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critiques de mars 2009

Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 18:31
Film américain de Clint Eastwood

Interprètes : Clint Eastwood (Walt Kowalski), Bee Vang (Taho), Ahney Her (Sue)



Durée : 1 h 55

Note :  7/10

En deux mots : Pour son dernier film devant la caméra, le grand Clint alterne des scènes superbes et d'autres bien moins réussies.

Le réalisateur : Né en 1930 à San-Francisco, Clint Eastwood a fait de nombreux petits boulots après son retour de l'amée. Il obtient quelques rôles de cinéma avant de figurer dans la série western "Rawhide". C'est avec Sergio Leone et Don Siegel (L'inspecteur Harry) qu'il rencontre le succès. En 1971 il réalise son premier film, "Un Frisson dans la nuit". "Honkytonk Man" (1982) lui vaut une reconnaissance de la critique, avant "Bird" (1988), présenté à Cannes. Son western crépusculaire "Impitoyable" remporte quatre oscars en 1992. Depuis, il enchaîne les succès, tant vis-à-vis du public que de la critique : "Un Monde Parfait" (1993), "Sur la Route de Madison"(1996), "Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal" (1998),  "Jugé Coupable" (1999), "Space Cowboys" (2000), "Mystic River" (2003), "Million dollar Baby" (2005) à nouveau récompensé à la cérémonie des oscars. Il tourne deux films sur la bataille d'Iwo Jima : "Mémoires de nos Pères", vu du côté des Américains, et "Lettres d'Iwo Jima" vu du côté des Japonais, puis "L'Echange" en 2008.

Le sujet : Ancien combattant de la Guerre de Corée, Walt Kowalski a travaillé toute sa vie chez Ford à Detroit. Quand sa femme meurt, il se retrouve seul dans sa maison dans un quartier déserté par les Américains de souche. Lui qui est raciste et bourré de préjugés voit des familles hmongs s'installer partout à côté de chez lui. Quand un gand asiatique tente d'obliger Taho, le garçon d'à côté, à lui voler sa Ford Gran Torino 1972, il les met en fuite. Il devient alors le héros de la famille de Taho. Malgré ses préjugés, il se voit contraint de prendre Taho sous son aile, ce qui ne fait qu'accroître la colère des voyous.

La critique : A peine cinq mois après "L'Echange", Clint Eastwood nous revient avec un film qui, comme le précédent, puise dans la filmographie de son auteur pour composer un patchwork mélangeant le meilleur et le franchement moins bon. Citons pêle-mêle un Walt Kowalski qui évoque à la fois l'Inspecteur Harry, les vétérans désabusés de "Mémoires de nos Pères" et les cowboys de l'espace, une maison et une rue de Detroit qui ressemblent comme deux gouttes d'eau plus défraichies à celles de Christine Collins à Los Angeles, ou encore la scène finale, écho de l'exécution de Dave dans "Mystic River".

La figure principale de "Gran Torino" est la symétrie : symétrie des scènes d'ouverture et de fin à l'église, répétition du geste de Walt pointant son doigt comme le canon d'un pistolet, effet de miroir du plan nous montrant la famille de l'aïeul acariâtre s'enfuyant de la maison après les obséques alors qu'afflue la famille hmong, les bras chargés de cadeaux pour célèbrer la naissance du petit dernier.

Les relations entre l'écrasant héros et les autres personnages sont à l'aune de l'ensemble du film, inégaux ; celle avec la jeune voisine hmong, Sue, qui utilise une ironie subtile pour contourner les grossières défenses xénophobes du vétéran, ou celle avec le jeune curé qu'il qualifie de puceau de 27 ans suréduqué sont assez savoureuses. Celles avec Thao qu'il prend sous sa coupe tout en tentant de le faire réagir en l'humiliant sont plus conventionnelles, même si la séance d'enseignement de la virilité chez le coiffeur italien parvient à faire sourire. Par contre, les membres de la famille Kowalski, fils, brus, petite-fille piercée, émargent tous dans la caricature épaisse.

Vu le caractère de papie Walt, on peut comprendre les distances prises par ses enfants ; il n'était pas nécessaire de les montrer aussi cyniquement intéressés à chaque occasion où ils se souviennent qu'ils ont un père. De même, la description des petites frappes, latinos ou asiatiques, se résume à des silhouettes grotesques comme on en croise dans toutes les séries aéricaines ; visiblement, ces personnages de méchants très méchants n'intéressaient pas Eastwood qu'on a connu plus concerné par la description des apôtres du mal, du shériff Dagett au chief James E. Davies.

