souligner l'intemporalité de l'histoire, avec le décor de ville nouvelle sans âge, des vêtements hors des modes et aucun téléphone portable, ce qui est une première depuis des années pour un film contemporain.

Les trois filles représentent donc trois catégories précises : Anne est la bonne copine un peu boulotte et très enfantine, le souffre-douleur idéal ; elle est croyante, se signe avant de nager et enterre son soutien-gorge dans le jardin du garçon désiré. Floriane est la belle gosse qui a choisi le créneau salope pour faire enrager les autres filles, mais qui n'arrive pas à franchir le pas ; Céline Sciamma raconte qu'elle avait "vraiment envie de parler du drame vécue par les belles filles. Le cinéma en général célèbre la beauté des filles, et j'avais envie d'y participer, mais il semble qu'il y a là un vrai sujet, et que le cinéma est un instrument idéal pour en parler."

Et puis il y a Marie, qui est physiquement une ébauche préadolescente de Floriane (ce que nous montre l'affiche), et qui est à la fois le regard du spectateur sur toute l'histoire. J'ai eu un peu peur au début devant le jeu archétypal de Pauline Acquart qui l'incarne, tout en lippe boudeuse et en regard sombre, mais heureusement au fur et à mesure qu'elle sent naître la pieuvre en elle, elle gagne en nuances et en crédibilité.

Le choix du milieu de la natation synchronisée donne au film une colonne vértébrale, narrative et plastique. Comme Marie, Céline Sciamma a assisté adolescente à un gala. "Il m'avait fait une très forte impression, mais je n'arrivais pas vraiment à discerner pourquoi. J'étais persuadée que j'avais raté ma vie et que j'aurais dû faire ça. Au bout de quelques jours, je me suis aperçue que j'avais été impressionnée par des filles qui, au même âge que moi, étaient déjà dans la concrétisation et dans la prouesse. Et moi je n'étais, au mieux, qu'une promesse." La piscine est aussi un lieu hautement cinématographique (même si c'est un cauchemar technique d'y tourner, j'ai déjà donné), et la réalisatrice évoque elle même cet autre film sur l'adolescence, "Deep End" de Jerzy Skolimoski.

Il faut souligner la grande maîtrise des codes de couleur : le bleu de la piscine domine le film, bleu qu'on retrouve dans la lumière de l'aube des retours d'escapades ou de la fête finale, et il s'oppose au rouge de la boîte où Floriane entraîne Marie pour qu'elle soit le témoin de son déflorage.

Il y a bien des maladresses dans ce premier film, et surtout ce premier film d'une scénariste, avec des choix de cadre, de mouvement ou de montage très intellectualisés, qui fait qu'on les regarde en se disant : "Tiens, elle a voulu nous dire ça". Mais ces maladresses sont aussi à l'unisson de celles de ses héroïnes et si elles peuvent parfois faire écran, jamais elles n'agacent.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mercredi 15 août 2007

Film américain de Robert Rodriguez

Titre original : Grindhouse: Planet Terror

Interprètes : Rose McGowan (Cherry Darling), Freddy Rodriguez (Wray), Josh Brolin (Dr. William Block), Bruce Willys (Lt Muldoon)

Durée : 1 h 45

Note : 7/10

En deux mots : Dans son exercice Grindhouse, Robert Rodriguez réussit à mettre plus de rythme et de portninwak que son compère Tarantino.

Le réalisateur : Né en 1968 à San Antonio, Robert Rodriguez réalise dès l'enfance des courts métrages avec l'aide de ses frères et soeurs. Diplômé de l'Université du Texas, il remporte de nombreux prix avec l'un d'entre eux, "Bedhead", ce qui lui permet en 1992 de tourner un premier long métrage, "Mariachi", qui connaîtra une suite en 1995 avec "Desesperado", qui met en scène Antonio Banderas et Selma Hayek. Il tourne ensuite "The Faculty"(1999), "Spy Kids 1 et 2" (2001, 2003), et "Sin City" (2005), d'après la BD de Franck Miller. 

L'histoire : Cherry Darling, une go-go danseuse démissionnaire, se fait arracher la jambe par des zombies. Son ex-copain, Wray, la conduit à l'hôpital où les médecins Dakota et William Block constatent que de nombreux patients arrivent, frappés par une gangrène foudroyante. Le shériff doit faire face à son tour à une attaque de zombies, et tous se regroupent pour échapper à ces mutants sanguinaires, et remonter à la source de l'épidémie, une ancienne base de l'armée où des vétérans de l'Afghanistan et de l'Irak tentent de survivre à la contagion...

