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critiques de novembre 2009

Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 11:52
Film français de Radu Mihaileanu

Interprètes : Mélanie Laurent (Anne-Marie Jacquet), Aleksei Guskov
(Andrei Filipov), Dimitri Nazarov (Sacha Grossman), François Berléand (Olivier Morne Duplessis)

Durée :
2 h 00



Note :
  5/10 

En deux mots :
Une belle idée de départ plombée par une réalisation pachydermique. 

Le réalisateur :
Né en 1958 à Bucarest, Radu Mihaileanu est le fils d'un journaliste juif et communiste. Il quitte la Roumanie dans les années 80 pour aller en Israel, puis en France où il fait l'IDHEC. D'abord monteur, puis assistant réalisateur, il tourne son premier long métrage en 1993, "Trahir" qui raconte les démêlées d'un poéte roumain avec la dictature de Caucescu. Son deuxième film, "Train de Vie", raconte en 1998 l'organisation de sa fausse déportation par un stetel, et est récompensé à Venise et à Sundance. "Va, vis et deviens" sur le destin des juifs éthiopiens en Israël obtient le César du meilleur scénario en 2006.

Le sujet : En 1982, Brejnev a viré Andrei Filipov de la direction de l'orchestre du Bolchoï parce qu'il avait refusé de renvoyer les musiciens juifs. Trois décennies plus tard, il travaille comme homme de ménage au Bolchoï. Alors, quand il intercepte un fax du théâtre du Chatelet qui propose un concert pour le mois suivant, Andrei décide de subtiliser le fax, de reconstituer son orchestre et de donner enfin le concerto pour violon et orchestre de Tchaïcowski. Il exige comme soliste la vilonniste virtuose Anne-Marie Jacquet.

La critique : La métaphore de l'orchestre comme résumé du monde n'est pas une nouveauté au cinéma, loin de là ; il suffit d'évoquer "Le Chef d'Orchestre" de Wajda ou "Prova d'orchestra" de Fellini. Pourtant, en situant l'action du film dans le contexte du stalinisme finissant - ce qui était déjà le cas de Wajda -et de la Russie contemporaine des maffieux et des oligarques, Radu Mihaileanu prend appui sur une réalité qui donne de la force à son récit, et qui renouvelle l'idée elle aussi surexploitée du come back impossible, type "Space Cowboy", mélangée à celle de l'imposture, type "Rasta Rocket" ou "Sri Lanka National Handball Team".

Reconnaissons pourtant de la constance à Radu Mihaileanu, puisque ces deux précédents succès racontaient eux aussi l'histoire de gens qui se font passer pour ce qu'ils ne sont pas, les habitants du shtetel de "Train de Vie" tirant au sort les rôle de soldats allemands, et la mère chrétienne de Yaël poussant son fils parmi les falashas pour le sauver dans "Va, vis et deviens".

La première partie se déroule uniquement dans le Moscou d'aujourd'hui, que l'on parcourt dans l'ambulance de Sacha, violoncelliste et meilleur ami d'Andrei, et où on découvre les petits métiers pittoresques comme ceux de figurants pour les manifestations hebdomadaires du Parti Communiste de la Fédération de Russie (Luc Chatel n'a rien inventé) ou pour les mariages des enfants des parrains du milieu moscovite.

Même si on a l'impression que la pellicule a été récupérée dans les surplus de la Mosfilm tant la photographie verdâtre est moche, même si la caricature n'est pas absente de la galerie de personnages qui composent l'orchestre, il y a une énergie et une bouffonerie qui évoque les grandes heures de la comédie italienne. Ca se gâte très nettement quand tout ce petit monde débarque à Paris, et la peinture de tous ces musiciens juifs désertant leur orchestre pour faire des petits traffics de caviar ou de portables chinois a bien du mal à passer.

