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critiques d'avril 2009

Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /2009 21:40
Film américain d'Alex Proyas 

Titre original :
Knowing

Interprètes : Nicolas Cage (John Koestler), Rose Byrne (Diana Wayland), Chandler Canterbury (Caleb)



Durée : 2 h 00

Note :  5,5/10

En deux mots : Une idée originale, malheureusement gâchée par un apocalyptisme new-age et une surrenchère d'effets 3 D.

Le réalisateur : Né en 1963 en Egypte de parents grecs, Alex Proyas émigre à l'âge de 3 ans en Australie. A 17 ans, il entre à l'Australian Film and Television School de Sidney. Après avoir réalisé des publicités et des clips, il tourne son premier long métrage en 1989, un film de science-fiction à petit budget, "Spirits of the Air, Gremlins of the Cloud". En 1994, il signe l'adaptation de la BD "The Crow", dont le tournage est marqué par la mort accidentelle de Brandon Lee. Il réalise ensuite le thriller futuriste "Dark City" en 1998, la comédie "Garage days" en 2002, et l'adaptation de la nouvelle d'Isaac Asimov "I, Robot" en 2004.

Le sujet : Professeur au MIT, John Koestler vit seul avec son fils Caleb depuis la mort de sa femme dans l'incendie d'un hôtel. Quand à l'école de Caleb, on déterre une capsule temporelle avec des dessins des élèves de 1959, celui-ci reçoit une enveloppe contenant une longue suite de chiffres apparemment incohérente, écrite par Lucinda Embry, une élève perturbée. John remarque dans cette suite la date du 11 septembre, et découvre que le nombre qui suit est celui des victimes. Il comprend alors ce document énonce toutes les catastrophes survenues sur Terre depuis 50 ans, et s'aperçoit qu'il reste trois dates qui ne sont pas encore passées.

La critique :  Bien souvent, le problème avec les films apocalyptiques, c'est l'apocalypse. Cet axiome, maintes fois vérifié ("La Guerre des Mondes", "Indépendance Day", "Armageddon"), trouve une nouvelle fois sa confirmation dans le nouveau film d'Alex Proyas. La situation de départ, particulièrement alléchante, tient bien ses promesses. Une scène d'exposition nous montre la classe de Melle Taylor en 1959, bruissante de bambins impliqués dans le projet de léguer leurs dessins à leurs condisciples à venir un demi-siècle plus tard. L'instit que je fus dans une vie antérieure et qui avait fait écrire à ses élèves une lettre à eux-même dix ans plus tard ne pouvait être qu'attiré par un tel pitch.

Au fond de la classe, l'élève au visage de petite vieille qui avait eu cette idée de la capsule temporelle aligne frénétiquement des chiffres sur sa feuille que la maîtresse arrache, agacée, avant que la gamine médium n'ait fini. Quand cinquante ans plus tard, on descelle la boîte métallique pour distribuer aux élèves d'aujourd'hui les oeuvres de leurs prédécesseurs, l'étrange production de Lucinda Embry échoit à Caleb Koestler (Caleb, comme le personnage biblique qui fut le seul à croire à la Terre Promise, et Koestler, comme l'auteur du"Zéro et l'Infini" qui se passionna sur la fin de sa vie pour la parapsychologie), qui partage avec son aînée une gravité et une maturité qui ne semblent pas de son âge.

Toute cette première partie incarne brillament ce que doit être le fantastique : un réalisme absolu progressivement perverti par une incongruité nécessairement plausible. L'incongruité réside ici dans la signification de cette suite numérique, à savoir l'inventaire de toutes les catastrophes passées pour le spectateur, à venir pour son scripteur, en l'occurence sa scriptrice (le mot existe, c'est bon à savoir pour le scrabble). Le décryptage de ce code cataclysmique constitue un premier morceau de l'intrigue tout à fait captivant, et la présence du Pr Koestler sur les lieux des deux catastrophes suivantes donne prétexte à des effets spéciaux assez impressionnants - et à une nouvelle représentation métaphorique du 11 septembre : l'avion qui fonce sur la caméra, les voyageurs du métro hébétés et couverts de poussière.

