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critiques de septembre 2008

Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /2008 19:57
Film français de Pascal Laugier 

Interprètes : Mylène Jampamoï (Lucie), Morjana Alaoui (Anna), Catherine Béguin (Mademoiselle)



Durée : 1 h 40

Note :  6,5/10

En deux mots : Tentative intéressante de renouvellement du genre, qui tranche par sa facture avec la facilité habituelle.

Le réalisateur : Après deux mois d'étude en fac de cinéma à Paris, Pascal Laugier suit pendant trois années les cours d'une école privée de réalisation. Il tourne avec 50 000 Francs péniblement économisés un court-métrage fantastique, "Quatrième sous-sol". Christophe Gans le remarque et lui propose de tourner le making-off du "Pacte des Loups". Il réalise en 2004 son premier long métrage, un film d'horreur fantastique avec Lou Doillon et Virginie Ledoyen, "Saint Ange".

Le sujet : En France dans les années 70, Lucie, une petite fille, est retrouvée errante et ensanglantée 14 mois après sa disparition. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses, et ses bourreaux ne sont pas retrouvés. Traumatisée et mutique, elle est placée dans une institution où elle se lie avec Anna, une fille de son âge.
15 ans plus tard, elle sonne à la porte d'un pavillon, et armée d'un fusil, elle tire sur l'homme qui vient d'ouvrir. avant de massacrer toute sa famille. Lucie est persuadée avoir retrouvé ses tortionnaires, mais Anna qui vient la rejoindre doute de plus en plus de son amie profondément perturbée.

La critique : Je ne suis absolument pas fan des films d'horreur, et n'étant pas masochiste, comme je le proclame au frontispice de ces critiques, je ne vais que très rarement partager le plaisir glauque des ados et des ados attardés venus déguster leur dose hebdomadaire d'éviscérations et de scénarios inconséquents. Pourtant, la diversité des critiques ("une telle intensité baroque, crépusculaire, explosant sans temps mort...", selon Libé, et "l'ineptie d'un scénario prétentieux aux relents misogyno-religieux", d'après Paris-Match), les tergiversations de la commission de classification des films (qui l'avait d'abord condamné au néant distributionnel en l'interdisant aux moins de 18 ans), et l'interview du réalisateur sur le site Oh my gore ! m'ont convaincu de fsurmonter mes réticences habituelles.

La première scène nous montre une petite fille ensanglantée et en sous-vêtements qui pousse une porte métallique, filmée par une caméra portée, et qui se met à courir dehors, comme Kim Phuc fuyant le village de Trang-Bang. Puis un film super-8 tourné par les médecins qui ont recueilli Lucie, qui la montre refusant tout contact avec les autres enfants de l'institution, avant qu'elle n'accepte la protection d'Anna. On découvre alors que le film est projeté à Anna pour qu'elle aide les policiers qui enquêtent en vain pour retrouver les tortionnaires de son amie.

Après une scène dans leur chambre où Lucie sent une présence maléfique, et qui contient déjà toute la panoplie du genre (grincements métalliques, voix d'outre-tombe, montage syncopé et décadrages brutaux), on se retrouve quinze ans plus tard, avec une scène qui nous rejoue parodiquement l'ouverture du film : une porte s'ouvre, une petite fille court en hurlant... avant d'être rattrapée par son frère qui veut récupérer ce qu'elle lui a piqué, morte de rire. Suit un petit déjeuner familial joué (intentionnellement ?) avec autant de légèreté qu'un best-off d'Hélène et les Garçons, avant que la quiétude dominicale ne soit troublée par la sonnerie de l'entrée. Le père descend, ouvre la porte, et se trouve face à une Lucie encagoulée qui lui tire dessus à bout portant.

Je raconte ce début de film, car il montre une conception élaborée, tant du point de vue du scénario que de la mise en scène, nettement supérieure à l'à peu près de rigueur dans bien des films du genre, comme "
Sheitan" ou "[Rec]". Le scénario notamment révèle bien des surprises : histoire de vengeance de prime abord, puis un glissement à la "Psychose" vers la schizophrénie (la créature que voit Lucie est-elle réelle ?), avant de basculer encore deux fois dans des univers différents, localisés de plus en plus profondément, symbole d'une descente aux enfers (le premier film de Pascal Laugier ne s'appelait-il pas "Quatrième sous-sol" ?).