La critique : "Planète Terreur" est donc après "Boulevard de la Mort" le deuxième volet du projet Grindhouse d'hommage aux séries B qui ont bercé la jeunesse cinéphilique de Tarantino et Rodriguez, et l'on y retrouve le même travail de vieillissement artificiel : pellicule scratchée et tressautante, zooms en pagaille et mise au point hasardeuse, couleurs criardes et gros grain. A la fin des années 60 et au début des années 70, le système d'exploitation Grindhouse présentait des doubles programmes  entrecoupés de bandes-annonces ; initialement, les deux films de Tarantino et Rodriguez devaient être montrés l'un à la suite de l'autre, et "Planète Terreur" débute par la B-A de "Machete", peut-être le meilleur morceau du film, puisqu'en trois minutes, Rodriguez brosse l'histoire d'un ouvrier agricole mexicain transformé en un mélange de Lee Harvey Oswald et d'Emiliano Zapata, avec la voix off annonçant :"This Time... They Fucked With The Wrong Mexican !"

Le principal écueil de l'exercice de style est de se concentrer sur les éléments formels, de soigner décors, costumes, personnages, répliques, mouvements de caméra, et d'oublier l'histoire ; c'était d'ailleurs cet écueil que n'avait pas su éviter Tarantino. Chez Rodriguez, l'histoire est là, aussi abracadabrantesque que dans les nanars qui lui ont servi de modèles, avec une pincée d'actualisation, le lieutenant mutant ayant abattu Ben Laden ! Certes, la fluidité narrative n'arrive qu'en toute fin des priorités de Rodriguez, puisqu'il n'hésite pas à enflammer sa pellicule au moment de la scène torride entre Wray et sa copine unijambiste, quitte à passer un panneau annonçant pellicule manquante, et de reprendre le récit plus loin comme si de rien n'était.

On a donc un biochimiste fou, un mercenaire purulent, un limonadier minable, son frère shériff obsédé par la recette de la meilleure sauce barbecue, deux baby-sitters hystériques, le tout arrosé d'amputations, de castrations, de décapitations à l'hélicoptère et de diverses projections de sang et de pue.

Rodriguez s'amuse comme un petit fou, et nous avec, peut-être un peu honteux de pouffer à ses blagues de potache ; mais après tout, comme le dit Wray, "Les éclopés, ça fait toujours marrer !", et la poursuite en mini-moto est un clin d'oeil ironique au slasher road-movie de son acolyte.

Dans ce type d'exercice de style, les citations sont forcément nombreuses, mais on pense bien sûr d'abord aux grand classiques parmi les films de zombies, "L'Invasion des Profanateurs de Sépultures" ou "La Nuit des Morts-vivants" ; le choix des acteurs est aussi révélateur de la volonté de rendre hommage : Michael Biehn, qui jouait le garde du corps de Sarah Connor dans "Terminator", ou Tom Savini, réalisateur d'un remake de "La Nuit des Morts-Vivants" et maquilleur de "Vendredi 13" ; quant à John Carpenter, déjà évoqué dans "Boulevard de la Mort" par la présence de Kurt Russell, il avait été pressenti pour signer la bande-son, finalement écrite par Rodriguez lui-même. Deux actrices jouent dans les deux films Grindhouse : Rose McGowan, bien loin des sorcières sophistiquées de Charmed, qui endosse deux personnages différents, et Marley Shelton, qui interprète dans les deux films le Dr Dakota Block, dans un registre très Goldie Hawn.

Quant à Tarantino, il s'est réservé un  rôle particulièrement odieux, celui d'un milicien violeur et mutant, mais néanmoins cinéphile, puisqu'il relève la ressemblance de Cherry Darling avec Ava Gardner - enfin, tant que son visage n'a pas été éclaté par une balle.

Grâce à un rythme soutenu et une inventivité renouvelée, "Planète Terreur" réussit souvent à dépasser la simple parodie gore, avec des ruptures de ton surprenantes, tel ce zoom avant sur le visage ruisselant de larmes de Cherry après sa dernière prestation de go-go danseuse, comme si elle avait le présentiment de ce qui allait arriver, et des dialogues efficaces plus inscrits dans l'action que ceux de "Boulevard de la Mort".

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Vendredi 10 août 2007

Film français de Claude Chabrol

Interprètes : Ludivine Sagnier (Gabrielle), François Berléand (Charles de Saint-Denis), Benoît Magimel (Paul Gaudens)

Durée : 1 h 55

Note : 5/10

En deux mots : Un Chabrol caricaturalement chabrolien.

