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critiques de décembre 2008

Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /2008 16:57
Film chinois de Wang Xiaoshuai

Titre original : Zuo You

Interprètes : Liu Weiwei (Mei Zhu, la mère), Jiayi Zhang (Xiao Liu, le père), Chen Taischeng (Lao Xie, le beau-père)



Durée : 1 h 55

Note :  6/10

En deux mots : Le nouveau film de Wang Xiaoshuai aborde un sujet universel avec délicatesse, mais hélas aussi avec une lenteur qui finit par lasser.

Le réalisateur : Né en1966 à Shangai, Wang Xiashui est diplômé de l'Académie de Cinéma de Pékin. Il tourne son premier film en 1993, "Dongchun de Rizi". Son cinquième film, "Beijing Bicycle" remporte l'Ours d'argent au festival de Berlin en 2001.

Le sujet : Mei Zhu et Xiao Liu ont divorcé peu après la naissance de leur fille Hehe. Depuis, ils ont refait leurs vies : elle avec Lao Xie, un homme doux et discret, elle avec Dong Fang, une hôtesse de l'air qui veut avoir un enfant.Quand Hehe a cinq ans, on lui découvre une leucémie. Aucun traitement ne marche, et seul une greffe de moelle osseuse peut la sauver. Mais ses aprents ne sont pas compatibles. La seule solution qui reste est que Mei Zhu et Xiao Liu aient un autre enfant.

La critique : "Une famille chinoise" présente déjà une qualité intéressante au milieu de la production chinoise récente : point de Cité Interdite, de Poignards Volants, de juge itinérant dans la montagne du Yunnan. Non, juste des gens, père, mère, beau-père, confrontés à un des pires drames qui puissent arriver aux habitants de la planète, la menace de la perte d'un enfant. Wang Xiaoshui revendique la dimension universelle de son film, et il place son histoire au milieu d'un Pékin en plein chantier, interchangeable avec de nombreuses autres métropoles.

On sait juste que Xiao Liu est promoteur, que Mei Zhu fait visiter des appartements, que Dong Fang (jouée par Yu Nan, qui était l'héroïne du "Mariage de Tuya") est hôtesse de l'air ; quant à Lao Xie, on apprend simplement qu'il a un patron compréhensif qui l'autorise à travailler à domicile pour s'occuper de Hehe. On cherche ça et là des chinoiseries, on se dit qu'il y a la queue à l'accueil de l'hôpital, mais pas moins que dans n'importe quel service d'urgence de France : vraiment, ces gens nous ressemblent dans leurs préoccupations quotidiennes, amoureuses ou familiales.

Ce qui a attiré Wang Xiaoshui, c'est cette situation inédite au cinéma, et pourtant rendue plausible par les progrès de la médecine de ces dernières années : pour Mei Zhu et Xiao Liu, la seule façon de sauver leure fille consiste en lui donner un petit frère ou une petite soeur, ce qu'on appelle un bébé médicament, ou "bébé du double espoir". Sauf que dans la situation présente, chacun a refait sa vie, et qu'on est malgré tout en Chine où la politique de l'enfant unique prévaut : ainsi, si Mei Zhu donne naissance à un deuxième enfant, il sera hors de question d'en faire un troisième avec son nouveau mari.

Sur un sujet aussi grave, difficile de ne pas tomber dans le pathos. Pourtant, Wang Xiaoshui y parvient, en restant à distance et en insistant plus sur les silences, les détails, les attitudes que les grandes tirades. Quand le mandarin (doublement mandarin...) entouré de ses externes annonce la leucémie de Hehe à sa mère, ils sont filmés en plan large, au fond d'un couloir ; on n'entend pas ce qu'il lui dit, on voit juste sa mine compassionnelle-professionnelle, et on la voit chanceler après qu'ils soient partis. Autre exemple de cette pudeur : lorsqu'elle conduit sa fille à l'hôptial pour sa chimio, on lit toute sa douleur dans son regard qui se porte sur les autres enfants de sa chambre.

