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critiques de mai 2009

Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /2009 18:30
Film afghan de Barmak Akram

Titre original :
Kabuli Kid

Interprètes : Hadji Gul (Khaled), Leena Alam (La femme de Khaled), Chafi Sahel (Baba)

 

Durée : 1 h 37

Note :  7,5/10

En deux mots : Un chauffeur de taxi hérite d'un bébé dans Kaboul, et son périple nous permet de découvrir l'Afghanistan d'après les talibans.

Le réalisateur : Né en 1966 à Kaboul, Barmak Akram arrive en France en 1981. Il est diplômé de la FEMIS, des Beaux-Arts et des Arts Déco, et exerce comme cinéaste, plasticien et musicien ; récemment, il a écrit une chanson pour M. Il a écrit de nombreux documentaires sur la culture afghane. "L'Enfant de Kaboul" est son premier long métrage.

Le sujet : Chauffeur de taxi à Kaboul, Khaled prend à son bord une femme voilée. Après qu'elle ait quitté son taxi et disparu dans une ruelle adjacente, Khaled découvre qu'elle a abandonné son bébé. Après l'avoir cherchée, il se rend au commissariat qui est fermé. Il emmène donc le bébé chez lui, où il vit avec son père, son épouse qui est la veuve de son frère et ses cinq filles.

La critique : Quand il s'emporte après son fils, le père de Khaled lui jette à la figure : "Il y a des règles dans ce pays !". Des règles, ça oui, il y en a, et la caméra de Barmak Akram va les dénicher dans l'intimité du foyer, où femme et filles servent les mâles, et où le cadet doit épouser la veuve de son frère sans donner son avis ; elle va aussi les chercher dans les conversations entre hommes autour d'un joint ou d'un verre de thé, et où on peut reprocher à Khaled d'avoir trahi le code d'honneur afghan en confiant le bébé à une ONG étrangère, et projeter quelques instants plus tard de le vendre à des trafiquants d'organes.

Des règles, il y en a donc ; mais des lois et des institutions pour les appliquer, il ne semble pas en rester beaucoup, ou alors à l'image des ruines de la capitale afghane. Khaled va tenter de remettre son Moïse à divers institutions : un commissariat qui ferme à 16 h 30, un orphelinat où on ne prend les enfants qu'à partir de cinq ans, une ONG française qui achète son impuissance à coup de billets glissés dans la poche du chauffeur, et pour finir Radio-Kaboul où est lancé un appel qui amène cinq femmes voilées à revendiquer le bambin.

Le périple de Khaled dans la jungle kafkaïenne donne une tonalité tragi-comique au film, au scénario duquel ont collaboré Jean-Claude Carrère et le Prix Goncourt Atiq Rahimi, et évite le mauvais remake du "Voleur de bicyclette" auquel il m'a étrangement fait penser, la faute aux ruines et à l'impuissance policière sans doute. La faiblesse du film réside peut-être dans cette coécriture qui amène Barmak Akram et ses prestigieux parrains à vouloir raconter toute la vie de l'Afghanistan de ces trente dernières années à travers la symbolique de ce bébé abandonné et balloté, qui refuse le lait du biberon bricolé avec une bouteille de Coca-Cola.

Du coup, ce que la caméra ne peut pas nous montrer est glissé en contrebande dans des dialogues du type "Tu te souviens des talibans, quand la muisque était interdite" ou "On vit dans un drôle de pays" ; ce n'était pas vraiment la peine de le souligner, il suffit de voir la maison éclairée à la lampe à pétrole et dont la télé est alimentée par une batterie de voiture, ou les contradictions de Khaled qui interpelle sa cliente en lui disant "Ce n'est plus à la mode, le tchadri", et qui demande à sa femme de s'en couvrir quand elle sort de chez elle.

La force du film se trouve plus dans la justesse de nombreuses scènes quasi-documentaires, comme celles au sein du foyer de Khaled avec sa fille qui à force de rebellion et de séduction obtient de son père une poupée et de son grand-père qu'il la laisse s'occuper des pigeons, tâche apparemment dévolue aux garçons, ou dans des petits détails comme l'unijambiste qui avale le lait du biberon
"made in Kaboul", ou la même gamine qui doit mettre ses sandales pour éviter les scorpions, ou encore l'histoire de Salomon contée par le gardien de Radio-Kaboul à la chevelure dumbledorienne.

