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Dimanche 29 avril 2007

Film américain de Heidi Ewing et Rachel Grady

Durée : 1 h 25



Note : 7,5/10

En deux mots : Plongée terrifiante dans l'endoctrinement de gamins évangéliques.

Les réalisatrices : A la tête de la société de production new-yorkaise Loki Films, Heidi Ewing a réalisé des documentaires sur des sujets très variées, comme le fonctionnement secret de l’Eglise de Scientologie, le rituel de la scarification au Sri Lanka et la complexité du système judiciaire du Bronx.

Coauteur de "The Boys of Baraka", Rachel Grady est devenue réalisatrice, après avoir été détective privé. Elle a ainsi produit et réalisé plusieurs documentaires pour The Discovery Channel, A&E et la chaîne britannique Channel 4. Elle s’est notamment intéressée aux pathologies psychiatriques, signant "Mad Justice", documentaire autour du sort de malades mentaux en liberté conditionnelle, et "Ward 2 West", tourné à l’hôpital psychiatrique médico-légal Kirby à New York .

L'histoire : Levi, 12 ans, Rachael, 9 ans et Tory, 10 ans, font partie d'une communauté évangélique du Missouri. Sous la direction de Becky Fischer, pasteur pour enfants, ils se rendent à un camp d'été alors que le débat fait rage aux Etats-Unis pour la nomination souhaitée par le Président Bush d'un juge ultra-conservateur à la Cour Suprême.

Au camp, des gamins de 6 à 15 ans s'entraînent à devenir l'Armée de Dieu. Ils apprennent à prêcher, à évangéliser autour d'eux, à refuser les manoeuvres de Satan, c'est-à-dire l'avortement et Harry Potter.

La critique :  Week-end documentaire, donc. Après "We Feed the World", place à une chronique sur une jolie colonie de vacances au pays des chrétiens-conservateurs : ça commence comme du Pierre Perret, et ça se termine comme un film d'horreur, style "Children of the Corn" ou "Ces garçons venus du Brésil". La première partie du film nous montre l'Amérique profonde, à peine plus évoluée que le midwest de "Truman Capote", avec ses routes, ses Wal Mart, ses radios aux sigles interminables et ses églises du Christ Triomphant.

D'emblée, la prédicatrice Becky Fisher justifie l'endoctrinement des enfants, en expliquant avec un soupçon d'admiration dans la voix que "nos ennemis, les musulmans, entraînent leurs enfants à jeuner le mois du ramadan à partir de l'âge de cinq ans". Tory, une blondinette portant un t-shirt "My dad is in the army", exécute une chorégraphie britneyspearienne sur un air de heavy metal ; on se dit, l'espace d'un instant, que voici enfin une gamine qui se comporte comme toutes les gamines de son âge. Las ! Elle nous explique que ce qu'elle écoute, c'est du christian heavy metal (sic), et que là, elle ne danse pas "pour le plaisir de la chair"...

Ces enfants sont aussi effrayants que des Hitler Jugend ou des Komsomol, scandant "Righteous judges! Righteous judges!" quand Lou Engle, "prophète" d'une chaîne apostolique vient leur demander de soutenir le combat de Georges Bush pour nommer le juge ultra réactionnaire Samuel Alito à la Cour Suprême, et qu'il leur offre des poupées de foetus de six semaines. On cherche désespérément un trace d'enfance normale chez ces gosses, mais en vain ; quand Rachel joue au bowling, on la sent aux aguets, jusqu'à ce qu'elle aille offrir une brochure évangélique à une jeune fille. Quand un soir d'orage où les plombs ont sauté (ce qui montre l'inefficacité des prières de Becky Fisher qui avait chassé Satan des bancs, de l'électricité, de PowerPoint...) les enfants commencent à se raconter des histoires qui font peur, un mono avec la tête de Ned Flanders vient les culpabiliser en leur rappelant que les fantômes, ce n'est pas très chrétien...

Leurs familles ont dressé une muraille autour d'eux pour les empêcher de se mélanger aux enfants "normaux" ; comme plus d'un million d'enfants évangéliques, ils sont scolarisés à domicile, et le programme qui leur est imposé nie la théorie de l'évolution et le réchauffement climatique. Quand on les voit jouer à un jeu vidéo, il s'agit de Creation Adventure, un jeu antidarwinien. Et quand on parle d'un film, il s'agit d'un reportage sur des marines chrétiens en Irak, intitulé "Dieu les a emmenés à bon port".