Malheureusement, la poésie inquiétante s'efface progressivement au profit des gros sabots conjugués de la volonté scénaristique d'expliquer l'inexplicable (le cours sur le déterminisme opposé au hasard renvoyant à la théorie du chaos du Dr Malcolm dans "Jurassic Park"), et de l'envie du réalisateur de justifier son budget en filmant "Rencontre du 7° ou 8° type" et en explosant la Terre mieux que dans "Independance Day".

Autant la première partie de "Prédictions" possède sa propre originalité, et donc un réel attrait, autant la deuxième partie ressemble à un patchwork des blockbusters apocalyptiques de ces dernières années : le garçon médiumnique de "Sixième Sens", le chaos urbain de "Soleil Vert" (référence soulignée par la 7° symphonie de Ludwig Van), la vague de feu de "Armaggedon", et, comme on est jamais mieux servi que par soi-même, les apparitions livides qui rappellent les Etrangers de "Dark City".

Ajoutons à cela le jeu désastreux de Nicolas Cage, tout en crispations de machoire et en postures tétanisées, qui correspond certainement au souhait d'Alex Proyas qui dirigeait déjà ainsi ses créatures gothiques dans son premier film, "
Spirits of the Air, Gremlins of the Cloud", et l'on comprendra que "Prédictions", malgré d'indéniables qualités scénaristiques (le sort réservé à Diana, la fin du monde assumée) et plastiques (l'usage de la Red One, une nouvelle caméra numérique HD qui donne une photographie proche de l'argentique), laisse un goût d'inachevé, ce qui est pour le moins un comble pour un film avec un tel sujet.

Cluny




Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2009 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /2009 08:47
Film américain de Ron Howard 

Titre original : Frost/Nixon


Interprètes : Frank Langella (Richard Nixon), Michael Sheen (David Frost), Kevin Bacon (Jack Brennan)



Durée : 2 h 02

Note :  7/10

En deux mots : Un thriller politique assez passionnant sur le thème américain du pot de terre contre le pot de fer, sans doute le meilleur Ron Howard.

Le réalisateur : Né en 1954 dans une famille de comédiens, Ron Howard joue son premier rôle à 18 mois. Richie Cunningham dans "Happy Days" de 1974 à 1980, il passe à la réalisation en 1976, et rencontre son premier succès avec "Cocoon" en 1985, suivi notamment de "Backdraft" (1990), "Appolo 13" (1995), "Ed TV" (1999), "The Grinch" (2000). En 2001, il obtient l'oscar du meilleur réalisateur avec "Un homme d'exception". Il est choisi en 2006 pour réaliser l'adaptation du "Da Vinci Code".

Le sujet : En 1974, le Président Richard Nixon est obligé de démissionner à la suite du scandale des écoutes du Watergate. David Frost, un animateur de télévision anglais, se met dans la tête d'obtenir l'interview qui remplacera le procès qui n'aura pas lieu, le Président Ford ayant amnistié son prédécesseur. Nixon et son équipe acceptent, persuadé que le vieux lion ne fera qu'une bouchée du présentateur inespérimenté. Frost, qui s'est adjoint une équipe pour préparer le choc, lutte aussi pour assurer le financement de cette émission qu'il va auto-produire, les grands networks ayant refusé le projet.

La critique :  Il en est ainsi des deux côtés de l'Atlantique : quels que soient les sujets qu'ils abordent,  les hommes de cinéma finissent toujours par parler d'eux-mêmes. Quand dans "Jurassic Park" Spielberg fait répéter à John Hammond devant le désastre saurien "J'ai dépensé sans compter", n'exprime-t-il pas les affres du réalisateur-producteur qu'il connaît si bien ? Ainsi, "Frost/Nixon" semble être un film politique, une façon d'observer la liquidation de la pire présidence qu'aient connu les Etats-Unis, juste au moment où s'est achevée la présidence encore pire que pire. Il peut aussi être lu comme un film de boxe, comme l'indique le titre, surtout si on se souvient que dans "De l'Ombre à la lumière", Ron Howard a raconté le destin de Jim Braddock, l'homme qui vainquit Max Baer.

