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critiques de mars 2007

Lundi 5 mars 2007 1 05 /03 /2007 21:59

Film américain de Kevin Macdonald

Titre original : The last King of Scotland

Interprètes : Forest Whitaker (Idi Amin Dada), James McAvoy (Nicholas Garrigan), Gillian Anderson (Sarah)

Durée : 2 h 05



Note : 7/10 

En deux mots : Film inégal et parfois trop démonstratif, mais qui vaut par la performance impressionnante de Forest Whitaker.

Le réalisateur : Né en 1967 à Glasgow, Kevin Macdonald est le fils du réalisateur d'origine hongroise Emeric Pressburger. C'est d'ailleurs par un documentaire sur son père "The Life and Death of a Screenwriter " qu'il a commencé en 1994 la réalisation. Il tourne plusieurs documentaires, dont "Un jour en septembre" (1999) sur la prise d'otage de Munich. Son premier film de fiction est "La Mort suspendue" (2004), sur une cordée britannique dans les Andes.

L'histoire : Juste diplômé en 1970, le médecin écossais Nicholas Garrigan ne se voit pas prendre la succession de son père. Il tourne une mappemonde au hasard, et pointe son doigt sur un petit pays d'Afrique centrale, l'Ouganda. Il débarque dans ce pays juste au moment où le gouvernement du dictateur Obote est renversé par un coup d'état emmené par le général Amin Dada. En poste dans un dipensaire de brousse, il tombe amoureux de Sarah, la femme du médecin. Ensemble, ils vont écouter le discours d'Amin dans leur village ; si Sarah se méfie des promesses démagogiques du nouveau maître du pays, Nicholas est bien plus enthousiaste. Peu après, il est appelé pour soigner Amin, et il se voit bientôt proposer le poste de médecin personnel du président de l'Ouganda.

La critique :  Dans la lignée d'"Hotel Rwanda", "The Constant Gardener", "Lord of War", "Shooting Dogs" et "Blood Diamond", voici un nouveau film anglo-saxon qui aborde les maux qui frappent l'Afrique ; après le trafic d'armes, celui des diamants et l'épuration éthnique, "Le dernier Roi d'Ecosse" évoque un fléau tout aussi répandu sur le continent aux 52 états, celui des dictatures sanglantes. Ici, on découvre Idi Amin Dada, mais on aurait pu s'intéresser à Bokassa, Mobutu ou Macias N'Guema.

Première remarque : pourquoi la plupart de ces films mettent-ils en avant un héros blanc ? Ces personnages sont-ils nécessaires pour permettre l'identification des spectateurs européens et américains, et les intéresser au sort d'un milliard de Terriens ? Dans "Le dernier Roi d'Ecosse", ce choix constitue la principale faiblesse du film : le jeune médecin écossais arrivé en Ouganda par dépit n'est absolument pas crédible. Comment peut-il ne pas voir le climat de terreur lentement instauré par son mentor ? Comment gober la propagande anticolonialiste et populiste de celui qui vivait dans un palais caucescien ?

Deuxième remarque : une partie de la critique a reproché au film d'édulcorer la cruauté d'Idi Amin Dada, voire même de tenter de le rendre sympathique. Ceux qui écrivent ça n'ont pas vu le même film que moi ! Le personnage incarné par Forest Witaker est présenté d'emblée dans sa dualité, enjôleur et violent, et surtout redoutablement instable. La tension créée dans son entourage par ses sautes d'humeur est immédiatement palapable, et les silences prudents, les regards inquiets accueillent chacune de ses envolées.

Même quand il cherche à séduire Nicholas, que ce soit par des cadeaux ou par sa réthorique tortueuse, le rapport entre lui et son "invité" est immédiatement celui d'un prédateur et de sa proie. C'est d'ailleurs une des forces du film que de ne pas montrer les horreurs de la répression qui a tué plus de 300 000 Ougandais (au moins jusqu'au deux tiers du récit), mais de les suggérer par la peur de ceux qui savent que rien ne les protège de l'arbitraire.

Forest Whitaker est formidable, jouant à merveille de cette ambiguïté, et ce n'est que justice que l'académie des Oscars ait reconnu sa performance (palmarés particulièrement bien vu, qui rend aussi grace à Helen Mirren, à Scorsese et ses "Infiltrés" -enfin !-, à l'excellent "La Vie des Autres" et au prometteur "Little Miss Sunshine"). Dommage que la réalisation ne soit pas à la hauteur de cette prestation, et reprenne le bric-à-brac du filmage de l'époque : montage clipesque, abus de ralentis, musique redondante qui insistent encore plus sur les lourdeurs d'un scénario bien trop démonstratif.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2007
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Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /2007 13:05

Film français d'André Téchiné

Interprètes : Emmanuelle Béart (Sarah), Michel Blanc (Adrien), Sami Bouajila (Mehdi), Julie Depardieu (Julie)

Durée : 1 h 52



Note : 8/10

En deux mots : Un très bon Téchiné, fièvreux et acéré, sur le début des années sida- mais pas que ça.