La rhétorique employée fait en permanence appel à des métaphores guerrières : Army of God, reconquête de l'Amérique, les ennemis en Palestine... Quand elle revoit les images tournées au camp, Becky Fisher jubile en se disant que les libéraux vont se demander comment vont être ces enfants quand ils seront plus grands. Bonne question... A moins de se contenter du conseil que le télé-évangéliste Ted Haggard (qui a plongé depuis dans un scandale à base de prostitution masculine et de méthamphétamines) donne à Levi qui veut devenir prédicateur : "Sers toi de ton joli minois jusqu'à trente ans, après tu pourras avoir un propos".

Les réalisatrices se contentent d'enregistrer tout ça, d'autant plus qu'enfants et adultes donnent l'impression de n'avoir rien à cacher. Dommage qu'elles n'aient pas maintenu ce parti pris de simple témoignage, et qu'elles aient rajouté les commentaires de Mike Papantonio, animateur d'une radio chrétienne tolérante et partisane de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ce contre-point était peut-être utile pour le public des Etats-Unis, qui comptent 224 millions de chrétiens sur 300 millions d'habitants. Pour nous, ou en tout cas pour moi, les images parlent d'elles-mêmes, et ce qu'elles nous racontent fait vraiment froid dans le dos.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Samedi 28 avril 2007

Film autrichien de Erwin Wagenhofer

Durée : 1 h 36



Note : 6,5/10

En deux mots : Documentaire sur les effets aberrants de la mondialisation sur la nutrition dans le monde ; intéressant, sympathique, mais un peu trop scolaire.

Le réalisateur : Né en 1961 à Amstetten en Autriche, Erwin Wagenhofer est technicien de formation. Il a travaillé chez Philips Video avant de devenir journaliste free lance et réalisateur de documentaires. Il enseigne à l'Université des Arts Appliqués de Vienne.

L'histoire : Chaque jour, la quantité de pain inutilisé à Vienne suffirait à nourrir Graz, la deuxième ville d'Autriche. On brûle du maïs et du blé pour ne pas dépasser les quotas communautaires, mais l'Europe importe les 4/5° de son alimentation animal, principalement du soja planté au Brésil à la place de la forêt amazonienne alors que 20% de la population de ce pays ne mange pas à sa faim.

Au sud de l'Espagne, on produit de façon intensive des légumes, qui sont envoyés partout en Europe, et même en Afrique où ils sont vendus trois fois moins cher que la production locale. La pêche artisanale française est condamnée, même si les poissons qu'elle propose sont bien plus frais que ceux produit par la pêche industrielle...

La critique :  Le rapprochement des sujets de la mondialisation et de la malbouffe nous a déjà valu plusieurs films ces derniers temps : "Fast Food Nation", "Super Size Me" et bien sûr "Le Cauchemar de Darwin". Voici donc un nouveau documentaire sur les rapports entre la marchandisation de la nourriture et la malnutrition. L'angle d'attaque d'Erwin Wagenhofer est de partir de témoignages sur les évolutions récentes de l'industrie agro-alimentaire et de les croiser avec d'autres informations dont le rapprochement illustre l'absurdité de la loi du profit qui conduit ces évolutions.

Chaque séquence est impeccablement filmée, avec un jeu intéressant sur les clairs obscurs ; pas de voix off, mais une explication didactique de Jean Ziegler, rapporteur spécial de la Commission des Droits de l'homme de l'ONU pour le droit à l'alimentation, et des textes courts qui viennent en incrustation ajouter de la perspective aux témoignage. Certaines images impriment la rétine, comme cette comparaison entre la rigidité d'un poisson pêché par un chalutier côtier et la flasquitude de son congénère raflé par une usine flottante, ou encore cette mère du Mato Grosso donnant à boire à ses enfants de l'eau putride puisée au marigot.

Et que dire de la séquence sur la chaîne de production des poulets d'élevage, de l'incubation des oeufs à l'empaquetage final, sinon qu'elle risque de gâter le goût du poulet au pamplemousse que j'ai prévu pour demain ? Le terme de chaîne est approprié, et en voyant les poussins tenter de retrouver leur équilibre sur le tapis roulant où ils ont été précipités sans ménagement, lointains cousins des boeufs de "Tintin en Amérique", on comprend à quel point ces pauvres bestioles sont devenus des marchandises, soumises aux mêmes lois de recherche de gains de productivité qu'une savonnette ou un ordinateur.