Heureusement, on retrouve la maîtrise du réalisateur de "Million dollar Baby" dans de nombreux passages, comme celui où le chaman hmong lit en Walt comme dans un livre, ou certaines répliques du type "Des fois, on croise des mecs qu'on doit pas faire chier.. Ce mec, c'est moi !". Mais le plus intéressant, et même le plus émouvant, c'est de voir l'interprète de l'Inspecteur Harry tourner en dérision l'hologramme vieilli de ce personnage qu'il a joué - et avoué avoir détesté -, jusqu'à la fin où c'est plus le réalisateur que le personnage qui va au bout de sa rédemption.

Très contextualisé dans l'Améique d'aujourd'hui, "Gran Torino" n'en est pas moins un archétype de western, avec un héros vieillissant qui va au devant de son destin pour affronter des gangsters dans une cité abandonnée par la loi. Attendons maintenant le 31ème film du prolixe maître de Carmel, "Human Factor", situé dans l'Afrique du Sud post-apartheid, et mettant en scène Nelson Mandela et François Pienaar, le capitaine des Springboks blancs, nouvelle illustration s'il en était besoin de la fécondité et de la variété de l'oeuvre d'un des grands d'Hollywood.

Cluny

 

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2009 - Communauté : Cinéma
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Vendredi 6 mars 2009 5 06 /03 /2009 20:16
Film américain de Gus Van Sant 

Interprètes : Sean Penn (Harvey Milk), Josh Brolin (Dan White), Emile Hirsch (Cleve Jones)



Durée : 2 h 07

Note :  7,5/10

En deux mots : Pour aborder un sujet qui lui tient à coeur, Gus Van Sant revient à une réalisation classique et met en valeur un Sean Penn formidable.

Le réalisateur : Né en 1952 dans le Kentucky, Gus Van Sant est diplômé de la Rhode Island School of Design. En 1976 il s'installe à Los Angeles où il s'intéresse aux marginaux qui ourniront le thème de plusieurs de ses films. En 1985 il tourne "Mala Noche", romance jomosexuelle tournée en 16 mm. Il réalise ensuite "Drugstore Cowboys" (1989), "My Own Private Idaho" (1992), "Even Cowboys get the Blues"(1995) et "Prête à tout" (1996). Il tourne deux films grand public sur des sujets proches : "Will Hunting" (1998) et "A la Rencontre de Forrester" (2001). Il obtient la Palme d'Or en 2003 avec "Elephant" sur le massacre de Columbine, suivi de "Gerry" (2004) et "Last Days" (2005) sur les derniers jours de Kurt Cobain. "Paranoïd Park" obtient en 2007 le Prix du 60° anniversaire à Cannes.

Le sujet : Homosexuel new-yorkais, Harvey Milk s'installe en 1972 avec son compagnon Scott dans le quartier de Castro à San Francisco. Regroupant autour de son magasin de photographie tous les activistes, il fait de son quartier un bastion gay. Après trois échecs, il est élu en 1978 superviseur, l'équivalent d'un conseiller municipal, devenant le premier homosexuel avoué à être élu à des fonctions officielles.

La critique : Ne serait-ce le choix du sujet et quelques fulgurences, les admirateurs d'"Elephant", "Gerry" ou "Paranoïd Park" (dont je suis) auront du mal à reconnaître la patte de Gus Van Sant dans ce biopic somme toute assez classique, que ce soit au niveau de la narration (un flash-back sur la voix off d'Harvey Milk enregistrant ses mémoires dans la crainte d'une mort violente) ou en ce qui concerne la réalisation, elle aussi très conforme à la norme du genre (montage rythmé, caméra portée, musique insistante - certes celle de Dany Elfman- et alternance d'images d'archives et de scènes fictionnelles).

Dans la grande palette de ses possibilités de réalisateur, Gus Van Sant a clairement choisi les recettes qui lui ont valu les succès de "Will Hunting" et de "A la Rencontre de Forrester" : sujet fort, performance d'acteurs bankable et recours aux ficelles futées de l'émotion. Il suffit de voir le palmarés des Oscars, et la statuette méritée atribuée à Sean Penn pour constater combien ce choix s'est avéré bien fondé.