Pourtant, alors que j'étais tout disposé à adhérer à ce film, j'ai progressivement décroché. La faute à la multiplication des rebondissements : les va-et-vients de Dong Fang, les cas de conscience de Xiao Liu, les embarras de Lao Xie à chaque étape du calvaire, et dieu sait qu'il est long. Et puis, le parti pris de filmer les silences, les regards, les gestes quotidiens finit par créer de la distance par rapport aux personnages et par diluer l'enjeu dramatique. Dommage, car "Une famille chinoise" avait tout pour faire un grand film.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de décembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /2008 17:50
Film français de Samuel Collardey

Interprètes : Paul Barbier, Mathieu Bulle 



Durée : 1 h 25

Note :  6/10

En deux mots : Docu-fiction où les "acteurs" jouent leur propre rôle : cette ambiguité nuit à la crédibilité du film.

Le réalisateur : Né en1975 dans le Haut-Doubs, Samuel Collardey a obtenu un BTS audiovisuel, avant de travailler comme technicien pour France 3. Reçu à la FEMIS en 2001, il tourne deux courts métrages, "René et Yvonne" (2004) et "Du Soleil en hiver" (2005) qui est couvert de prix dans les festivals.

Le sujet : Paul a 15 ans, et il est en BEPA dans lycée agricole. Il doit faire son apprentissage dans la ferme de Paul, une petite exploitation laitière du Haut-Doubs. Entre ses cours, les retours chez sa mère, les sorties entre copain set le travail à la ferme, une année s'écoule.

La critique : La démarche de Samuel Collardey est originale. Originaire du Haut-Doubs où a été tourné le film, il a d'abord écrit un scénario, et ensuite il est parti à la recherche de ses personnages, Paul, puis Mathieu. Cette démarche prolonge celle de son court métrage "Du Soleil en hiver", comme il l'explique lui-même : "L'idée du film de fin d'étude, c'était de filmer le réel en utilisant un dispositif de fiction (une caméra 35 mm, de la lumière, parfois même des travelings). Avec un copain producteur, on a décidé de poursuivre ce travail."

Certes, il explique qu'il a dû très vite ranger son scénario pour inventer le film au fur et à mesure. "Je proposais aux protagnistes des scènes, une action ou un sujet de conversation. Les dialogues n'étaient pas écrits, l'idée était juste que ce que je leur propose soit le plus proche possible de ce qu'ils vivent réellement." Ni documentaire ni non-fiction novel, cette démarche se rapproche finalement plus de celle de la téléréalité, à savoir de placer des non acteurs dans une situation de vie sous le regard de la caméra, et elle me pose un peu les mêmes problèmes.

Si certaines scènes rejouées réussissent à rendre la sincérité du moment, comme le remplissage du premier bilan hebdomadaire ou l'inuaguration de la luge bricolée avec de vieux skis, d'autres ne parviennent pas à faire oublier leur aspect artificiel, à la fois du point de vue de la forme (caméra fixe, frontale) et du point de vue du fond, avec des discussions dont on sent combien elles ont été provoquées, et même une gêne devant l'impudeur comme quand la mère de Mathieu s'effondre en pleurs sur son lit.

Du coup, quand la caméra nous montre un moment
d'apparente vérité, le doute nous prend quand même pour savoir s'il ne s'agit que d'un artifice de scénario ou d'un événement réel de la vie des personnages (le bal avec la copine, la conversation entre Paul et Mathieu sur le père de ce dernier, le résultat du brevet au téléphone), et le fait d'apprendre que c'est Samuel Collardey qui a eu l'idée de faire apprendre à Mathieu à jouer à la guitare "Je te promets" de Johnny Hallyday n'est pas rassurant, vu l'importance que ce détail prend dans le récit.

Si on regarde malgré tout "L'Apprenti" comme un documentaire, on pense au travail de Denis Gheerbrant et de Nicolas Philibert, particulièrement "Etre et Avoir" dans la façon de ponctuer le récit de plans sur l'écoulement des saisons, ou de saisir des moments de rien qui dessinent un tout, comme un partie de jeu de société ou la mobilisation familiale autour des devoirs, la multiplication chez Philibert, la langueur monotone de Verlaine ici.