Cette construction structurée marque pourtant la limite du film ; elle ressemble à un plan de mémoire universitaire, et la répétition des séquences conduit à une certaine monotonie. Il manque au film l'essentiel, la vraie matière du sujet : des individus. Les personnes identifiées ne le sont que pour leur propos, de Peter Brabeck, PDG de Nestlé, au représentant du semencier Pioneer, dont la devise est justement "We Feed The World". On aimerait mieux connaître la vie et le destin de ces personnages aperçus ça et là, comme ce paysan brésilien analphabète, ou cet ouvrier agricole d'Almeria qui joue un air du Maghreb sur un ould bricolé avec un bidon. On pense à Eliza, la prostituée du "Cauchemar de Darwin", ou à Jojo qui confond auriculaire et horizontal dans "Etre et Avoir", et on regrette de n'avoir entrevu que des silhouettes.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Mercredi 25 avril 2007

Film français de Emmanuele Cuau

Interprètes : Gilbert Melki (Alex), Sandrine Kiberlain (Béatrice), Olivier Cruveiller (Landier)

Durée : 1 h 40



Note : 8/10

En deux mots : Quand Kafka rencontre Michel Foucault : glaçant, drôle et terriblement crédible.

La réalisatrice : Née en 1964, Emmanuelle Cuau est la soeur de la comédienne Marianne Denicourt. Diplômée de l'IDHEC, elle réalise en 1995 "Circuit Carole", avec Bulle Ogier. Elle enseigne l'écriture à la FEMIS, et a cosigné le scénario de "Secret Défense" de Jacques Rivette.

L'histoire : Alex est comptable, sa femme Béatrice chauffeur de taxi. Un soir, alors qu'il rentre chez lui, il assiste à un contrôle de police. Sans ménagement, les agents lui demandent de circuler ; il refuse d'obtempérer, et se retrouve au poste où il passe la nuit. Le lendemain, il refuse de quitter le poste tant qu'il n'aura pas vu le commissaire. Il est alors conduit à l'hôpital, non sans avoir été inculpé d'outrage à agents.

Sa femme signe ce qu'on lui présente comme comme une formalité, et qui est en réalité un formulaire d'internement à la demande d'un tiers. Après un mois de ce traitement, il est finalement libéré. Licencié, fragilisé, il doit partir à la recherche d'un nouvel emploi.

La critique :  Dans le métro, Alex allume une cigarette alors qu'il est à dix mètres de la sortie. Un contrôleur lui demande ses papiers pour verbaliser ; il refuse, l'agent prend son talkie pour appeler la police. Alex s'exécute à contre coeur. Scène suivante, le DRH lui reproche de ne pas lui avoir signalé que certains commerciaux ont des notes de frais plus importantes que les autres. D'emblée, nous voilà prévenu : Alex n'est pas un rebelle, juste un citoyen qui croit aux valeurs que la République lui a enseignées, et qu'elle n'est plus capable d'appliquer elle-même.

L'enchaînement des catastrophes qui s'abattent sur lui relève de la fiction ; mais chacune des étapes de cette descente aux enfers est dramatiquement réaliste, depuis l'arrogance des policiers, leur tutoiement dès que le vernis craque, les conditions de garde à vue qui valent à la France une dénonciation annuelle dans le rapport d'Amnesty International, jusqu'à la logique bureaucratique de la machine institutionnelle psychiatrique.

Emmanuel Cuau explique pourquoi elle a choisi d'écrire ce film aujourd'hui, douze ans aprs son premier long métrage : "En 2002, quasiment du jour au lendemain, la police s'est démultipliée de façon flagrante. J'en voyais de plus en plus : des policiers à rollers, en voiture, à vélo, en fourgon, à pied. J'ai été très frappée par cela, ainsi que par des contrôles d'identité totalement arbitraires auxquels j'ai pu assister. Il faut savoir que depuis cette date, les gardes à vue ont augmenté de 57%, la police a des quotas à respecter, et ils doivent obéir."

Terrifiante par leur vérité et leur triste actualité, ces péripéties kafkaiennes sont traitées avec beaucoup de finesse : Emmanuelle Cuau alterne l'ellipse et la description clinique, avec un sens du détail qui fait mouche, comme cette patiente de l'hôpital psychiatrique toujours postée au même endroit, ou le sauvetage du bon copain qui se transforme en bourreau devant l'apathie d'Alex.

Gilbert Melki (à l'affiche dans "Anna M.") est excellent dans son personnage de M. Tout-le-monde têtu et pas si sympathique que ça, jouant de toutes les nuances pour figurer l'évolution de son caractère, de la certitude de son bon droit à la vulnérabilité. A ses côtés, Sandrine Kiberlain absente des écrans depuis deux ans pour cause de carrière de chanteuse campe une femme à la fois dure et fragile, avec une tension qui s'accorde parfaitement à la mise en scène acérée d'Emmanuel Cuau.