Selon Pascal Laugier, "Martyrs" est "un film qui annonce une mauvaise nouvelle. Quelque chose comme"Le Monde est Mort". C'est un film malade. Peut-être même une maladie parvenue à son stade terminal. Il me semble impensable, en ce moment, de faire des films légers et optimistes. L'idée même m'écoeure". De nombreux critiques ont violemment critiqué le réalisme et la répétitions des tortures infligées à ses personnages, parlant de "prétexte à peine voilé pour se rincer l'oeil et assouvir au passage quelques fantasmes sadiques". L'accusation me semble injuste, car cette intention morale que revendique le réalisateur se voit dans son travail : le  plus insupportable n'est pas tant la violence infligée aux victimes, mais bien l'organisation dépassionnée et bureaucratiquesdes bourreaux.

Plus contestable est sans doute sa caractérisation du sujet comme la réponse à l'interrogation : "au bout, tout au bout de la violence, est-ce qu'il y a quelque chose ?", et cela explique sans doute les reproches de prétention. Ainsi, tout le discours sur les martyrs débité par une sosie bouffie de Simone de Beauvoir, sorte de New Age inversé, frise le ridicule. D'ailleurs, tous les passages dialogués sonnent faux, ce qui justifie encore plus la définition de Pascal Laugier du jeu attendu d'un acteur de film d'horreur : "C'est dur d'être juste quand le film ne repose pas sur le dialogue, sur le "bon mot", mais sur des actions simples comme marcher dans la rue, ouvrir une porte, etc..."


De ce point de vue
, les deux actrices qui portent le film s'en sortent différemment. Mylène Jampanoï insuffle une véritable énergie à son personnage, évoquant dans ses bons comme ses mauvais aspects l'Isabelle Adjani de "Possession". Loin de la bougeoise casablancaise de "Marock", Morjana Alaoui réussit à imposer à la fois sa densité  et sa fragilité dans ce rôle où elle s'est tant investie (trois fractures et six semaines d'hôpital !). Notons aussi que ce film a été le dernier de Benoît Lestang, le maquilleur et concepteursdes diverses créatures.

Grâce à un scénario habilement ficelé et une réalisation soignée, Pascal Laugier parvient à proposer un film qui marquera  probablement l'histoire du genre en France, et qui suscitera sans doute chez les spectateurs des réactions aussi contrastées que celles de la critique.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /2008 09:44
Film français de Barbet Schroeder

Interprètes : Benoît Magimel (Alex Fayard), Lika Minamoto (Tamao), Gen Shimaoka (Ken Honda)



Durée : 1 h 45

Note :  4/10

En deux mots : Se voulant l'exercice de style d'un cinéaste chevronné, "Inju" s'avère être un nanar maladroit et ampoulé.

Le réalisateur : Né en 1941 à Téhéran, Barbet Schroeder étudie la philosophie à la Sorbonne, et rentre en 1958 aux Cahiers du Cinéma. Il est l'assistant de Godard sur "Les Carabiniers" en 1963, et il fonde avec Rohmer la société de production Les Films du Losange. Il réalise son premier film en 1969, "More", suivi en 1972 de "La Vallée". Il tourne en 1974 le documentaire "Général Idi Amin Dada", qui a inspiré "Le dernier Roi d'Ecosse", avant de revenir à la fiction en 1976 avec "Maîtresse" et en 1983 avec "Tricheurs".

Il tourne son premier film américain en 1987, "Barfly". Suivront "Le Mystère Von Bülow" (1990), "JF partagerait appartement" (1992), "Kiss of death" (1995), "L'Enjeu" (1998) et "Caculs meurtiers" (2002). Entretemps, il a tourné en Colombie avec une caméra numérique "La Vierge des Tueurs" (2000). En 2007, il réalise un documentaire consacré à Jacques Vergès, "L'Avocat de la Terreur".

