Interprètes : Richard Jenkins (Walter Vale), Haaz Sleiman (Tarek), Hiam Abbass (Mouna Khalil)
Note : 7/10
En deux mots : Une histoire simple et efficace, celle d'un sans papier syrien à New York dont le detin bouleverse la vie d'un veuf dépressif.
Le réalisateur : Né en 1966 dans le New Jersey, Thomas McCarthy est diplômé de la Yale School of Drama. Il a joué comme acteur dans "Mon Beau-père et moi", "Good Night and good luck", "Syriana" ou "Mémoire de nos pères". En 2003, son premier film, "The Station Agent" a obtenu trois prix au Festival de Sundance.
Le sujet : Le Professeur Walter Vale fait le même cours d'économie depuis 20 ans dans son université du Connecticut. Veuf inconsolable depuis la mort de sa femme, pianiste concertiste, il fuit les sollicitations et se cache derrière l'écriture d'un quatrième livre qu'il ne terminera pas. Obligé de se rendre à New York pour un colloque, il retourne dans l'appartement qu'il a partagé avec son épouse pendant des années.
Là, il découvre Tarek et Zineb, deux sans papiers à qui un escroc a loué l'appartement. En attendant qu'ils trouvent une autre location, il leur propose de les héberger. Si Zineb est méfiante, Tarek au contraire se lie facilement, et il lui fait découvrir le djembé. Quand Tark est arrêté dans le métro pour avoir fait passer Walter avec son ticket, la vie de ce dernier bascule.
Le procédé consistant à prendre un M. Tout-le-Monde, et lui faire croiser la route de gens persécutés n'est pas nouveau au cinéma, il suffit de penser au "Vieil Homme et l'Enfant" ou à "Monsieur Batignole". Comme les personnages incarnés par Michel Simon et Gérard Jugnot, le Professeur Walter Vale n'est pas franchement sympathique, puisqu'on le voit refuser le devoir d'un étudiant hors-délai juste pour ne pas avoir un peu de travail en plus, alors que lui même ne se gêne pas pour être en retard dans l'annonce de son programme.
Partisan du moindre effort (il se contente de passer un coup de tippex sur la date de ses cours), fuyant les relations sociales au delà du strict minimum vital, il s'intéresse si peu à lui qu'il n'envisage pas de s'occuper des autres. Pourtant, le sort, et la rouerie d'un dénommé Ivan vont lui mettre dans les pattes un couple de réfugiés auquel il va s'attacher, et entrevoir la dure situation qu'ils doivent subir. Car si avant le 11 septembre, l'administration US mettait peu de zèle à traquer les clandestins, il n'en est plus de même à l'heure de la chasse aux terroristes, surtout si comme Tarek, on est arabe.
Progressivement, le citoyen sans histoire découvre la vie quotidienne de ces sans-papiers, avec la même stupeur que celle que j'avais eu il y a 15 ans quand j'avais accompagné des amis réfugiés à l'OFPRA et que j'avais constaté comment l'état français traitait ses administrés de seconde zone. Il se confronte notamment aux gardes du centre de rétention, géré par une société privée dans un bloc anonyme au coeur de Queens, avec une absurdité bureaucratique qui fait dire à Mouna : "On se croirait en Syrie".
Thomas McCarthy n'évite pas un certain sentimentalisme, et l'évolution de la relation de Walter avec la mère de Tarek (jouée par Hiam Abbass, vue dans "La Fiancée syrienne" et "Les Citronniers") est un peu trop prévisible. Pourtant, l'ensemble passe bien, grâce à une mise en scène procédant par petites touches, avec des scènes juste esquissées, et des échappées vers la musique, que ce soit la découverte du djembé par Walter ("Au tambour, il ne faut surtout pas penser"), ou celle du piano par Mouna.
Loin des blockbusters hollywoodiens, Thomas McCarthy nous montre une autre Amérique, humaine et complexe, avec une profonde affection pour ses personnages et un sens du détail qui en dit long. Après "The Station Agent", "The Visitor" confirme l'intérêt de ce réalisateur original et sensible.
Cluny
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