Pourtant, et même si il y a bien sûr de ces deux éléments-là dans "Frost/Nixon", la fronde qu'utilise David (Frost) pour abattre le Goliath présidentiel nous est révélée à la fin : plus que tout autre, il avait compris le pouvoir du gros plan. Et pourtant, Richard Nixon avait appris depuis longtemps à se méfier de la force de l'image, lui qui dispose sur l'accoudoir de son fauteuil un mouchoir pour éponger la transpiration qui lui avait fait perdre le premier duel télévisé de l'histoire des élections présidentielles contre Kennedy, duel dont les auditeurs de la radio avaient déclaré Nixon vainqueur, alors que l'immense majorité des téléspectateurs avaient attribué la victoire à son adversaire.

Depuis cet épisode, Nixon avait appris à jouer avec les règles de ce type d'exercice, et celui qui avait été surnommé Tricky Dick excellait dans les coups tordus et les manoeuvres de déstabilisation, comme de poser une question anodine sur les mocassins italiens de Frost dix secondes avant la prise d'antenne, question qui en réalité met en doute la virilité du play-boy anglais, ou encore de récupérer la main après un montage d'images atroces sur le bombardement du Cambodge en répliquant : "Mais moi j'ai pensé à cet ouvrier qui m'a reproché au contraire de ne pas y avoir été plus tôt pour y prendre le fusil qui a tué son fils", préfiguration de Joe the Plumber.

En filmant ce duel comme un mélange de film de boxe et de film de procès, deux des grands genres américains, Ron Howard réussit à passionner le spectateur pour un enjeu finalement assez mince, surtout plus de trois décennies plus tard. Il reprend la construction dramatique propre aux deux genres : une exposition des protagonistes, l'espoir du challenger, les premiers rounds (ou les premiers interrogatoires contradictoires) catastrophiques, le désespoir, et au milieu du dernier round annoncé comme perdu d'avance, la renaissance du phenix.

Ron Howard n'est pas Gus Van Sant, tout le monde le sait, et on n'attend donc pas de lui la grâce aérienne de l'auteur d'"Elephant" ; il possède à l'inverse un sens du tempo qui évoque la fanfare plus que la fugue, et c'est avec son efficacité coutumière qu'il dresse un portrait contrasté de l'ancien président, forcément antipathique pour l'ensemble de son oeuvre et pour son potentiel de nuisance dont en sent qu'il est resté intact, mais aussi enjôleur et malicieux, comme lorsqu'il envisage d'envoyer des Cubains entraînés par la C.I.A. pour s'occuper de Frost avant de révéler qu'il plaisantait en voyant l'inquiétude de Jack Brennan. A 70 ans, Frank Langella obtient enfin un premier rôle de cette ampleur, et il déplace sa grande carcasse avec une démarche d'orang-outan en sachant jouer avec subtilité le mélange de fragilité et de brutalité de son modèle.

Après avoir incarné Tony Blair dans "The Queen", l'acteur gallois Michael Sheen campe ce David Frost, animateurs de shows australiens où des David Copperfield locaux se débarassent de leurs chaînes sous l'eau, suspendus à une grue. Ce Petit Lord Fauntleroy choisi par les conseillers de Nixon (Kevin Bacon, Toby Jones) parce que le plus faible et le plus offrant, triomphe à la fois de son retors adversaire, mais aussi des grands networks qui le snobent, et ouvre une voie en auto-diffusant ses entretiens.

Ron Howard a su recréer l'ambiance de l'époque, à la fois par les fantaisies capilaires et les cols pelle à tarte, mais aussi par une photographie blafarde qui rappelle le standard américain NTSC (surnommé Never Twice The Same Color) et des fausses interviews post-emissionem de différents protagonistes des deux camps. Un peu à l'image de Frost, grâce à cette adaptation de la pièce de Peter Morgan (déja scénariste de "The Queen" et de "Le dernier Roi d'Ecosse"), il peut enfin passer à un niveau supérieur, et réaliser ce qui est certainement à ce jour son meilleur film.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /2009 16:47
Film américain de Kelly Reichardt 

Titre original : Wendy and Lucy


Interprètes : Michelle Williams (Wendy Carrol), Wally Dalton (l'agent de sécurité), Will Patton (le garagiste)



Durée : 1 h 20

Note :  5/10

En deux mots : Un road movie immoblie et vide, ça plait beaucoup à la critique.

