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critiques de novembre 2008

Dimanche 9 novembre 2008 7 09 /11 /2008 10:18
Film américain de Thomas McCarthy

Interprètes : Richard Jenkins (Walter Vale), Haaz Sleiman (Tarek), Hiam Abbass (Mouna Khalil)



Durée : 1 h 45

Note :  7/10

En deux mots : Une histoire simple et efficace, celle d'un sans papier syrien à New York dont le detin bouleverse la vie d'un veuf dépressif.

Le réalisateur : Né en 1966 dans le New Jersey, Thomas McCarthy est diplômé de la Yale School of Drama. Il a joué comme acteur dans "Mon Beau-père et moi", "Good Night and good luck", "Syriana" ou "Mémoire de nos pères". En 2003, son premier film, "The Station Agent" a obtenu trois prix au Festival de Sundance.

Le sujet : Le Professeur Walter Vale fait le même cours d'économie depuis 20 ans dans son université du Connecticut. Veuf inconsolable depuis la mort de sa femme, pianiste concertiste, il fuit les sollicitations et se cache derrière l'écriture d'un quatrième livre qu'il ne terminera pas. Obligé de se rendre à New York pour un colloque, il retourne dans l'appartement qu'il a partagé avec son épouse pendant des années.

Là, il découvre Tarek et Zineb, deux sans papiers à qui un escroc a loué l'appartement. En attendant qu'ils trouvent une autre location, il leur propose de les héberger. Si Zineb est méfiante, Tarek au contraire se lie facilement, et il lui fait découvrir le djembé. Quand Tark est arrêté dans le métro pour avoir fait passer Walter avec son ticket, la vie de ce dernier bascule.

La critique : J'avais vu à sa sortie "The Station Agent", et j'avais apprécié cette histoire aérienne et doucement loufoque d'un nain qui héritait d'une gare désaffectée au milieu de nulle part, situation et lieu prétextes à des rencontres improbables. C'est justement lors de la tournée que le Département d'Etat avait organisé au Moyen-Orient pour présenter ce film que Thomas McCarthy a découvert à la fois l'ampleur du fossé qui séparait les Etats-Unis du reste du monde, et la passion des artistes de ces pays qui lui a inspiré le personnage de Tarek.

Le procédé consistant à prendre un M. Tout-le-Monde, et lui faire croiser la route de gens persécutés n'est pas nouveau au cinéma, il suffit de penser au "Vieil Homme et l'Enfant" ou à "Monsieur Batignole". Comme les personnages incarnés par Michel Simon et Gérard Jugnot, le Professeur Walter Vale n'est pas franchement sympathique, puisqu'on le voit refuser le devoir d'un étudiant hors-délai juste pour ne pas avoir un peu de travail en plus, alors que lui même ne se gêne pas pour être en retard dans l'annonce de son programme.

Partisan du moindre effort (il se contente de passer un coup de tippex sur la date de ses cours), fuyant les relations sociales au delà du strict minimum vital, il s'intéresse si peu à lui qu'il n'envisage pas de s'occuper des autres. Pourtant, le sort, et la rouerie d'un dénommé Ivan vont lui mettre dans les pattes un couple de réfugiés auquel il va s'attacher, et entrevoir la dure situation qu'ils doivent subir. Car si avant le 11 septembre, l'administration US mettait peu de zèle à traquer les clandestins, il n'en est plus de même à l'heure de la chasse aux terroristes, surtout si comme Tarek, on est arabe.

Progressivement, le citoyen sans histoire découvre la vie quotidienne de ces sans-papiers, avec la même stupeur que celle que j'avais eu il y a 15 ans quand j'avais accompagné des amis réfugiés à l'OFPRA et que j'avais constaté comment l'état français traitait ses administrés de seconde zone. Il se confronte notamment aux gardes du centre de rétention, géré par une société privée dans un bloc anonyme au coeur de Queens, avec une absurdité bureaucratique qui fait dire à Mouna : "On se croirait en Syrie".