Le sujet : Lui-même auteur de romans policiers, Alex Fayard est le grand spécialiste occidental de Shundei Oe, célèbre auteur japonais que personne n'a jamais rencontré. Invité au Japon pour la promotion de son dernier livre qui est en tête des ventes, il profite d'une émission de télévision pour s'adresser à Oe et lui demander de le rencontrer. Contrairement à son habitude, celui-ci appelle et lui enjoint de rentrer en France en le menaçant en cas de refus.
Dans une maison de thé, Alex rencontre une geiko, Tamao, qui lui raconte qu'elle a connu Shundei Oe quinze ans auparavant, et que celui-ci venait de lui écrire pour la menacer. Elle demande son aide à Alex, qui se lance sur les traces du sulfureux écrivain, aidé par le représentant de sa maison d'édition japonaise.

La critique : A l'origine, "Inju" est un roman publié en 1928 par Edogawa Ranpo, un auteur populaire de romans policiers marqués par la violence et la sexualité, et qui avait choisi son pseudonyme en hommage phonétique à Edgar Allan Poe. Dans le livre de Ranpo, l'action opposait deux écrivains japonais, et c'est ce qui bloquait Barbet Schroeder dans son désir d'adapter ce roman que lui avait offert Raoul Ruiz. Quand il a reçu le scénario proposé par Jean-Armand Bougrelle, il a été séduit par "l'idée décisive que l'un des deux romanciers soit un étranger, un français spécialiste de Shundei Oe, un avatar de Ranpo lui-même".

Dans le dossier de presse, Barbet Schroeder raconte : "Le film de Samuel Fuller, "La Maison de Bambou" a eu une influence énorme sur moi. A sa sortie, je me souviens être resté trois séances de suite !". Or, à sa sortie en 1955, un critique japonais le qualifiait ainsi : "C'est un pur produit commercial pour vendre de l'exotisme à un public américain en utilisant le Japon comme toile de fond et en employant une actrice japonaise. Sa façon d'ignorer complètement les moeurs, la géographie et la sensibilité japonaises nous semble bien maladroite."

Etrangement (ou non), cette critique pourrait convenir parfaitement au film de Barbet Schroeder. Etrangement, car celui-ci ne cache pas son admiration pour la civilisation et le cinéma japonais, et il a mis un point d'honneur à travailler quasi exclusivement avec des techniciens et des acteurs locaux, à la notable exception de Benoît Magimel. Malheureusement, cela ne se voit pas, et ce dès le début. "Inju" s'ouvre sur la projection d'un film de sabre adapté d'un roman de Shundei Oe ; d'accord, on est dans l'exercice de style, mais qu'au moins il soit bien fait ! D'emblée, ce qui choque, c'est le positionnement de la caméra à une hauteur européenne, erreur impardonnable pour quelqu'un qui se réfère à Miziguchi et surtout à Ozu, célèbre pour sa position basse, à hauteur des personnages.

Le film se poursuit par une enfilade de clichés sur le pays du soleil levant : maison de thé à Gion, danse des geikos, grand patron lié aux yakusas. Cette impression d'exercice de style artificiel se trouve encore renforcé par une photographie criarde qui évoque justement le technicolor de "La Maison de Bambou", et cet aspect factice se perçoit aussi bien d'un point de vue formel que narratif. L'intrigue est cousue de cables blancs : une geiko menacée par un écrivain psychopathe s'adresse bien entendu à un écrivain étranger lost in tranlation, quand un premier meurtre a lieu, "surtout n'appelons pas la police !", et Fayard s'obnubile à protéger le big boss yakusa d'une mort certaine que seul lui entrevoit.

Au milieu d'acteurs japonais qui ânonnent leurs répliques dans un français phonétique qui rendrait Eiji Okada cabotin dans "Hiroshima mon Amour", Benoît Magimel semble lui même ne rien comprendre à ce qu'il débite : qu'il se rassure, nous non plus !

