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critiques de mars 2008

Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /2008 14:42

Film philippin de Brillante Mendoza

Titre original
: Foster Child

Interprètes : Cherry Pie Picache (Thelma), Eugen Domingo (Bianca), Kier Alonzo (John John)

John-2.jpg

Durée :
 1 h 38

Note :
  6,5/10

En deux mots
"Adieu Philippines", la dernière journée d'un enfant dans sa famille adoptive, filmée comme un documentaire ; Un peu lent, mais parfois poignant sans jamais tomber dans le mélo.

Le réalisateur :
Né en 1960 à San Fernando, dans la province de Pampanga aux Philippines, Brillante Mendoza a suivi des études artistiques à Manille. Il commence sa carrière comme designer pour le cinéma, la télévision et le théâtre. Il a réalisé de nombreuses publicités, avant de tourner son premier film en 2005, "Masahista".

Le sujet :
Dans les bidonvilles de Manille, Thelma est chargée par un service social d'élever des enfants abandonnés jusqu'à leur adoption officielle. Ainsi, avec son mari et ses deux grands fils, elle s'occupe depuis 3 ans de John John qui va être adopté par un couple d'Américains, les Stewart.

La critique :
Le plan d'ouverture se compose d'un lent panoramique partant des gratte-ciels de Manille, puis s'arrête sur un plan fixe tremblotant sur le ciel bleu pendant que défile le générique, puis un panoramique vertical dévoile le bidonville où vit la famille d'accueil de John John. Cette première scène résume un des aspects essentiels du film : la violence de l'opposition entre la très grande richesse de la nouvelle ville et la très grande pauvreté des quartiers où vivent John John et sa famille adoptive.

En effet, aux Philippines, les services sociaux préfèrent confier les enfants à des nourrices de ces quartiers, car là elles savent qu'elles peuvent compter sur des vies de familles qu'elles ne trouvent plus dans les quartiers aisées où les deux parents travaillent. Pourtant, ce qui frappe d'emblée dans "John John", c'est l'absence de misérabilisme. Dans l'enchevêtrement de leur masure, Thelma et les siens ont su aménager une vraie maison, avec télé, photos de famille et rideaux ; même si la douche se fait dans une bassine, tout le monde porte du linge propre, mange à sa faim, et peut compter sur la solidarité des voisins.

Brillante Mendoza se dit très influencé par le cinéma-vérité : "Je souhaitais que la caméra adopte le point de vue d'une personne étrangère aux évènement qui se déroulent, comme s'il s'agissait d'un observateur extérieur." Il filme donc en longs plans séquences, à la suite de ses personnages dans le dédale des ruelles du bidonville, un peu comme Naomi Kawase dans "Shara". La caméra portée se glisse dans le peu d'espace, avec une alternance de plans rapprochés et de plans d'ensemble. Le parti pris de captation de cette exiguité est à l'opposé de celui de Wong Kar Wai dans les couloirs de Mr Koo : pas de montage interne, pas de savants découpages de l'image, mais une volonté de subir cet environnement, quitte à ce que l'image soit brutalement surexposée quand le personnage émerge du labyrinthe.

Pas ou presque pas de musique, un son pris à la volée pour renforcer l'impression documentaire. Ce dépouillement un peu trop systématique peut lasser, comme cette séquence où le fils de Thelma prépare à manger, sans aucune ellipse, de l'ouverture malhabile de la boîte de conserve jusqu'à la cuisson des pâtes. Cette façon de filmer dans la continuité s'avère plus intéressante quand Thelma et Bianca l'assistante sociale arrivent dans les couloirs de l'hôtel de luxe où résident les parents adoptifs. Brillante Mendoza n'avait pas expliqué à l'actrice qui jouait Thelma où elle devait aller, et ses déplacements réellement erratiques soulignent le choc que représente pour elle un tel étalage de richesse, choc qui atteindra son paroxysme dans la scène de la douche.