Si l'intrigue se traîne un peu au milieu du film et si certaines situations paraissent un trop démonstratives, la fin offre une tension dramatique très réussie et l'on retrouve le langage du cinéma dans ce que suggère les gros plans sur le visage de la femme de Khaled (symboliquement, elle n'a pas de nom), sur sa main étreignant celle de sa voisine dans le taxi ou sur l'apaisement qu'on lit dans le regard de son mari.

Cette histoire de chauffeur de taxi est bien sûr plus proche de "Ten" de Kiarostami que de "Taxi Driver" (je n'évoque même pas Daniel Morales). Par la proximité géographique avec le voisin iranien
bien sûr, mais aussi par l'importance des scènes tournées à l'intérieur du taxi, révélateur des maux et des espoirs d'un pays qui sort d'une guerre pour rentrer dans une autre.  Coproduction franco-afghane tournée par le plus français des artistes afghans, "L'Enfant de Kaboul" n'est sans doute pas encore le premier film d'une nouvelle cinématographie (on voit d'ailleurs un cinéma en ruines) ; il offre quand même un témoignage fictionnel de qualité filmé de l'intérieur, loin du regard occidental auquel nous avait habitué le cinéma.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /2009 14:04
Film belge de Stijn Coninx 

Interprètes : Cécile de France (Jeanine Deckers), Sandrine Blancke (Annie), Marie Kremer (Françoise)

 

Durée : 2 h 00

Note : 6,5/10

En deux mots : Biopic académique sur la star d'un seul tube, porté par une Cécile de France très physique.

Le réalisateur : Né en 1957 à Neerpelt en Belgique flamande, Stijn Coninx est le fils d'un photographe admirateur de Chaplin et Keaton. Il suit des études de réalisation au RITS de Bruxelles, et son film de fin d'études est un documentaire consacré au maître de l'animation belge, Raoul Servais. Il réalise son premier long métrage en 1987, la comédie "Hector", suivi en 1990 de "Koko Flanel". "Daens", sa biographie du fondateur du courant social-chrétien lui vaut une nomination aux Oscars en 1992. Il tourne ensuite "Licht" (1998) et "Verder dan de Maan" (2003).
Le roi Albert II l'a nommé Baron en 1993.

Le sujet : En 1959 à Wavre, dans la banlieue francophone de Bruxelles, Jeanine Deckers rêve de devenir missionnaire en Afrique. Ne supportant plus l'autoritarisme de sa mère, elle quitte la boulangerie familiale  pour rentrer au couvent de Fichermont. Là, son indépendance et sa force de caractère lui valent de nombreux désagréments, mais elle finit par prononcer ses voeux. Chargée de l'accueil des retraitants, elle est filmée par l'équipe d'un documentaire catholique en train de chanter une chanson de sa composition, Dominique.

La critique : De même qu'une génération entière d'Isabelle a maudit les Poppys, je n'ai aucune raison de porter dans mon coeur la scie mystique de Soeur Luc-Gabriel, ayant eu le malheur de me prénommer Dominique et d'avoir 7 ans quand elle inventa sa rime "nique, nique" que mes condisciples se firent un plaisir de m'expliquer. La révélation de sa fin tragique et du prix que lui fit payer l'Eglise m'inclina cependant à la mansuétude et donc à aller voir le biopic que lui consacre le réalisateur flamand Stijn Coninx, récipendiaire de la mention spéciale du Jury International du film catholique pour sa biographie édifiante d'Adolf Daens.

Pays du Petit Vingtième et de l'Abbé Wallez oblige, le
film s'ouvre sur un match de foot étrangement mixte, mélangeant scouts et guidouilles, avec une Jeanine Deckers au jeu viril et à la dégaine androgine, cheveux courts, marcel et épaules musclées. Le match est interrompu par la pluie, et tout ce petit monde se retrouve devant la projection d'un documentaire sur les missionnaires au Congo. Puis Jeanine se fait raccompagner en scooter par son soupirant en culottes courtes, et elle atterrit chez elle, dans le minuscule appartement de l'arrière-boutique de la boulangerie, où le père tente timidement de modérer sa Mère Thenardier.