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /2008 16:57
Film hong-kongais de Wong-Kar-Wai

Titre original : Ashes of Time - Redux


Interprètes : Leslie Cheung (Ouyang Feng), Brigitte Lin (Murong Yin/Murong Yang), Tony Leung Chu Wai (L'Aveugle), Maggie Cheung (La Femme)



Durée : 1 h 33

Note :  7/10

En deux mots : Déstructurant les codes du Wu Xia Pian, Wong Kar Wai aborde de façon foisonnante les thèmes de ses oeuvres à venir.

Le réalisateur : Né en 1958 à Shangaï, Wong Kar-Waï suit sa famille quand elle émigre à Hong-Kong en 1963. Diplômé en arts plastiques, il devient assistant de production puis scénariste à la télévision. En 1988, il écrit et réalise son premier film, "As Tears go by". En 1990, il tourne pour la première fois avec Maggie Cheung et Tony Leung "Nos Années sauvages". La même année, il sort une fresque historique, "Les Cendres du Temps", et "Chungking Express" tourné de nuit, caméra à l'épaule. En 1997, il réalise "Les Anges déchus" et "Happy together", tourné en Argentine, et qui obtient le Prix de la mise en scène à Cannes. Son film suivant, "In the Mood for Love", permet à Tony Leung de décrocher le prix d'interprétation masculine en 2000. Il en tourne en 2004 une suite/variation, "2046".
Wong kar-Waï a été le président du Festival de Cannes en 2006. En 2007, il tourne aux Etats-Unis "My Blueberry Nights".

Le sujet : Un homme, Ouyang Feng, tient une auberge en plein désert. Là il exerce le métier de tueur à gage. Vénal et peu sympathique, il voit arriver différents types de personnages, venus lui rendre visite ou louer ses services. Chacun d'eux incarne une figure traditionnelle des films de sabre asiatiques, mais surtout un amoureux en conflit avec lui même.

La critique : Wong Kar Wai a mis deux ans pour réaliser "Les Cendres du temps", entre 1992 et 1994. Ce premier film de sabre tourné entre Hong Kong et la Chine Populaire a largement dépassé le budget, et s'est avéré d'une complexité folle à produire. Comme il existait plusieurs versions du montage qui circulaient à travers le monde, Wong Kar Wai a décidé de le reprendre afin d'en arrêter une version définitive qui a été présentée à Cannes en 2008. Il a expliqué ainsi les écueils de sa démarche : "Il est difficile d'envisager un rêve qui a plus de quinze ans sous un nouveau jour. Les nouvelles technologies ont été d'une grande efficacité la plupart du temps, mais pas toujours. J'ai essayé d'éviter de revoir le film à travers le prisme des expériences et des évolutions que j'ai traversées depuis cette époque".

N'ayant pas vu la première version des "Cendres du temps", il m'est difficile de ne pas le regarder à la lumière de mon admiration pour ses trois dernières oeuvres, et de jouer à repérer ce qui annonce les errances de M. Chow ou de Lizzie. Il n'est pas étonnant que ce film à gros budget, coproduit avec la Chine continentale, ait été un échec commercial retentissant ; si le public venait pour voir un film de Wu Xia Pian, qui plus est adapté d'un roman de l'auteur populaire Louis Cha, on comprend qu'il ait été désarçonné par cet ovni à des années lumières des classiques du genre, de Tsui Hark, Ching Siu Tung ou Chang Cheh.

Car on est clairement dans l'univers de Wong Kar Wai, aussi bien en ce qui concerne la photographie (de Chris Doyle, of course) que la narration, même si certains effets agacent tant ils sont voyants, alors qu'ils envouteront plus tard dans "In the Mood for Love" ou "2046" par leur discrétion aérienne. Mélangeant du 35 mm, du 16 et même de la vidéo, l'image est souvent saturée, proche parfois de la vision infrarouge, et le recours aux filtres systématique ; si on ne retrouve qu'épisodiquement les compositions savantes de ses films à venir (la maison de Maggie Cheung vue à travers une fenêtre ovale), les choix radicaux de cadrage pullulent : images obliques, reflets dans une marre, très gros plans sur les visages à la longue focale, et le recours au ralenti-accéléré lié à un montage syncopé qui transforme les combats en abstractions chorégraphiées, tout en les rendant difficilement déchiffrables.