Choix justifié par le sujet abordé par Gus Van Sant, celui de l'homosexualité, toujours présent dans son oeuvre, explicitement ou implicitement. En ayant recours à une réalisation aussi classique, il suit la même démarche que celle d'Ang Lee dans "Le Secret de Brokeback Moutain" : rendre plus digérable une histoire de ce type pour
une Amérique straight (hétéro) en lui évitant d'ajouter en plus une complexité formelle.

Pour cela, Gus Van Sant s'appuie sur un procédé redoutablement efficace : forcer la sympathie pour le personnage, en montrant à la fois ses grandes qualités : énergie, courage, compassion et malice, mais aussi ses petits défauts, ceux de tout politicard : la roublardise (diriger une manifestation d'homos en colère contre la mairie pour lui permettre d'être le médiateur qui empêchera l'émeute), la démagogie à la Chirac (sa campagne contre les crottes de chiens) et même la duplicité (la parole donnée et non respectée à celui qui se vengera en l'assassinant).

Car il  n'y a aucun suspense : comme dans "Elephant", on connaît très vite l'issue tragique. L'enjeu n'est pas de savoir si Harvey Milk réussira à sauver sa peau, mais bien de comprendre pourquoi sa mort lui donne l'aura du martyr de sa cause. Celui qui constate à 40 ans qu'il n'a encore rien fait de sa vie dont il puisse être fier devient en quelques années ce qu'il caractérise lui même comme "une cible potentielle pour un type mal dans sa peau", et l'âme d'un mouvement pour les droits civiques des homosexuels dans une Amérique d'avant le Sida en butte à la violence de la répression policière et aux assauts de la droite chrétienne conservatrice chère au Californien Reagan et au Texan Bush.

"Harvey Milk" nous apprend ou nous rappelle qu'il y a 30 ans une starlette du jus d'orange nommée Anita Bryant a mené une croisade au nom du Christ contre les homosexuels, et que le sénateur Briggs a tenté d'expulser des écoles les enseignants gays et lesbiennes. Face à ce déchaînement haineux, Harvey Milk opposa sa gouaille et son courage, allant débattre avec le sénateur au coeur du bastion conservateur du Comté d'Orange (décidément, que ce soit dans le Vaucluse, en Irlande ou en Californie, ce nom n'incite pas au progressisme...).

Comme Philip Seymour Hoffman l'avait fait avec "Truman Capote" (lui aussi couronné de l'Oscar), Sean Penn réalise une performance impressionnante de mimétisme avec son modèle, gardant toute sa liberté d'acteur dans la dégaine d'un autre, suivant les errances capillaires et vestimentaires de l'époque. Il réussit à incarner à la fois l'énergie et le charisme de son personnage ("Bonjour, je m'appelle Harvey Milk et je veux vous mobiliser"), tout en adoptant une voix haut perchée et des accents de grande folle.

Et puis, il y a ces fulgurences, qu'on trouve plus souvent dans la vie intime que dans le combat politique de Milk : le reflet du visage anxieux de Scott dans la glace alors que son compagnon négocie
avec la police le parcours d'une marche de protestation, les papiers désespérés de Jack qui constellent l'appartement d'Harvey, les reflets encore, ceux du meurtre d'un homo dans le chrome du sifflet sensé le protéger, ou celui de l'assassinat du maire dans le miroir arrondi de son bureau.

Grand amateur d'opéra, Harvey Milk a pour dernière vision celle de la "Tosca" qui se jouait en face de la mairie. Symbole évident d'une nouvelle tragédie américaine filmée par Gus Van Sant, récit intime et chronique politique, moment d'émergence d'une communauté à laquelle il appartient et apologie de tous les combats contre l'injustice, comme le souligne Harvey Milk quand il cite la Déclaration d'Indépendance, ce film passionnant est tout cela à la fois, et en plus l'oeuvre de celui qui prend place depuis quelques films aux côtés des Scorcese, Coppola et Eastwood.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2009
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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /2009 18:22
Film britannique de John Crowley 

Interprètes : Andrew Garfield (Jack Burridge), Peter Mullan (Terry), Katie Lyons (Michelle)



Durée : 1 h 40

Note :  6,5/10

En deux mots : Un beau sujet, la réinsertion d'un ado assassin d'enfant, malheureusement un peu plombé par une réalisation pesante.