Plein de tendresse pour ses personnages, "John John" ne juge pas, ne professe aucune doctrine ; il met en scène des gens positifs, tant du côté des nourrices et de leurs encadrantes que du côté des adoptants, même si ceux-ci sont un peu maladroits dans leur jovialité. Il réussit simplement à rendre crédible l'émotion de Thelma, sans recourir au pathos ni aux facilités de mise en scène. Malgré ses longueurs et quelques digressions inutiles, ce film très réfléchi nous permet d'espérer un retour du cinéma phlippin absent des écrans occidentaux depuis la disparition de Lino Brocka.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /2008 18:27

Film américain de Paul Thomas Anderson

Interprètes :
Daniel Day Lewis (Daniel Plainview), Paul Dano (Eli et Paul Sunday), Dillion Frazier (H.W. Plainview)

WillBlood.jpg

Durée :
 2 h 38

Note :
  8/10

En deux mots
: Citizen Kane au pays de l'or noir, brillante parabole d'hier et d'aujourd'hui sur le capitalisme et le prosélytisme religieux.

Le réalisateur :
Né en 1970 en Californie, Paul Thomas Anderson commence comme assistant de production à la télévision. Il se fait renvoyer à 23 ans de la section cinéma de l'université de New York pour ne pas avoir payé ses frais d'inscription ; avec cet argent, il tourne son premier court métrage, "Cigarettes and Coffee". En 1994, il réalise son premier long, un polar, "Sydney". 

En 1998, il tourne "Boogie Nights" qui lui vaut trois nominations aux oscars, puis "Magnolia" en 1998 qui reçoit l'Ours d'Or à Berlin. Sa comédie romantique "Punch-drunk Love" obtient le Prix de la Mise en scène à Cannes en 2002.

Le sujet :
Prospecteur d'or et d'argent, Daniel Plainview se reconvertit dans la recherche pétrolière au début du XX° siècle à la suite d'un accident. Accompagné de son fils, il construit un puit de pétrole qui lui permet de commencer à gagner de l'argent. Quand le jeune Paul Sunday lui vend le secret de l'emplacement d'un gisement fabuleux à Little Boston en Californie, il réussit à convaincre la plupart des propriétaires de lui vendre leurs parcelles.

Lors de la découverte de pétrole lors du premier forage, son fils H.W. devient sourd dans un accident. Alors qu'il s'enrichit de plus en plus, Daniel se voit confronté à l'hostilité de ses concurrents, du frère de Paul Sunday, un prédicateur fanatique, et même de son fils.

La critique : "Plus j'observe les hommes, moins je les aime", confesse Daniel Plainview à celui qui s'est présenté comme son frère dans un de ses rares moments d'humanité. Cet aphorisme semble correspondre à la vision de Paul Thomas Anderson dans ce Far West gagné par la fièvre de l'or noir, tant l'observation des principaux personnages de cette adaptation du roman Oil d'Upton Sinclair pourrait nous dégoûter du genre humain.

Le prospecteur tout d'abord : homme de la terre, et même des entrailles de la Terre, comme le montre la longue séquence d'ouverture quasiment muette où nous le voyons se colleter charnellement avec le minéral, Daniel Plainview est un taiseux qui sait utiliser le langage pour charmer, quand il s'agit de convaincre les habitants de la ville-champignon de lui céder leurs terres, mais aussi pour humilier quand on ose lui résister. Son agressivité brutale s'abat sur ceux qui s'opposent à lui, mais aussi sur ceux qui l'environnent, suspectés de préparer leur trahison.

Il semble n'avoir qu'une faille dans sa carapace, l'affection qu'il porte à son fils qu'il élève comme son futur double. Mais quand au même moment, il doit choisir entre lui porter secours et organiser le combat contre l'incendie qui ravage son derrick, il n'hésite pas une seconde. Et cette infirmité qui a frappé son fils, coupable d'avoir voulu trop plaire à ce père excessif, sera justement le prétexte pour le pétrolier afin de répudier ce rejeton devenu encombrant.