Même radicalité sur le plan narratif : si Wong Kar Wai découpe le film en cinq chapitres annoncés par des intertitres (Printemps, Eté, Automne, Hiver et Printemps, dix ans avant Kim Ki Duk !), il s'agit bien là de la seule concession à la fluidité du récit. Ellipses, voix off de différents narrateurs, flashbacks non annoncés, répétitions brouillent en permanence les repères temporels. Pourtant, à la différence des scénarios improvisés en cours de tournage de la plupart de ses films, Wong Kar Wai a du faire face à la contrainte de l'adaptation. Labyrintique et kaleidoscopique, le récit ne prend son sens que dans le dernier tiers du film, et il aura fallu s'accrocher durant la première heure pour essayer de repérer qui est qui.

Mais après tout, les rebondissements factuels ne font que dresser la toile de fond des préoccupations éternelles de l'auteur de "My Blueberry Nights" : dans ce désert des Tartares, les personnages qui défilent chez Ouyang Feng subissent tous une forme de perte : la mémoire, la vue ou la dextérité ; de même, ils traînent tous des regrets et des occasions manquées, résumés par ces répliques : "Il faut parfois quitter un rêve pour comprendre qu'on l'aime" et "La mémoire est le pire ennemi de l'homme". Pour donner vie à sa galerie de personnages hallucinants (mention spéciale à Brigitte Lin qui incarne la schizophrénie), Wong Kar Wai a convoqué toute sa troupe : les deux Tony Leung, Maggie Cheung, Carina Lau, Leslie Cheung.

S'il est un domaine où WKW n'avait pas atteint la fluidité de ses oeuvres ultérieures, c'est bien la musique. Là où les mélodies de Shigeru Umebayashi ou Nat King Cole imprimaient une pulsation ou suscitaient une évocation, celle de Frankie Chan ponctue pesamment l'action avec redondance.

15 ans après, "Les Cendres du temps" reste un film qui se mérite (plusieurs personnes ont quitté la salle à ma séance du MK2 Quai de Loire), un peu comme certains films de Gus Van Sant, notamment "Gerry" auquel il m'a fait plusieurs fois fait penser par l'aspect quasi expérimental. Forcément moins abouti que ses films plus récents, il n'en est pas moins une oeuvre passionnante pour faire la jonction entre "As Tears Go by", "Nos Années sauvages" et "Chungking Express" (réalisé lors d'une suspension du tournage), et les oeuvres de la maturité.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /2008 20:56
Film islandais de Baltasar Kormakur

Titre original : Myrin

Interprètes : Ingvar Eggert Sigurdsson (Inspecteur Erlendur), Augusta Eva Erlendsdottir (Eva), Björn Hylnur Haraldsson (Sigurdur Oli)



Durée : 1 h 34

Note :  7/10

En deux mots : Polar crépusculaire islandais (pléonasme ?) assez réussi, malgré quelques maladresses.

Le réalisateur : Né en 1966 à Reykjavik, Baltasar Kormakur est diplômé de l'Académie Dramatique d'Islande. Il mène de paire une carrière d'acteur et de metteur en scène de théâtre, en Islande et à l'étranger. En 2001, il réalise son premier long métrage, "101 Reyjkavik", suivi la même année de "The Sea". En 2004, il tourne aux Etats-Unis "Crime City", un thriller avec Forest Whitaker qui remporte le Prix de la Critique au Festival du Film Policier de Cognac.

Le sujet : L'inspecteur Erlendur et son équipe sont chargés de l'enquête sur l'assassinat d'un vieil homme à Reykjavik. La découverte d'une photo cachée dans son bureau et montrant la tombe d'une petite fille morte trente ans avant va conduire les policiers à se replonger dans une histoire dont les témoins survivants sont un policier corrompu à la retraite et un prisonnier psychopathe. Erlendur finit par atterrir dans une entreprise qui a établit un fichier génétique de toute la population islandaise, présente et passé, et qui a conservé le cerveau de la filette.