Il était frappant de ressentir dans la salle qu'une même scène pouvait déclencher des rires chez les uns et le malaise chez d'autres ; et c'est vrai que le rire sucité par l'absurdité de la situation se coince plus d'une fois, quand on se dit que cette situation peut arriver à n'importe lequel d'entre nous. A l'heure où il y a de plus en plus de police et de moins en moins de justice, ce "petit' film (limité à 60 salles, ce qui est peu pour un film avec des acteurs bankables) nous dit des choses bien salutaires.

Cluny

 

 

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Lundi 23 avril 2007

Film italien de Francesca Comencini

Interprètes : Valeria Golino (Rita), Luca Zingaretti (Luca), Guiseppe Battiston (Otello)

Durée : 1 h 39



Note : 6,5/10

En deux mots : Ronde autour du rôle de l'argent ; assez brillant, mais un peu froid et caricatural.

La réalisatrice : Née en 1961 à Rome, Francesca Comencini est la fille du célèbre réalisateur Luigi Comencini. Après des études de philosophie, elle s'installe en France en 1982 pour se consacrer à l'écriture. Elle réalise un premier film intimiste en 1984, "Pianoforte". En 1988, elle tourne "La Lumière du Lac" et en 1991 "Annabelle partagée", qui est un échec. Elle travaille ensuite pour la télévision, réalisant notamment un portrait d'Elsa Morante. Elle réalise ensuite "Zeno le Parole de mi Padre" en 2001, "Carlo Guiliani, Ragazzo" en 2003 et "J'aime travailler" ern 2005.

L'histoire : A Milan, de nos jours, un homme d'affaires spécialisé dans le blanchiment de l'argent sale est surveillé par une capitaine de la police financière. Un jeune ouvrier a une aventure avec la maîtresse de l'homme d'affaires, mannequin cocaïnomane. Le père du compagnon de la policière se débat avec le fisc. Un repris de justice s'éprend d'une prostituée ukrainienne.

La critique :  Ces dernières années, la mode est aux histoires imbriquées ; "Trois Enterrements", "Collision" ou "Babel" en sont les derniers exemples. Là où Gonzales Inarritu choisit de jouer sur le décalage dans le temps et l'espace, Francesca Comencini opte pour le déroulement chronologique et l'unité de lieu, dans un Milan qui nous est montré sous tous ses aspects, depuis les salons cossus et les boutiques de luxe jusqu'aux HLM et aux entrepôts périphériques.

Le principe narratif trouve ses limites dans la scène finale sur le parking de l'hôpital, où tous les protagonistes se retrouvent par un effet du hasard scénaristique bien peu crédible. En effet la faiblesse du film réside dans son scénario, plein de clichés et de personnages caricaturaux, dignes de "L'Instit" ou de "Joséphine Ange Gardien" : mafioso (russe, bien sûr), prostituée au grand coeur, brave père de famille dévoyé par l'argent facile : pas étonnant que Francesca Comencini fasse appel à Guiseppe Verdi, et particulièrement à La Traviata pour l'illustration musicale.

Le témoin que se passe tous ces relayeurs, c'est l'argent, sous toutes ses formes, pour tout acheter : l'exemplaire de Verdi de Vingt ans après, le silence d'un sous-fifre, même un bébé. Francesca Commencini a expliqué : "La question de départ (...) est : "quelle est la valeur de la vie dans un monde où le profit est l'unique moteur ?" (...) Cette question est nécessaire et inévitable car aujourd'hui comme jamais dans l'histoire des hommes, la pure et simple recherche du gain n'a été autant le moteur des actions humaines. Je trouve que c'est une situation qui fait peur, il est important d'y faire face. Je ne souhaite, ni à nous ni à nos enfants, de se retrouver dans un monde pareil."

L'intention est sympathique, renforcée par le choix de la ville de Berlusconi comme toile de fond, et parfois la réalisatrice touche juste. Mais souvent cela paraît assez superficiel. La faute peut-être au rythme du montage qui en tronçonnant l'action à l'excès ne lui laisse pas le temps de s'installer ; à moins que ce ne soit un effet pervers de la superbe photographie de Luca Bigazzi, le directeur de la photo de Giani Amelo et de Michele Placido ("Romanzo Criminale") dont la froideur des teintes renvoie trop à la sécheresse du traitement de l'histoire.