Le réalisateur : Né en 1969 à Cork, en Irlande, John Crowley est diplômé de philosophie à l'Université du Cork College. Arrivé en Angleterre, il met en scène de nombreuses pièces de théâtre, avant de passer à la réalisation en 2003 avec "Intermission", un policier avec Colin Farrell et Cilian Murphy.

Le sujet : A 24 ans, Jack sort de prison où il purgeait une peine pour un meurtre qu'il a commis enfant. Son éducateur, Terry, lui a construit une nouvelle identité, trouvé un logement et un travail, et il l'accompagne dans ses premiers pas d'homme libre. Dans cette ville inconnue de lui, il se reconstruit petit à petit, tout en souffrant de ne pas pouvoir révéler son passé à ses nouveaux amis et à Michelle, sa petite amie. Jusqu'au jour où sa photo passe dans le journal pour avoir sauver une petite fille dans un accident...

La critique : "Boy A", c'est ainsi que la presse avait surnommé Jack lors de son procès, pour le distinguer de son complice Philipp, pendu depuis par ses codétenus. Pourchassé par les tabloïds qui savent qu'il a été libéré, traqué par des milices de justiciers qui offrent une prime de 20 000 £, Jack doit aussi faire face à sa culpabilité, celle d'avoir assassiné à 12 ans, et celle d'avoir survécu à son comparse.

Quand Terry le rencontre une dernière fois au parloir pour préparer sa libération, celui qui s'est attaché à lui plus qu'à son propre fils lui offre une paire de Nike, symbole de la liberté de marcher dehors, et dont le nom est un programme à lui tout seul, Escape. Pourtant, pas facile d'échapper à un passé si lourd, et paradoxalement, plus la réinsertion de Jack se déroule bien (patron cool, copains de travail qui lui font découvrir les boîtes, la bière et l'extasy, copine qui lui offre douceur et patience), plus la menace devient pesante sur ce fragile équilibre.

Car comment construire enfin une vie normale, basée sur des valeurs de droiture et d'honnêteté - qui l'amènent à risquer sa vie pour sauver une petite fille accidentée -, tout en mentant par omission à ceux qui lui font confiance ? Outre le danger extérieur, Jack doit faire avec sa conscience, et c'est bien ce qu'a compris Terry qui lui rappelle en permanence que cette résurrection n'est possible qu'à partir du moment où il aura accepté que "le garçon que tu étais à l'époque est mort aussi".

Sujet passionnant, particulièrement venant de Grande-Bretagne, pays qui a été secoué par quelques affaires d'enfants assassins, comme celle du meurtre de James Bulger par deux garçons de 11 ans en 1993, ou celle plus récente du meurtre de Joe Geeling, 11 ans, par un voisin de 14 ans qui a été depuis condamné à la prison à vie avec une peine incompressible de 12 ans. Même s'ils sont condamnés à de lourdes peines dans un pays qui n'est par régi par l'Ordonnance de 1945, ces enfants deviennent adultes et finissent par sortir, dans un monde qui a profondément changé. Jack est constamment désarçonné par des éléments de la vie quotidienne, comme un DVD ou un téléphone portable.

"Boy A" évoque par son thème "Il y a lontemps que je t'aime", celui du retour à la vie après une longue peine. Contrairement au film de Philippe Claudel (qui vient d'obtenir le BAFTA du meilleur film non anglophone...), il ne dévoie pas le fond en révélant l'innoncence du héros : le sujet est bien la réinsertion des coupables, et non l'erreur judiciaire seule habilitée à dénoncer l'univers carcéral.

Malheureusement, ça ne fonctionne pas vraiment. La faute à une lenteur qui finit par détacher le spectateur du récit ; on comprend que pour Jack, chaque sensation retrouvée a un goût particulier, mais nous montrer par le menu chacun de ces réapprentissages finit par lasser. Et puis le film souffre d'un aspect bien trop écrit. Le scénario réussi est celui qui ne se remarque pas ; là, chaque épisode nous semble annoncé des heures à l'avance, et les rebondissements n'en sont pas, tant ils étaient attendus (ça ne faisait pas 30 secondes que le fils de Terry avait pointé son museau que je m'étais dit "Tiens, voilà le Judas de service"...)

