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Samedi 31 mars 2007

Film américain de Nick Cassavetes

Interprètes : Emile Hirsch (Johnny Truelove), Justin Timberlake (Frankie Ballanbacher), Sharon Stone (Olivia), Bruce Willis  (Sonnie Truelove)

Durée : 1 h 56



Note : 7/10

En deux mots : Comment une embrouille entre fils à papa dégénère en affaire criminelle ; un film efficace et assez prenant.

Le réalisateur :  Né en 1959 à New York, Nick Cassavetes est le fils de John Cassavetes et de Gena Rowlands. Après des études à l'American Academy of Dramatic Arts, il commence une carrière de comédien. En 1996 il tourne son premier film, "Décroche les étoiles" avec sa mère. Il réalise l'année suivante "She's so lovely", sur un scénario de son père. Suivent "John Q" en 2002 et "N'oublie jamais" en 2004.

L'histoire : Dans la banlieue cossue de L.A., Johnny, le fils du caïd Sonny Truelove vit sa vie de petit dealer et de chef de bande. Un autre voyou, Jake Mazursky, lui doit de l'argent. Furieux d'avoir été jeté de chez Johnny, Jake revient et vandalise sa maison. Johnny enlève alors Zack, le petit frère de Jake qui vient de fuguer.

Johnny confie son otage à Frankie, qui l'emmène avec lui dans les fêtes, Zack ne manifestant aucune envie de s'enfuir. Frankie s'attache à lui, mais Johnny se rend compte que cet enlèvement peut être puni de la prison à vie.

 

 

La critique :  "Alpha Dog" s'inspire d'un fait divers réel, l'affaire Jesse James Hollywood (ça ne s'invente pas !). Nick Cassavetes raconte que c'est sa fille Gina qui lui avait parlé de cette histoire, alors qu'un fait divers semblable était arrivé dans son collège et qu'elle en connaissait tous les protagonistes.

Le générique de début est composé de films en VHS nous montrant des gamins de bonnes familles lors de fêtes ou de vacances. Puis on voit ce que ces bambins hilares sont devenus quelques années plus tard : des petites frappes squattant les demeures spacieuses de leurs parents et se la jouant gangsta-rapp, vulgarité et mysoginie incluses.

Cette première partie est un peu longue, un peu convenue, et on a du mal à s'intéresser à leurs petits traffics et leurs grosses embrouilles. Pourtant, on sait d'emblée que ça finira mal, puisqu'on a vu l'interview du père de John Truelove interrogé sur la fuite de son fils, et l'apparition de chaque nouveau personnage est accompagné d'un carton "témoin n°1, 2..."

Et puis vient l'enlèvement de Zack, opéré sur une impulsion, et là le film prend une autre dimension. Les repères se délitent, et les situations conventionnelles se renversent : l'otage manifeste un syndrome de Stockholm express, et sa "captivité" se résume à un incroyable enterrement de vie de puceau ; le chef de gang autoritaire et violent devient de plus en plus indécis et perdu, redevant un gamin dépassé par sa bêtise. Et le souffre-douleur de la bande, humilié par John, prend l'affaire en main et devient l'agent du destin.

Ce qui frappe dans "Alpha Dog", un peu comme dans "Elephant", c'est l'absence des adultes. Ces gamins ont poussé tous seuls, en meute, et les rapports entre eux et leurs parents se résument à des transactions : Jake tape son père, Frankie a la jouissance de la maison du sien contre un peu de ménage. Les adultes ont des comportements aussi immatures que ceux de leur progéniture : le père et le grand-père de John lui reprochent d'être fidèle à sa copine, et celui de Frankie se lèvent des minettes de l'âge de son fils.

La perte des points de repère ne touche pas que les membres de la bande : lorsque les copines de Frankie apprennent que Zack a été enlevé, elle trouvent ça "cool" ; et quand l'une d'entre elle se rebelle (Dominique Swain, la "Lolita" d'Adrian Lyne), les autres la regardent comme une extraterrestre .