Thomas McCarthy n'évite pas un certain sentimentalisme, et l'évolution de la relation de Walter avec la mère de Tarek (jouée par Hiam Abbass, vue dans "La Fiancée syrienne" et "Les Citronniers") est un peu trop prévisible. Pourtant, l'ensemble passe bien, grâce à une mise en scène procédant par petites touches, avec des scènes juste esquissées, et des échappées vers la musique, que ce soit la découverte du djembé par Walter ("Au tambour, il ne faut surtout pas penser"), ou celle du piano par Mouna.

Loin des blockbusters hollywoodiens, Thomas McCarthy nous montre une autre Amérique, humaine et complexe, avec une profonde affection pour ses personnages et un sens du détail qui en dit long.
Après "The Station Agent", "The Visitor" confirme l'intérêt de ce réalisateur original et sensible.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /2008 17:20
Film français de Claire Simon

Interprètes : Nathalie Baye  (Anne), Nicole Garcia (Denise), Isabelle Carré (Martha), Béatrice Dalle (Miléna)



Durée : 2 h 00

Note :  7,5/10

En deux mots : Docu-fiction passionnant où un paquet de grandes actrices donnent vie à des situations vécues dans les centres du Planning Familial.

La réalisatrice : Né en 1955 au Maroc, Claire Simon suit des études d'éthnologie, d'arabe et de bérbère. Elle devient d'abord monteuse, avant de tourner des documentaires : "Scènes de ménage" (1991), "Récréations" (1992) et "Coûte que coûte" (1995). En 1997, elle tourne sa première oeuvre de fiction, "Sinon oui", inspirée d'un fait réel, celui d'une femme qui s'invente une grossesse. En 2006, elle réalise "Ca brûle".

Le sujet : Dans les bureaux du Planning Familial, Anne, Denise, Marta, Yasmine et Milena, les conseillères, reçoivent des jeunes filles et des femmes moins jeunes au prise avec des problèmes de contraception, de rapports non protégés ou de grossesses non désirées. Avec les médecins Samuel et Marianne, les stagiaires Pierre et Emmanuelle, elles écoutent, conseillent et aident à organiser des I.V.G. en France ou en Espagne quand le délai légal est dépassé.

La critique : Cet après-midi au Publicis, des enseignants bien intentionnés avaient décidé d'emmener deux classes voir le film de Claire Simon. C'est donc dans un bruissement constant de pop-corn, de gloussements et de déplacements pour aller au distributeur de canettes que je tentais tant bien que mal de me concentrer suffisamment pour suivre les dialogues des séquences d'entretiens entre les conseillères et les femmes qui viennent consulter.

Seule compensation de ces deux heures de brouillage, une remarque lancée par un lycéen à la sortie, et qui montrait qu'il y en avait au moins un qui avait écouté : "Eh ben, je me dis que j'ai bien de la chance d'être un mec !", montrant ainsi une prise plus importante que ce personnage du film, un garçon venu accompagner sa copine qui se demande si elle va avorter : "Je ne sais pas, je ne suis pas une femme"

Depuis les années 90, Claire Simon a fréquenté les centres du Planning Familial, d'abord à Grenoble, puis dans d'autres lieux. Elle y a enregistré avec un magnétophone ou en prenant des notes sur un petit carnet les échanges entre les femmes et leurs conseillères. A partir de cette matière unique, elle a écrit un scénario, puis elle a demandé à des actrices connues de jouer le rôle des membres du Planning (Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Anne Alvaro, Béatrice Dalle, Rachida Brakni, Marie Laforêt, auxquelles il faut ajouter Michel Boujenah), alors que ce sont des acteurs non-professionnels jouent les rôles des personnes qui viennent consulter.

Passé un premier moment d'adaptation devant la première scène où Nathalie Baye reçoit une beurette qui veut prendre la pilule, ce parti pris fonctionne parfaitement, tant le jeu des actrices fait précisément oublier que ce sont des actrices, grâce sans doute à la justesse des dialogues. Nathalie Baye, Nicole Garcia ou Marie Laforêt semblent rompues aux techniques de l'écoute rogerienne, et à coup de reflets, de reformulations et de questions ouvertes, elles parviennent à faire dire à leurs interlocutrices ce qu'elles n'arrivaient pas à formuler.