Et puis, puisque j'évoque la comédie italienne, l'échec principal du film réside dans son incapacité à passer du comique au dramatique comme savaient si bien le faire les Comencini, Scola ou Dino Risi. La faute à des effets larmoyants bien voyants, à un surjeu des acteurs russes qui parlent un français phonétique bizarrement sous-titrés, et à un récit qui se disperse entre la relation entre Andrei et Anne-Marie, l'enjeu du concert lui-même et les magouilles du manager stalinien Gavrilov. Cette difficulté à choisir la tonalité dominante se cristalise avec le personnage de Mélanie Laurent qui réussit à introduire une réelle émotion à chacune de ses apparitions, vite dilapidée hélas par l'arrivée des deux retardataires de l'orchestre avec leur sac Tati rempli de billets récoltés au marché noir.

Rendons cependant grâce à Mihaileanu d'avoir filmé le concerto pour violon et orchestre de Tchaïcovski dans la continuité, usant de la musique et des regards des différents protagonistes pour faire émerger la vérité cachée dans cette oeuvre pour Filipov et Anne-Marie Jacquet, à tel point que la révélation en voix off en devient redondante. Cette scène finale nous donne l'idée du film que "Le Concert" aurait pu être, loin de ce long téléfilm formaté pour gagner le label des spectateurs UGC.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2009 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 12:50
Film américain de Sam Mendes

Interprètes : John Krasinski (Burt), Maya Rudolf
(Verona), Maggie Gyllenhaal (LN), Jeff Bridges (Jerry)

Durée :
1 h 38

 

Note :
  6,5/10 

En deux mots :
Road movie avec deux futurs parents atypiques : parfois caricatural, parfois erratique, souvent sympathique. 

Le réalisateur :
Né en 1965 en Angleterre, diplômé de Cambridge, Sam Mendes a commencé au théâtre. Engagé par la Royal Shakespeare Company en 1992, il monte aussi plusieurs pièces à Broadway. Spielberg lui confie la réalisation de "American Beauty" en 1999. Il tourne "Les Sentiers de la Perdition" en 2002, avec Tom Hanks et Paul Newman,  "Jarhead, la fin de l'innocence" en 2006 sur la première guerre du Golfe, puis "Les Noces rebelles" en 2009.

Le sujet : Burt et Verona se sont installés dans un coin perdu pour attendre leur premier enfant, parce que les parents de Burt habitent à proximité. Alors, quand ceux-ci annoncent leur départ pour l'Europe, Burt et Verona décide de partir voir leurs amis, et aussi chercher un modèle pour la famille qu'ils comptent fonder. De Phoenix à Madison, de Montréal à Miami, leur voyage et les rencontres qu'ils y font les interrogent sur leur avenir.

La critique : Sam Mendes qui n'avait tourné que quatre films en dix ans, nous gratifie de deux réalisations en moins d'une année. Sur un thème identique, celui de la durée dans le couple, il nous propose deux variations totalement opposées. "Les Noces rebelles" était un film pessimiste avec des stars, une tension permanente, une photographie impeccable et tous les attributs du film de studio. "Away we go" est un film optimiste avec des acteurs quasi-inconnus, un rythme indolent, une photographie quelconque et toutes les apparences d'un film indépendant.

Loin du couple glamour Leo-Kate, John Krasinski qui joue Burt et Maya Rudolf qui interpréte Verona, ont visiblement été castés pour leur physique de M. et Mme Tout-le-Monde, renforcé par une barbe, une coiffure approximative et de grosses lunettes pour lui, un bide proéminent et des dreads pour elle. Même si Burt a un métier "sérieux", leur mode de vie ne correspond pas aux stéréotypes de la middle class, et ils habitent une barraque en lisière de la fôrêt et se déplacent dans une vieille Volvo, la marque préférée du cinéma américain pour suggérer un petit côté écolo-bohême.