Dans une distribution de haut niveau (Sharon Stone, Bruce Willis, Harry Dean Stanton excellent en grand-père indigne), Justin Timberlake s'en sort bien dans le rôle du personnage le plus complexe du gang, celui qui vit un conflit intérieur entre le bien et le mal.

Certaines scènes d'interview sont de trop, particulièrement celle qui nous montre une Sharon Stone bouffie quelques années après la mort de son fils, à la limite de l'obscenité. Ce faux cinéma-vérité n'apporte pas grand chose au récit, et nuit même à la tension installée à la fois par le jeu des acteurs et le montage parallèle renforcé par le recours au split screen. Malgré ces quelques défauts, "Alpha Dog" est quand même un film intéressant qui sait dépasser le simple fait divers pour interroger sur le mécanisme de la dilution des valeurs morales qui peut amèner à l'irréparable.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2007
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Lundi 26 mars 2007

Film français de Carine Tardieu

Interprètes : Karine Viard (Juliette), Chloë Coulloud (Lulu), Kad Merad (Jacques), Pascal Elbé (Antoine)

Durée : 1 h 35



Note : 6/10

En deux mots : Premier film avec quelques belles idées et pas mal de maladresses.

Le réalisateur :  Après des études de cinéma à l'ESRA (Paris), Carine Tardieu été assistante réalisatrice sur de nombreux films et téléfilms. Elle a travaillé comme scénariste de fiction et réalisé des programmes courts pour la télévision. En 2002, elle réalise son premier court-métrage "Les baisers des autres". Multi-primé dans les festivals, ce film a aussi fait l'objet d'une novélisation par son auteur, inaugurant ainsi la collection «  ciné-roman » chez Actes Sud Junior. A 30 ans, elle achève tout juste la réalisation de son second court-métrage "L'aîné de mes soucis" qui fait, lui aussi, l'objet d'une novélisation dans la même collection.

L'histoire : Garçon manqué de 15 ans, Lulu vit avec une mère hypocondiaque et dépressive et un père bien gentil mais absent. Un jour, elle trouve une photo de sa mère jeune et visiblement heureuse. Elle mène l'enquête et trouve chez sa grand-mère un film super 8 où sa mère flirte avec un dénommé Jacques.

Elle réussit à le retrouver : il est devenu soigneur dans un zoo, et "il a pris vingt ans dans la gueule". Lulu décide d'organiser leur rencontre fortuite, afin de déclencher un électrochoc chez Juliette. Mais c'est le contraire qui se passe, et les deux anciens amants se lancent dans un revival.

La critique :  "La Tête de Maman" a tout pour plaire, et c'est peut-être là que le bât blesse. On retrouve en effet dans ce premier film de Carine Tardieu les ingrédients qui ont fait les succès de "Je vous trouve très beau" ou de "Se Souvenir des belles choses" : un savant dosage d'humour décalé et parfois un peu cruel, d'émotion sur des sujets graves, et de tranches de vie intergénérationnelles. Recette efficace, puisque le film a déjà bénéficié du label des spectateurs UGC.

Le problème dans ce brouet, c'est que tous les constituants n'ont pas le même goût. Dès la première scène, Lulu qui se bat avec un garçon de son école, la mise en scène est ultra-voyante et les effets bien trop appuyés. Par la suite, et plusieurs fois dans le film, ces maladresses viennent gêner la fluidité de l'histoire, comme la scène où Lulu embrasse Jacques jeune qui se présente comme son fantasme, ou la scène finale où Carine Tardieu ressort toute la panoplie du Guide de l'Emotion, avec photo surex, ralentis et musique violonneuse.

Heureusement, beaucoup d'autres idées passent mieux, parce que bien inscrites dans le récit, comme cette mise en abyme de tous les ancêtres maudits de Lulu, ou au contraire parce qu'ils sont complètement décalés et gratuits, comme cette apparition sous le balcon de Juliette d'un Jacques-Roméo malmené par un marsupial.