Pour cela, les séquences durent ce qu'elles doivent durer, filmées en plan séquence avec une caméra qui panote de l'une à l'autre. Entre ces séquences fortes s'intercalent des moments de vie du centre : la gestion de l'accueil, la salle de repos, l'accueil d'une classe de collégiennes, une réunion sur la conduite à adopter en cas de mariage forcée, ou quelques pas de danse dans un couloir. Car un des personnages est l'appartement haussmannien où est hébergé le Planning, cadre inhabituel avec ces moulures et ses lambris, loin de l'architecture stalinienne des dispensaires de banlieue.

Par la diversité des situations, depuis la jeune fille portugaise de 14 ans enceinte jusqu'à la prostituée bulgare de 40 ans, par la disparité des attentes des femmes, pilule du lendemain, choix d'une contraception, demande d'un certificat de virginité, I.V.G. hors délai, le film n'ennuie jamais, et brosse un tableau complet de la situation des femmes plus de quarante ans après l'adoption de la loi Neuwirth et plus de trente après celle de la Loi Veil.

Formellement passionnant par ce choix du style documentaire reconstitué avec des actrices que Claire Simon qualifie d'"icônes", "Les Bureaux de Dieu" est aussi captivant par ce qu'il nous raconte, et par l'adéquation de la forme et du fond à ce sujet défini ainsi par la réalisatrice, "un métier qu'elles inventent au fur et à mesure, un métier qui consiste à écouter d'autres femmes aux prises avec leur liberté d'aimer, d'avoir des enfants, maintenant, un de ces jours, ou jamais."

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2008
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Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /2008 19:33
Film américain de Clint Eastwood

Titre original : Changeling


Interprètes : Angelina Jolie (Christine Collins), John Malkovitch (Révérend Briegleb), Michael Kelly (Lt Ybarra), Jeffrey Donovan (Capitaine J.J. Jones)



Durée : 2 h 21

Note :  8,5/10

En deux mots : Clint Eastwood reprend les canons du western pour raconter brillament une histoire crépusculaire, quintessence de son travail de ces quinze dernières années.

Le réalisateur : Né en 1930 à San-Francisco, Clint Eastwood a fait de nombreux petits boulots après son retour de l'amée. Il obtient quelques rôles de cinéma avant de figurer dans la série western "Rawhide". C'est avec Sergio Leone et Don Siegel (L'inspecteur Harry) qu'il rencontre le succès. En 1971 il réalise son premier film, "Un Frisson dans la nuit". "Honkytonk Man" (1982) lui vaut une reconnaissance de la critique, avant "Bird" (1988), présenté à Cannes. Son western crépusculaire "Impitoyable" remporte quatre oscars en 1992. Depuis, il enchaîne les succès, tant vis-à-vis du public que de la critique : "Un Monde Parfait" (1993), "Sur la Route de Madison"(1996), "Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal" (1998),  "Jugé Coupable" (1999), "Space Cowboys" (2000), "Mystic River" (2003), "Million dollar Baby" (2005) à nouveau récompensé à la cérémonie des oscars. Il tourne enfin deux films sur la bataille d'Iwo Jima : "Mémoires de nos Pères", vu du côté des Américains, et "Lettres d'Iwo Jima" vu du côté des Japonais.

Le sujet : A Los Angeles en 1928, Christine Collins vit seule avec son garçon de 9 ans, Walter. Quand son fils disparaît, la police attend 24 heures avant de déclencher les recherches, en vain. Au bout de 5 mois, elle apprend par la police que son fils a été retrouvé dans l'Illinois. Mais quand elle vient le chercher à la gare, elle découvre qu'il s'agit d'un autre enfant, même si celui-ci prétend être son fils. La police qui a convoqué la presse pour redorer son image ternie par la corruption et les bavures tente de la convaincre que c'est bien son fils, qu'il a changé et que c'est normal au bout de cinq mois qu'elle ne le reconnaisse pas.