La réalisatrice : Née à Miami, Kelly Reichardt réalise des clips en super-8 qui sont diffusés sur MTV. En 1988, elle s'installe à New York où elle travaille comme directrice artistique pour Todd Haynes ou Hal Hartley. Son premier long-métrage, "River of grass" (1994) est un road movie remarqué par la critique. Elle réalise ensuite "Ode"(1999), "Then a year" (2001) et "Old Joy" (2006).

Le sujet : Wendy fait la route avec sa chienne Lucy depuis l'Indiana en direction de l'Alaska, où elle espère trouver du travail. Dans une petite ville de l'Oregon, sa voiture tombe en panne et elle se fait arrêter dans une superette pour avoir dérobé de la nourriture pour sa chienne. Quand elle est libérée, Lucy a disparu. Elle part alors à sa recherche.

La critique :  Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, "Wendy et Lucy" a reçu un excellent accueil de la critique, Le Monde le qualifiant d'"un des plus beaux films du Festival de Cannes". A la lecture des critiques, on relève pêle-mêle : "minimaliste", ""humilité", "géostationnaire", "fil ténu" ou "minimum" ; dans Dvdrama, Romain LeVern synthétise cet avis quasi unanime : "Reichardt guette la sincérité à fleur de peau de l'actrice, comme l'éclat du non-événement".

L'éclat du non-événement. Diantre. Le non-événement, je l'ai clairement identifié : une lointaine cousine de Christopher McCandless perd son toutou, 80 minutes. L'éclat, plus difficilement. On comprend certes le propos de Kelly Reinhardt, montrer à travers cette histoire simple l'état d'une certaine Amérique, et sur ce plan, elle y parvient plutôt bien avec des détails qui s'intègrent au récit : un homme très âgé forcé de travailler comme vigile sur un parking, un handicapé en fauteuil qui gagne quelques dollars en revendant des canettes vides au recyclage, un jeune employé qui fait la morale à Wendy pour avoir volé deux boîtes de nourriture pour chien avant de la remettre à la police, autant de visages de la crise des Etats-Unis après 8 ans de présidence Bush.

Parce qu'elle partage avec Gus Van Sant son goût pour Portland, certains évoquent une proximité avec le réalisateur d'"Elephant". On peut effectivement repérer des similitudes factuelles, comme les balades dans la forêt de "Last Days", ou les trains de marchandise de Portland de "Paranoïd Park" ; mais la comparaison s'arrête là, car on ne retrouve pas la capacité d'envoûtement propre à GVS, vu la sécheresse de la réalisation et du jeu de Michelle Williams revendiquée par Kelly Reichardt.

Une nouvelle fois, on se retrouve confronté à l'équation impossible : comment rendre intéressant le quotidien et l'anodin, sans plonger le spectateur dans l'ennui ? A coup de longs travelings latéraux en plan large sur Wendy qui joue à la baballe avec Lucy, de plans fixes lointains sur Wendy qui sillonne la ville à la recherche de son animal, de toilettes sommaires dans les W.C. d'une station service, Kelly Reichardt place une telle distance par rapport à son personnage qu'il faut vraiment en vouloir pour ne pas s'en désintéresser.

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2009 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /2009 16:10
Film français de Benoît Jacquot 

Interprètes : Isabelle Huppert (Ann/Eliane), Jean-Hughes Anglade (Georges), Xavier Beauvois (Thomas)



Durée : 1 h 31

Note : 8/10

En deux mots : Une femme disparaît, vue avec avec un mélange d'âpretré et de grâce par Benoît Jacquot.

Le réalisateur : Né en 1947 à Paris, Benoît Jacquot débute à 17 ans comme assistant de Bernard Borderie sur un des "Angélique". Il tourne ensuite des documentaires et des fictions pour la télévision avant de réaliser en 1975 son premier film, "L'Assassin Musicien", d'après Dostoïewski, puis "Les Enfants du Placard" en 1977. Ces deux films sont marqués par l'influence de Bresson et de Mraguerite Duras, dont il a été l'assistant. 