Heureusement, il y a Paul, avec ses moustaches à la José Bové, plus authentiquement pédagogue que M. Lopez, qui offre à Mathieu en supplément du quotidien du métier des leçons de vie ("C'est pas un religion, d'être paysan" ou "Faut pas exploiter la terre, faut la cultiver"). Plus que la volonté de scénariser l'absence du père ou la prise de risque de l'adolescence, ce sont des petits moments, des enjeux du quotidien captés par une superbe photographie qui font quand même le charme de ce film.

Cluny



Par Cluny - Publié dans : critiques de décembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 13 décembre 2008 6 13 /12 /2008 15:12
Film américain de Ethan et Joel Coen

Interprètes : George Clooney (Harry Pfarrer), Brad Pitt (Chad Feldheimer), Frances McDormand (Linda Litzske), John Malkovitch (Osbourne Cox)



Durée : 1 h 35

Note :  6,5/10

En deux mots : Le nouveau film des frères Coen, moins bien que "The Big Lebowski", mieux que "O'Brother" sur l'échelle des crétins sublimes.

Les réalisateurs : Nés à Minneapolis en 1953 pour Joel et en 1957 pour Ethan, les frères Coen réalisent leur premier film en 1984, "Sang pour Sang", suivi en 1987 d'"Arizona Junior" et en 1991 de "Miller's Crossing". "Barton Fink" reçoit la palme d'Or au Festival de Cannes en 1991. Puis viennent "Le Grand Saut" (1994), "Fargo" (1996), "The Big Lebovski" (1998), "O'Brother" (2000), "The Barber" (2001), "Intolérable Cruauté" (2003),  "Ladykillers" (2004) et "No Country for Old Men" (2007) qui reçoit quatre oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Le sujet : Quand Osbourne Cox est viré de la CIA, il décide d'écrire ses mémoires. Sa femme Katie qui entretient une liaison avec un marshal, Harry Pfarrer, décide alors d'engager une procédure de divorce. Deux employés d'un club de gym, Chad et Linda, trouve un CD qui contient les mémoires de Cox, et se persuadent qu'il s'agit d'un document ultra-secret. Comme Linda a besoin d'argent pour payer ses quatre opérations de chirurgie esthétique, elle décide de faire chanter Cox. Devant le refus de celui-ci, elle se tourne alors vers l'ambassade de Russie...

La critique : Je ne peux résister au plaisir de commencer ma critique en citant François Forestier dans le Nouvel Observateur : "Le monde des Coen se divise entre pauvres cons, sales cons et cons tout court" ; en V.O., ça se dit morron, terme utilisé un nombre incalculable de fois par le sale con en chef, l'analyste "de niveau 3" de la CIA Osbourne Cox, joué par un John Malkovitch comme d'habitude excellent dans son rôle de cocu atrabilaire. Des sales cons, il y en a d'autres dans cette histoire, particulièrement du côté de Langley (Virginie), où des bureaucrates sapés comme l'agent Smith essaient de comprendre le scénario, tâche il est vraie relativement ardue.

Mais comme d'habitude chez les frangins de Minneapolis, ce sont les pauvres cons qui se taillent la part du Lion. Joel explique d'ailleurs la genèse du projet : "L'idée de ce film est partie de notre envie d'écrire des rôles différents pour des acteurs et des actrices que nous connaissons bien." Au premier rang de ceux-ci, on retrouve George Clooney qui après "O'Brother" et "Intolérable Cruauté" boucle ainsi ce que les Coen ont appelé la trilogie des idiots. Il incarne donc ici un marshal chaud lapin, bricoleur et joggueur qui se vante de n'avoir jamais tiré un coup avec son revolver depuis vingt ans.

