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critiques d'avril 2008

Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /2008 18:04

Film anglo-américain de Justin Chadwick

Titre original :
The Other Boleyn Girl

Interprètes :
Natalie Portman (Anne Boleyn), Scarlett Johansson (Mary Boleyn), Eric Bana (Henry VIII), Kristin Scott Thomas (Lady Elizabeth)

 


Durée : 1 h 55

Note :  7/10

En deux mots
: Film à l'ancienne sur les soeurs Boleyn en concurence pour le coeur du royal Barbe-Bleue, sublimé par deux actrices impeccables.

Le réalisateur :
Né en 1968 à Manchester, Justin Chadwick a réalisé plusieurs épisodes de séries britanniques, comme MI-5, L’Insurgée et The Vice. "Deux soeurs pour un Roi" est son premier long métrage.

Le sujet : Juste au moment où il marie sa cadette Mary avec un nobliau du voisinage, Sir Thomas Boleyn apprend la visite du roi Henry VIII dont l'épouse, Catherine d'Aragon, n'arrive pas à lui donner un héritier mâle. Avec son beau-frère le Duc de Norfolk, il demande à son aînée Anne de séduire le roi pour faire avancer la position de la famille. Anne s'exécute, mais son excès de fougue lors d'une chasse conduit à la chute de cheval du roi.

Soigné par Mary, le souverain décide de la convoquer à la cour, et il en fait sa maîtresse. Déçue par son époux qui a approuvé ce royal cocufiage, elle tombe amoureuse d'Henry et attend bientôt un enfant de lui. Le cosneil de famille décide alors de rappeler Anne de son exil à la cour de France, afin de faire patienter le roi pendant la grossesse de sa soeur.

La critique : Un de mes premiers souvenirs cinématographiques remonte à la projection par l'aumônerie de mon lycée du film de Fred Zinnemann, "Un Homme pour l'Eternité", hagiographie de Thomas More oubliée depuis, mais qui avait quand même raflé en 1966 les oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur, et du meilleur acteur pour Paul Scofield qui jouait le rôle titre. Dans ce film édifiant sur celui qui avait préféré sa foi papiste à la vie (d'où l'aumônerie), Anne Boleyn était jouée par Vanessa Redgrave, et six ans plus tard, c'était Charlotte Rampling qui s'y collait dans "Les Six Femmes d'Henry VIII".

Dans ces films, ainsi que dans "La Vie privée d'Henry VIII" d'Alexandre Korda (1933), le roi était par nécessité historique et par choix scénaristique au centre de l'intrigue. Chez Justin Chadwick, le récit se concentre sur la famille Boleyn, et le roi n'intervient que comme un élément extérieur aux manigances du Duc de Norfolk, de Sir Thomas Boleyn et de sa progéniture, et le vrai sujet est bien plus les Deux Soeurs que le Roi.

Au commencement donc, était une famille unie, et deux soeurs aussi belles qu'aimantes et bien éduquées par leur mère, Lady Elizabeth. Mais très vite, on découvre que si la dévotion familiale est une vertu partagée par les deux, la brune met un zèle et même une jubilation à tenter d'attirer le roi dans ses rets, alors que la blonde n'y consent qu'à contre-coeur -tout du moins jusqu'à ce que ce même coeur régularise la situation en tombant opportunément amoureuse de son royal amant.

L'opposition entre les deux, soulignée par les choix de costumes et de photographie différents (couleurs chaudes pour l'ingénue, couleurs froides pour l'intriguante), ne va qu'aller en s'accentuant au fur et à mesure que leur rivalité s'accroît : c'est l'innocence et la pureté de Mary qui séduisent Henry, puis qui la séparent de lui, alors que c'est la rouerie d'Anne qui assure à son tour sa victoire, avant de consommer sa perte. Elle a compris, aidée en cela par son séjour à la cour de France, que se refuser et se faire désirer constitue le meilleur levier pour son ambition.