Il rencontre le succès en 1990 avec "La Désenchantée", puis en 1995 avec "La Fille seule". Suivent "L'Ecole de la Chair" (1998), "La Fausse Suivante" (2000), "Tosca" (2001), "Adolphe" (2004), "A tout de suite" (2005) et "L'Intouchable" (2006)


Le sujet : Pianiste virtuose, Ann Hidden prend une soir son compagnon Thomas en filature, et découvre qu'il a une maîtresse. Le même soir, elle rencontre Georges qu'elle n'avait plus vu depuis l'enfance. Elle décide alors de tout abandonner : Thomas, son appartement, ses concerts, et de disparaître, en ne gardant de contact qu'avec Georges. Après un long voyage pour brouiller les pistes, elle atterrit sur une île du sud de l'Italie, où elle tombe amoureuse d'une villa qui domine la mar.

La critique : "Je suis un peu brutale", dit Ann à Georges, comme pour s'excuser d'avoir été encore une fois trop franche. Cette brutalité, Benoît Jacquot semble aussi la revendiquer, et c'est ce qui fait toute la différence entre l'énergie dramatique de son adaptation du roman de Pascal Quignard, et la mollesse narrative de "Wendy et Lucy", qui aborde un sujet assez proche.

Prenons ainsi l'ouverture des deux films : chez Kelly Reichardt, un long traveling latéral sur Wendy qui joue avec Lucy dans la forêt, histoire de bien prendre le temps de présenter les deux personnages du titre ; chez Jacquot, un traveling avant subjectif, une voiture qui suit une autre sous la pluie, un montage nerveux, sortie de la Francilienne, panneau Choisy-le-Roi entraperçu, plan lointain sur l'homme qui descend de la voiture suivi, puis plan rapproché sur la femme qui descend de la voiture suiveuse, vision lointaine de la porte de la villa qui s'ouvre sur une femme à contre-jour qui enlace l'homme, gros plan du visage ravagé de la femme trompée, surprise d'une main qui surgit dans le champ, apparition de l'ami d'enfance.

A la lecture du synopsis et à la vision de la bande-annonce, je m'étais senti attiré par ce sujet : "éteindre" sa vie d'avant, comme le dit Ann, qui n'y a jamais pensé un jour ? Mais je m'étais aussi demandé s'il y avait matière à faire 90 minutes là-dessus, et si le dépouillement de tous les oripeaux de son univers antérieure ne nous conduirait pas vers un appauvrissement progressif de la narration.

Il n'en est rien, car tout en conservant ce rythme acéré, Benoît Jacquot prend le temps d'accompagner son héroïne dans la trivialité de ses démarches matérielles : vendre l'appartement, le mobilier, les pianos, solder son compte, couper l'électricité, le téléphone, annuler sa tournée, ainsi que dans la cruauté de ses séparations : Thomas, sa mère, ses amies de Bretagne à qui elle offre un dernier concert qui s'achève dans la dissonance, la tombe de son petit frère, ce parcours mené au pas de charge par Ann et Jacquot occupe la première moitié du film.

La seconde moitié commence avec sa fuite, puzzle et labyrinthe où quelques indices seulement nous permettent de deviner sa trajectoire : le Thalys, des plaques d'immatriculation rouges et blanches, la langue allemande, des douaniers italiens sur un chemin de contrebandiers, des rues napolitaines, tout cela avec un sens de l'ellipse qui tourne à l'épure : Ann arrive à un hôtel de montagne, au premier plan, floue, la tignasse grise d'un client. Plan suivant, elle se réveille en sursaut, la caméra panote et découvre la silhouette endormie de l'homme à la tignasse.

Puis l'île du bout du voyage, le coup de coeur pour ce cube rouge en haut d'une falaise, évocation de la Villa Malaparte à Capri et du "Mépris", la vieille femme qui comme Georges réplique à Ann qu'elle n'a pas à être désolée du décès de leurs proches, puisqu'elle n'y est pour rien. Même dans ce cadre là, fait de dénuement monastique face à la mer et de journées réduites à sa contemplation, le film ne sombre pas dans l'ennui, car on découvre d'autres sujets, d'autres personnages qui se cachaient dans l'ombre du thème principal.