Quand s'annonce l'arrivée de leur premier enfant, une fille, ils se rendent comptent qu'ils n'ont pas encore "les bases", sous-entendu ce que doit avoir un ménage avec enfant : maison, réseau social et familial, bref ce que Franck et April Wheeler avaient depuis longtemps à leur âge. Commence alors un voyage à travers le continent nord-américain pour tester les différents modes de vie de leurs connaissances. On se régale d'avance, en se disant que le réalisateur de "American Beauty" aura la cruauté nécessaire, et celui des "Noces rebelles" l'acuité du regard pour dépeindre ces différents états du couple.

Las, on n'a vraiment ni l'un ni l'autre. Quand il y a une ébauche de cruauté, elle est noyée sous l'outrance de la caricature, comme le couple de beaufs qui les accueillent à Phoenix, vulgaires et pathétiques, flanqués de deux enfants obèses pour lesquels on brûle d'appeler le 119 ou son équivalent américain, ou celui des babas-cools qui voient dans la poussette une volonté de chasser l'enfant loin de sa mère. Quant à l'acuité, elle ne se manifeste que par intermittence, sur leurs amis de fac à Montréal qui adoptent de nombreux enfants mais souffrent de ne pouvoir avoir les leurs.

Heureusement, il y a la relation entre Burt et Verona qui suffit à rendre le film intéressant, bien plus que les rencontres qu'ils font et qui se réduisent finalement à une suite de sketchs. Même si ça patine parfois, les interrogations ("Est-ce qu'on a la louze ?") et les affirmations ("Personne ne s'aime comme nous") de ces deux personnages atypiques réussissent à nous les rendre à la fois crédibles et attachants, dans leur différence vis à vis des variations anxiogènes de l'american way of life.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2009 - Communauté : Cinéma
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 16:56
Film français de Xavier Gianoli

Interprètes : François Cluzet (Philippe Miller), Emmanuelle Devos
(Stéphane), Gérard Depardieu (Abel), Stéphanie Sokolinski (Monika)

Durée :
2 h 10



Note :
  5/10 

En deux mots :
D'après une histoire vraie, un film archi-français, avec ce que cela signifie de scénario trop écrit et de psychologisme didactique. 

Le réalisateur :
Né en 1972, Xavier Giannoli a commencé par des documentaires et des courts métrages, parmi lesquels "L'interview" avec Mathieu Amalric, qui obtient la Palme du court à Cannes en 1998. En 2003, il réalise "Les Corps impatients", suivi de "Une Aventure" en 2005 et de "Quand j'étais Chanteur" en 2006.

Le sujet : Un escroc qui fait la route de coups minables en arnaques foireuses atterrit dans un village du Nord. Là, il est pris pour un entrepreneur venu pour reprendre les travaux sur le chantier d'une autoroute. Il se laisse porter par le désir de tout le village qui souhaite la reprise des travaux et les emplois qui vont avec. D'abord attiré par les pots-de-vin des fournisseurs, il s'attache petit à petit à ces gens qui le prennent en considération.

La critique : Rares sont les réalisateurs français qui ont le droit aux honneurs de la sélection officielle à Cannes pour deux films consécutifs. Xavier Giannoli fait partie de ceux-là : trois ans après "Quand j'étais Chanteur",  "A l'Origine" concourrait pour la France au printemps avec "Un Prophète", "Les Herbes folles" et "Soudain le vide". Avec deux sélections ces dix dernières années, il se trouve aux côtés de Desplechins, Dominik Moll, Gaspar Noë et Nicole Garcia, juste devancés par Assayas et ses trois sélections.

Est-ce ce label officiel "cinéma français", ou le sentiment de m'être fait avoir par la promo d'un François Cluzet utilisant la méthode Coué pour nous vendre le film, qui renforce mon agacement devant les mêmes défauts que j'avais déjà constatés pour "Quand j'étais Chanteur", défauts partagés dans de nombreux films français ?