Médecin véreux, flics ripoux, personnel de l'Hôpital psychiâtrique se liguent contre la malheureuse qui se retrouve internée. Mais le Révérend Briegleb, qui mène à la radio une croisade contre les méthodes du L.A.P.D., vient à son secours en mobilisant l'opinion, alors que l'inspecteur Ybarra entend le témoignage d'un garçon rescapé d'une ferme de l'horreur...

La critique : Je comprends pourquoi tout de suite après le titre, apparait la mention : D'après une histoire vraie, tant l'affaire qui nous est racontée semble sortie du cerveau d'un scénariste délirant : le Département de la Police d'une des plus grande ville des Etats-Unis refourgue à la mère d'un enfant kidnappé un gamin qui n'est pas le bon, et la machine d'état kafkaienne parvient à envoyer à l'asile la mère courage qui ne fait que dire la simple vérité, "non, cet enfant n'est pas le mien".

Cette histoire n'a pas eu lieu dans une lointaine dictature bananière, elle ne s'est pas déroulée sous l'Ancien Régime, non, elle a bien eu pour cadre la Californie de Clint Eastwood, deux ans avant sa naissance (et l'année de naissance de ma mère, qui ne se remet pas d'avoir lu qu'il s'agissait d'un film d'époque !). Les cinéphiles savent qu'on peut s'attendre à tout avec la police de L.A. et sa "bien nommée Brigade Criminelle", comme le dit le Révérend Briegleb, il suffit de se rappeller "Le Dahlia Noir", "L.A. Confidential" ou "Dark Blue" ; quant aux non-cinéphiles, ils n'ont qu'à se remémorer l'affaire Rodney King.

Certains critiques ont émis la réserve que "L'Echange" était trop long, voire ennuyeux. Ils n'ont pas dû voir le même film que moi, ou alors ils n'ont pas les mêmes organes, particulièrement le coeur et le cerveau. Certes, ce film dure 141 minutes. Mais il n'y en a pas une de trop, et on ne peut pas trouver une scène dont l'utilité ne soit pas évidente. Car il y a deux, peut-être même trois films en un : le combat solitaire d'une mère contre l'absurdité et la malhonnêteté institutionnelle, le combat collectif contre la corruption, et  le combat pour connaître enfin la vérité et faire (ou non) le deuil de l'espoir.

Au contraire d'étirer inutilement le temps, le maître de Carmel utilise tout son immense savoir-faire pour raconter beaucoup en quelques secondes : des standardistes qui tournent une tête apitoyée quand Christine revient à son travail pour la première fois après l'enlèvement, un jeu de champs-contrechamps frontaux pour suggérer la menace quand la police vient pourtant annoncer la bonne nouvelle, ou, pour éviter l'impression de répétition de la déclaration à la presse, l'idée de la tourner sous une pluie battante qui la transforme en un ballet fantomatique.

Et puis, Clint Eastwood a annoncé la couleur : "Depuis cinq ou six ans, j'ai décidé de ne plus réaliser que les projets qui m'excitent vraiment, sans me soucier de savoir si le public suivrait. Je raconte les histoires que j'ai envie de raconter, qui peuvent ne pas plaire aux spectateurs de 16 ans. Je fais des films pour les adultes, et si les adultes ne vont plus au cinéma, ce n'est pas mon problème." Tant pis pour les ados attardés et les critiques somnolents : le cinéaste a visiblement trouvé une histoire qui l'a excité, et on comprend pourquoi puisqu'on y retrouve de nombreux éléments de ses films précédents : la noirceur de "Mystic River", avec à nouveau des disparitions d'enfants, la question de la peine de mort comme dans "Jugé Coupable", et surtout la construction de tout le film autour d'un personnage féminin qui combat dans un monde d'hommes, à l'instar de "Million Dollar Baby".