Il y a aussi des répliques qui font mouche, comme ce reproche fait par Lulu à sa copine Sarah : "Tu m'énerves à toujours faire des commentaires sur tout", alors que toute l'écriture scénaristique repose sur les pensées péremptoires de la jeune héroïne, ou le prétexte qu'elle invente pour prendre contact avec Jacques : "Je fais des études en zoophilie".

Chloë Coulloud, repérée par Carine Tardieu dans le couloir où elle attendait pour le casting, s'en sort plutôt bien, sans doute meilleure quand le vernis craque que quand elle joue la dure à cuire. La réalisatrice explique qu'elle a choisi Karine Viard pour sa vivacité, afin que cette énergie apparaisse sous-jacente dans la première partie où elle s'enfonce dans la neurasthénie ; malheureusement, ce contre-emploi a été poussé sans nuance, et sa prestation est trop caricaturale. C'est sans doute cette volonté de caractériser les personnages qui entraînent Kad Merad et Pascal Elbé au pays des bisounours ; Suzy Falk est plus convaincante dans le rôle de la grand-mère au caractère proche de celui de Lulu.

Comme souvent dans les premiers films, Carine Tardieu a voulu traiter beaucoup de sujets, et montrer toute la palette des effets qu'elle pense maîtriser. Cet excès d'ambition, certes explicable, fait de la "Tête de Maman" un film fourre-tout parfois un peu racoleur. Une sincérité perceptible et quelques trouvailles originales peuvent nous donner envie de la revoir dans un projet mieux cerné.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2007
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Dimanche 25 mars 2007

Film français de Jérôme Bonnell

Interprètes : Jean-Pierre Darroussin (Louis), Emmanuelle Devos (Agnès), Eric Caravaca (Jean-Philippe), Florence Loiret  (Sabine)

Durée : 1 h 36



Note : 5,5/10

En deux mots : Film mosaïque dépareillé et longuet.

Le réalisateur : Né en 1977, Jérôme Bonnell suit des études de cinéma à Paris VIII. Il remporte en 1998 le prix junior du meilleur scénario pour "Le Bonheur des Uns" qui ne sera pas tourné. Il réalise un premier court métrage en 1999, "Fidèle". Il passe au long métrage en 2002 avec "Le Chignon d'Olga". Son deuxième film "Les yeux clairs" obtient le Prix Jean Vigo en 2005.

L'histoire : Louis tient un café dans une petite ville de province, voit de temps en temps une prostituée, Sabine, et lit pour la quatrième fois "L'Education sentimentale". Avec sa soeur Agnès, il rend visite à leur mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, et qui ne le reconnaît plus. Agnès est institutrice et vit avec Jean-Philippe, journaliste hypocondriaque.

Agnès croise Stéphane, une jeune homme qu'elle a connu enfant, et qui revient dans cette ville après deux ans de voyage. Jean-Philippe hérite d'un chien, et trouve un travail à Stéphane. Ce dernier rode pendant des jours autour de la maison où habite Farida, et approche Tony, le copain de celle-ci.

La critique :  Avec la comédie, le film mosaïque est à la mode dans le cinéma français. Sur les traces de Pascal Thomas ou de Nicole Garcia, de nombreux réalisateurs pensent qu'il suffit de choisir quelques personnages atypiques, de les placer dans un lieu bien défini (une station balnéaire en hiver, un appartement), de déterminer la règle qui préside à leurs rencontres et hop, ça fait un film.

Malheureusement, n'est pas Robert Altman qui veut. "J'attends quelqu'un" est l'exemple même du fait que l'addition de situations semi-loufoques et de personnages inclassables ne suffit pas à composer un récit cohérent. Cette impression d'une suite de sketches est renforcée par le ait que certaines de ces scènes peuvent toucher, ou amuser, mais juste sur une réplique ou une situation, comme cet étonnement de tous en découvrant que Louis lit du Flaubert, ou la plaisanterie cruelle d'Agnès qui fait semblant de ne pas connaître Louis, comme si la maladie de leur mère était une bonne plaisanterie.