Pourtant, le pitch était alléchant. A l'origine, il y a eu un article de Jean-Paul Dubois dans le Nouvel Observateur consacré à Philippe Berre, un escroc qui s'était fait arrêter en 1997 près du Mans pour avoir construit deux kilomètres d'autoroute en se faisant passer pour un patron du BTP et en ayant embauché une cinuqntaine de personnes. Le juge d'instruction de l'époque, Laurent Leguevaque qui a depuis quitté la magistrature, explique ainsi ses motivations : "Q
uand je lui ai demandé le pourquoi de son imposture, il m'a répondu « parce que pour la première fois je me suis senti être quelqu'un.»"

C'est visiblement cet aspect qui a intéressé Giannoli, la rencontre d'un escroc en bout de course et d'une communauté frappée par la crise, et le chemin de la rédemption que le premier va suivre en se voyant investi de tous les espoirs par ceux qu'il a dupés. Le début s'annonce plutôt bien, avec un climat qui évoque les films de Lucas Belvaux, et notamment sa capacité à mêler l'action et le contexte social.

Malheureusement, la volonté de Giannoli de faire comprendre le cheminement intérieur de Philippe Miller l'amène à insister lourdement dans sa mise en scène et sa direction d'acteurs, avec par exemple une scène où François Cluzet s'effondre en geignant "Tout est faux", histoire de vérifier qu'on ait bien compris, ou l'échange entre Depardieu et lui : "Je ne le fais pas pour l'argent... - Alors, pourquoi tu le fais ?".

L'histoire de cette imposture se suffisait à elle même, avec une spirale à la
Jean-Claude Romand où pour faire face à la découverte d'un mensonge, il faut en inventer un nouveau. Malheureusement, Xavier Giannoli a brodé des intrigues autour : une idylle avec la Maire du village, jouée par Emmanuelle Devos, assez horripilante, un transfert quasi filial avec Nicolas, et la menace d'Abel incarné par Depardieu. Cette dramatisation sonne faux, et détourne l'intérêt de l'essentiel, à savoir le rêve à la "Fitzcarraldo" de Philippe et l'hypnose collective des habitants, concentrée sur le très beau personnage de Monika, joué avec subtilité par Stéphanie Sokolinski, alias Soko.

Je reste assez sidéré de l'enthousiasme de la critique, avec Pascal Mérigeau du Nouvel Obs qui parle de "formidable déclaration d'amour au cinéma" ou Serge Kaganski dans Les Inrocks qui le qualifie de "film français d'une rare ambition", sachant que si ces critiques l'ont vu à Cannes, ils avaient dû subir 25 minutes de plus, alors que la version de 130 minutes m'a déjà paru bien longue. Cet emballement, ainsi que la reconnaissance d'une sélection cannoise, me semblent hélas symptomatiques d'un cinéma hexagonal vivotant majoritairement des mêmes éternelles recettes, et expliquent que dans le bandeau au bas de cette page, parmi mes sept films préférés de ces quatre dernières années, aucun ne soit français.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 17:12
Film américain de Roland Emmerich

Interprètes : John Cusack (Jackson Curtis), Chiwetel Ejiofor
(Adrian Helmsley), Amanda Peet (Kate), Danny Glover (Le Président)

Durée :
  2 h 40



Note :
  5/10 pour les effets spéciaux, 0/10 pour le scénario

En deux mots :
La fin du Monde vu par Emmerich, qu'est-ce que c'est long !. 

Le réalisateur :
Né en 1955 à Stuttgart, Roland Emmerich a fait des études de cinéma à Munich. En 1984, il réalise le film d'étudiant le plus cher d'Allemagne, "Le Principe de l'Arche de Noe". Il tourne ensuite des films de science-fiction : "Joey", "Hollywood Monster" ou "Moon 44". Remarqué par Hollywood, il s'installe aux Etats-Unis et réalise en 1992 "Universal Soldier", puis en 1994 "Stargate, la Porte des Etoiles". Il enchaîne les succès au box office avec "Independance Day" en 1996, "Godzilla" en 1998, "The Patriot" en 2000, "Le Jour d'Après" en 2004 et "10 000" en 2008.