Présente dans presque tous les plans, Isabelle Huppert, qui signe là sa cinquième collaboration avec Benoît Jacquot, s'impose comme une évidence ; on comprend que le réalisateur ait tout de suite pensé à elle quand Pascal Quignard lui a lu les épreuves de son roman, tant le mélange de douleur et de volonté farouche qui émane de sa frêle silhouette et de son jeu tout en nuance justifie en permanence le jusqu'au-boutisme de ce personnage qui ne sait répondre que "C'est vrai" au reproche de Georges qui constate "Tu n'es pas très sympathique".

Après "A tout de suite" et "L'Intouchable", Benoît Jacquot raconte pour la troisième fois consécutive l'histoire d'une femme qui part et se reconstruit ailleurs. Déjà passionnant en lui-même, "Villa Amalia" prend encore plus de relief quand on compare les trois films et que l'on voit les différents traitements (noir et blanc, numérique, argentique couleur, ou encore caméra portée, cadre fixe) mis au service d'un même sujet.

Cluny



Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /2009 14:20
Film français de Michel Hazanavicius

Interprètes : Jean Dujardin (OSS 117), Louise Monot (Dolores), Rüdiger Vogler (Von Zimmel)



Durée : 1 h 40

Note : 8/10

En deux mots : Le plus crétin des agents français se met cette fois au service de De Gaulle : suite très réussie qui reprend les codes tout en renouvelant les ressorts comiques.

Le réalisateur : Frère de l'acteur Serge Hazanavicius, Michel Hazanavicius a commencé à Canal + comme scénariste des Nuls. Au cinéma, il a cosigné le scénario de "Delphine 1, Yvan 0" et des "Dalton". Il a réalisé son premier film en 2004, "Mes Amis". En 2006, il réalise "OSS 117 : Le Caire nid d'espion" qui rencontre un grand succès.

Le sujet : En 1967, Hubert Bonisseur de la Bath alias OSS 117 se voit confier la mission d'aller au Brésil pour récupérer un microfilm contenant une liste de personnalités françaises ayant collaboré durant la guerre, en échange de 50 000 F qu'il doit remettre à l'ancien officier SS Von Zimmel. Repéré dès son arrivée par le représentant de la C.I.A. à Rio, il est ensuite contacté par les services secrets israeliens qui lui proposent la collaboration de Dolores, lieutenant-colonel du Mossad pour ramener Von Zimmel en Israel et le juger comme Eichman, et permettre à OSS 117 de récupérer le microfilm.

La critique : Je suis encore étonné (et réjoui) du succés qu'"OSS 117 : Le Caire nid d'espions" a rencontré, que ce soit en salle (2,2 millions de spectateurs), en DVD ou lors de sa récente diffusion sur M6 (4,6 millions de téléspectateurs). Etonné, car l'humour de Michel Hazanavicius repose sur un cocktail savant qui fait appel à l'intelligence et à la culture du spectateur, bref sur tout autre chose que les recettes habituelles des comédies françaises, gabarit "Asterix aux Jeux Olympiques" ou "Coco" (que je n'ai pas vu, la B-A m'a suffi).

Ce cocktail, dont on retrouve les composantes essentielles dans le deuxième opus, s'appuie sur une logique de l'absurde digne de Jean Tardieu, comme la conversation au SDECE où OSS 117 et ses collègues évoquent en s'esclaffant une kyrielle de noms dont on ne saura rien, et qui tire parfois du côté du burlesque, avec ici une mention spéciale pour Rüdiger Vogler, grand acteur de Wim Wenders, à qui le réalisateur reconnaît qu'il lui a demandé de faire"ce qu'il y a de pire pour un acteur allemand, un nazi dans une comédie française", et qui s'est inspiré de Chaplin et de Keaton pour composer son personnage.

Le deuxième élément repose sur la contextualisation de l'histoire dans une époque, un pays et une situation géopolitique. On passe donc de la IV° République de René Coty (mon frère, prof d'histoire en lycée, me racontait que depuis deux ans les élèves connaissaient l'ex-député de la Seine Inférieure) à la V° République du Grand Charles, dans un monde qui change et où apparaissent le féminisme, le mouvement hippie et la libération des moeurs. Bien entendu, comme le proclame la bande-annonce, si le monde a changé, OSS 117 n'a pas bougé d'un iota et son décalage n'est plus uniquement avec les spectateurs du XXI° siècle, mais aussi avec ses contemporains ; le rôle de Dolores sert d'ailleurs à ça, à opposer une parole sensée aux délires sentencieux et rétrogrades (c'est un euphémisme) du meilleur des agents du SDECE.