Ce début assez caricatural laisse craindre un biopic classique : traumatismes de l'enfance/galère des débuts/succès éclatant/déchéance et addiction/résurrection du phenix. Heureusement, le film s'engage dans une autre direction dès que Jeanine prend le voile. Confrontée à l'autorité de la mère sup', mère de substitution plus sensible que l'originale, elle oppose sa rebellion adolescente et son énergie débordante qui finit par devenir contagieuse, y compris auprès de la doyenne en fauteuil roulant jouée par Tsilla Chelton. 

A la différence des biopics musicaux de référence tels que "Ray", "Walk the line" ou "La Môme", "Soeur Sourire" ne peut raconter les montagnes russes de la renommée : en effet, les 2 millions d'albums de la Singing Nun ont été vendus en son absence, alors qu'elle restait cloîtrée derrière les murs de Fichermont. Et quand elle a quitté le couvent, dans ce mouvement de départ qu'elle répète quatre fois dans le film, le succès est déjà passé et elle ne connaîtra que le reflux, fait de dettes auprès du fisc et de salles minables au Québec.

On s'aperçoit alors que le sujet n'est pas tant la vie de Jeanine Deckers, mais bien plutôt le cheminement tortueux de la providence qui fait tomber sur la religieuse un succès qui ne lui appartiendra jamais mais qu'elle devra payer au prix fort. Les autres intrigues ne tiennent pas la comparaison, comme la relation impossible avec sa mère ou son homosexualité longtemps refoulée.
Dans un souci de ramasser l'intrigue, les scénaristes ont pris quelques libertés avec la vérité historique : transformation de la soeur en cousine, anticipation du suicide de Jeanine et d'Annie qui en réalité a eu lieu en 1985.

"Soeur Sourire" se laisse voir sans déplaisir, particulièrement toute la partie centrale, celle qui traite de l'éclosion de Dominique (qui soit dit en passant, exalte le combat contre les Albigeois qui a laissé un souvenir tout particulier à Béziers et dans tout le pays cathare...). L'académisme de la réalisation, le souci de l'exactitude dans la moindre paire de lunettes à grosse monture sont hélas bien voyants. Heureusement, le jeu de Cécile de France qui portait ce projet depuis sept ans donne corps à son personnage ; "donne dorps" semble bien choisi, tant l'actrice belge donne une dimension physique à son rôle, jusqu'à de brèves explosions de violence qui ponctuent son parcours.

Reste maintenant à me sortir de la tête la bondieuserie tressautante...

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /2009 09:58
Film britannique de Richard Curtis

Titre original : The Boat That Rocked

Interprètes : Philip Seymour Hoffman (Le Comte), Rhys Ifans (Gavin), Bill Nighy (Quentin), Kenneth Branagh (Dormandy)



Durée : 2 h 15

Note : 5/10

En deux mots : Une belle idée, beaucoup d'énergie et le meilleur de la pop des sixties, tout ça pour déboucher sur une comédie lourdingue.

Le réalisateur : Né en 1956 en Nouvelle-Zélande, Richard Curtis a fait ses études à Oxford où il rencontre Rowan Atkinson. Il a commencé comme scénariste à la BBC, créant ainsi les séries Blackader et Mister Bean. Dans les années 90, il se met à écrire pour le cinéma : "Quatre mariages et un enterrement", "Coup de foudre à Notting Hill", et "Le Journal de Bridget Jones". En 2003, il passe à la réalisation avec "Love Actually".

Le sujet : En 1966 en Grande-Bretagne, la BBC ne passait que 45 minutes de pop music par jour, alors que le pays de sa Gracieuse Majesté produisait les meilleurs groupes du monde. Des radios pirates hébergées sur des bateaux dans la Mer du Nord comblaient ce vide et réunissaient un britannique sur deux.
Après avoir été viré de son collège, Carl est envoyé par sa mère sur le navire d'où émet Radio Rock, et dont le directeur est son parrain. Carl découvre les DJ qui se succèdent à l'antenne, ainsi que les impondérables que crée la cohabiation d'une dizaine d'hommes dans un espace aussi restreint. Pendant ce temps, à Londres, le ministre Dormandy tente de mener à bien la mission que lui a confiée le premier ministre : faire taire Radio Rock.
 
La critique : Il est des films qui, à leur vision, vous donne une envie irrépressible de courir prendre une paire de ciseaux et de tailler dans la pellicule pour extraire quelques dizaines de minutes qui puissent donner matière au bon film que le réalisateur a raté. "Good Morning England" (traduction "française" de "The Boat That Rocked", allusion au slogan de Radio Caroline : The boat rocking the world) fait partie de ces films, tant on peut distinguer quelques pépites au milieu d'une gangue de fange.

