Pages vues


FreeCompteur Live

Recherche

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles

critiques de janvier 2008

Mercredi 2 janvier 2008 3 02 /01 /2008 20:34

Film anglais de Ken Loach  

Interprètes :
Krieston Wareing (Angie), Juliet Lewis (Rose), Leslaw Zurek (Karol)

Free.jpg

Durée :
 1 h 33

Note :
7/10

En deux mots
: Le grand Ken s'attaque cette fois à l'exploitation des travailleurs des pays de l'Est, en choisissant de suivre l'exploiteuse, à la fois victime et bourreau.

Le réalisateur :
Né en 1936 en Angleterre d'un père ingénieur, Ken Loach fait de brillantes études à Oxford. D'abord comédien, puis metteur en scène au théâtre, il rentre comme réalisateur à la BBC en 1963. En 1967, il tourne son premier long métrage, "Pas de larme pour Joy". Son second film, "Kes" (1970), l'histoire d'un enfant rejeté qui  apprivoise un faucon, est présenté à Cannes. En 1972, "Family Life", film terrible sur une adolescente acculée à la folie par sa famille, rencontre un grand succès critique. Après un long retour à la télévision, il revient au cinéma pour dénoncer les ravages de l'Angleterre thatcherienne sur la classe ouvrière : "Riff Raff"(1991), "Raining Stones" (1993), "Ladybird" (1993),  "My Name is Joe" (1998), "The Navigators" (2001). Il traite aussi d'autres sujets politiques : le conflit irlandais ("The Hidden Agenda", 1991), la guerre d'Espagne ("Land and Freedom"), le Nicaragua sandiniste ("Carla's Song", 1995), l'exploitation des travailleurs latinos à Los Angeles ("Bread and Roses").
Il obtient la Palme d'Or en 2006 pour "Le Vent se lève".

Le sujet : Angie a 33 ans, un garçon de 11 ans qui vit mal l'absence du père, 12 000 £ de dettes, et un boulot de recruteuse dans les pays de l'Est. Virée pour avoir giflé un supérieur qui lui avait manqué de respect, elle décide de monter une boîte d'intérim avec sa colocataire, Rose.
Avec toute son énergie, elle va chercher à s'imposer malgré les sarcasmes de son père, en utilisant des moyens en marge de la légalité et en s'asseyant sur ses principes moraux.

La critique : Après chacune de ses excursions dans l'histoire ("Land and Freedom", "Le Vent se lève") ou de l'autre côté de l'Atlantique ("Carla's Song", "Bread and Roses"), Ken Loach a toujours ressenti le besoin de revenir à ses chroniques de la vie sociale de son pays, marquée par le thatcherisme puis par le blairisme, deux doctrines pronant un libéralisme décomplexé.

Le "Free" du titre ne signifie pas "libre", ou alors au sens de libre marché ou de libre entreprise. La liberté du monde décrit par Ken Loach se conçoit en fonction de son intérêt économique : liberté de circulation en Europe, afin d'amener en Grande-Bretagne une manoeuvre bon marché, liberté d'entreprendre
 qui permet à Angie et Rose de démarrer leur boîte sans déclaration ni locaux, liberté du travail qui se traduit brutalement par un marché aux esclaves quotidien où Angie choisit ceux qui auront le bonheur de travailler.

Il existe bien des règlements, notamment un qui condamne à cinq ans de prison les employeurs de sans-papiers. Mais dans le milieu des nègriers modernes circule un jugement où un mafieux coupable d'avoir employé des centaines de sans papiers s'est vu condamné à un simple avertissement, véritable encouragement à franchir la deadline. C'est la transgression de cette limite qui amène Rose à abandonner Angie, ça et la stupéfaction de voir sa copine se transformer en véritable salope.

Car pour une fois, Ken Loach a choisi de s'intéresser aux exploiteurs, et plus particulièrement à Angie, représentative d'une nouvelle génération pour laquelle les valeurs de solidarité, de lutte collective et de compassion ont laissé la place aux notions de compétition, de succés et de fortune. Quand son père lui rappelle qu'il n'y a pas que l'argent dans la vie, elle se justifie en opposant son parcours au sien : "Tu as eu le même travail pendant 30 ans, moi à mon âge j'ai déjà eu 30 jobs".

L'intelligence de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty repose dans le fait de nous présenter Angie sous ses différents aspects : victime elle-même de la compétition et de l'injustice dans son travail, confrontée à une vie personnelle difficile, elle sait montrer des élans de générosité, par exemple quand elle héberge pour une nuit Mahmoud et sa famille avant de leur trouver une caravane, et l'on finirait presque par souhaiter une happy end à sa success story.

Mais le même engrenage qui entraîne souvent les héros des films de Ken Loach vers le drame conduit cette fois Angie à des actes moralement ignobles, ses valeurs s'étant depuis longtemps dissoutes devant le principe selon lequel la fin justifie les moyens. Et l'affection que le spectateur commençait à ressentir pour Angie rend son acte encore plus insupportable, d'autant plus que la qualité du jeu de la débutante Krieston Wareing rend son personnage parfaitement crédible, preuve s'il en était encore besoin du talent de Ken Loach comme directeur d'acteurs.