Ceux qui me connaissent et les fidèles lecteurs de ces critiques le savent : un film avec Natalie Portman part avec un point de bonification, et j'applique le même tarif de faveur à Scarlett Johansson. Alors, avec les deux... Il est pourtant difficile d'imaginer le film sans la performance des deux actrices, qui ont par ailleurs expliqué que leur motivation principale pour avoir accepté ce film était justement l'opportunité de tourner l'une avec l'autre, alors qu'elles sont de la même génération et dans le même créneau.

Scarlett Johansson incarne avec intensité ce personnage à la fois aérien et profondément enraciné dans ses valeurs, sa famille et sa terre. Elle fait parfaitement passer les sentiments contradictoires qui l'animent, particulièrement dans la seconde partie du film, quand elle ravale sa fierté bafouée pour tenter de prévenir sa soeur du sort inéluctable qui l'attend.

Mais c'est surtout Natalie Portman qui impressionne, avec son premier véritable rôle de salope de compétition. D'abord douceureuse, puis calculatrice, elle montre une science de la manipulation et de l'intrigue d'autant plus monstrueuse qu'elle s'oppose au contre-point présenté par sa soeur. Elle atteint les dimensions des puissances infernales antiques, Médée ou Phèdre, notamment dans la scène qui suit sa fausse-couche, où la salle poussait des hurlements d'effroi et de dégoût. Mais même là, et justement là, elle sait rendre son personnage plausible et sa douleur crédible.

La réalisation n'est pas toujours à la hauteur du jeu des deux comédiennes. Certes, la reconstitution historique est parfaite, les costumes et les décors superbes, et la photographie réussit à s'inspirer des tableaux de la renaissance avec le même brio que Peter Webber l'avait fait dans "La Jeune fille à la Perle" - le plan de Scarlett Johansson portant sa nièce évoquant les vierges à l'enfant de la peinture flamande. Mais cette académisme est souvent trop voyant, et l'abus de filtres finit par se faire remarquer ; de plus, le scénario ne parvient pas à contourner le piège de la répétition (accouchement, fausse couche, accouchement...). En regardant "Deux soeurs pour un Roi", je repensais à la visite de Pocahontas à la cour d'Angleterre dans "Le Nouveau Monde", et à l'impression d'émerveillement circonspect de la princesse indienne que Terrence Malick avait si bien su restituer. C'est cette légerté qui manque, et qui aurait fourni une respiration bienvenue dans cette histoire si noire.

Malgré cette réserve, "Deux soeurs pour un Roi" se distingue du film historique lambda par un intrigue réellement prenante, et surtout par la qualité sans faille du jeu de deux des meilleures comédiennes de ce début de XXI° siècle.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /2008 17:46

Film français de Jacques Doillon

Interprètes :
Clémentine Beaugrand (Camille), Gérald Thomassin (Costa), Guillaume Saurel (Cyril)



Durée :
  2 h 03

Note :
  6/10

En deux mots
: Bienvenue chez les Ch'tis de la Somme, version littéraire (trop ?).

Le réalisateur :
Né en 1944 à Paris, Jacques Doillon est issu d'un milieu populaire ; il a commencé comme assistant monteur, puis comme réalisateur de documentaires de commande. Il réalise un premier court-métrage, "On ne se dit pas tout entre époux", d'après une BD de Gébé. C'est avec ce même dessinateur qu'il tourne son premier long en 1973, "L'An 01". En 1974, il réalise son premier film personnel, "Les Doigts dans la Tête", salué par Truffaut qui le propose à Claude Berri pour réaliser "Le Sac de Billes" d'après Joffo.

Il tourne ensuite, et entre autres : "La Femme qui pleure" (1979), "La Drôlesse" (1979), "La Pirate" (1984), "La Vengeance d'une Femme" (1988), "Le petit Criminel" (1991), "Amoureuse" (1992), "Le Jeune Werther" (1993), "Ponette" (1996), "Carrément à l'Ouest" (2001). 

Le sujet :
Camille débarque dans une gare de la côte picarde à la suite de Costa, un S.D.F. qu'elle a invité chez elle à Paris et qui l'a violée. Lui revient dans le village de son enfance, Le Crotoy, dans l'espoir de voir sa fille Kimberley. Camille se cramponne à Costa, il réussit à la semer, elle rencontre alors Cyril, un policier qui la conduit jusqu'au domicile de la mère de sa fille, Gwendoline, puis chez le père de Costa.

