Film américain de Nick Cassavetes
Interprètes : Emile Hirsch (Johnny Truelove), Justin Timberlake (Frankie Ballanbacher), Sharon Stone (Olivia), Bruce Willis (Sonnie Truelove)
Durée : 1 h 56

Note : 7/10
En deux mots : Comment une embrouille entre fils à papa dégénère en affaire criminelle ; un film efficace et assez prenant.
Le réalisateur : Né en 1959 à New York, Nick Cassavetes est le fils de John Cassavetes et de Gena Rowlands. Après des études à l'American Academy of Dramatic Arts, il commence une carrière de comédien. En 1996 il tourne son premier film, "Décroche les étoiles" avec sa mère. Il réalise l'année suivante "She's so lovely", sur un scénario de son père. Suivent "John Q" en 2002 et "N'oublie jamais" en 2004.
L'histoire : Dans la banlieue cossue de L.A., Johnny, le fils du caïd Sonny Truelove vit sa vie de petit dealer et de chef de bande. Un autre voyou, Jake Mazursky, lui doit de l'argent. Furieux d'avoir été jeté de chez Johnny, Jake revient et vandalise sa maison. Johnny enlève alors Zack, le petit frère de Jake qui vient de fuguer.
Johnny confie son otage à Frankie, qui l'emmène avec lui dans les fêtes, Zack ne manifestant aucune envie de s'enfuir. Frankie s'attache à lui, mais Johnny se rend compte que cet enlèvement peut être puni de la prison à vie.
La critique : "Alpha Dog" s'inspire d'un fait divers réel, l'affaire Jesse James Hollywood (ça ne s'invente pas !). Nick Cassavetes raconte que c'est sa fille Gina qui lui avait parlé de cette histoire, alors qu'un fait divers semblable était arrivé dans son collège et qu'elle en connaissait tous les protagonistes.
Le générique de début est composé de films en VHS nous montrant des gamins de bonnes familles lors de fêtes ou de vacances. Puis on voit ce que ces bambins hilares sont devenus quelques années plus tard : des petites frappes squattant les demeures spacieuses de leurs parents et se la jouant gangsta-rapp, vulgarité et mysoginie incluses.
Cette première partie est un peu longue, un peu convenue, et on a du mal à s'intéresser à leurs petits traffics et leurs grosses embrouilles. Pourtant, on sait d'emblée que ça finira mal, puisqu'on a vu l'interview du père de John Truelove interrogé sur la fuite de son fils, et l'apparition de chaque nouveau personnage est accompagné d'un carton "témoin n°1, 2..."
Et puis vient l'enlèvement de Zack, opéré sur une impulsion, et là le film prend une autre dimension. Les repères se délitent, et les situations conventionnelles se renversent : l'otage manifeste un syndrome de Stockholm express, et sa "captivité" se résume à un incroyable enterrement de vie de puceau ; le chef de gang autoritaire et violent devient de plus en plus indécis et perdu, redevant un gamin dépassé par sa bêtise. Et le souffre-douleur de la bande, humilié par John, prend l'affaire en main et devient l'agent du destin.
Ce qui frappe dans "Alpha Dog", un peu comme dans "Elephant", c'est l'absence des adultes. Ces gamins ont poussé tous seuls, en meute, et les rapports entre eux et leurs parents se résument à des transactions : Jake tape son père, Frankie a la jouissance de la maison du sien contre un peu de ménage. Les adultes ont des comportements aussi immatures que ceux de leur progéniture : le père et le grand-père de John lui reprochent d'être fidèle à sa copine, et celui de Frankie se lèvent des minettes de l'âge de son fils.
La perte des points de repère ne touche pas que les membres de la bande : lorsque les copines de Frankie apprennent que Zack a été enlevé, elle trouvent ça "cool" ; et quand l'une d'entre elle se rebelle (Dominique Swain, la "Lolita" d'Adrian Lyne), les autres la regardent comme une extraterrestre .
Dans une distribution de haut niveau (Sharon Stone, Bruce Willis, Harry Dean Stanton excellent en grand-père indigne), Justin Timberlake s'en sort bien dans le rôle du personnage le plus complexe du gang, celui qui vit un conflit intérieur entre le bien et le mal.
Certaines scènes d'interview sont de trop, particulièrement celle qui nous montre une Sharon Stone bouffie quelques années après la mort de son fils, à la limite de l'obscenité. Ce faux cinéma-vérité n'apporte pas grand chose au récit, et nuit même à la tension installée à la fois par le jeu des acteurs et le montage parallèle renforcé par le recours au split screen. Malgré ces quelques défauts, "Alpha Dog" est quand même un film intéressant qui sait dépasser le simple fait divers pour interroger sur le mécanisme de la dilution des valeurs morales qui peut amèner à l'irréparable.
Cluny
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