Bien que marié et par ailleurs amant attitré de Mme Cox, il vit avec son temps et fréquente les sites de rencontre sur internet. Cela lui permet de rencontrer Linda Litzske, alias Frances McDormand, qui tourne ici son septième film avec son mari et son beau-frère. Ceux-ci nous la font d'abord découvrir en kit sous les doigts experts du chirurgien esthétique qui détaille les opérations nécessaires pour lui refaire une beauté. Lointaine cousine attardé du shériff Gunderson de "Fargo", elle a pour collègue Richard Jenkins (vu dans "The Visitor"
, et lui aussi à son troisième Coen), et un newbie dans la troupe : Brad Pitt.

Celui définit assez bien son personnage : "Je ne m'attendais pas à ce que mon personnage soit un abruti au crâne vide, machouilleur de chewing-gum, buveur de Gatorade et accro à l'IPod. C'est un idiot total... mais il a bon coeur. Je considère donc ce rôle comme un tremplin pour ma carrière !". Mention spéciale à la costumière et surtout au coiffeur qui l'a orné d'une coupe à la Desireless avec des mèches blondes du plus bel effet. On comprend la jubilation des deux frères à ainsi massacrer deux des principaux sex-symbols d'Hollywwod, même si cela ne se fait pas toujours dans la dentelle.

Bizarrement, on sourit souvent mais on ne rit que rarement, car pour déjantés qu'ils soient, les personnages n'ont pas l'originalité de The Dude ou la férocité de Carl Showalter et d'Anton Chigurh. Il y a d'ailleurs un paradoxe : la réalisation est nerveuse, le recours à l'ellipse fréquent, et pourtant on se surprend de temps en temps à décrocher, les enjeux étant multiples mais tous comptes faits pas très prenants : Linda réussira-t-elle à financer ses opérations ? Osbourne récupérera-t-il son CD ? Harry parviendra-t-il à jongler entre ses maîtresses et sa femme ?

L'intérêt principal du film réside finalement plus dans la forme scénaristique délibérément foutraque, avec un montage parallèle de trois ou quatre actions qui les rend illisibles, et on finit par se demander si les frères Coen n'ont justement pas voulu rendre  opaque une intrigue relativement simple parce que c'est la loi du genre. Et le boss de la CIA qui se fait expliquer les derniers développements de cette histoire abracadabrantesque par un sous-chef embarassé n'est autre qu'une métaphore du spectateur délibérément balloté par les deux trublions du cinéma américain.

Après la flamboyance de "No Country for Old Men" qui bénéficiait de la construction élaborée du roman de Cormac McCarthy, les frères Coen retournent à un mode mineur et nous proposent un agréable divertissement un peu languissant, avec des acteurs qui visiblement s'amusent plus qu'ils ne nous amusent vraiment.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de décembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /2008 16:13
Film français d'Agnès Varda

Interprètes : Agnès Varda



Durée : 1 h 50

Note :  8/10

En deux mots : Auto-documentaire en forme de patchwork inventif et plastique, émouvant  et familier.

La réalisatrice : Née en1928 à Ixelles, en Belgique, Agnès Varda suit les cours de Bachelard à la Sorbonne, l'école du Louvre et obtient un CAP de photographie. Elle devient photographe du Festival d'Avignon, et réalise en 1954 "La Pointe courte", monté par Alain Resnais. En 1961, "Cléo de 5 à 7" prend place dans la Nouvelle Vague de Godard, Truffaut et de son compagnon Jacques Demy. Elle alterne ensuite documentaires : "Daguerrotypes" (1978), "Documenteurs" (1982), "Murs, murs" (1982) ou "Les Glaneurs et la glaneuse" (1999), fictions : "Le Bonheur" (Prix Louis Delluc 1965), "L'Une chante, l'autre pas" (1976), "Sans toit ni loi" (1986) et un film qui mélange les deux, hommage à Jacques Demy qui était en train de mourir, "Jacquot de Nantes" (1990).

Le sujet : En revenant sur les plages qui ont marqué sa vie, Agnès Varda réalise un autodocumentaire fait d'installations plastiques, d'extraits de ses films ou de ceux de l'homme de sa vie, Jacques Demy ou de prises d'elle-même dans le décor qu'elle évoque.