Elle attend de Costa qu'il lui demande pardon, il le fait, maladroitement, puis il l'invite à voir l'affût de chasse où il a trouvé refuge dans les étangs de la baie de Somme. Elle l'encourage à aller voir sa fille, et elle se propose de coucher avec un agent immobilier pour qu'il lui donne de l'argent afin que Costa puisse le donner à son tour à Gwendoline.

La critique : "Le Premier venu", explique Camille à Cyril, c'est celui auquel elle avait décidé de donner son amour, indépendamment de son physique, de son histoire, de ses qualités et de ses défauts. Ce premier venu, ce fut Costa, mais cette rencontre s'est déroulée avant que ne commence le film, et déjà un contentieux, et pas n'importe lequel, existe entre eux deux. Pourtant, malgré ce qu'il lui a fait, elle s'en tient à son voeu, et elle ne lâche pas.

Comme souvent chez Doillon ("La Pirate", "Vengeance d'une Femme", "Amoureuse", "Carrément à l'Ouest"), un autre apparaît pour compléter la figure du triangle amoureux : Cyril, copain d'enfance de Costa, ex de l'ex de celui-ci, et amoureux de Camille. D'autres personnages complètent le vivier des relations possibles : Gwendoline, partagée entre sa rancoeur envers Costa et son instinct de mère qui lui dit que sa fille doit pouvoir rencontrer son père, Kimberley, que Doillon filme comme il sait si bien filmer les enfants, l'agent immobilier plein aux as et libidineux, et le père de Costa, avec lequel ce dernier entretient une relation étrangement inversée, en le grondant constamment comme un gamin.

Dans le dossier de presse, Jacques Doillon explique sa démarche de construction du scénario : "Dans la plupart des films que je vois, les personnages progressent de manière linéaire pour servir l'intrigue. A l'inverse, quand je commence un scénario, il n'y a pas l'ombre d'une intrigue, il y a des débuts de personnages, des fragments de dialogues qui finissent par esquisser des personnages et en continuant d'avancer, et de s'approcher, on finit par découvrir un peu mieux ces personnages. Ils ne sont pas au service d'une action préétablie, ce sont eux qui font avancer l'intrigue." C'est bien là que résident la force et la faiblesse du film : la force, parce que les personnages ont une réelle épaisseur, et que leur énergie suffit parfois à justifier les errances de l'intrigue ; la faiblesse, car à rebondir perpétuellement sur des murs invisibles, l'intrigue finit par nous abandonner sur le bord de la route.

Après une grande tirade de Camille, Cyril lui rétorque : "Et ben c'est plein de philosophie, ce que vous venez de dire" (à quoi elle lui répond "Va te faire foutre !") ; plus tard, il lui lance: "Vous en faites trop, on n'y croit pas" : à croire que Doillon ait, consciemment ou non, placé dans la bouche du flic amoureux les reproches que pourront lui adresser les spectateurs. Plein de philosophie, ou en tout cas d'éciture très littéraire : certes, le travail de répétition qu'il fait avec ses acteurs, un peu comme Khéchiche, réussit à les rendre crédibles - surtout avec Clémentine Beaugrand et Gérald Thomassin - ; mais malgré cela, ça ne passe pas toujours, comme la métaphore sur la place des verbes être aimé, se méfier et aimer dans le Bescherelle.

Vous en faites trop, à l'image de ces perpétuels revirements d'humeurs, tant de Camille que de Costa, et de cet étirement des scènes (encore un point commun avec Khéchiche), qui rend certaines d'entre elles à la limite du supportable, comme celle du braquage de l'agent immobilier, ou celle dans l'affût aux canards où Costa déverse sa jalousie sur Camille et Cyril.