La critique : Les hasards de la distribution m'ont amené à voir mes deux premiers films islandais en moins d'un mois. "Jar City" n'émarge pas dans la même catégorie que "Back soon", celle de la comédie décalée, mais il partage avec le film de Solveig Anspach de nombreux aspects, comme une vision plutôt désabusée de l'islanditude, ou l'intégration des imposants paysages comme personnage à part entière, photographiés dans les deux cas par Bergsteinn Björgulfsson.

Quand il découvre la scène de crime, l'adjoint de l'inspecteur Erlendur lâche ce commentaire : "C'est un crime typiquement islandais : bordélique et sans intérêt", faisant écho à la qualification d'"Alcatraz du Nord"d'Anna Hallgrimsdottir.
Les tours et détours de l'enquête nous conduisent dans des grands ensembles (si, si, il y en a, ils ont juste pour toile de fond la montagne enneigée), dans une prison bien moins pittoresque que celle de "Back soon", dans une morgue, et dans l'équivalant du Musée Dupuytren des curiosités médicales, loin des images des dépliants touristiques. Baltasar Kormakur l'assume pleinement : "Cette partie de l'Islande est comme l'une des pièces de la maison qui nous gêne et qu'on évite de montrer aux invités."

Dès le début du film, on voit un employé signer un document dans les locaux d'une société privée qui collecte les données génétiques sur 95 % de la population islandaise depuis 1703, soit 700 000 personnes. Cette société, DeCode Genetics, existe réellement, et on voit d'ailleurs son directeur répondre à une interview. L'employé va ensuite à l'hôpital, au chevet de sa fille qui est en train de mourir d'une maladie orpheline, la neurofibromatose. Le film nous raconte ensuite en parallèle le deuil de ce père, et l'enquête de l'inspecteur, confronté lui aussi aux difficultés de la paternité avec sa fille junkie, et il faudra attendre les deux tiers du film pour que les deux actions se rejoignent, un peu comme dans "Les Rivières Pourpres", autre polar s'appuyant sur une utilisation délictueuse de la science et plaçant le cercueil d'une fillette au coeur de l'intrigue.

L'atmosphère est pesante, comme on peut l'imaginer avec une action qui commence par la mort d'un enfant et sa toilette funéraire sur fond de berceuse chantée par une chorale d'hommes, et qui continue avec une exhumation, et la découverte d'un corps en décomposition. Les personnages semblent assortis à la rudesse du paysage et du climat, dans ce pays où la demande de manger végétarien déclenche l'agressivité, et l'inspecteur Erlendur qui se délecte d'une tête de mouton (sûrement la scène la plus gore du film !) ou qui enfume sans vergogne son adjoint n'a pas grand chose pour attirer la sympathie. La photographie bleutée à gros grains accentue cette dureté, ainsi que le choix des décors, comme ce cimetière au bord de la mer qui rappelle le village de Bess dans "Breaking the Waves".

Souvent bien maîtrisée, la réalisation dérape parfois vers la facilité, comme la phrase prononcée par une personne interrogée par l'inspecteur : "Rien n'est plus terrible que la mort d'un enfant", et qui est immédiatement suivie d'un plan du père en deuil seul dans la chambre de sa fille. Par contre, la louable intention de Baltasar Kormakur de ne pas tomber dans une stylisation de la violence à l'américaine garantit une tenue à l'ensemble, dans un film où la complexité de l'intrigue importe moins que le climat psychologique qui baigne le récit.

Reste une interrogation naïve qui me tarabuste depuis la vision du film : pourquoi, dans un polar construit autour de la génétique, l'Inspecteur Erlendur n'a -t-il pas fait analyser l'ADN du sang sur le carreau ?

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /2008 15:01
Film français d'Agnès Jaoui

Interprètes : Agnès Jaoui (Agathe Vilanova), Jean-Pierre Bacri (Michel), Jamel Debbouze (Karim)



Durée : 1 h 38

Note :  6/10

En deux mots : Comédie diesel et un peu molle du couple Jacri sur l'humiliation ordinaire.