Le réalisateur : Né en 1930, Claude Chabrol participe aux Cahiers du Cinéma de 1952 à 1957. En 1958, il réalise son premier film, "Le Beau Serge". Depuis, au rythme de un à deux par an, il a tourné 55 films, ce qui en fait un des réalisateurs ayant une des plus grande filmographie du cinéma mondial. Subjectivement, je citerai "Landru" (1962), "Que la Bête meure" (1969), "Le Boucher" (1969), "Les Noces rouges" (1973), "Violette Nozière" (1979), "Les Fantômes du Chapelier" (1982", "La Cérémonie" (1994), "Merci pour le Chocolat" (2002) et "L'Ivresse du Pouvoir" (2006).

L'histoire : Charles de Saint-Denis est un auteur à succès de la région lyonnaise. Lors d'une interview télévisée, il rencontre Gabrielle, une juene présentatrice. Celle-ci fait la connaissance au même moment de Paul Gaudens, héritier d'une grande fortune. Gabrielle hésite entre les deux, mais quand Charles lui fait croire qu'il est prêt à abandonner sa femme, elle se précipite dans ses bras, acceptant de l'accompagner dans des partouzes de notables. Puis il l'abandonne du jour au lendemain, faisant changer les serrures de sa garçonnière dont elle avait la clé.

Gabrielle plonge dans une dépression profonde, perdant tout appétit de vivre. Patiemment, Paul reste à ses côtés et elle accepte sa présence en ami. Au bout d'un an, il craque et lui annonce qu'il ne peut supporter ça et qu'il s'en va. Elle accepte alors de l'épouser.

La critique : Après un détour par une réinterprétation de l'actualité politico-judiciaire, avec "L'Ivresse du Pouvoir", Chabrol revient à son fond de commerce habituel, à savoir ces histoires policières tarabiscotées sur fond de bourgeoisie provinciale, de secrets de famille et de notables verreux. Après le Bordelais qui avait accueilli "La Fleur du Mal" et tant d'autres villes de province fleurant bon la IV° République, nous voici donc cette fois dans la région lyonnaise. Avec plus de cinquante films au compteur, difficile d'être original et novateur à chaque fois : après tout, pourquoi pas, si l'histoire est bien ficelée ?

L'histoire n'a rien de bien nouvelle : une jeune femme hésite entre deux hommes, se donne au plus vieux qui la trahit, et finit par épouser l'amoureux transi, qui une fois marié n'arrive pas à se débarraser du fantôme de l'autre. Par contre, le ficelage de l'ensemble est particulièrement mal fichu : personnages caricaturaux (l'écrivain à succès cynique, le fils de famille habitué à tout acheter, la veuve de l'industriel de la pharmacie qui est prête à toutes les bassesses pour étouffer le scandale, le directeur de chaîne de télé cablée locale qui court après sa starlette, l'avocat vénal...), éllipses parfois gênantes succédant à des scènes redondantes, et pire que tout, des dialogues sur-écrits et sur-joués, particulièrement par les seconds rôles : cela sonne presque tout le temps faux.

Seuls les acteurs principaux réussissent à insuffler un peu de vie à ce scénario boulevardier : Berléand, égal à lui même ; Benoît Magimel, qui rempile dans le rôle du fin de race, mèche sixties et veste à fleurs, qui parvient à rendre sa bêtise et sa méchanceté d'enfant gâté crédibles et presque touchantes ; Ludivine Sagnier surtout, femme-enfant ballotée et manipulée, fragile et limpide à la fois.

Parfois dans ses huis-clos provinciaux, Chabrol réussit à saisir la cruauté et la complexité des personnages, dans "Le Boucher" et "Que la Bête meure" bien sûr, mais aussi plus récemment, comme dans "La Cérémonie". Rien de tel dans "La Fille coupée en deux", où il dépeint pour la énième fois une caste qui n'existe plus sous une telle forme, filme d'innombrables scènes de restaurant (on connaît l'importance du critère gastronomique dans le choix des lieux de tournage chez lui), et finit par réaliser un film qu'auraient pu signer Cayatte ou Christian-Jacques, les cibles de la Nouvelle Vague il y a cinquante ans.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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Mercredi 8 août 2007

Film français de Mehdi Charef

Interprètes : Ali Hamada (Ali), Thomas Millet (Nico), Zahia Saïd (Aïcha)

Durée : 1 h 32

Note : 6/10

En deux mots : Les souvenirs d'enfance de Mehdi Charef, pour qui l'indépendance fut aussi la fin d'une amitié ; souvent décousu, parfois touchant.