Le prédicateur ensuite : fils d'un vieux paysan, entouré de soeurs dociles, il présente apparemment un aspect tout en douceur et en dévotion. Puis au cours d'un office, on le voit rentrer progressivement en transe pour débarasser un old timer de son arthrite, et l'exorciser comme s'il était possédé par le malin. Malgré la chapelle en bois et le pantalon trop court du prêcheur, on pense beaucoup plus aux évangélistes d'aujourd'hui (dans la scène finale de 1927, il raconte qu'il a fait de la radio), et cette transe m'a rappelé celle de "Jesus Camp" où un prédicateur faisait pleurer des gamins de dix ans à l'évocation des foetus massacrés dans les I.V.G.

Quand il trouve enfin du pétrole, le premier geste de Daniel Plainview est d'oindre le front de son fils de la précieuse huile, geste qu'il reproduit quand il immerge Eli dans un mare de pétrole après l'avoir roué de coups : capitalisme aveugle et obscurantisme constituent donc les fonds baptismaux de la nation américaine, et cette violence initiale rappelle celle de "Gangs of New York". 

Oscar du meilleur acteur pour la deuxième fois, Daniel Day Lewis est effectivement prodigieux, alternant les explosions de violence et les moments plus intériorisés, encore plus inquiétants. Il faut le voir face à son fils adulte qui s'obstine à lui parler en langue des signes, et éclater d'un rire de dément quand il reconnaît le signe qui représente le forage, ou dissimulé dans la pénombre de son Xanadu, en train de tirer sur la porcelaine à travers des pièces immenses et vides. Après son rôle remarqué d'ado autiste et nietzschéen dans "Little Miss Sunshine", Paul Dano réussit à faire exister son personnage de manipulateur pitoyable, et à donner la réplique au magnat impitoyable jusqu'à l'hallucinant affrontement final.

La mise en scène de Paul Thomas Anderson parvient à créer une tension permanente, avec de fréquentes ruptures de rythme, un lyrisme alternant avec une sécheresse, un constant contraste entre l'ombre et la lumière, et une ponctuation de la musique entêtante de Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead. Film puissant et habité, "There will be blood" est au cinéma de ce début de XXI° siècle ce que furent une génération avant "Le Moissons du Ciel" ou "Les Portes du Paradis".

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /2008 20:29

Film américain de Michel Gondry

Titre original
: Be Kind Rewind

Interprètes : Jack Black (Jerry), Mos Def (Mike), Danny Glover (Mr Fletcher), Melonie Diaz (Alma)

Rewind.jpg

Durée :
 1 h 34

Note :
  6,5/10

En deux mots
: Fable gentillette sur des bricolos qui refilment des standards du cinéma façon Dailymotion, Plaisant, mais ça manque de liant.

Le réalisateur :
Né à Versailles en 1963, Michel Gondry fonde durant ses études à l'Ecole d'Arts Appliqués le groupe rock Oui-oui, pour lequel il tourne des clips. Il est remarqué par Björk, qui lui demande de réaliser plusieurs clips (dont «Bachelorette», «Army of me», suivi par les Rolling Stones («Like a Rolling Stone») et IAM («Le Mia»). 

Après deux courts-métrages, Michel Gondry tourne son premier long-métrage en 2001, «Human Nature», une fable philosophique avec Patricia Arquette et Tim Robbins. En 2004, «Eternal Sunshine of the Spotless Mind» avec Jim Carrey et Kate Winslet obtient l'oscar du meilleur scénario. En 2006, il réalise en France "La Sc
ience des Rêves".

Le sujet : Dans la petite ville de Passaic, New Jersey,
 Mr Fletcher possède une boutique de location de VHS. Le service de l'urbanisme de la ville lui propose de le reloger dans une cité afin de pouvoir détruire la batisse centenaire. Il part en voyage et laisse le magasin à Mike, à qui il interdit de laisser entrer Jerry. Celui-ci manque d'être électrocuté en tentant de saboter le transformateur du quartier, et quand il réussit à rentrer dans la boutique, il démagnétise toutes les cassettes.