Le sujet : En 2009, le géologue Adrian Helmsley découvre que les neutrinos envoyés par la plus grande éruption solaire jamais enregistrée réchauffe le manteau de l'écorce terrestre (si j'ai bien compris), et qu'en 2012, comme l'avaient prédit les Mayas, la Terre serait détruite par un glissement des plaques et un gigantesque tsunami. Intégré à l'équipe de la Maison Blanche, Adrian apprend à quelques jours de l'échéance, qu'un plan international a été mis en place pour sauver l'espèce humaine, et plus particulièrement quelques privilégiés.

La critique : Ce qui est chouette avec l'apocalypse, c'est qu'elle est multiforme : éruptions volcaniques, tremblements de terre, tsunamis, une telle variété dans la catastrophe permet de réaliser une véritable compil du film du genre, et Roland Emmerich ne rate pas l'occasion : "Volcano", "Armaggedon", "La Guerre des Mondes", même "Titanic" sont évoqués, et comme charité bien ordonné commence par soi même, le réalisateur se cite aussi, en se permettant de détruire la Maison-Blanche une deuxième fois après "Independance Day", cette fois en lui balançant le porte avion JFK d'un petit coup de tsunami.

On le sait depuis longtemps : aujourd'hui avec le numérique, on peut recréer tout ce qu'on veut, à partir du moment où on a le budget nécessaire, et le cinéma hollywoodien ne s'en prive pas. Chaque blockbuster doit donc être encore plus plus plus que le précédent, et la logique de cette escalade conduit inéluctablement à la fin du Monde, déjà montrée dans "Prédictions". En choisissant l'effondrement de la croûte terrestre comme mode opératoire, Roland Emmerich s'est garanti des images spectaculaires à souhait : ouverture de failles privilégiant les villes, glissement de la Californie dans le Pacifique au milieu d'un conférence de presse du gouverneur à l'accent autrichien, explosion volcanique, vague géante submergeant l'Himalaya...

Malheureusement, la destruction de l'humanité n'est pas suffisante pour intéresser à elle seule le spectateur américain, et il faut donc broder un scénario privilégiant ces personnages emblématiques propres à tout film catastrophe : le scientifique propulsé conseiller technique à la Maison Blanche, l'écrivain apocalyptique (ça c'est de la mise en abyme !) divorcé mais qui en pince toujours pour la mère de ses enfants remariée avec un chirurgien esthétique, la bimbo maîtresse d'un oligarque forcément russe, le politicien félon et la fille du dernier Président des Etats-Unis.

On connaît le sens de l'actualité de Roland Emmerich, qui avait justifié la réapparition du gorille géant dans "Godzilla" par la reprise des essais nucléaires par Chirac. Ici, la victoire d'Obama a donné un rôle à Danny Glover, l'Allemagne est gouvernée par une chancelière, et quand le directeur du Louvres (un métier plus mortifère dans le cinéma US que dans la réalité, heureusement) trouve la mort au volant de sa DS, c'est bien entendu dans le tunnel du Pont de l'Alma. Seule erreur évidente : le président du conseil italien qui reste à Rome pour prier plutôt que de sauver sa peau... La kolossal finesse du réalisateur se manifeste aussi par son sens du gag : quand Kate et Gordon se disputent et que le chirurgien déclare "Quelque chose se met entre nous", une faille de vingt mètres de large s'ouvre sous leurs pieds...

En regardant cette débauche d'effets spéciaux, je me disais qu'il ne sert pas à grand chose de mettre tant de millions de dollars pour réussir à rendre presque crédible la fin du monde, quand les invraisemblances abracadabrantesques pullulent dans le scénario : la croûte terrestre qui dérive de 2500 km en huit heures, les portables qui captent tranquillement alors qu'une vague de plusieurs centaines de mètres s'est abattue sur la moitié du globe, la bonne volonté de la Terre en colère qui s'arrange pour s'effondrer 3 millisecondes après le passage des héros, sans parler de l'enthousiasme délirant de tous les survivants parce que John Cusack s'en est sorti, alors que 6 milliards de personnes, dont leurs familles entières, ont été carbonisées, englouties dans les entrailles de la Terre ou submergées par une montagne d'eau dans les 24 heures précédentes.