Le réalisateur : Né en 1943 à Valence d'Agen, André Téchiné échoue au concours d'entrée à l'IDHEC, mais intègre la rédaction des Cahiers du Cinéma. Il tourne en 1965 un premier court métrage "Les Oiseaux anglais", et attend 1969 pour son premier long, "Paulina s'en va", avec Bulle Ogier, qui déconcerte le public. "Souvenir d'en France" (1975) avec Jeanne Moreau puis "Barocco" (1976) avec Adjani et Depardieu sont mieux accueillis. Il tourne ensuite (entre autres)  "Les Soeurs Bronte" (1979), "Hôtel des Amériques" (1981), "Le lieu du Crime" (1985), "Les Innocents" (1986), "J'embrasse pas" (1991), "Ma saison préférée" (1993), "Les Roseaux sauvages" (1994), "Les Voleurs" (1996), "Loin" (2001) et "Les Egarés" (2003).

L'histoire : 1984. Issue d'un milieu aisée, Sarah écrit des livres pour enfants et supporte mal sa toute nouvelle maternité. Son mari, Mehdi, est inspecteur de police à la Brigade des moeurs et met beaucoup d'énergie dans son métier, vecteur d'une revanche sociale. Leur couple est basée sur un accord qui leur permet d'aller voir ailleurs. 

Un ami de Sarah, Adrien, médecin et homosexuel, rencontre Manu, un jeune provincial qui vient d'arriver à Paris et que sa soeur Julie héberge dans sa chambre d'hôtel. Adrien prend Manu sous son aile, sans rien demander en retour. Il lui fait découvrir Paris, et l'emmène en week-end sur la Côte chez Sarah et Mehdi. Manu et Mehdi vivent alors une passion amoureuse, jusqu'à ce que le sida fasse irruption.

La critique :  André Téchiné a découpé son film en deux parties égales : "Les beaux jours" et "La Guerre", suivi d'une courte postface, "Le retour de l'été", car pour citer avec lui Fritz Lang "La mort n'est pas une conclusion". Le choix du titre de la deuxième partie explique cette construction, qui est celle de beaucoup de films de guerre, de "Voyage au bout de l'Enfer" à "Flandres", en passant par "Jarhead" ; d'ailleurs, André Téchiné ne se définit-il pas comme un survivant, et il a présenté "Les Témoins" au dernier Festival de Berlin comme "un devoir de mémoire envers des amis disparus".

Et quand on lui demande pourquoi il a choisi de faire un film historique sur le sida, il répond que le thème a été peu traité en France ("Les Nuits Fauves", "J'ai horreur de l'amour" ou les films d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau) et même aux Etats-Unis, à la différence des "Vietnam-films". Car quand le sida débarque au début des années 80, c'est bien d'un état de guerre qu'il s'agit dans la communauté homosexuelle, mais aussi dans celle de la recherche médicale, toutes deux représentées ici par Adrien, médécin et militant.

Mais réduire "Les Témoins" à un film à thème ne serait pas rendre hommage à sa richesse narrative et à la complexité des caractères. Téchiné déclare à propos de ses personnages, et particulièrement au sujet de la sexualité de Mehdi : "Je ne crois pas à la transparence des relations humaines et je ne crois pas non plus à la transparence du cinéaste par rapport aux personnages qu’il présente. Je les montre à un certain moment de leur vie et ça révèle certains aspects, mais la face cachée de l’iceberg, même si on la devine, elle est laissée à la liberté de chaque lecture et de chaque spectateur". Cela est particulièrement vrai pour le personnage de Mehdi, qui peut apparaître insensible et arriviste, à la fois comme amant et comme policier, mais qui offre à son fils l'amour que Sarah est incapable de donner. Cette ambiguité est particulièrement bien rendue par le jeu de Sami Bouajila, une nouvelle fois excellent.