L'écriture se fait pesante non seulement dans la contruction scénaristique, mais aussi dans les dialogues, notamment dans les passages clés, comme la rencontre finale sur la jetée ou la confrontation entre Terry et son fils. Faute d'avoir tenu une ligne narrative constante, entre chronique intimiste et mélodrame social, "Boy A" ne tient pas toutes les promesses que son sujet laissaient entreprendre, et laisse la place à un film à faire sur la reconstruction d'un jeune adulte victime de l'enfant qu'il a été.

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2009 - Communauté : Cinéma
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Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /2009 19:46
Film français de Philippe Lioret

Interprètes : Vincent Lindon (Simon), Firat Ayverdi (Bilal), Audrey Dana (Marion)



Durée : 1 h 50

Note :  7/10

En deux mots : Même si c'est avec moins d'originalité que dans "Je vais bien, ne t'en fais pas", Philippe Lioret réussit à la fois un film émouvant et un documentaire poignant.

Le réalisateur : Né en 1955 à Paris, Philippe Lioret s'est fait connaître comme ingénieur du son. En 1993, il tourne son premier long métrage, "Tombé du ciel" avec Jean Rochefort. En 1997 il réalise "Tenue correcte exigée" avec Jacques Gamblin et Elsa Zylberstein, puis en 2001 la comédie romantique "Mademoiselle" avec Sandrine Bonnaire. En 2004, "L'Equipier" avec Philippe Thoretton et Grégori Bérangère raconte l'affrontement entre deux gardiens de phare sur fond de secret de famille et de Guerre d'Algérie. En 2006, "Je vais bien, ne t'en fais pas" permet à Mélanie Laurent et Kad Merad de récolter chacun un César.

Le sujet : Simon, maître-nageur dans une piscine de Calais, laisse sa vie partir à la dérive alors qu'on prononce le divorce avec Marion. Celle-ci, enseignante militante d'une association d'aide aux sans-papiers, lui reproche sa passivité devant les brutalités policières contre les clandestins, et l'intimidation systématique contre ceux qui les soutiennent. Quand Bilal, un jeune Kurde irakien de 17 ans, vient lui demander des leçons de natation, il comprend que celui-ci projette de traverser la Manche à la nage pour rejoindre sa fiancée. Simon cherche à l'en dissuader, avant de commencer à s'attacher à lui, tout en expérant ainsi récupérer l'amour de Marion.

La critique : "Welcome", cela veut dire bienvenue. Pourtant, chez les ch'tis, les centaines de sans-papiers qui affluent vers Calais pour tenter d'atteindre l'Eldorado supposé de l'autre côté de la Manche, ne sont pas vraiment les bienvenus depuis la fermeture du centre de Sangatte : tabassés par des policiers en maraude, refoulés des supermarchés par des vigiles, expédiés en 30 secondes par des juges méprisants qui enchaînent les décisions répressives en comparution directe.

"Welcome", c'est aussi ce qui est écrit sur le paillasson du voisin de palier de Simon, qui précipite le malheur en dénonçant le maître-nageur, coupable aux yeux de l'article L 622-1 d'aide à personne en situation irrégulière et passible de cinq ans de prison et de 30 000 euros d'amende. Dans cet océan d'indifférence, de lâcheté et d'abus de droit, quelques personnes réagissent en citoyens pour lesquels Liberté, Egalité, Fraternité signifie encore quelque chose. Parmi eux, Marion et l'homme qui l'accompagne, dont on devine qu'il est plus qu'un simple camarade.

Olivier Adam, co-sénariste du film, et auteur du livre "Je vais bien, ne t'en fais pas", avait choisi cet angle d'attaque pour parler de la situation des sans-papiers dans son roman "A l'Abri de rien", le récit d'une mère dépressive qui atterrit par hasard à une distribution de repas, et qui a été adapté à la télévision sous le titre "Maman est folle" avec Isabelle Carré dans le rôle principal (livre que je n'ai pas du tout aimé, mais là n'est pas le propos). Ici encore, c'est le hasard qui amène Simon à découvrir la réalité qui l'entoure et à franchir la ligne de l'illégalité. Le hasard, et la volonté de retrouver grâce aux yeux de Marion.