Francesca Comencini a abordé de nombreux sujets sur la société italienne contemporaine au travers de documentaires ; étonnamment, c'est un abus de construction fictionnelle qui brouille son propos, et qui empêche "A Casa Nostra" de figurer dans les réussites d'un cinéma transalpin en plein renouveau.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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Mercredi 18 avril 2007

Film français de Daniel Vigne

Interprètes : Lorànt Deutsch (Jean de La Fontaine), Sara Forestier (Perrette), Philippe Toretton (Colbert)

Durée : 1 h 40



Note : 3/10

En deux mots : Biopic historique sans relief, que ce soit du point de vue du scénario, de la photographie ou de la distibution.

Le réalisateur : Né en 1942 à Moulins, Daniel Vigne réalise son premier film en 1972, "Les Hommes", un polar avec Michel Constantin. Il rencontre un grand succès en 1982 avec "Le Retour de Martin Guerre", avec Depardieu et Nathalie Baye. Il retrouve Depardieu en 1985 pour "Une femme ou deux", suivi en 1989 par "Une Comédie d'été". Il écrit ensuite des scénarios, et réalise des téléfilms, dont "Fatou la Malienne" (2000).

L'histoire : Avec Molière et Racine, Jean de La Fontaine bénéficient de la protection du surintendant Fouquet. Quand celui-ci est arrêté, le fabuliste est le seul à prendre sa défense et à tenter de mobiliser ses amis nobles contre ce qu'il estime être une injustice. Celà lui vaut la vindicte de Colbert, qui lui reproche de placer le service de son art au dessus de son roi.

Exilé, mis à l'index, La Fontaine continue à écrire ses fables qui transposent au monde animalier les petits et grands travers des humains. Grâce au soutien de ses amis, ses fables commencent à circuler partout dans Paris, attirant la curiosité du roi et la fureur de Colbert.

La critique :  Il est des bandes annonces qui en disent trop, d'autres qui trompent leur monde en montrant les seuls passages drôles ; celle de "Jean de La Fontaine, le défi" devrait être attaquée devant le B.V.P., vu qu'aucune des qualités qu'elle laissait entrevoir ne se retrouve dans les 100 minutes de ce nanar laborieux.

Le scénariste, Jacques Forgeas (auteur des deux oeuvres les plus space de Beneix, "IP5" et "Roselyne et les Lions"), a dû lorgner du côté d'"Amadeus", et se dire qu'une bonne grosse animosité pouvait structurer un récit. Soit. Donc le Salieri commis d'office est Colbert, dont on se demande quand il a eu le temps de planter la forêt de Tronçais et de percer le Canal du Languedoc, tant il est obnubilé par la liberté de penser de notre héros. Et tant pis si cela nous conduit au summum du ridicule, Colbert arrêtant le bras d'un de ses hommes des main qui s'apprêtait à suriner le poête ! N'est pas Billy Wilder qui veut, capable d'aménager l'histoire à sa sauce dans "La Vie privée de Sherlock Holmes".

La Fontaine nous est donc présenté comme un Florent Pagny du Grand Siècle, seul esprit libre au milieu d'un aréopage de plumitifs collabos ; et une bonne dizaine de scènes sont consacrées à nous en convaincre, dès fois qu'on n'ait pas compris...

Un gros budget a été consacré aux perruques, aux costumes, aux carrosses et à la location de presque tous les châteaux d'Ile-de-France ; alors, pourquoi dilapider cet investissement avec une photographie aussi plate, digne des pires épisodes de Derrick, et une définition d'image vidéo ? Sans parler de raccords qui ne fonctionnent pas, de cadrages bancals qui tentent risiblement d'introduire de la modernité dans une mise en scène évoquant plutôt Bernard Borderie.

Et que dire de la distribution hétéroclite, qui réunit les deux accolytes de Djamel dans "Le ciel, les oiseaux et... ta mère!", la ouech-ouech volcanique de "L'Esquive", la Maéva Capucin de "Camera Café"  et le boucher de "Delicatessen" ? Lorànt Deutsch a pris un abonnement depardiesque, incarnant La Fontaine après Mozart et Sartre ; on peut le préférer en footballeur hongrois drafté par le P.S.G., mais son énergie est assez convaincante. Par contre, Julien Courbey en Toulouse-Lautrec, pourquoi pas, mais en Molière ?!

Plus grenouille que boeuf, plus lièvre que tortue, "Jean de La Fontaine, le défi" se veut moderne ; le dernier plan sur le grand escalier de Versailles renvoie à une comparaison cruelle avec "Si Versailles m'était conté", finalement bien plus original malgré ses cinquante ans que ce pensum académique.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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