Malgré la forme moderne, les fils narratifs sont bien classiques, pour ne pas dire clichés : le client de la prostituée qui en tombe amoureux, le garçon prodige de retour au pays qui essaie de voir la femme qu'il a abandonnée avec un enfant, la femme en couple depuis des années qui se laisse tenter ailleurs. Jérôme Bonnell hésite en plus dans le traitement de toutes ces histoires ; plutôt convaincant quand il choisit un ton enlevé, comme pour l'adoption forcée du chien, il sombre corps et biens dans la mièvrerie quand il prétend la jouer dramatique.

Ce genre de film repose en général sur la distribution, permettant une revue d'effectif des acteurs français. Donc, Daroussin fait du Daroussin, et c'est plutôt bien, notamment quand il imite Steevie Wonder, chant et scénographie. Emmanuel Devos m'horripile encore plus que d'habitude avec son faux naturel, et c'est peu dire. Quant à Eric Caravaca, il incarne avec justesse et fragilité son personnage d'éternel inquiet prêt à se noyer dans un verre d'eau.

Très bien accueilli par la critique - mais apparemment pas aussi bien par le public, "J'attends quelqu'un", outre son titre passe-partout lui aussi à la mode ("Je crois que je l'aime", "Je pense à vous", "Je vais bien, ne t'en fais pas"...) se regarde avec un certain ennui, et s'oublie aussi vite qu'une bonne partie de la production française du moment qui ne brille pas par l'originalité et l'audace.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2007
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Samedi 24 mars 2007

Film italien d'Emanuele Crialese

Titre original : Nuovomondo

Interprètes : Charlotte Gainsbourg (Lucy), Vincenzo Amato (Salvatore Mancuso), Aurora Quattrochi (Fortunata), Francesco Casisa (Angelo)

Durée : 1 h 58



Note : 8/10

En deux mots : Lion d'Argent mérité à Venise, une fresque pleine de lyrisme et de fantaisie.

Le réalisateur : Né en 1965 à Rome, Emanuele Crialese est diplômé du département cinéma de l'Université de New York. Il réalise en 1998 "Once We Were Strangers", film en anglais avec Vincenzo Amato. C'est en Italie, et en italien, qu'il réalise en 2002 "Respiro".

L'histoire : Au début du XX° siècle en Sicile, le paysan Salvatore Mancuso décide d'émigrer aux Etats-Unis avec sa mère, ses deux fils et deux filles du village promises à des maris outre-Atlantique. Il quitte son lopin de terre et embarque sur un bateau où s'entassent les émigrants. Parmi eux, Lucy, une anglaise d'un milieu social bien plus élevé que les Mancuso, et qui a besoin d'un mari pour entrer en Amérique.

Au cours de la traversée, elle approche Salvatore malgré la méfiance de la mère de celui-ci. A l'arrivée sur Ellis Island, ils subissent tous les tests de sélection eugénique pour avoir le droit de passer cette "porte d'or"... 

La critique :  Deux hommes grimpent une colline caillouteuse, une pierre entre les dents. Une vieille rebouteuse désenvoute une jeune fille, en lui retirant un serpent du ventre. Un curé donne aux futurs émigrants les habits des morts, afin de permettre à ceux-ci de voyager avec eux. Dès ces scènes d'exposition, le ton est donné : "Golden door" va naviguer entre réalisme et onirisme.

Le Nouveau Monde a été présenté à ces paysans siciliens comme un Eden, où on se baigne dans des rivières de lait, où les arbres donnent des pièces, et où poussent des légumes dignes du rocher de "L'Etoile Mystérieuse". Ils acceptent cette perspective sans sourciller, car les superstitions et le surnaturel font partie de leur environnement. Emanuele Crialese choisit donc d'adopter le point de vue de ces personnages, et il insère ces visions dans le récit ; après tout, sont-elles moins réelles que cet Eldorado que Salvatore ne voit pas dans les brumes, et dont les rites lui semblent tout aussi étranges ?