On peut aussi évoquer "Impitoyable", tant "L'Echange" emprunte aux règles du western : le manichéisme qui oppose le bon à la brute avec le soutien du redresseur de torts, dans un territoire où la justice n'a pas encore réussi à s'imposer. Le redresseur de torts est incarné ici par John Malkovitch, formidable comme toujours, dans le rôle d'un de ces prédicateurs qui ont bercé l'enfance du réalisateur, et dont la légitimité évidente du combat n'occulte pas l'aspect peu sympathique de l'individu.

Angelina Jolie porte le personnage de cette mater dolorosa confrontée à l'injustice la plus insupportable avec un mélange de détermination opiniâtre et de vulnérabilité, et il ne serait pas injuste qu'elle connaisse au Kodak Theater le même sort qu'Hilary Swank il y a quatre ans.

En combinant une beauté formelle (une photographie dans des teintes légèrement sépia et avec un superbe contraste) et une dynamique constante du montage (avec à plusieurs occasions le recours au montage parallèle pour dynamiser deux actions), "L'Echange" va à la fois jusqu'au bout du mal, représenté notamment par le personnage de Northcott joué par un Jason Butler Harner convaincant, et au plus profond de l'émotion, sans pathos inutile, juste avec les moyens d'un cinéma incroyablement maîtrisé.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 13:35
Film britannique de Saul Dibb 

Interprètes : Keira Knightley (Georgiana), Ralph Fienes (Le Duc de Devonshire), Charlotte Rampling (Lady Spencer), Hayley Atwell (Lady Bess Foster)



Durée : 1 h 50

Note :  6/10

En deux mots : Un mix de Barry Lindon et de Lady Di, qui se laisse regarder grâce aux acteurs malgré un adadémisme parfois pesant.

Le réalisateur :
Né en 1968, Saul Dibb a d'abord été directeur de la photo avant de réaliser des documentaires, notamment "Easy Money" sur une actrice de X. En 2005, il tourne sa première oeuvre de fiction, "Bullet Boy", portrait incisif sur la violence dans les milieux défavorisés en Grande-Bretagne.

Le sujet : Georgiana, fille de Lady Spencer, épouse à la fin du XVIII° siècle William, 5° Duc de Devonshire. Celui-ci se révèle être distant, intéressé uniquement à la voir lui donner un héritier mâle. La Duchesse cherche à oublier la froideur de son ménage en soutenant activement les politiciens whig comme James Fox et Charles Grey, favorables à l'indépendance des colonies américaines. Après la naissance de deux filles, et alors que le Duc multiplie les liaisons, la Duchesse rencontre à Bath Lady Elisabeth Foster, abandonnée par son mari qui lui a retiré ses trois garçons. Malgré l'intérêt du Duc pour Elisabeth, les deux femmes deviennent amies.

La critique : Curieusement, et malgré les différences d'époques, de styles et de nationalités, les trois derniers films que j'ai vus traitent du même sujet, à savoir la difficulté d'être une femme dans un monde façonné par les hommes. Après le docu-fiction des "Bureaux de Dieu" et le mélodrame crépusculaire de "L'Echange", voici donc l'adaptation du livre d'Amanda Foreman sur la Duchesse de Devonshire, femme originale et populaire, qui fut la maîtresse du futur premier ministre Charles Grey et qui perdit plusieurs millions de livres au jeu.

Reprenons : une Lady Spencer qui épouse un grand du royaume plus âgé, froid et distant, qui fut adulée par le peuple et traînée dans la boue par la presse, et qui ne maintint son mariage que pour ses enfants malgré les frasques de son mari, ça ne vous rappelle rien ? Cette lecture "Point de Vue-Images du Monde" de l'histoire de celle qui fut l'arrière-arrière-arrière-grand-tante de Diana Spencer n'est pas fortuite, il suffit de constater la similitude physique entre Keira Knightley et Lady Di, ainsi que certaines scènes (le peuple qui acclame la jeune mariée au grand agacement de son ducal époux) ou répliques ("Quand ils paraissent, tous les regards sont sur elle", "Le Duc de Devonshire est le seule à ne pas aimer sa femme", "Vous agissez ainsi parce que vous avez toujours besoin qu'on vous aime"). Amanda Foreman qui a conseillé Saul Dibb souligne d'ailleurs la ressemblance entre les deux femmes : "Georgiana et Diana étaient toutes deux des femmes intelligentes et puissantes qui ont été mises en pièces par la presse et se sont battues pour se reconstruire et devenir au final les femmes qu'elles voulaient être".