Dans le désert de la programmation cinématographique d'avant-Cannes, "Le Premier Venu" tranche quand même, grâce à certaines scènes très réussies, comme celles des retrouvailles ratées du père et de sa fille, ou celle de l'apaisement de la fin, et grâce aussi au jeu des deux acteurs principaux : Clémentine Beaugrand, première venue au cinéma, avec sa silhouette où toute féminité disparaît derrière des vêtements trop amples, mais dont le sourire douloureusement mutin infirme cette négation ; et Gérald Thomassin, que Doillon retrouve 17 ans après lui avoir fait jouer "Le Petit Criminel", et qui promène sa dégaine de Ribery qui n'aurait pas réussi, gamin écorché qui porte les stigmates des épreuves qui l'ont vielli trop vite.

Une nouvelle fois donc, Doillon obtient finalement davantage mon adhésion par sa direction d'acteurs que par sa technique narrative ou sa façon de filmer ; reste qu'il est bien dommage qu'un auteur comme lui ait mis cinq ans à trouver le finacement nécessaire pour réaliser un nouveau film.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 12 avril 2008 6 12 /04 /2008 15:36

Film français de Robert Guédiguian

Interprètes :
Ariane Ascaride (Muriel), Jean-Pierre Darroussin (François), Gérard Meylan (René)



Durée :
1 h 42

Note :
  4/10

En deux mots
: De retour à Marseille, Guédiguian nous pond un polar psychologique prétentieux et mou du genou.

Le réalisateur :
Né en 1953 à Marseille, Robert Guédiguian a grandi dans le quartier populaire de l'Estaque. Après des études de sociologie (il a écrit une thèse sur la perception de l'Etat dans le milieu ouvrier), il suit sa compagne Ariane Ascaride à Paris, où il devient scénariste. Il réalise son premier film en 1980, "Dernier Eté", déjà avec Gérard Meylan et Ariane Ascaride, qui tourneront 14 films avec lui, rejoint par Jean-Pierre Darroussin sur 12 films.

Suivent "Rouge Midi" (1983), "Ki lo sa ?" (1985), "Dieu vomit les Tièdes" (1989), "A l'Amour à la Mort" (1995), "Marius et Jeannette" (1997), "A la place du Coeur" (1998), "A l'attaque !" (2000), "La Ville est tranquille" (2001), "Marie-Jo et ses deux Amours" (2002), "Le Promeneur du Champ de Mars" (2005) et "Voyage en Arménie" (2006).

Le sujet :
Ancienne braqueuse, Muriel possède un magasin de luxe à Aix. Quand son fils Martin est enlevé et qu'on lui demande une rançon, elle fait appel à ses deux complices d'autrefois, François et René, qu'elle avait perdu de vue après qu'elle ait exécuté un bijoutier lors d'un braquage dans un parking. Ils réunissent la somme demandée, mais lors de la remise de la rançon, Martin est abattu sous les yeux de sa mère.

Elle demande à ses deux amis de ne plus la voir, et absorbent des barbituriques dans sa boutique. Mais elle est sauvée, un homme ayant appelé les secours avec le portable de son fils. Comprenant qu'elle ne trouvera pas de répit tant qu'elle n'aura pas retrouvé l'assassin de son fils, François et René se lancent sur sa piste...

La critique : "Lady Jane", c'est à la fois le surnom que son père donnait à Muriel en référence à la chanson de 1966 des Stones, le tatouage gravé sur son avant-bras qu'elle présenta à sa victime avant de l'exécuter froidement, et le nom de la boutique de luxe qu'elle a ouvert à Aix avec l'argent de ses braquages quand elle s'est retirée des affaires.

La première image de ses années de banditisme, c'est celle de son rêve qui ouvre le film, où avec François et René, tous trois dissimulés sous des masques de Jean Marais dans "Le Bossu", ils distribuent des manteaux de fourrures aux ouvrières de l'Estaque. On nous présente donc les trois compères comme de sympathiques Robin des Bois, pratiquant la redistribution des richesses, et coulant une pré-retraite bien méritée entre Aix et les calenques.

Pourtant, le kidnapping de Martin ne semble pas dû au hasard, puisque le ravisseur envoie à Muriel un texto où il lui suggère d'attaquer une bijouterie pour compléter le montant de la rançon. Tout le début du film est d'ailleurs très bien réalisé, avec une utilisation intelligente du téléphone portable, le dialogue avec le ravisseur dont on n'entend que les répliques de Muriel, le MMS montrant Martin avec un pistolet sous la gorge, le bouleversement qui se lit sur le visage de sa mère souligné par la musique classique diffusée dans le magasin : une grande simplicité narrative, permettant en quelques plans de comprendre à la fois la situation et les émotions vécues par Muriel.