Aidés d'une voisine, Alma, Mike et Jerry décident de retourner les films effacés avec une vieille caméra VHS. Contre toute attente, ces films obtiennent un succès immédiat, et on vient de partout pour louer à prix d'or les remakes de 20 minutes de "Ghost Busters", "Rush Hours 2", "2001 l'Odyssée de l'Espace" ou "Miss Daisy et son Chauffeur".

La critique : Un film réalisé par Michel Gondry sur des bidouilleurs qui bricolent des remakes avec tout un bric-à-brac de récupération, ça ressemble quand même furieusement à une mise en abyme : mettre en scène des nounours marchant dans la forêt, des trains en cartons, des studios en boîtes d'oeufs, c'est ce que l'ex-batteur de Oui-oui fait depuis plus de 15 ans dans ses clips, ses pubs, ses courts et ses longs métrages.

Pas étonnant donc que le meilleur de "Be Kind Rewind" (titre original beaucoup plus gondryesque que sa traduction littérale française) se trouve dans les films "suédés" - le duo explique à leurs clients que les films sont réalisés en Suéde, pays apparemment terriblement exotique pour les habitants de Passaic -, et dans le making off de leurs tournages. On assiste ainsi à toute la mise en boîte de leur premier film, "Ghost Busters", où les rayons ectoplasmiques sont figurés par des guirlandes de Noël, le fantôme glouton par un sac poubelle apparaissant et disparaissant à coup d'effets Mélies, et la ghostmobile par une 2 portes couverte de gaines VMC (qui rappellent le camion de Björk dans "Army of Me").

La même inventivité préside au reformatage cheap et digest de "Rush Hour 2" (Admirez le tapis-parcours de voitures de la chambre du gosse pour donner l'illusion de profondeur en dessous de Jerry suspendu dans un vide de 1,50 m), de "We were the Kings" (Admirez les gants de boxe en sacs poubelle) ou de "King Kong" (Autre mise en abyme, avec Jack Black jouant dans un remake du remake où jouait Jack Black).

Mais le plus beau film est sans doute celui que l'on voit dès le générique, et dont on suit la réalisation à la fin : la biographie arrangée de Fats Waller, du pur Gondry de la période clip, avec un noir et blanc comme dans "Cellphone's dead" pour Beck ou "Isobel" pour Björk, et des effets spéciaux home made comme la naissance de Fats ou le train qui l'emmène avec ses musiciens à New York. Ce film a été tourné réellement avec les habitants de Passaic (Michel Gondry raconte d'ailleurs que cela posait un problème vis-à-vis des règles syndicales, et que la seule façon de les faire jouer était de les déclarer en tant que danseurs), et  la fierté que l'on lit sur leur visage dans la scène finale a été captée alors qu'ils découvraient réellement le film.

Malheureusement, les différents suédages font partie d'une histoire, et le lien entre ces scènes ne convainc pas toujours, la faute sans doute à un problème de tonalité, et peut-être aussi de direction d'acteurs : parfaitement raccord quand il s'agit d'incarner Robocop ou Miss Daisy, le surjeu de Jack Black ne passe pas aussi bien, alourdi par quelques gags un peu patauds et par le QI de Mike et Jerry proche de celui des héros de "Dumb and Dumber".

Dommage, car la morale de cette fable ne peut que susciter l'adhésion : contre la logique des promoteurs immobiliers et celle des avocats d'Hollywood, représentés par Sigourney Weavers qui obtient l'écrasement des oeuvres suédés par un rouleau compresseur comme s'il s'agissait de vulgaires Rollex de contrefaçon, la riposte réside dans la mobilisation des gens et l'appel à leur créativité, comme l'atteste la fin digne de "la Vie est belle" (le vrai, celui de Frank Capra). Ce propos est souligné par la présence à l'écran de deux acteurs connus pour leurs engagements, Mia Farrow et Danny Glover.