Alors que Diana avait à composer avec l'étiquette compassée de la Cour et la tyrannie de sa belle-mère, Georgiana se confronte au sort des femmes de son temps, fussent-elles de sang noble, soumises à l'arbitraire de leurs maris, et la figure de la royale douairière est ici tenue par la mère de la Duchesse, jouée par Charlotte Rampling. Plus qu'à Diana, on pense surtout durant toute la première moitié du film à "Marie-Antoinette", tant l'obsession de donner un héritier pèse sur le destin des deux femmes.

La comparaison entre le film de Sofia Coppola et celui de Saul Dibb est cruelle pour ce dernier. Quand la première introduit sa propre vision et son propre univers dans une histoire pourtant tellement balisée, le second prend bien soin de suivre les sentiers battus, que ce soit du point de vue pictural (Reynolds et Gainsborough ayant peint Lady Georgiana) ou cinématographique (l'incontournale "Barry Lindon", avec scènes éclairées à la bougie, ici dans des teintes plus rousses que chez Kubrick). Cet académisme semble encore plus indigeste avec le recours à tout le catalogue du genre (coup de tonnerre dans le lointain quand arrive une mauvaise nouvellle, envol de canards sauvages sur la campagne anglaise après la violence conjugale), et particulièrement avec la musique violonneuse de Rachel Portman, omniprésente et redondante.

Pourtant, on ne s'ennuie pas vraiment, car même si l'histoire en rappelle bien d'autres, certaines scènes accrochent, la relation entre Georgina et la maîtresse de son époux intrigue, et l'Angleterre offre suffisamment de palais, de chateaux et de paysages champêtres pour offrir un bel écrin aux émois de la Duchesse. Keira Knightley s'en sort plutôt bien, mais dans un décor assez similaire, elle ne retrouve pas la liberté aérienne d'"Orgueil et Prejugés". Après avoir campé Amon Goetz et Voldemort, Ralph Fiennes réussit à rendre la complexité du personnage du Duc, corseté par le code de somportement de son époque et de sa caste.

Impeccable reconstitution avec de beaux costumes, des décors somptueux et la crème des acteurs britannique, "The Duchess" manque pourtant d'un détail qui change tout : un véritable regard de cinéaste.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /2008 13:56
Film français de Jean-François Richet

Interprètes : Vincent Cassel (Jacques Mesrine), Ludivine Sagnier (Sylvia Jeanjacquot), Mathieu Amalric (François Besse), Olivier Gourmet (Commissaire Broussard)



Durée : 2 h 10

Note :  6,5/10

En deux mots : Deuxième épisode de la vie de Jacques Mesrine, un peu moins intense que le premier.

Le réalisateur : Né en 1966 à Paris, Jean-François Richet grandit en banlieue à Meaux, avant de travailler pluisieurs années en usine. Il réalise un premier film autoproduit en 1995, "Etat des lieux". En 1997, il tourne "Ma 6-T va crack-er", puis en 2001 "De l'amour". En 2004, il va aux Etats-Unis pour réaliser le remake du film de John Carpenter "Assaut sur le central 13". Il tourne ensuite les deux volets de l'histoire de Mesrine, dont le premier épisode est "L'Instinct de Mort".

Le sujet : Revenu en France, Mesrine est arrêté une première fois ; il manoeuvre pour comparaître devant le tribunal de Compiègne, où son complice Michel Ardouin a planqué une arme dans les toilettes. Après avoir pris en otage le juge, il réussit à s'enfuir. Arrêté une deuxième fois par le commissaire Broussard qui a encerclé sa planque, il passe plusieurs années à la Santé où il rencontre François Besse. Avec lui, il réussit à s'évader grâce à des armes introduites par son avocate ; ensemble, ils organisent plusieurs braquages.