La troisième qualité des deux OSS se situe dans la perfection de la parodie formelle. Comme l'explique le réalisateur, entre 1954 et 1967 était passée la Nouvelle Vague, et si
"OSS 117 : Le Caire nid d'espions" utilisait les codes hitchcokiens (transparences, nuit américaine), le nouvel épisode s'inspire plus du cinéma hollywoodien des années 60 : split-screens, coups de zoom ou piscine uniquement peuplée de superbes filles brésiliennes. Le soin apporté aux costumes (ah, l'ensemble pull-fuseau très Jean-Claude Killy d'OSS 117 à Gstaad, ou le costume de Robin des Bois-Eroll Flynn), aux décors et aux divers accessoires, comme le dit Michel Hazavanicius, "permet aux acteurs de dire d'énormes conneries".

Les références cinématographiques sont légion : Hitchcock, avec le vertige d'OSS qui rappelle "Vertigo", ou la scène finale où le Christ de Corcovado remplace le Mont Rushmore de "La Mort aux Trousses", "Sous le plus grand chapiteau du monde" dans le flash-back récurent qui nous montre ce que Hubert faisait avant d'être OSS, "L'Homme de Rio", bien sûr, dans l'utilisation des décors naturels (Corcovado, Brasilia, l'Amazonie) ou "Les Tribulations d'un Chinois en Chine", pour l'apparition répétée de tueurs chinois.

Comme dans toute bonne suite, on retrouve des éléments du premier film : les nazis, les tendances homosexuelles refoulées du héros, l'arrivée à l'aéroport entouré de belles filles ; mais il y a aussi des transpositions et des nouveautés. L'ignorance crasse de la géopolitique persiste, ainsi que les préjugés. Au Caire, OSS 117 faisait taire le muezzin qui l'empêchait de dormir ; à Rio, il hésite à confier son argent à des agents du Mossad, résume la Shoah par une phrase "Ah ça ! Quelle histoire..." Son antisémitisme se situe au niveau de l'inconscient d'un Louis de Funés qui expliquait candidement ses préjugés avant "Les aventures de Rabbi Jacob", ou de Raymond Barre déplorant les victimes "innocentes" pour désigner les non-juifs tués lors de l'attentat de la Rue des Rosiers. Et souvenons-nous qu'en 1967, De Gaulle avait qualifié les juifs de "peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur"...

Michel Hazanavicius a expliqué que "
quand vous mettez deux scénaristes dans un bureau pendant huit mois et que vous les payez pour dire des conneries, ils disent des conneries. Le problème est d'organiser ces conneries dans une histoire pour faire un scénario qui lui-même n'a qu'un but, permettre de faire un bon film." Cette démarche se ressent, ce n'importequoitisme assumé avec maestria pour justifier des idées aussi loufoques que de faire danser la rumba à des officiers SS, de cuire un crocodile à la broche ou de construire un pédalo à tête de canard. Neuf fois sur dix, ça fonctionne parfaitement ; la dixième fois, ça à tombe à plat, déchet bien acceptable au regard du culot de l'ensemble.

Quand à Jean Dujardin, une nouvelle fois excellent,  il a donné dans une interview la clef pour comprendre son personnage : c'est un enfant de huit ans. On comprend mieux ainsi sa pensée magique qui l'amène à se protéger des balles en mettant sa main au-dessus de son visage (il a piqué l'dée à Daniel Craig), sa rapidité à se vexer et à s'entêter, ou son déni de la réalité qui l'amène à proclamer "C'est pas moi", alors que 30 personnes ont vu le coup partir de son lüger et abattre son prisonnier.

Quatre fois moins cher qu'Astérix, et quarante fois plus drôle, "OSS 117 : Rio ne répond plus" réussit la gageure de satisfaire l'envie de retrouver les composantes drolatiques du premier épisode, tout en sachant renouveler l'inspiration grâce à cette avancée dans le temps. Il ne nous reste plus qu'à attendre de voir HBdlB sauver les diamants de Bokassa, couler le Rainbow Warrior ou reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique.

Cluny 


Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2009 - Communauté : Cinéma
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