Ce choix de prendre comme héros un monsieur-tout-le-monde n'a rien de très original ; c'est le principe du "Vieil Homme et l'Enfant", ou de "Monsieur Batignole". Mais il s'avère très efficace, car le spectateur se voit placé dans la situation de n'importe quel citoyen de ce pays, et la découverte du droit d'exception qui frappe les sans-papiers et ceux qui les aident n'en prend que plus de force. Philippe Lioret cite Truffaut quand il disait qu'"i
l n'y a pas un grand film qui ne soit pas un grand documentaire". Cet aspect est particulièrement réussi, grâce à la précision des informations recueillies et reconstituées : les clandestins qui respirent la tête dans des sacs pour échapper aux détecteurs de CO2, ceux qui passent les frontières accrochés aux essieux des camions, les numéros écrits au marqueur sur les mains de ceux qui ont été arrêtés.

Et puis, il y a le visage donné au sans-papier, habituellement sans identité, juste une silhouette, parfois une nationalité. Ici, celui-ci a une histoire, une fiancée, un rêve d'avenir. Interprêté avec beaucoup de retenue et d'intensité par le jeune
Firat Ayverdi, le personnage de Bilal est plus qu'un prétexte à la bonne conscience ; il partage le premier rôle avec Simon, et ce n'est pas un hasard si le film débute avec le coup de téléphone qu'il passe dans la famille de Mina.

Après "L'Equipier" et "Je vais bien, ne t'en fais pas", Philippe Lioret confirme sa maîtrise de la tension narrative, et sa capacité à susciter l'émotion sans avoir recours aux grosses ficelles du mélo (les premières notes de musique, du piano, apparaissent au bout d'une demi heure quand Bilal découvre sur la plage la ligne blanche des falaises anglaises). La façon dont il filme la traversée du jeune homme résume cette virtuosité : l'alternance de plans larges en plongée et de gros plans au ras de l'eau, l'opposition entre la fragilité du nageur et la masse du danger représenté par les tankers, le jeu des lumières et des teintes dominantes pour suggérer l'écoulement du temps.

Ma petite réserve ne se situe pas là où la polémique a éclaté, à savoir la comparaison avec la seconde guerre mondiale : elle est juste sous-entendue par certains détails (le marquage des clandestins, la délation, la comparaison implicite avec les Justes), et là réside justement la force du cinéma, suggérer plutôt que démontrer. Elle se trouve plutôt dans la balourdise scénaristique qui accompagne le personnage de Simon, symbolisée pour moi par le jeu autour de la bague, témoin bien voyant de ses errances. Cette insistance ("Pourquoi tu fais ça, Simon ?", demande Marion, des fois qu'on ait pas compris) constitue le seul bémol à un film qui pour le reste correspond bien à la démarche de son auteur, et qu'il résume ainsi : "Raconter des histoires pas bêtes à des spectateurs malins".

Cluny




Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2009 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /2009 09:04
Film allemand de Dennis Gansel

Titre original :
Die Welle

Interprètes : Jürgen Vogel (Rainer Wenger), Frederick Lau (Tim), Max Riemelt (Marco)



Durée : 1 h 48

Note :  6,5/10

En deux mots : Adaptation allemande contemporaine d'une expérience de mise en scène du fascisme dans un lycée californien des années 60 qui pêche par une dramatisation excessive.

Le réalisateur : Né en 1973 à Hanovre, Dennis Gansel étudie à la Munich Film Schule et remporte le Prix Murnau du court-métrage avec son film de fin d'étude. Il réalise pour la télévision "Das Phantom" en 2000, un thriller politique sur la Bande à Baader. Il fait ses débuts sur grand écran en 2001 avec "Mädchen, Mädchen", un teen movie qui rencontre le succès commercial. En 2004, il réalise "NaPolA", un drame dont l'action se déroule dans un camp d'éducation nazi.

Le sujet : Professeur d'éducation physique et politique (??) dans un lycée allemand, Rainer Werner se voit attribuer un atelier sur l'autocratie, lui qui espérait animer celui sur l'anarchie. Il décide alors de faire vivre l'autocratie en grandeur réelle à ces élèves, en instituant un jeu de rôle qui dépasse très vite ses objectifs pédagogiques.