Une nouvelle fois, Gondry situe ses personnages dans un refus de grandir, si grandir signifie abandonner les rêves de l'enfance, et si l'enfance ressemble à celles de Jacques Demy ou de Stieven Spielberg, tournant image par image leurs premières fictions avec la caméra super-8 de leurs parents. Comme dans "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (et aussi un peu "La Science des Rêves"), il s'agit de lutter contre l'effacement de la mémoire, et la disparition de la diversité, symbolisée par les présentoirs des dévédéthèques n'exposant qu'un seul film.

Signalons enfin le site internet suédé, avec, comble de la mise en abyme, une bande-annonce elle même suédée où Michel Gondry joue tous les rôles !

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 8 mars 2008 6 08 /03 /2008 21:08

Film français d'Olivier Assayas

Interprètes :
Charles Berling (Frédéric), Juliette Binoche (Adrienne), Jérémie Rénier (Jérémie), Edith Scob (Hélène)

Et-.jpg

Durée :
 1 h 40

Note :
  8/10

En deux mots
: Film sensible et juste sur la place des lieux de l'enfance et la dispertion des souvenirs.

Le réalisateur :
Né à Paris en 1955, Olivier Assayas est le fils de Jacques Rémy, scénariste de Christian-Jacque et Henri Decoin. Critique de cinéma dans Métal Hurlant, Les Cahiers du Cinéma et Rock &Folk, il consacre de nombreux articles au cinéma asiatique, signant même un documentaire sur Hou Hsiao Hsien. Scénariste de Téchiné pour "Rendez-vous", il réalise plusieurs courts métrages avant son premier long, "Désordre", en 1986.

Il réalise ensuite "Paris s'éveille" en 1991, "L'Eau froide" en 1994, "Irma Vep" en 1996 avec son épouse Maggie Cheung, "Fin août, début septembre" en 1998, "Les Destinées Sentimentales" en 2001 d'après Jacques Chardonne, "Demonlover" en 2002 et "Clean" en 2004.

Le sujet :
A 75 ans, Hélène vit dans la maison familiale de Valmondois où elle entretient la mémoire de son oncle, le peintre Paul Berthier. Ses enfants et ses petits-enfants viennent passer les vacances, même si Adrienne vit à New York et Jérémie en Chine. Elle évoque avec l'aîné, Frédéric, le sort de la maison après sa disparition ; pour lui, c'est évident, les trois frères et soeurs garderont cette maison, ses objets de valeurs et ses souvenirs dans le patrimoine familial.

Mais quand Hélène meurt, Jérémie annonce qu'il va s'installer définitivement à Pékin, et Adrienne révèle qu'elle va se remarier ; l'un et l'autre envisagent de faire maintenant leur vie à l'étranger, et le cadet a besoin d'argent. A contre coeur, Jérémie est contraint de s'occuper de la vente de la maison.

La critique : Chaque fois qu'aux alentours du 14 juillet, je descends de voiture en arrivant dans la maison familiale du Beaujolais, j'ai d'abord l'impression fugace de la voir plus petite que dans mon souvenir imprimé dans l'enfance. Dès les premières images de "L'Heure d'été", j'ai eu très fort l'impression que ce film racontait sinon l'histoire de cette maison, du moins comme un écho, comme une réminiscence, et ce sentiment a certainement joué dans mon adhésion immédiate au fim d'Olivier Assayas.

Le premier plan du film, fixe, sur la maison au milieu des arbres, comme vu à travers une paupière qui se ferme, annonce déjà que le passé très présent et le présent si fragile ne se prolongeront pas. Pourtant, en ce dernier été, elle connaît encore plein de vie : une ribambelle de cousins cheminent sur un jeu de piste et grimpent aux branches à la recherche du prochain message, avant que la fidèle Eloïse (chez nous, elle s'appelait Marie) ne reproche aux plus grands d'avoir laissé les petits s'approcher de l'étang (chez nous, c'était "la petite montagne dangereuse", pauvre butte culminant à 4 mètres d'altitude).

Olivier Assayas met en scène les mille détails qui font que nombreux seront les spectateurs qui retrouveront une parcelle de leur propre histoire : le sécateur pour faire un bouquet de lilas, l'impression à la fois agaçante et stimulante de déambuler dans un musée dont la matriarche assure la conservation, "faites doucement, vous êtes chez votre grand-mère", le tâtonnement pour retrouver l'endroit d'où cette photo a été prise autrefois, la cloche pour rameuter la marmaille ou la cérémonie des adieux sur le perron.