Commençons par la fange. On sent bien que Richard Curtis est parti d'une idée simple, l'évocation nostalgique des radios pirates qui symbolisaient le vent de nouveauté sur la jeunesse de la fin des années 60, et qu'il a dû se dire qu'il faillait étoffer le propos. Il a donc développé des thèmes parallèles : l'impact de ces radios sur la population britannique, la vie sexuelle de dix barjots dans un espace confiné, les rivalités entre DJ à l'ego disproportionné, le combat du gouvernement rétrograde -mais néanmoins travailliste, même si ce n'est pas dit - contre ce foyer de sédition morale, et la recherche du père par Carl, le Fabrice de service. Résultat, à vouloir traiter tous ces sujets, le film s'étire sur 135 minutes.

Et surtout, il s'étire dans un manque de finesse étonnant de la part du scénariste de "Quatre mariages et un enterrement". On a le droit à toutes les variations boulevardières sur le cocufiage, le dépucelage et la scatologie, et la volonté de modernité revendiquée aussi bien par les personnages que par le réalisateur ne parvient pas à dissimuler combien ces vieilles (et grosses) ficelles sont usées. Cet humour caca-prout-zizi rappelle plus Benny Hill que "Noblesse oblige", et cette balourdise se manifeste aussi dans le registre plus dramatique, avec un fin carrément ridicule tant elle est à la fois prévisible et irréaliste.

Il n'est pas étonnant que Richard Curtis évoque l'inspiration que lui a fournie  "M.A.S.H.", car on retrouve l'aspect potache de certains épisodes, comme celui de Lèvres en feu. Mais cette vulgarité revendiquée qui avait une véritable force en pleine guerre du Vietnam a perdu tout aspect subversif aujourd'hui, et ce n'est d'ailleurs pas étonnant si de tous les films d'Altman, "M.A.S.H." est certainement un de ceux qui a le plus mal vieilli.

Pourtant, il y a des moments qui fonctionnent, et ce sont précisément ceux qui sont traités sur le mode de l'évocation, et non sur celui de la narration. Je pense notamment à la scène où le Comte annonce qu'il va violer le tabou absolu sur les ondes radiophoniques britanniques, à savoir prononcer le mot fuck, ou celui où Emma Thompson en caban pied-de-poule révèle négligemment à Carl l'identité de son géniteur, ou encore tous ces plans d'auditeurs réagissant avec délectation aux sacrilèges des pirates des ondes.
 
Soulignons aussi la composition savoureuse de Kenneth Branagh en ministre ultra-répressif qui va finalement concevoir une loi bien réelle, connue sous le nom de
Marine Broadcasting Offences Act, et qui en criminalisant l'aide apporté aux radios pirates entraîna la fermeture de la plupart d'entre elle le 15 août 1967. Brannagh s'est fait une tête qui remixe Harold Macmillan et l'Oncle Vernon, et on sent la jubilation de ce grand auteur shakespearien à jouer un pareil bouffon.

Et puis, il y a la B.O.F. qui explique à elle seule l'entreprise de ces doux dingues avec pêle-mêle et entre autres les Kinks, les Turtles, les Who, les Moody Blues, Cream, Jimmy Hendrix, Procol Harum, Ottis Redding, Cat Steven et David Bowie. Et dire qu'à cette époque, la France faisait un triomphe à Soeur Sourire...

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /2009 16:47
Film britannique de Stephan Elliott

Titre original : Easy Virtue

Interprètes : Jessica Biel (Larita), Kristin Scott-Thomas (Veronica Whittaker), Colin Firth (Jim Whittaker), Ben Barnes (John Whittaker)



Durée : 1 h 36

Note : 7/10

En deux mots : Pas vraiment comédie, pas vraiment romantique, le film surprend par une tonalité mutiple plutôt réussie.

Le réalisateur : Né en 1964 à Sidney, Stephan Elliott a commencé comme assistant réalisateur en Australie. C'est dans son pays qu'il réalise ses trois premiers longs métrages, "Frauds" (1993),  "Priscilla, Folle du désert" qui gagne le Prix du Public au festival de Cannes 1995 et "Welcome to Woop Woop" (1997). En 2000, il tourne "Voyeur", adapté du même roman de Marc Behm que "Mortelle Randonnée".