La réalisatrice : Née en 1964 à Antony, Agnès Jaoui, après avoir fait hypokhâgne et le Conservatoire, suit au Théâtre des Amandiers les cours de Patrice Chéreau avec lequel elle joue dans "Hôtel de France". En 1992, elle écrit avec son compagnon Jean-Pierre Bacri sa première pièce, "Cuisine et dépendances", puis en 1996 "Un Air de famille" porté au cinéma par Cédric Klapisch et couronné du César du meilleur scénario. En 1993, ils écrivent pour Alain Resnais "Smoking/No Smoking", puis en 1997 "On connaît la chanson".
En 2000, elle passe à la réalisation avec "Le Goût des autres", qui sera suivi en 2004 de "Comme une image".

Le sujet : Agathe Villanova, écrivaine féministe, a décidé de s'engager en politique. Parachutée dans la région de son enfance, elle vient passer dix jours chez sa soeur Florence pour trier les affaires de leur mère décédée un an auparavant. Florence lui annonce qu'elle n'a plus les moyens de payer Mimouna, la femme de ménage que leurs parents avaient ramenée d'Algérie au moment de l'indépendance.

Le fils de Mimouna, Karim, qui travaille comme réceptionniste dans un hôtel, accepte à contre-coeur la proposition de son ami Michel de tourner un film sur Agathe Villanova dans la collection "Les femmes qui ont réussi",

La critique : J'avais des réticences à aller voir ce septième opus de la collaboration d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, la faute à une bande-annonce peu attractive, à une critique pour le moins mitigée, et surtout à cette impression grandissante de remonter dans le temps chaque fois que je vais voir un film français ; mais bon, "Obscénité et Vertu" ou "Love Gourou", on ne peut pas dire que j'ai vraiment le choix (Jessica, pardonne-moi !)

Le début du film a confirmé mes craintes : l'histoire se présente plus comme un empilement de situations caricaturales, voire vaudevillesques et sans grands enjeux (Florence en veut à Agathe qui agace Karim qui reproche son attitude à Florence qui ne supporte plus la gentillesse de Stéphane qui lit Kierkegaard et qui sort avec Michel (Florence, pas Kiekegaard) qui ne sait pas comment intéresser son ado de fils...) que comme une intrigue cohérente, freinée qui plus est par un montage au rythme paresseux.

Heureusement, le dernier tiers du film redonne un peu de sens à l'ensemble, des passerelles s'établissent enfin entre les diverses sous-intrigues et on retrouve l'ironie douce-amère au limite du burlesque (l'interview perturbée par les bêlements des moutons que Michel n'arrive pas à chasser : "J'ai zéro autorité sur ces moutons", la diatribe antieuropéenne des deux paysans échappés de "Délivrance" qui recueillent le trio...).

Jamel Debbouze explique : "J'aime la manière dont Agnès et Jean-Pierre traitent l'humiliation ordinaire, ce mal du XIX° siècle : en s'arrêtant au détail parce que le diable est dans le détail", et c'est vrai qu'il s'agit là de la force du film : la condescendance paternaliste et néocolonialiste d'Agathe et de sa soeur pour Mimouna (formidablement jouée par une comédienne non professionnelle), la remarque d'Agathe sur Karim : "Il est pas bête, en fait", qui la définit ainsi en retour : "Comme militante, elle est sympa".

Même s'il continue à émarger dans le registre du bougon atrabilaire, Jean-Pierre Bacri glisse une naïveté enfantine dans son personnage de réalisateur
dont l'unique heure de gloire a été un documentaire sur la corrida vue du point de vue du taureau. Jamel Debbouze, qui définit son personnage comme son premier rôle adulte, s'en sort bien, aidé par des dialogues écrits par deux personnes qui le connaissent très bien et ont su intégrer son sens de la formule.

Davantage construit sur un enchaînement de bons mots que sur une trame captivante, "Parlez-moi de la pluie" souffre d'une indolence et d'une impression de déjà vu propre au cinéma français contemporain ; il se regarde sans déplaisir, mais ira vite se ranger dans un recoin de la mémoire au milieu d'un paquet de films qui lui ressemblent.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2008 - Communauté : Cinéma
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