Plus laborieux est le personnage d'Adrien, parfois caricatural et mélodramatique, et on se demande si Téchiné a voulu ou non cette opposition entre un Michel Blanc engoncé et dérisoire et Johan Libéreau qui joue un Manu aérien et désinvolte. Mais cette gêne fugace devant certaines répliques vaudevilesques ne dure pas, emportée par le rythme impétueux que Téchiné justifie : "Mon propre coeur bat trop vite, c’est organique, cela correspond à un rythme intime. Je voulais que le récit file comme une décharge de vie mais que l’on n’oublie pas, à certains moments, de s’attarder sur la beauté du monde".

Cette beauté, il la capte dans certains plans subtils, comme ce champ-contrechamp sur les visages à demi immergés de Manu et de sa soeur (impeccable Julie Depardieu), ou ce traveling sur Manu montant dans un arbre qui donne l'impression d'avoir été volé, ou encore grâce à une science du cadrage qui lui permet d'isoler les deux visages d'Adrien et de Manu dans une foule.

Film virtuose et foisonnant, "Les Témoins" surprend et émeut ; car Téchiné ne renonce pas à l'émotion. Non pas celle du pathos, la maladie étant traitée quasi cliniquement, sans effets qu'il considérerait comme une prise en otage du spectateur. Mais simplement celle de l'opposition entre la vie dont Manu déborde et dont nous avons été les témoins aux beaux jours, et l'injustice de la mort à laquelle il se sait condamné.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2007
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Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /2007 20:47

Film français de Pascale Ferran

Interprètes : Marina Hands (Constance), Jean-Louis Coulloc'h (Parkin), Hippolyte Girardot (Sir Clifford)

Durée : 2 h 32



Note : 5/10

En deux mots : Encensée par la critique et plébicitée aux Césars, une adaptation longuette du roman de DH Lawrence.

La réalisatrice : Né en 1960, Pascale Ferran coréalise en 1980 un court métrage, "Anvers", avant d'intégrer l'IDHEC. Après avoir été scénariste pour Christian Vincent et Arnaud Desplechin, elle réalise son premier long métrage en 1994 "Petit arrangement avec les morts" qui obtient la Caméra d'Or à Cannes. En 1995, elle tourne "L'Age des possibles"

L'histoire : Après la première guerre mondiale dans la campagne anglaise, Constance, Lady Chatterley, s'ennuie au côté de son mari paralysé des jambes. Elle rencontre Parkin, le garde-chasse ; sous des prétextes divers, elle vient le voir tous les jours, jusqu'au jour où ils deviennent amants. D'abord purement charnelle, leur relation évolue vers un véritable amour malgré les barrières de classe.

La critique :  Malgré une critique très louangeuse et les conseils de certains de mes proches, parmi les 120 films que j'ai vus en 2006, j'avais soigneusement évité "Lady Chatterley". Devant la razzia aux Césars, je me suis dit que je pouvais pas décemment avoir vu "Un Ticket pour l'Espace" ou "Sheïtan" et  ignorer un film déjà vendu dans 23 pays...

Bon, et ben, j'aurais dû continuer à me fier à mon intuition. "Lady Chatterley", bizarrement tourné dans une Corrèze qui ressemble bien peu aux bassins miniers d'Angleterre, dure plus de deux heures et demi, ponctuées d'actions trépidantes : une balade dans les bois, un coït, une balade dans les bois, un coït... On comprend que Pascale Ferran ait voulu restituer l'importance de la végétation comme symbole de la vitalité dans la deuxième version de Lawrence,  "Lady Chatterley et l'Homme des Bois", mais du coup, elle nous inflige une suite de cartes postales champêtres dans une réalisation bien plate.

Que dire d'autre ? Marina Hands s'en sort plutôt bien, instillant une côté enfantin dans sa naïveté ; Jean-Louis Coulloc'h - Pascale Ferran a souhaité faire appel à un inconnu - arrive à faire illusion au début quand Parkin reste enfermé dans sa gangue, mais il est désastreux quand il commence à s'ouvrir, et la scène finale est digne de la collection Harlequin.

Tant qu'à récompenser un film d'auteur, les professionnels de la professions auraient été plus inspirés de choisir "Les Fragments d'Antonin" ou "13, Tzameti", plutôt que ce téléfilm académique et chiant.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2007
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Dimanche 11 mars 2007 7 11 /03 /2007 17:45

Film français de Pierre Jolivet

Interprètes : Vincent Lindon (Lucas), Sandrine Bonnaire (Elsa), François Berléand (Roland Cristin)

Durée : 1 h 30



Note : 7,5/10

En deux mots : Pierre Jolivet aborde avec brio la comédie romantique, tout en continuant à s'interroger sur les travers de notre temps.