Le film est découpé en trois parties égales : l'adieu à la terre, la traversée et Ellis Island. Dans la première partie, on est proche de "Padre, padrone" dans une suite de scènes qui vont toujours d'un plan très rapproché à un plan large et qui parlent de la dureté de la vie sur cette terre aride. La seconde partie se déroule dans le huis clos du bateau, jamais vu dans son son ensemble comme dans "Titanic", mais compartimenté par les manches à air et les coursives. Quand le navire affronte une tempête, on n'en voit pas une vague, juste les corps jetés les uns contre les autres dans le bruit des craquements de la coque ; Crialese reprend le gag de "L'Emigrant" quand Charlot roule sur le corps de la grosse dame, mais le transforme en gigantesque radeau de la Méduse.

La dernière partie est un autre enfermement, celui de la violence instututionnelle, celle de la jeune république américaine qui sélectionne ceux qui seront dignes d'apporter leur force de travail à la construction du pays. On pense à ce que disait Scorsese lors de la sortie de "Gangs of New York", au sujet de la violence consubstantielle à la naissance des Etats-Unis. Là, ce n'est plus celle du Far-West ou des oppositions entre Native et Irlandais ; il s'agit de la violence froide d'un état sûr de sa puissance, et qui s'arroge le droit sous couvert de procédures "civilisées" de séparer des familles ou de pousser des jeunes femmes à subir des mariages arrangés. Et quand un officier explique la politique de renvoi des plus faible au nom de la science, on ne sait pas si Lucy est sérieuse ou ironique quand elle s'exclame "Quelle vision moderne !"

La musique est d'abord absente, la mise en scène étant aussi aride que la terre sicilienne, puis elle apparaît sous la forme de chansons de paysans avant de ponctuer la dernière partie. Et puis il y a des plans superbes, comme ce cercle des femmes dans les entrailles du navire en train de se peigner mutuellement, ou cette plongée extraordinaire sur deux foules se faisant face, celle sur le pont et celle sur le quai, que la perspective place sur un même plan, et qui se séparent lentement quand le bateau appareille.

Film à la fois classique et audacieux, "Golden door" surprend constamment, inscrivant l'intrigue des manoeuvres de la jeune Anglaise au milieu de la description du destin de millions d'Européens. Porté par des acteurs excellents (Vincenzo Amato, au générique des trois films de Crialese, et Aurora Quattrochi qui joue sa mère), il bénéficie d'une superbe photographie qui se met au service d'une fresque lyrique qui n'est pas sans rappeler par moment le grand Federico.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2007
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Jeudi 22 mars 2007

Film français de Claude Berri

Interprètes : Audrey Tautou (Camille), Guillaume Canet (Franck), Laurent Stocker (Philibert), Françoise Bertin (Paulette)

Durée : 1 h 37



Note : 7/10

En deux mots : Adaptation édulcorée du roman d'Anna Gavalda, qui vaut surtout par la performance des acteurs.

Le réalisateur : Né en 1934 à Paris, Claude Langmann est issu d'une famille juive ashkénaze. Il suit le cours Simon, et jouen de nombreux petits rôles au cinéma. En 1962, il réalise un court métrage "Le Poulet", qui obtient un oscar. Il réalise son premier long en 1967, "Le Vieil Homme et l'Enfant", avec Michel Simon. Suivent "Le Pistonné" (1969), "Sex-Shop" (1972), "La Première fois" (1976), "Le Cinéma de papa" (1980). Dans le même temps, il produit Polanski, Chéreau, Demy, Forman, Annaud ou Zidi. Il renoue avec le succés grâce à "Tchao Pantin" (1983), "Jean de Florette" et "Manon des Sources" (1986), "Germinal" (1993), "Lucie Aubrac" (1997) et "Une Femme de Ménage" (2002).

L'histoire : Camille travaille comme femme de ménage pour Touclean, aime dessiner et vit dans une chambre de bonne. Franck se tue à la tâche dans son boulot de cuistot, et a pour seule distraction la visite hebdomadaire à sa grand-mère Paulette, opérée à la suite d'une chute. Il est le colocataire de Philibert, aristocrate bègue et vendeur de cartes postales, qui a reçu de son père la mission d'occuper cet immense appartement en attendant qu'il soit vendu.