Je ne sais pas ce qui est le plus pénible à supporter dans ce bien long récit : le manichéisme une nouvelle fois à l'oeuvre (la générosité contre l'appât du gain, le service des autres contre l'égoïsme, la transparence démocratique contre le complot des gouvernants), la promotion des family values ou les clichés sur les peuples inférieurs, puisque non américains, avec une fin hallucinante : les vaisseaux construits par les Chinois industrieux pour le compte des élites des pays du G8 partant recoloniser l'Afrique...

Une scène m'a frappé : les enfants de Jackson Curtis apprennent que leur Antonov va s'écraser en mer, et ils s'exclament avec des trémolos dans la voix "Alors, on va tous mourir ?", consolés par leurs parents qui ont lu le scénario. J'ai alors pensé à la scène dont j'ai parlé dans ma critique du "Ruban blanc", celle où le fils du docteur interroge sa soeur sur ce qu'est la mort, et je me suis dit que pour un réalisateur germanophone, mieux valait rester en Europe pour faire du cinéma, et non de l'entertainment.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /2009 10:56
Film britannique de Terry Gilliam

Titre original :
The Imaginarium of Doctor Parnassus
 
Interprètes : Heath Ledger (Tony), Christopher Plummer (Docteur Parnassus), Lily Cole (Valentina), Tom Waits (Mr Nick)

Durée :
2 h 02



Note :
  7/10 

En deux mots :
Terry Gilliam revisite le mythe de Faust, et sublime sa poisse légendaire. 

Le réalisateur :
Né en 1940 à Minneapolis, Terry Gilliam débute comme dessinateur. En 1969, il rejoint la troupe des Monty Python dont il est le seul Américain. Avec ses complices, il signe de nombreuses émissions télévisées, et trois films qui deviendront cultes : "Monty Python, sacré Graal" (1975), "La Vie de Brian" (1980) et "Monty Python, le sens de la vie" (1983). Dès 1977, il se lance dans la réalisation solo avec "Jabberwocky", suivi de "Bandits, Bandits" (1981) et "Brazil" (1985) considéré par beaucoup comme son chef d'oeuvre. Il réalise ensuite "Les Aventures du Baron de Münchausen" (1988), "Fisher King" (1991), "L'Armée des 12 Singes" (1995) et "Las Vegas Parano" (1998). En 2001, il se lance dans le tournage de "L'Homme qui tua Don Quichotte", qui se solde par un désastre : accident de Jean Rochefort, inondations diluviennes en pleine Andalousie... Il tourne encore "Les Frères Grimm" en 2005 et "Tideland" en 2006.

Le sujet : De nos jours, à Londres, le Docteur Parnassus, sa fille Valentina et son assitant Anton présentent dans leur roulotte un spectacle où ils invitent les spectateurs à rentrer dans leur imagination en franchissant un miroir. Mais quand Valentina sauve la vie d'un homme qui a tenté de se pendre sous un pont, le Docteur Parnassus retrouve la marque du diable avec lequel il a passé un pacte longtemps avant, et dont l'enjeu est sa fille.

La critique : On le sait, Terry Gilliam est des réalisateurs les plus malchanceux du cinéma. On connaît l'histoire du tournage inachevé de "L'Homme qui tua Don Quichotte", et qui a inspiré le documentaire "Lost in la Mancha" : entre les problèmes financiers, le ballet des avions de l'OTAN qui rendait impossible toute prise de son, la hernie discale de Jean Rochefort qui devait incarner le héros de Cervantes et pour finir, les inondations diluviennes en pleine Andalousie, Terry Gilliam pouvait penser avoir connu le pire pour un réalisateur.