La critique : Premier plan, une plage, forcément, et Agnès qui s'adresse à la caméra : "Je joue le rôle d'une petite vieille rondouillarde et bavarde qui raconte sa vie ; mais ce sont les autres qui m'intéressent". Puis elle explique le rôle des plages dans sa vie, et en respectant une chronologie qu'elle bousculera allégrement par la suite, elle commence par une plage de son enfance, une des plages belges de la Mer du Nord où elle installe tout un jeu de miroirs qui annonce la gigantesque mise en abyme que représente son film.

En suivant son récit et ses associations d'idées, on est donc invité à visiter les plages de Knokke, en face du casino où son père est mort, celle de la Guérinière à Noirmoutiers où elle avait acheté un moulin avec Jacques Demy, la plage de la Corniche à Sète, où elle se réfugia en 1940 et où elle tourna son premier film, celles de Santa Monica et de Venice où elle vécut la fin des années 60. Comme il était difficile de filmer une plage rue Daguerre où elle habite depuis cinquante ans, tel un Delanoe transformant les quais en station balnéaire, elle a fait déverser six camions-bennes de sable...


Histoire de sa vie, histoire de ses rencontres, "Les Plages d'Agnès" reprend un peu le procédé de "Jacquot de Nantes", avec une alternance de reconstitutions naïves, de retrouvailles semblables à celles des "Demoiselles ont eu 25 ans", des extraits de ses  films ou de ceux de Demy, mais aussi des rushs, des photos, et des traces des installations plastiques qu'elle a créé ces dernières années. Cet art du recyclage et du bricolage trouve son symbole dans la cabane qu'elle a fabriquée pour son exposition à la Fondation Cartier, dont les murs sont faits de la pellicules de "Les Créatures", un de ses films préférés et pourtant son pire échec commercial, et dont elle dit que c'est là que "la vieille cinéaste se transforme en jeune plasticienne".

Comme dans toute vie, certains passages sont plus intéressants que d'autres, à moins qu'ils touchent plus tel ou tel spectateur par rapport à son propre vécu ou sa connaissance de l'oeuvre de la réalisatrice. Pour ma part, l'épisode californien m'a un peu fait décrocher, excepté le bout d'essai qu'elle fit tourner à un Harrisson Ford juvénile refusé par les studios et sa rencontre avec Jim Morrisson qu'elle entraîna à Chambord sur le tournage de "Peau d'Âne". Mais ce décrochage fut bref, car Agnès Varda enchaîne sur la maladie de Jacques Demy pour la première fois désignée, le sida, et sur la concomitance du tournage de "Jacquot de Nantes" et de l'agonie de celui dont elle racontait l'histoire par procuration.

L'émotion est là, comme quand elle filme son amie d'enfance, la veuve de Jean Vilar qui perd la mémoire mais sait encore réciter Le Cimetière Marin, ou qu'elle évoque ses amis du TNP, tous disparus. Mais la nostalgie laisse souvent la place à son attention malicieuse aux gens, qu'ils soient ferrovipathe belge, vrais grands vieux ou voisins venus symboliser ses 80 balais.

Tout en portant incontestablement la griffe d'Agnès Varda et en reprenant ce qu'elle a inventé durant un demi-siècle de cinéma, "Les Plages d'Agnès" parvient parfaitement à donner une forme de ce qu'elle appelle une cinécriture à "tout ce fouillis qui émerge sporadiquement de ma mémoire". Oeuvre d'une octogénaire éclectique et créative, ce film apporte plus de vitalité et de jeunesse que bien des produits des nouveaux réalisateurs du cinéma français (Baratier, Claudel ou Nicloux par exemple).

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de décembre 2008
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /2008 16:11
Film sud-coréen de Kim Jee-woon

Titre original :
Joheunnom nabbeunnom isanghannom

Interprètes : Woo Song-jung (Le bon), Byunh Hun-lee (La brute), Song Kang-ho (Le cinglé)



Durée : 2 h 08

Note :  6/10

En deux mots : Kim Jee-woon invente l'eastern Kalguksu (les nouilles coréennes) : le meilleur est dans l'hommage à Sergio Leone, le pire dans le reste.