Philibert rencontre Camille, qui l'invite à piqueniquer chez elle. Quand elle tombe malade, Philibert la ramène chez lui, ce qui n'est pas du goût de Franck. Progressivement, ils vont s'apprivoiser et additionner leurs fragilités pour affronter un monde qui leur fait peur.

La critique :  Après avoir rencontré l'échec et la dépression en adaptant un roman contemporain, "Une Femme de ménage" de Christian Oster, Claude Berri s'attaque donc à une nouvelle transposition à l'écran d'un roman récent. Certes, l'univers d'Anna Gavalda est davantage cinégénique que celui d'Oster, proche de Echenoz, qui joue beaucoup plus sur l'absurdité produite par la cohabitation de certains mots que sur le réalisme des situations. Certes, le succès du livre présage plutôt d'un bon résultat au box-office, comme le montrent les succés récents des adapations de best-sellers tels que "Ne le dis à personne", "Da Vinci Code" ou "Le Diable s'habille en Prada".

Mais comment réduire à 100 minutes un roman de 600 pages avec de nombreuses histoires imbriquées, portant notamment sur la découverte progressive du passé des quatre protagonistes ? Claude Berri y réussit plutôt, notamment en adoptant un montage assez proche de l'écriture d'Anna Gavalda, faite de très courtes scènes entecoupées de nombreuses ellipses. Il a surtout eu le talent de trouver les acteurs correspondant le mieux à des personnages imaginés depuis longtemps par 350 000 lecteurs. Si Guillaume Canet vient immédiatement à l'esprit pour incarner la brute au coeur tendre, il fallait de l'imagination et de l'audace pour demander au Comédien Français Laurent Stocker de jouer Philibert : coup de maître, puisqu'il est excellent, évitant la caricature pour un personnage aussi stéréotypé.

Claude Berri avait voulu Tsilla Chelton, mais les assurances toujours aussi élégantes ont refusé en considération de l'âge de l'actrice fétiche de Ionesco. Françoise Bertin s'acquitte avec bonheur de se remplacement en donnant corps à cette mamie entêtée et finalement assez injuste. Audrey Tautou est elle aussi une remplaçante de luxe, puisqu'elle a succédé à Charlotte Gainsbourg immobilisée à la suite d'un accident. Elle impose son mélange de fragilité diaphane et de gouaille, et confirme qu'elle est aujourd'hui une des actrices française qui comptent.

"Ensemble, c'est tout" présente des similitudes avec "Le grand appartement", de Pascal Thomas : une communauté improbable cohabite dans un immense appartement menacé par la rapacité des propriétaires. Mais là où Laetitia Casta réagissait en menant la lutte, les habitants du phalanstère de Philibert encaissent les coups et se laissent ballotter sans combattre, habitués qu'ils sont à la précarité.

La principale faiblesse du film réside sans doute dans l'incapacité à introduire de vraies ruptures dans le récit. Les rebondissements sont réduits à des péripéties prévisibles, et l'émotion ne nait que furtivement, plus au détour de quelques plans presques subliminaux (un traveling sur les employées de Touclean fêtant Noël, l'arrivée d'une vieille dame cabossée aux obsèques), que quand la musique un peu datée de Frédéric Botton vient nous souligner que c'est là qu'il est bon de s'humecter les yeux.

En condensant par obligation les détails qui inséraient le destin des personnages d'Anna Gavalda dans une âpre contemporanéité, Claude Berri et François Dupeyron qui l'a secondé édulcorent forcément cette dimension, et rendent encore plus pesants les bons sentiments déjà présents dans le livre.

"Ensemble, c'est tout" réussit à dépasser le statut de super-téléfilm format "Louis Page" ou "Louis la Brocante" essentiellement grâce à la subtilité du jeu des acteurs ; on n'est certes pas chez Capra, mais Audrey Tautou et Laurent Stocker réussisent à nous entraîner dans leur histoire, et c'est déjà pas mal.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2007
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