Las, cette simplicité ne dure pas, et cède très vite la place à une intrigue sinueuse et paresseuse, à une narration pesante, à une réalisation très seventies (les zooms sur les visages de Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride, c'est carrément un voyage dans le temps !), et à un propos philosophique filandreux. Dans ce naufrage, la complicité du trio et de leur réalisateur fétiche ne se fait pas sentir, au contraire. Moi qui ai été enthousiasmé il y a quelques mois par la performance d'Ariane Ascaride dans "La Maman Bohême suivi de Médée" de Dario Fo au théâtre de la Commune, j'ai eu du mal à la reconnaître dans cet autre rôle de mère tragique où son jeu se limite à une crispation de mâchoires permanente.

Gérard Meylan est tout aussi inexpressif (sur l'affiche, je l'avais confondu de loin avec le Professeur Rogue !), et Jean-Pierre Darroussin semble frappé de bipolarisme, oscillant  constamment entre l'exaltation et la déception amoureuse. Les personnages sont encombrés de traits de caractère caricaturaux et prévisibles, et le tout est baigné, particulièrement sur la fin, de dialogues du genre "A quoi ça sert de vivre ?".

Etrangement, même si on reconnaît ça et là quelques arrière-plans marseillais ou aixois comme la Sainte-Victoire ou la Place des 3 Ormeaux, la spécificité phocéenne si prégnante dans la plupart des autres films de Guédiguian ne se fait pas particulièrement sentir ; "Lady Jane" aurait été tourné à Bordeaux ou à Strasbourg que cela n'aurait pas changé grand chose. Dans un genre et un registre où on le sent mal à l'aise, après des escapades parisiennes et arméniennes plutôt réussies, Robert Guédiguian a clairement raté son retour à Marseille. Un coup pour du beurre ?

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /2008 18:49

Film mongol de Sergei Bodrov

Interprètes :
Tadanobu Asano (Temudgin), Jonglei Sun (Jamukha), Khulan Chuulun (Borte)

 

Durée :
2 h 04

Note :
  6/10

En deux mots
: Dans cette production multinationale sur le modèle américain, seuls les paysages (superbes) sont mongols.

Le réalisateur :
Né en 1948 à Khabarovsk, Sergei Bodrov a suivi les cours de scénario à la VGIK, première école de cinéma de Russie. Il réalise son premier film en 1984. En 1996, "Le Prisonnier du Caucase" est nommé aux Oscars et aux Golden Globes. Plusieurs de ses autres films ont été distribués en Europe : "Crinière au vent, une âme indomptable" (1999), "The Quickie" (2001), "Le Baiser de l'Ours" (2002) ou "Nomad" (2004).

Le sujet : Le père de Temudgin conduit son fils de 9 ans choisir sa future épouse, Borte. En revenant, il est empoisonné, et sa femme et ses enfants sont chassés par Targutai qui se proclame Khan. Targutai ne peut tuer Temudgin vu son jeune âge, mais il le pourchasse jusqu'à ce qu'il ait l'âge. Dans sa fuite, Temudgin rencontre Jamukha qui l'accueille et le protège, et ils décident de devenir frères de sang.

Devenu adulte, Temudgin va chercher Borte, et il vient la présenter à sa mère. Mais il est attaqué par une tribu rivale, les Mekis, qui le blesse et enlève Borte. Temudgin va alors chercher Jamukha devenu Khan pour lui demander de l'aider à attaquer les Mekis pour récupérer son épouse.

La critique : Plusieurs de mes amis m'ont dit ne pas avoir été étonnés de savoir que j'allais voir "Mongol", vu mon goût pour les cinémas exotiques, et certes, le fait de rajouter une cinématographie nationale dans ces critiques comptait dans les principales motivations pour découvrir ce film nommé aux oscars du meilleur film étranger (finalement remporté par "Les Faussaires").