Le sujet : John Whittaker, jeune Anglais de bonne famille, tombe amoureux de l'Américaine Larita Huntington quand il la voit remporter le Grand Prix de Monaco. Il l'épouse, et quelques semaines plus tard, les jeunes mariés débarquent dans le manoir familial. Si le père de John fait bon accueil à sa bru, il n'en est pas de même pour sa mère et ses soeurs, choquées de la liberté de vie de la belle Américaine, qui, ô scandale, déteste la chasse à courre.
 
La critique : "Un mariage de rêve" est adapté d'une pièce de 1927 de Noel Coward, et dont avait été tiré un des derniers films muets d'Hitchcock, baptisé "Easy Virtue" et traduit par "Le Passé ne meurt jamais". L'action de la pièce et du film étant à l'époque contemporaine, il ne serait pas venu à l'idée de Noel Coward ou de Sir Alfred (qui n'était d'ailleurs pas encore annobli) de commettre un sacrilège aussi anachronique que celui qui ouvre le film, à savoir la victoire d'une femme au G.P. de Monaco, puisqu'il fallut attendre 1975 pour voir Lella Lombardi marquer un demi point au G.P. d'Espagne, performance jamais rééditée depuis.

Passée cette introduction monégasque en sépia qui nous permet de reconnaître Sainte-Dévote, la Rascasse ou le Tunnel, l'action se déplace là où se déroulera tout le reste du film, dans un de ces manoirs du Surrey qui servent d'écrin au cinéma anglais, le dernier film en date étant "Reviens-moi", certes dans une autre tonalité.

Les premiers échanges à fleurets à peine mouchetés entre la pétulante Américaine et la tyrannique douairière laissent craindre le pire : un jeu caricatural, une photographie digne d'un téléfilm allemand, et un scénario construit uniquement pour mettre en valeur les bons mots du type "Je ne vais pas sourire - Tu es anglaise, fais semblant", "Elle est comme la noyade, elle devient agréable quand on cesse de lutter", ou "C'est un sujet délicat, on n'en parle pas... sauf en public".

Et puis, fort heureusement, l'action se décentre de la seule opposition entre les deux femmes, pour laisser la place à d'autres aspects de l'intrigue et à d'autres personnages, comme le père de John, jamais remis de la Grande Guerre où il emmena tous les hommes de son village à la boucherie, ou Sarah, aristocrate voisine et amie d'enfance de John, promise à lui pour permettre la fusion des deux domaines, ou encore Furber, le butler complice de Larita, bien loin des "Vestiges du Jour". 

Certaines scènes sont franchement drôles, comme la fin dramatique du pauvre Poppy (j'ai l'impression d'avoir vu une scène similaire il n'y a pas longtemps, mais où ?), d'autres sont plus poussives, comme le french cancan au gala des veuves de guerres. Mais progressivement, la tonalité comique s'efface pour s'attacher réellement aux personnages, jusqu'à une fin qui présente le grand mérite de ne pas correspondre aux lois du genre.

Je n'avais encore jamais vu jouer Jessica Biel, plus fameuse pour sa plastique que pour son jeu à en croire les premières pages de Google Images ; ici, en garçonne blonde platine, elle tient tête avec énergie et subtilité à une Kristin Scott-Thomas odieuse à souhait, et dont le surjeu demandé par Stephan Elliott réussit à passer grâce à la finesse de ses non-dits. Présent dans la plupart des comédies anglaises, Colin Firth joue ici avec un flegme dépressif, répondant à sa femme qui lui reproche de sourire : "Dieu m'en préserve !"

Ah, et un dernier détail : le pire anachronisme n'est pas de jouer Sew Bomb en fond sonore sur les images de la chasse à courre, mais de mettre une Frazer-Nash-BMW entre les mains de Larita, la marque anglaise ne s'étant alliée au motoriste bavarois qu'en 1934...

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 20:03
Film suédois de Niels Arden Opley

Titre original :
Män som hatar kvinnor

Interprètes : Michael Nyqvist (Michael Blomkvist), Noomi Rapace (Lisbeth Salander), Sven-Bertil Taube (Henrik Vanger)



Durée : 2 h 35

Note : 7/10

En deux mots : Adaptation fidèle du premier tome de la saga Millenium, suédoise à souhait.