Pourtant, le pire est survenu au milieu du tournage de "L'Imaginarium du Docteur Parnassius" : la mort de l'acteur principal, Heath Ledger qu'il avait révélé dans "Les Frères Grimm". Dans son malheur, Terry Gilliam a eu une chance : que cet événement tragique survienne entre la partie anglaise et la partie canadienne du tournage. La partie tournée à Londres correspond à la "réalité" (je mets des guillemets, car chez le réalisateur de "Brazil", la réalité est souvent plus inquiétante que le rêve), alors que celle prévue à Vancouver correspondait à ce qui se trouve au delà du miroir, c'est-à-dire à l'imagination du Docteur Parnassus à laquelle sont conviés acteurs et spectateurs.

Du coup, Terry Gilliam a pu réaménager le scénario, et plutôt que de prendre une doublure pour Heath Ledger, il a fait le choix qui s'avère très efficient de le remplacer par trois des acteurs les plus réputés de cette génération : Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law. La continuité narrative ne souffre pas du changement de visage de Tony, au contraire : chaque acteur incarne une facette de sa personnalité, et il est assez jubilatoire de voir Johnny Depp ou Colin Farrell découvrir leur visage avec une moue de dégoût, un peu comme le fugitif dans "Les Passagers de la nuit" de Delmer Daves qui enlève les bandelettes après son opération, et découvre le visage d'Humphrey Bogart. Si seul Johnny Depp avait déjà tourné avec lui, dans "Las Vegas Parano", Colin Farrell a dû y prendre goût, puisqu'il jouera Sancho Pancha dans
"L'Homme qui tua Don Quichotte" dont Gilliam a prévu de reprendre le tournage en 2010.

Mais "L'Imaginarium du Docteur Parnassius" ne se limite pas à l'idée géniale de ce triple cameo de luxe : il s'agit bien d'un film de Terry Gilliam, et ce n'est pas étonnant que ce soit le premier depuis "Brazil" dont il ait intégralement écrit le scénario. On y retrouve cette constance dans son oeuvre, l'existence d'univers paralèlles qui interfèrent l'un sur l'autre ; cette obsession à la Philip K. Dick, présente dans "Brazil", "King Fisher", "L'Armée des 12 Singes" et "Tideland", s'appuie cette fois-ci sur le mythe de Faust, avec un Mephistophélès incarné ici par Tom Waits en redingote noire et ruban de la légion d'honneur.

"Si vous cessez de raconter, alors l'univers cesse d'exister", dit un des personnages. On a l'impression que cet adage s'applique avant tout à Gilliam lui-même, et explique que la narration parte dans tous les sens, avec des fausses pistes, des voies sans issues et des ruptures de tonalité. "Imaginarium" sonne comme "capharnaüm", et on trouve effectivement de tout dans ce joyeux bric-à-brac qui sent parfois la compilation des oeuvres précédentes, à commencer par la génèse Monty Python, rappelée par le numéro des bobbies en porte-jaretelles ou le graphisme des décors derrière le miroir.

Comme toujours, Gilliam accorde une grande importance aux gueules de ses personnages et donc au choix de ses acteurs : Verne Troyer, connu pour sa composition de Mini-moi dans "Austin Powers",
Christopher Plummer, déjà présent dans "L'Armée des 12 singes", et la top model Lily Cole à l'étonnant visage de poupée ancienne, plutôt convaincante dans le rôle de Valentina. 

Un peu languissant au début, parfois légèrement bavard,
"L'Imaginarium du Docteur Parnassius" me semble quand même être le meilleur film de Terry Gilliam depuis "L'Armée des 12 Singes" ; moins formaté que "Les Frères Grimm", moins morbide que "Tideland", il réussit à conjuguer foisonnement narratif, créativité visuelle et plaisir du jeu à un petit côté bancal et rafistolé qui achève de rendre l'entreprise sympathique.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2009 - Communauté : Cinéma
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