La critique :  Quand leur professeur qui porte chaque jour le t-shirt d'un groupe de rock différent (il doit avoir un cousin dans le collège de Bégaudeau) leur annonce que la semaine thématique portera sur la dictature, la plupart des lycéens du Marie Curie Gymnasium protestent : "On va encore devoir en bouffer du III° Reich", "Ras le bol de la culpabilité". La finesse de Herr Werner, qui exige que ses élèves cessent de l'appeler Rainer, consiste à recontextualiser la dynamique du groupe dans la vie du lycée : opposition à la classe d'en-dessous, justification de l'uniforme pour lutter contre la tyrannie des marques, valorisation du comportement collaboratif de chacun et isolement subtil de ceux qui résistent.

Car il y a quelques élèves à la personnalité plus affirmée qui s'opposent à l'expérience. Si un garçon quitte le cour sdès la première séance, c'est plus par dépit d'avoir été mis en minorité que par une manifestation de sa conscience. Par contre, deux filles refusent de poursuivre l'expérience, avant de tenter d'organiser une résistance : l'une par refus du nouveau rituel, l'autre quand il s'agit d'adopter la chemise blanche et le jean comme uniforme de La Vague.

Les autres oublient assez vite l'objectif de cette expérience, et trouvent des accents darcossiens pour saluer le retour à un ordre pédagogique et moral, sanctionné par l'adoption de l'uniforme, du salut au professeur et du fait de se lever pour prendre la parole ; beaucoup d'entre eux opposent ce sentiment d'appartenance à une communauté forte à la dilution des liens et à l'individualisme permissif de leurs parents.

Le générique de début mentionne que le scénario de "La Vague" s'appuie sur des faits réels, et on pense bien sûr à une expérience allemande, tant le contexte de l'expérience décrite dans le film fait référence à l'histoire passée (le III° Reich) et récente (la réunification, l'immigration turque, la culpabilité des générations d'après-guerre) de l'Allemagne. Pourtant, cette expérience s'est déroulée en Californie, à Palo Alto très exactement, la première semaine d'avril 1967. Menée par le Pr Ron Jones avec les élèves de Première du Lycée Cubberley, elle n'a donné lieu qu'à très peu de traces contemporaines, et les circonstances exactes de son déroulement donnent encore aujourd'hui matière à controverse.

A la lecture de la chronologie de la Troisième Vague, on est frappé de voir combien Dennis Gansel a été fidèle jusque dans les moindres détails aux conditions de l'expérience : mouvements gymniques et exigence de se faire appeler Monsieur le premier jour, écriture au tableau de la devise
La force par la discipline, la force par la communauté, adoption d'un salut, autodésignation d'un garde du corps les jours suivants.

La vision du film m'a fait penser à la reconstitution de l'expérience de Milgram sur la soumission à l'autorité dans "I... comme Icare", d'Henri Verneuil. Mes recherches depuis m'ont confirmé dans cette analogie : Ron Jones a travaillé avec Philip Zimbardo, un des initiateurs des expériences de Standford, et lui-même ancien condisciple de Stanley Milgram. Autre rapprochement : Oliver Hirschbiegel, le réalisateur de "La Chute", a tourné en 2001 un film, "L'Expérience" qui transposait aussi l'expérience californienne de Zimbardo dans l'Allemagne d'aujourd'hui.

Bon, et sinon, comme film, qu'est ce que ça vaut ? Et bien, ça tient plutôt la route pendant les deux tiers du récit, et si les personnages de lycéens se répartissent assez vite dans des catégories stéréotypiques, le mélange de séduction et de manipulation du Professeur Werner réussit à rendre l'opération plutôt crédible. Malheureusement, par rapport au roman que Todd Strasser avait tiré de cette expérience, Dennis Gansel a choisi de dramatiser le dénouement : "
Nous avons changé la fin, parce que j’ai senti que spécifiquement avec notre histoire en Allemagne, il fallait que le message soit très clair. Si vous faites l’imbécile avec le fascisme, voilà comment vous finirez."

Cette intension démonstrative et lourdement didactique nuit en profondeur à la cohérence de l'ensemble. Malgré ce dernier tiers, "La Vague" a le mérite de raconter une parabole qui invite à la réflexion, sans doute plus sur les phénomènes de groupes que sur les dangers de résurgence de la peste brune.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2009 - Communauté : Cinéma
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