Le réalisateur : Né en 1952 à Saint-Mandé, Pierre Jolivet commence à brûler les planches dès l'adolescence avec son frère Marc. Il rencontre ensuite Luc Besson, dont il écrit en 1981 le scénario du premier film, "Le Dernier Combat", puis en 1985 celui de "Subway". La même année, il passe à la réalisation avec "Strictement personnel". Il signe ensuite "Le Complexe du Kangourou" (1986), "Force majeure" (1988) et "Simple Mortel" (1991).

"Fred", un polar social tourné en 1997, est sa première collaboration avec Vincent Lindon. Il réalise ensuite "En plein Coeur" (1998), "Ma petite Entreprise" (1999), "Le Frère du Guerrier" (2002) et "Filles uniques" (2003).

L'histoire : Lucas est le PDG quadargénaire d'une entreprise de téléphonie. Depuis qu'il a découvert que son précédent amour était en réalité employée par son concurrent, il se méfie de toutes les femmes. Quand il rencontre Elsa, la céramiste embauchée pour décorer le hall de son entreprise, il demande au détéctive privé de sa société d'enquêter sur elle.

Mais Elsa n'est pas disposée à se laisser séduire par l'esbrouffe déployée par Lucas, et elle ne manque pas une occasion de lui renvoyer leur différence de richesse et de valeur au visage.

La critique :  Depuis "Fred", Pierre Jolivet a su créer un nouveau genre, celui de la comédie sociale. Autour de son acteur fétiche, Vincent Lindon, il a écrit des intrigues bien ficelées inscrites au coeur de la réalité de l'époque : chomage, malversations, difficulté de la justice...

Avec "Je crois que je l'aime", il aborde un nouveau genre, celui de la comédie romantique. Mais il n'en n'abandonne pas pour autant sa sensibilité sociale, en ajoutant à l'opposition classique des caractères des deux héros un affrontement de classe. Certes, Elsa n'est pas une prolétaire, mais plutôt une intermittente de la création ; le comportement de Lucas qui a l'habitude de tout régler par l'argent la hérisse, et elle ne se gêne pas pour lui faire savoir.

Pierre Jolivet, tout en respectant le cahier des charges de la comédie romantique, aborde le sujet des libertés individuelles menacées par les progrès de la technologie. Dès la scène d'exposition, on voit la gouvernante de Lucas utiliser une télécommande domotique agissant sur les volets, la lumière, la caméra du sas d'entrée. Par la suite, les téléphones portables servent d'outil de base aux situations comiques, et on en vient à se poser pour les scénaristes la question qu'Elsa adresse à Lucas "Mais comment faisiez-vous avant ?" Le détective, joué par une Berléand au mieux de sa forme, utilise un arsenal de micros espions, de caméras cachées et de sous-marins ; il faut dire qu'il a été à bonne école, puisqu'il a servi à l'Elysée du temps de Mitterrand...

La réalisation de Jolivet est toujours aussi enlevée et élégante, à l'image de ce montage parallèle de Lucas déprimant dans son lit et d'Elsa sur le divan de son psy, ellipse amusante et efficace pour signifier les semaines qui s'écoulent après qu'elle a découvert un micro chez elle. Vincent Lindon est chez lui, et ça se sent. Quant à Sandrine Bonnaire, elle aborde avec charme et enthousiasme un nouveau registre, très convaincante dans un rôle qui évoque parfois Katharine Hepburn.

Et puis il y a une galerie de seconds rôles savoureux : Kad Merad en copain lourdaud, Liane Folly en taupe québecoise, Albert Dray en chauffeur juge des conquêtes de son patron, Guilaine Londez en assistante de direction attentive aux humeurs de son patron pour savoir si elle doit vendre ses actions, ou encore Brian Bigg en sumotori cardiaque.

Certes, il y a peu de surprise, puisque tous les ingrédients du genre sont là, et dans l'ordre requis. Mais le traitement de l'ensemble tirant parfois vers le burlesque, le rythme allegro et le jeu de la bande d'acteurs font de "Je crois que je l'aime" une des bonnes surprises de cette période plutôt morne.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2007
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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /2007 20:57

Film français de François Ozon

Interprètes : Romola Garaï (Angel), Lucy Russell (Nora Howe-Nevinson), Michael Fassbender (Esmé), Sam Neil (Theo), Charlotte Rampling (Hermione)

Durée : 2 h 14



Note : 6/10

En deux mots : Le nouvel exercice de style de François Ozon, cette fois dans le mélo années 30 ; longuet, et un peu too much.