Certes, tout le monde n'a pas un grand-oncle dont les oeuvres valent une retrospective à Los Angeles et Vienne, et nos maisons ne sont pas meublés de bureaux de Majorelle, ornés de tableaux de Corot ou d'Odilon Redon et décorés de vases de Braquemont. Mais l'attachement à un lieu, à des objets et à des souvenirs, et la difficulté de les partager et de les transmettre sont universels, comme le sont les divergences et le sentiment de communauté entre les différentes générations et au sein d'une même fratrie.

Quand les trois enfants d'Hélène se retrouvent après l'enterrement de leur mère, Adrienne parle de l'émotion sans pathos qui dominait la cérémonie. On peut faire la même remarque à propos du film d'Assayas. Pourtant, on est constamment sur le fil du rasoir, et une réplique de plus, quelques secondes d'insistance sur un plan, seraient de trop ; mais il sait couper un dialogue au moment où il le faut, faire un fondu au noir, passer d'un plan serré à un plan d'ensemble, et préférer l'ellipse à la narration d'un événement que le spectateur peut recréer tout seul.

Cette justesse et cette pudeur sont servies par une distribution impeccable : Edith Scob, avec sa voix à la diction et au timbre si particuliers pour égrener des vacheries-vérités (en recevant une couverture pour son anniversaire : "Le plaid, le cadeau des vieux ! "), Charles Berling en fils aîné dépositaire malgré lui du devoir de mémoire familiale, ne comprenant réellement malgré ses bonnes intentions ni sa mère ni sa fille, Juliette Binoche en working girl blonde, jamais débarassée d'une opposition larvée avec Hélène, Jérémie Rénier en petit dernier ayant à prouver et à se prouver, socialement à baffer et humainement à croquer.

Le film très écrit fourmillent de détails qui n'en sont pas, comme les rires de la veillée funèbre, la proposition d'Adrienne de faire un catalogue avec de belles photos pour la vente, "comme ça, ça nous fera un souvenir", ou comme la cruauté involontaire de Frédéric qui oublie Eloïse et la laisse finir ses jours dans un H.L.M..

On connaît l'admiration d'Olivier Assayas pour le cinéma asiatique. Il le dit lui même, "L'Heure d'Eté" est mon film le plus taïwanais", et effectivement, on est souvent proche de Hou Hsiao Hsien et d'Edward Yang, dans la façon de parler des liens familiaux, du rapport au temps qui passe et à la modernité. La beauté de la photographie d'Eric Gautier (dont on vient de voir le travail dans "Into the Wild" et "Coeurs"), la légèreté de la caméra, recadrages discrets et travelings fluides, et la science du montage interne jouant sur les dédales de la maison de Valmondois et de l'appartement de Frédéric concourent aussi à l'élégance asiatique de "L'Heure d'été", et sous ma plume, ce n'est pas le moindre des compliments.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /2008 14:28

Film espagnol de Juan Antonio Bayona

Titre original
: El Orfanato

Interprètes : Belen Rueda (Laura), Fernando Cayo (Carlos), Géraldine Chaplin (Aurora)

Orfanato.jpg

Durée :
 1 h 46

Note :
  5/10

En deux mots
: Comment dit-on "déjà vu", en espagnol ?

Le réalisateur :
Né à Barcelone en 1975, Juan Antonio Bayona a réalisé une trentaine de formats courts, publicités, clips et courts métrages. "L'Orphelinat" est son premier long métrage.

Le sujet : Laura a passé les première années de sa vie dans un orphelinat au bord de la mer dans les Asturies, au milieu d'enfants qu'elle aimait comme ses frères et soeurs, avant d'être adoptée à 7 ans. 30 ans plus tard, elle revient avec son mari Carlos et son fils adoptif Simon, qui est séropositif, dans l'orphelinat qu'elle a racheté dans l'intention d'y accueillir des enfants handicapés.