Le réalisateur : Né en 1961 au Danemark, Niels Arden Oplev a été révélé en 1996 à Berlin par son premier long métrage, "Portland". Il a ensuite alterné tournage pour la télévision danoise et pour le cinéma avec "Choop choop" (2001), "We shall overcome" (2006) et "World Aparts" (2008).

Le sujet : Après avoir été condamné pour diffamation contre un puissant homme d'affaires, le rédacteur en chef de la revue d'investigation Millenium, Michael Blomkvist, accepte l'offre que lui fait l'industrile Henrik Vanger d'enquêter sur une affaire vieille de quarante ans, la disparition de sa nièce Harriet. Il s'installe sur l'île de la famille Vanger, et commence à dépouiller les pièces amassées au cours des enquêtes précédentes. Intrigué par une liste de prénoms et de numéros, il reçoit l'aide de Lisbeth Salander, hackeuse rebelle et anorexique.
 
La critique : Hier, ce fut journée suédoise. Le matin, virée chez IKEA, suivie du traditionnel combat pour déchiffrer les hiéroglyphes de la notice de montage, puis cinéma avec l'adaptation du premier tome de la trilogie de Stieg Larsson ; il n'y a que la soirée qui n'a pas été raccord, avec la victoire du bellâtre norvégien aux dépens de notre archi-favorite, à en croire les commentaires des deux placardisés du PAF.

Suédoise, donc, ou tout du moins scandinave, puisque les producteurs ont su résister aux sirènes hollywoodiennes et engager un réalisateur danois, et à la place de Tom Hanks en Super Blomkvist ou de Keira Knightley en Lisbeth Salander, de parfaits inconnus pour quiconque ne connaît pas sur le bout des doigts le Who's who cinématographique du paradis de la social-démocratie nordique, des groupes néo-nazis et des psychopathes mysogines.

Je fais partie de ces quelques centaines de milliers de lecteurs qui, à l'automne, ont pris un peu par hasard ce polar venu du froid au titre étrange, "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes", et qui n'ont pas décroché avant d'avoir terminé les 1 740 pages de la comédie humaine inachevée de Larsson, puisqu'il avait prévu d'écrire dix volumes. C'est donc avec curiosité et circonspection que je suis allé voir ce premier opus, tant l'univers glauque et l'intrigue foisonnante me paraissaient casse-gueule à porter sur le grand écran.

Et bien, bonne surprise : l'adaptation de
Niels Arden Oplev se révèle très fidèle à l'intrigue, y compris à ses passages les plus hard, comme la relation de Lisbeth avec son nouveau tuteur. Le réalisateur a expliqué qu'il avait refusé un premier scénario d'1 h 30, rédigé par un Anglais et qu'il a exigé une durée de 2 h 30 pour ne pas avoir à effacer tel ou tel aspect de l'histoire. Il a bien fait, car grâce à une réelle virtuosité à raconter de nombreux passages en des scènes courtes et très rythmées (je pense notamment aux recherches de Michael et de Lisbeth sur leurs ordinateurs), il réussit à recréer la tension nerveuse et le sens du tempo implacable qui faisaient beaucoup pour l'attrait du roman, et qui amènent à ce que les 150 minutes s'écoulent avec fluidité.

L'autre réussite se situe dans l'utilisation des décors naturels de la Suède, avec cette lumière si particulière qui restitue une partie  imprtante de l'ambiance glacée du livre. Alors certes, on pourra trouver Michael Nyqvist un peu mou et bien moins séduisant que son personnage de papier ; par contre, Noomi Rapace compose une Lisbeth Salander plutôt crédible, avec ce mélange de fragilité et de férocité qui en a fait progressivement la véritable héroïne de la trilogie.

On peut aussi trouver que la réalisation est sans surprise, qu'il y a une utilisation un peu trop systématique de la musique pour souligner pesamment les menaces qui pèsent sur nos deux enquêteurs, ou que la fin n'échappe pas au mélo un brin larmoyant ; ce n'est pas faux. Mais si cette réalisation n'apporte rien de plus au récit, elle présente le grand mérite de ne rien y enlever non plus, et d'offrir une illustration visuelle assez proche de celle que j'avais pu me faire à la lecture du roman.

Cluny 
Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2009 - Communauté : Cinéma
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