Le réalisateur : Né en1964 à Séoul, Kim Jee-Woon a commencé comme comédien et metteur en scène de théâtre. Il réalise son premier film en 1998, "The Quiet Family", suivi de "Foul King" (2000), "2 Soeurs" (2003) et "Bittersweet Life" (2005).

Le sujet : Dans les années 30, le Japon qui a annexé la Corée en 1910 vient d'occuper la Mandchourie. Un riche collabo, vend une carte au trésor à un banquier japonais, tout en chargeant Chang-yi, dit La Brute, d'attaquer le train de ce dernier pour récupérer la carte après la transaction. Mais quand il arrive, la carte a déjà été volée par Te-goo, dit Le Cinglé. Un chasseur de primes, Do-Won, dit Le Bon, part alors à sa recherche.

La critique : Grâce à un système visant à protéger l'exception culturelle nationale, le cinéma sud-coréen est un des plus dynamique au monde, et les films autochtones dépassent 50 % des entrées. Si on connaît particulièrement le cinéma intellectuel de Kim Ki-duk, de Im Kwon-taek, de Hur Jin-ho ou de Lee Chang-dong, il existe aussi toute une génération de cinéastes qui ont investi leur créativité parfois gore dans le film de genre, comme Park Chang-wook ("Old Boy") ou Bong Joon-ho ("The Host").

S'ils avaient revisité le polar, le thriller ou le film fantastique, aucun n'avait osé le western. Kim Jee-Woon l'a maintenant fait, avec cet hommage au western spaghetti transposé dans le désert de Mandchourie. On retrouve la plupart des ingrédients du western : l'attaque du train, les duels, les longues cavalcades où les Japonais prennent ici la place des Indiens pour se faire descendre comme au tir aux pigeons, le chasseur de primes et les villes fantômes. Mais on retrouve surtout les références au cinéma de Sergio Leone : la musique ennio morriconesque, les gros plans sur les yeux ou les mains au-dessus des pistolets pour étirer le temps avant l'explosion de violence, les méchants aux trognes patibulaires, jusqu'à l'homme qui siffle dans le désert.

Ces scènes sont clairement les plus réussies, car elles citent l'original tout en l'adaptant à un contexte géographique et historique totalement différent ; Kim Jee-woon y déploie toute sa virtuosité, et la scène de l'attaque du train est un modèle de rythme et de fluidité du mouvement de la caméra.

Malheureusement, il en est du scénario comme du titre : s'il n'y avait que le Bon, la Brute et le Cinglé, passe encore. Mais il y a aussi le copain du Cinglé qui essaie de jouer perso, le commanditaire de la Brute qui tente de le doubler, les bandits du village fantôme qui s'en mêle, sans parler de l'armée japonaise d'occupation et de collabos tenanciers de fumeries d'opium. Résultat, tout le monde tire sur tout le monde, et comme ces gens là ont l'air bien résistant, ça n'en finit pas et on n'y comprend goutte.

De plus, le tout est baigné d'un humour qui a dû faire un tabac en Corée (7 millions d'entrées) mais dont on peut douter du raffinement, et dont le summum est le planter de poignard dans le fondement par des enfants. Une fois passé l'effet de surprise dû à cette étrange délocalisation du western, la dispersion de l'intrigue, la caméra tressautante dès qu'il y a une bagarre (et Dieu sait qu'il y en a !) et le surjeu de la Brute et du Cinglé finissent par lasser.

Malgré l'indéniable talent de Kim Jee-woon dans certaines scènes du désert, "Le Bon, la brute et le cinglé" s'avère finalement moins corrosif que le dernier exemple de transfert du seul genre purement américain du cinéma sur un autre continent, "Touche pas la femme blanche" où Marco Ferreri reconstituait la bataille de Little Big Horn dans le trou des Halles.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de décembre 2008 - Communauté : Cinéma
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