Avant d'emménager dans sa nouvelle demeure, Simon avait déjà des amis imaginaires, Watson et Peppe, aussi ses parents ne s'inquiètent pas trop quand au cours d'une promenade sur la plage, il prétend avoir rencontré de nouveaux amis. Laura met à la porte une vieille femme étrange qui prétend être une assistante sociale, qu'elle entraperçoit la nuit suivante en train de rôder dans une annexe de l'orphelinat. Simon devient bizarre et il révèle à Laura qu'il sait qu'il est malade et adopté.

La critique : Ayant vu les deux incontournables de la semaine avec le
Gondry et l'Assayas, je me demandais quel troisième fim aller voir. Le traitement que Jean-Paul Salomé avait infligé à Belphégor et surtout à ce pauvre Arsène Lupin ne n'encourageant pas à voir "Les Femmes de l'Ombre", j'hésitais entre "Dead Girl" et "L'Orphelinat" : après tout, aujourd'hui l'Espagne occupe le devant de l'actualité, ce film en raflant 23 millions d'euros (les Espagnols font comme les Américains, ils comptabilisent les billets, pas les spectateurs) a fait un carton historique en tête du box office espagnol, vamos !

Une belle photographie, des mouvements de caméra sophistiqués (lent traveling avant depuis le téléphone où la directrice de l'orphelinat a annoncé le départ de la petite Laura jusqu'au jardin où jouent les enfants), des cadrages élégants (la découpe lumineuse de la plage dans le noir de la grotte), ça a l'air de démarrer plutôt bien, d'autant que le personnage de Simon et la relation voilée d'un inquiétude larvée qu'il a avec sa mère suscite la curiosité.

Mais assez vite, cette maîtrise formelle commence à devenir envahissante, tant elle est visible et prévisible : systématisme du traveling latéral sur un objet fixe pour donner l'illusion du mouvement, bruits étranges, craquements, respirations étouffées, musique lancinante puis stridente, nuages qui défilent en accéléré devant le globe solaire, traveling avant dans un couloir obscur vers une porte au verre dépoli, tout le bric-à-brac habituel du genre ne parvient pas à masquer le flou du scénario.

Comme "Le sixième Sens" et "Les Autres" ont placé la barre très haut, on sent que le réalisateur et son scénariste ont despérement cherché à faire plus et plus fort, mais le seul résultat est qu'on se perd et surtout qu'on se désintéresse de cette histoire d'esprits attirant progressivement Laura dans leur monde, à peine réveillés par l'apparition de Géraldine Chaplin dans une séance de spiritisme high-tech, comme une réplique tellurique de "Cria Cuervos".

Et puis, comme souvent avec les premiers films, les citations lassent à force d'être aussi voyantes : le "Shining" de Simon, le petit garçon qui voit les horreurs d'antan, les fantômes de "Les Innocents" de Jack Clayton, le manoir enténébré de "Les Autres", la cagoule d'"Elephant Man" pour dissimuler la monstruosité de Tomas, l'ombre de l'escalier descendant dans la cave de "La Nuit du Chasseur"... Mais "Les Autres" ou "Le Labyrinthe de Pan", réalisé par Guillermo del Toro qui a produit "L'Orphelinat", présentent une linéarité narrative qui manque cruellement au film de Bayona.

Quelques scènes laissent deviner le film gothique que "L'Orphelinat" aurait pu être avec moins de souci de complaire, comme la vision du visage à la Francis Bacon de Benigna agonisante, ou les références aux contes de l'enfance, précureseurs du fantastique : les coquillages du Petit Poucet ou la clé de Barbe-Bleue.

Outre d'une coincidence malheureuse avec l'actualité (pas sûr que cette histoire d'orphelinat d'où surgissent les fantômes d'enfants victimes fasse un tabac à Jersey), "L'Orphelinat" souffre d'un scénario trop alambiqué, d'une réalisation trop lisse et d'une absence d'originalité qui finit par lasser.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008
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