De l'authenticité mongole, il y en avait sans doute plus dans "Le Mariage de Tuya" malgré la nationalité chinoise du réalisateur, que dans cette coproduction germano-russo-khazakho-mongole, et dont l'acteur chargé d'incarner le futur Gengis Khan est bizarrement japonais
(remarquez, ça compose la nationalité chinoise des actrices de "Mémoire d'une Geisha"!). En effet, si les splendides décors suggèrent indubitablement les hauts plateaux de la Mongolie (même si le film a été tourné en réalité au Kazakhstan et en Chine occidentale), le reste évoque surtout les super-productions sur le modèle hollywoodien : scénario classique sur le modèle "la résisitible ascencion de...", chronologie déstructurée juste ce qu'il faut, mouvements de caméra vertigineux, et bastons clipesques avec tout plein d'hémoglobine qui gicle au ralenti.

Le début de "Mongol" annonce bien la couleur : un long traveling aérien au-dessus d'une cité impeccablement reconstituée en images de syhntèse, qui finit par pénétrer entre les barreaux de la cellule de Temudgin, dont le visage émerge de l'obscurité tel le masque d'Agamemnon. Puis un plan large, fixe, de la steppe mongole, avec les silhouettes à contre jour de cavaliers au galop, réminiscence de "La Cavalerie Rouge" de Malevitch. Une maîtrise du mouvement, une photographie soignée, et un sens de la composition constituent en effet les principales qualités du film, avec comme revers négatif une musique zapoum-zapoum envahissante, et un abus des facilités offertes par le numérique dans une surrenchère du type "Seigneur des Anneaux".

Les passages les plus réussis se trouvent plutôt dans la première partie, qui porte sur l'enfance et l'adolescence de Temudgin, et où Sergeï Bodrov décline les saisons un peu comme dans "Jeremiah Jonhson" pour raconter l'errance initiatique du futur maître d'un demi-monde. Le personnage de Borte, qu'il rencontre à neuf ans et qui lui demande de la choisir, introduit une note romanesque dans une épopée pour le moins virile, et permet quelques scènes buccolico-familiales avec la ravissante Khulan Chuulun.

Cinématographiquement dans la norme U.S., "Mongol" se veut aussi politiquement correct, avec un Temudgin qui s'impose au milieu de l'anarchie ambiante et de l'obscurantisme par son sens de la justice, sa reconnaissance du droit des femmes et un rationnalisme prémonitoire. Quand il proclame "Les Mongols ont besoin de lois ; je les leur donnerai, même si je dois tuer la moitié d'entre eux", on ne peut s'empêcher de penser qu'appliquée à l'Irak, cette profession de foi aurait pu être signé de George W. Bush...

Moins dépaysant qu'attendu, "Mongol" n'en est pas moins une honnête super production, un aimable mélange de western et d'heroïc fantasy paradoxalement un peu languissant qui peut se laisser voir dans une distribution aussi déserte que la steppe mongole.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 19 avril 2008 6 19 /04 /2008 17:06

Film thaïlandais de Pen-ek Ratanaruang

Interprètes :
Lalita Panyopas (Deng), Pornwut Sarasin (Wit), Apinya Sakuljaroensuk (Ploy)



Durée
:
  1 h 47

Note :
  6,5/10

En deux mots
: Film aux accents lynchiens sur la dérive d'un couple ; très beau, très très lent.

Le réalisateur :
Né en 1962 à Bangkok, Pen-ek Ratanaruang a suivi des études d'histoire de l'art à Londres, avant de devenir directeur d'une agence de publicité en Thaïlande, où il réalise ses premiers films publicitaires. Il réalise son premier long métrage en 1997, "Fun Bar Karaoke". "6ixtynin9" (1999) fait le tour des festivals, "Monrak Transistor" (2001) est présenté à la Qinzaine des Réalisateurs à Cannes, et "Last Life in the Universe" vaut à son acteur Tadanobu Asano (vu dans "Mongol") le prix d'interprétation de la section A contre courant à Venise en 2004.