La critique : Le deuxième épisode se termine là où commençait le premier (on ne peut pas m'accuser de spoiler, la mort de Mesrine n'étant un secret pour personne), sauf que cette fois, l'épisode qui va de la sortie de Mesrine et de Sylvia de leur planque de la rue Belliard jusqu'au guet-apens de la Place Clignancourt est filmé du point de vue des hommes de la BRB de Broussard et de l'OCRB d'Aimé-Blanc.

Pas étonnant que Jean-François Richet ait ainsi procédé à une répétition en boucle, car il n'a fait après tout qu'imiter son modèle : malgré son indéniable créativité, Jacques Mesrine a souvent reproduit les mêmes actes dans sa "carrière" : l'évasion, l'enlèvement d'un vieil homme pour une rançon, l'interview provocatrice, jusqu'au double braquage improvisé, boucle dans la boucle, figure inventée au Canada et renouvelé à Paris avec Ardouin, qui lui même succède à Ferreira et Mercier, et précède Besse.

Cette tendance à la redondance a certainement posé un problème à Richet, et plus particulièrement pour ce deuxième épisode qui est à la fois plus long (de 17 minutes) et plus reserré dans le temps (de 1973 à 1979) et dans l'espace (pas de virée en Algérie, en Espagne ou au Canada, tout se passe en France). Dans la première moitié de "L'Ennemi public N°1", braquages, courses poursuites, fusillades et carambolages s'enchaînent, et ce n'est que grâce au brio de Richet pour filmer ces scènes à l'hollywoodienne (même si les R12 et les 204 sont moins glamours que des Ford Gran Torino ou des Mustang) que l'on ne sombre pas dans l'ennui.

Les qualités soulignées dans "L'Instinct de mort" sont bien présentes dans la deuxième partie : indéniable sens du rythme, puissance de l'interprétation de Vincent Cassel, et absence de complaisance au-delà de la fascination. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas toujours, la faute sans doute à un manque de choix clair dans la tonalité, entre comique dérisoire et fresque épique. Dans son ambivalence devant son personnage, le réalisateur finit par exagérer et sa dimension héroïque, entre Mandrin et Robin des Bois, et sa dimension dérisoire, notamment quand il se met à flirter avec les thèses ultra-gauche de son nouvel ami Charlie Bauer.

Celui-ci, joué par un Gérard Lanvin à l'accent pagnolesque, le conduit au pire épisode de la longue cavale de l'ennemi public N°1, celle de l'enlèvement du "journaliste" du torchon d'extrême-droite Minute (celui la même que Desproges qualifiait de sartrien, puisque "pour moins de dix balles, vous avez à la fois La Nausée et Les Mains Sales"), Jacques Tillier, laissé pour mort avec trois balles dans la peau.

Cette mesrinisation de l'ensemble du film se diffuse aussi à toute la distribution, transformée en gang des postiches : un Olivier Gourmet aminci avec le collier de barbe de Broussard, un Samuel Le Bihan empâté avec les rouflaquettes de Michel Ardouin, dit "le Porte-Avion" pour la puissance de son armement, ou une Ludivine Sagnier à la perruque rousse. Seul Mathieu Amalric échappe à ce relookage plastique trop pesant et incarne un François Besse rabat-joie très convaincant.

Malgré ces réserves, "L'Ennemi public N°1" se laisse regarder sans déplaisir, grâce à un montage nerveux, et à la précision documentaire de certains épisodes oubliés, comme la tirade de Mesrine à son procès où pour démontrer la corruption de la justice et de la pénitenciaire, il exhibe la clef de ses menottes achetée pour 300 000 anciens francs. Moins épuré, moins tendu que le premier, il déçoit un peu l'attente, tout en ne faisant quand même pas regretter d'être allé au bout du cycle consacré à celui que le producteur Thomas Langman qualifie de dernier des gangsters français. 

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2008 - Communauté : Cinéma
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