Le réalisateur : Né en 1954 à Maghnia en Algérie, Mehdi Charef arrive en France à l'âge de 10 ans, dans la cité de transit de Nanterre. Il rentre à l'usine comme ajusteur, puis publie en 1983 "Le Thé au Harem d'Archi Ahmed". C'est Costa-Gavras qui lui conseille d'adapter lui même son livre qui devient en 1984 "Le Thé au Harem d'Archimède", qui obtient le Prix Jean Vigo et le César du premier film. Il tourne ensuite "Miss Mona" en 1986, avec Jean Carmet dans un rôle de travesti, "Camomille" en 1987, "Au pays des Juliets" en 1991 et "Marie-Line" en 1999.

L'histoire : Au printemps 1962, dans une petite ville d'Algérie, l'armée française poursuit ses exactions, alors que l'indépendance est inéluctable. Les colons commencent à partir, et les combattants du FLN commencent à apparaître au grand jour. Son instituteur étant reparti en métropole, Ali partage son temps entre ses petits boulots (vendeur de journaux, porteur, projectionniste) et ses copains Nico le pied-noir, David le juif et Gino l'italien.

La critique : "Cartouches Gauloises" est largement autobiographique, et Mehdi Charef a raconté que de nombreux épisodes du film s'étaient déroulés devant les yeux du petit vendeur de journaux qu'il était alors, comme l'oncle emmené par les soldats français ou la mère frappée par un harki.

Mehdi Charef portait ce film depuis son enfance en Algérie un peu comme Louis Malle a porté toute sa vie "Au Revoir les Enfants", comme un témoignage douloureux mais indispensable. Mais alors que chez Louis Malle cette maturation conduit à une très grande fluidité du récit, chez Mehdi Charef au contraire, il est restitué à l'état brut, tel qu'un  enfant a pu le voir, et le film se présente comme une succession de scènes, avec un montage cut qui renforce l'impression que le sens des événements échappe au narrateur.

Cette construction narrative basée sur la réminiscence aurait pu fonctionner si Mehdi Charef en était resté aux souvenirs vécus ; mais il reconnaît qu'il a voulu enrichir le récit de faits qui lui ont été racontés depuis, et le petit Ali devient le témoin de tous les événements de ce printemps 62 : il est là quand son oncle se fait descendre en cherchant à fuir les Français, quand deux Algériens se font abattre sans sommation par une patrouille, quand une bombe explose au café de l'OAS, quand un harki abandonné abat son officier, quand un hélicoptère balance sur un camp de toile le corps d'un supplicié, et il réussit même à retrouver son pére moudjahidin dans une geole étrangement ouverte et non gardée quand il vient apporter son journal au lieutenant.

A cette lourdeur scénaristique s'ajoute une volonté de concentrer sur certains personnages les particularités du groupe qu'ils sont censés représenter : l'officier cynique, le harki brutal, la prostituée inconsciente ou le chef de gare, icône des bienfaits de la colonisation chers au coeur des députés UMP.

Quand il se recentre sur les enfants, le film nous laisse voir ce qu'il aurait pu être, la peinture de la contradiction entre l'enrôlement de chacun dans le camp de ses parents et la force de l'amitié de gamins qui partagent l'amour d'une terre et celui du Stade de Reims. Par moment, la naïveté renforce la sincérité, et l'émotion est là, comme quand la mère de Gino vient en hurlant annoncer à celle d'Ali qu'elle s'en va, et qu'elle veut que ce soit elle, Aïcha, qui prenne possession de sa maison, elle et personne d'autres.

Ou encore la scène qui évoque "Jeux Interdits", où Ali et Nico accompagnent leur copine Julie dans la maison dont elle s'est enfuie quand les combattants du FLN ont fait irruption, et où la découverte de l'inexorable horreur se fait au son du Teppaz qui passe en boucle "Bambino" chanté par Lili Boniche...

Et puis, comme les gamins du pensionnat Saint-Jean de la Croix riant aux éclats en regardant Charlot dans "L'Emigrant" juste avant la rafle, Ali/Mehdi regarde pour la énième fois dans le cinéma abandonné "Los Olvidados", coupant le son pour réciter par coeur et en espagnol les répliques de Pedro ; pour lui comme pour Louis Malle, même au coeur de la tourmente, le cinéma était déjà une fenêtre ouverte sur leur avenir.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juillet-août 2007
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