Le sujet : Après un voyage de 20 heures en avion, un couple échoue dans un hôtel de Bangkok. Lui n'arrive pas à dormir et descend au bar, où il rencontre une très jeune fille, Ploy, qui attend sa mère qui doit arriver de Stockholm quelques heures plus tard. Il l'invite à se reposer dans sa suite en attendant sa mère. Elle accepte, mais l'arrivée de Ploy déclenche chez Deng, l'épouse de Wit, une crise de jalousie.

La critique : En une semaine, premier film mongol, et premier film thaïlandais au palmarés des Critiques Clunysiennes ! Je me souvenais bien d'avoir déjà vu un film thaï avant d'avoir commencer à rédiger mes critiques, le kitchissime "Les larmes du Tigre noir", de Wisit Sasanatieng, et en me le remémorant, je m'attendais donc à quelque chose d'assez dépaysant et d'un peu rococo en allant voir ce "Ploy".

Côté dépaysement, pas grand chose à se mettre sous la dent, puisque l'action se passe presque exclusivement à huis clos dans un de ces hôtels haut de gamme aux standards internationaux, ressemblant aussi bien à celui de Tokyo dans "Lost in Translation", celui de Manille dans "John John", ou celui de Seoul dans "A Bittersweet Life", et dont on ne voit que la (les) chambre(s), le bar et les couloirs. Même les personnages sont internationaux : Wit et Deng vivent depuis dix ans aux Etats-Unis, et la mère de Ploy habite à Stockholm ("Ah oui, en Allemagne" "Non, en Suède").

L'histoire aussi est universelle : perturbés par un deuil (ils reviennent à Bangkok pour des funérailles) et par le décalage horaire, un homme et une femme s'interrogent sur la date de péremption de leur couple, troublés par l'irruption d'une jeune fille qui est elle même troublée par un rêve érotique. Point de paternel à venger, de pergola au bord d'un étang où fleurissent des lotus, d'histoire d'amour entre la fille du gouverneur et un bûcheron comme dans "Les Larmes du Tigre noir", mais une histoire sous hypnose ou sous jet lag, plus proche de David Lynch que du baroque du cinéma thaïlandais des années 60.

La scène de la rencontre de Wit et Ploy est superbe : filmée souvent de loin, au travers des chaises empilées ou entre deux banquettes vides, sous la lumière blafarde des néons, elle rend l'apparition de la jeune fille (jouée par Apinya Sakuljaroensuk qui avait 16 ans au moment du tournage) comme en apesanteur, avec sa dégaine si peu asiatique, yeux ronds et coiffure afro. Elle lui demande du feu, puis une cigarette ; elle lui fait écouter la musique sur son MP3, on entend la chanson comme si nous avions les écouteurs, puis sans changement de plan, la prise de son devient externe, et on n'entend que le grésillement de la chanson.

Ce dosage précis dans le rythme narratif qui soutenait cette première scène s'évapore malheureusement dès que Wit et Ploy montent dans la chambre. Pen-ek Ratanaruang choisit alors de laisser durer les scènes, sans doute pour suggérer l'étirement du temps entre rêve éveillé et sommeil, mais si certaines scènes sucitent un réel trouble, la plupart sont répétitives et sans surprise. Il réussit cependant à distiller des bribes d'information par des détails saisis au vol : un paquet de cigarette froissé sur un lit, un numéro de téléphone sur un papier, un visage déformé par le verre dépoli de la douche.

Evoquant pêle-mêle "Mullolhand Drive", "Lost in Translation" et "Eyes Wide Shut", "Ploy" souffre sans doute d'un scénario qui s'est planté au milieu du gué, entre onirisme et tentatives d'explication (le couple de la femme de chambre et du barman dans la chambre est-il rêvé ?), et on se passerait des évènements bien réels de la fin pour rester dans la tonalité fantastique-soft qui baigne le huis-clos de la chambre. Mais la virtuosité à filmer les corps, le sens du détail et la capacité à modifier la perception par la musique, la photographie et le cadrage font de "Ploy" une oeuvre singulière et de Pen-ek Ratanaruang un réalisateur très intéressant à suivre.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2008 - Communauté : Cinéma
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