Le réalisateur : Né en 1967 à Paris, François Ozon intègre la FEMIS en 1990 et rédige une maîtrise sur Pialat. Il réalise de nombreux courts métrages, avant de tourner son premier long en 1998 "Sitcom". Il enchaîne ensuite "Les Amants Criminels" (1999), "Gouttes d'eau sur une pierre brûlante" (2000), "Sous le sable" (2001), "8 Femmes" (2002), "Swimming Pool" (2003), "5x2" (2004), "Le Temps qui reste" (2005).

L'histoire : Fille d'une épicière, Angel Deverell est la risée de ses camarades de classe et de ses professeurs. Tout en se vantant de ne jamais lire, elle passe son temps à écrire des romans à l'eau de rose. Elle envoie son manuscrit à de nombreux éditeurs. L''un d'eux, Théo, se décide à la publier : c'est immédiatement le succés .

Angel rachète le château dont elle rêvait enfant, et engage  comme secrétaire Nora, la fille d'un Lord. Angel tombe amoureuse d'Esmé, le frère de Nora. Comme il est peintre, elle lui commande son portrait, et finit par se marier avec lui. Mais la Première Guerre Mondiale éclate, et Esmé décide de s'engager...

La critique :  François Ozon est un cinéphile averti, et une nouvelle fois après "8 Femmes", il a décidé de réaliser un film hommage. Cette fois, il a pris pour référence, mieux, pour modèle, les mélodrames anglosaxons des années 30 et 40 : "Les Quatre Filles du Dr March", "Autant en emporte le Vent" ou "La Splendeur des Amberson".

Le problème, c'est que quand Ozon rend hommage, il se lance dans une reconstitution scrupuleuse, tant dans le choix des décors, des costumes, que des dialogues et du montage. Il oublie d'introduire une distance, un clin d'oeil qui dirait au spectateur : "Je sais, et vous savez, que tout ça c'est pour de faux". Ainsi, il utilise des transparences pour faire défiler le Palais de Westminster derrière la calèche de Theo et d'Angel, la transformant en tapis volant, et des toiles peintes pour figurer l'Acropole ou les Pyramides. Mais à la différence d'"O.S.S. 117, La Caire Nid d'Espions" qui dépasse la citation pour se situer dans la parodie, "Angel" se suffit à être "à la manière de".

Donc, allons-y à fond dans le registre "grandeur et décadence". En conséquence, Angel nous est dépeinte comme un croisement de Scarlett O'Hara et de Barbara Cartland avec 80 ans de moins. Dans son Xanadu, elle joue de la harpe en déshabillé rose, et proclame des inepties du genre "J'aime bien Shakespeare, sauf quand il essaie d'être comique".

"Angel" est une adaptation du roman paru en 1957 de l'écrivaine britannique Elizabeth Taylor. Ozon explique : "Dans le roman, le personnage est souvent grotesque, le regard sur elle, ses livres et son comportement est très ironique. Taylor reconnaît sa capacité à écrire, à avoir du succès, mais se moque beaucoup d'elle et la décrit comme étrange et laide. Il ne me semblait pas possible d'accompagner un personnage aussi franchement négatif pendant deux heures, alors qu'à la lecture la cruauté passe beaucoup mieux. Il fallait que l'on soit aussi charmé par elle, que l'on puisse s'attacher à elle sans gommer pour autant son côté insupportable ou une certaine forme de méchanceté."

Je ne suis pas persuadé qu'il ait réussi dans ce dessein : Angel reste une pimbèche insupportable, et même quand elle souffre, elle continue à être pathétique et exaspérante dans son incommensurable égoïsme. Quand elle s'active pour la paix, ce n'est pas pour un idéal, mais juste pour ramener son mari, et plus important à ses yeux, pour laver l'affront qu'il lui a fait de lui préférer son devoir.

Nicole Kidman avait été pressentie pour le rôle d'Angel. François Ozon lui a préféré Romola Garaï, essentiellement parce que le rôle débute à 16 ans. Certes, cette dernière apporte bien un côté vulgaire et canaille au personnage d'Angel. Mais je ne peux m'empêcher d'imaginer ce que la Nicole Kidman de "Dogville" aurait pu rendre de plus complexe et d'ambigu.

Trop bien fait, trop lisse, trop prévisible, "Angel" se regarde un peu comme ces vieux films qu'on mate par désoeuvrement sur TCM, l'éclat du technicolor en plus. Et comme au bout de 135 minutes, il n'y a plus que François Ozon pour s'intéresser encore à son personnage, on s'ennuie ferme.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2007
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