"It's a free World..." est peut-être un des films les plus noirs de Ken Loach, et ce n'est pas peu dire ; sans doute parce qu'on n'y voit même pas le combat des victimes, et que la logique de ce monde est aussi désesperante que celle des républicains irlandais oubliant la dimension sociale de leur combat une fois arrivés au pouvoir. Mais ce pessimisme a quelque chose de salutaire, comme l'est d'indéfectible fidélité du réalisateur de "Kes" à ces valeurs qui font si cruellement défaut à son héroïne.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de janvier 2008
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 6 janvier 2008 7 06 /01 /2008 09:08

Film roumain de Christian Nemescu

Interprètes :
Armand Assante (Capitaine Jones), Ravzan Vasilescu (Doiaru), Maria Dinulescu (Monica), Ion Sapdaru (Le maire)

California.jpg

Durée :
 2 h 35

Note :
4/10

En deux mots
: Désert des tartares ferroviaire pour des GI's au fin fond de la Roumanie : longuet et caricatural.

Le réalisateur :
Né en 1979 à Bucarest, Cristian Nemescu réalise en 2005 un moyen-métrage, "Marinela de la P7". Il a trouvé la mort dans un accident de voiture en août 2006.

Le sujet : En 1999, alors que l'OTAN a commencé ses frappes contre la Serbie dans le cadre du conflit du Kosovo, le gouvernement roumain autorise le transport de matériel radar à travers le pays, escorté par une petite unité de l'armée américaine. En gare de Capaltina, Doiaru, chef de gare et chef de bande, décide de bloquer le convoi en l'attente de documents de douane.
Les boys désoeuvrés font l'objet des sollicitations des habitants de cette bourgade, à commencer par le maire qui rêve d'un jumelage avec une ville américaine. Le commandant de l'unité, le capitaine Jones, s'affronte à Doiaru dont l'hostilité aux Américains semble remonter à très loin.

La critique : "California Dreamin", c'est la chanson de
The mamas and the papas qu'utilise Andrei, l'amoureux transi de Monica, pour lui apprendre l'anglais, sésame indispensable afin de se faire comprendre des soldats US échoués à Capaltina et de sortir de ce trou perdu dans un repli de la carte de la Roumanie. Car, étrangement, en 1999, dans le lycée de la ville, on apprend l'espagnol.

La Californie, c'est aussi le lieu de fabrication marqué sur l'ailette de la bombe tombée en 1944 dans la cage d'escalier et qui arrête sa course folle au terme d'une scène d'ouverture époustoufflante juste devant un petit garçon qui deviendra un des protagonistes principaux de cette fable balkanique.

Cette première scène rappelle qu'à la fin de la seconde guerre mondiale, les Américains bombardaient déjà la région au nom de la liberté, et la transition avec le moment de la narration, cette année 1999 où les forces de l'OTAN pilonnaient la Serbie coupable de purification ethnique au Kosovo, se fait grâce à la radio qui rapporte dans les mêmes termes les activités aériennes américaines.

Malheureusement, les qualités contenues dans ce flash back inaugural (alternance nerveuse de plans d'échelles différentes, rythme accéléré du montage) ne se retrouvent pas dans les 2 h 30 restantes, bien au contraire. Comme de nombreux réalisateurs des quatre coins du monde (de Paul Greengrass à Isild Le Besco), Cristian Nemescu pense que la caméra portée tressautante (y compris pour les plans fixes !) suffit à donner une impression de vérité documentaire, oubliant que ce qui compte, c'est ce qu'on met dans le cadre, et l'importance pour rendre le point de vue adopté du choix des cadrages et de leur liaison au montage.

Il est toujours difficile de filmer l'ennui sans tomber dedans, et Cristian Nemescu n'échappe pas à cette contradiction. Il peine à éviter la répétition, et la progression poussive du récit ressemble à celle du train bloqué en rase campagne, d'autant que le scénario multiplie les intrigues secondaires : le conflit social, les trafics de Doiaru, l'antagonisme entre celui-ci et le maire, les tensions entre le capitaine Jones et son sergent qu'il soupçonne de l'espionner, et les diverses amourettes. Comme en plus, de nombreuses scènes sont construites sur l'incompréhensions entre les Américains et leurs hôtes, chaque réplique est traduite soit en anglais, soit en roumain, allongeant encore plus un récit s'étire.

Certaines scènes semblaient annoncer un "Chat noir, Chat blanc" roumain, comme cette prise de contact entre le capitaine Jones et son officier de liaison interrompue par une fanfare jouant "The Star-Spangled Banner". Mais Nemescu ne possède ni le sens du rythme de Kusturica ni sa tendresse pour ses personnages, ici souvent cantonnés au rang de marionnettes caricaturales, comme le syndicaliste décrétant la grève spontanée, le maire (incarné par Ion Sapdaru, qui jouait le professeur dans "12 h 08 à l'est de Bucarest") emmenant les Américains voir un spectacle graveleux baptisé "Le Mystère Dracula", ou la midinette persuadée au bout de deux jours que son flirt avec un GI's se terminera par un mariage aux States.

Surnagent juste quelques scènes, parmi lesquelles l'apparition d'un sosie local d'Elvis, ou la leçon de cuisine du chef de gare qui explique au capitaine Jones dégustant son hachis que la viande est passée par le même traitement que celui que ses compatriotes font subir aux Yougoslaves.

La critique est assez enthousiaste pour ce film. Est-ce une prime automatique accordée à toute production roumaine, après les excellents "La Mort de Dante Lazarescu", "12 h 08 à l'est de Bucarest" et "4 mois, 3 semaines, 2 jours"  ? Ou est-ce une compassion post-mortem, un effet Gregory Lemarchal ? Preuve de la richesse et de la diversité de ce cinéma, il existe pourtant aussi des films roumains ratés.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de janvier 2008
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 6 janvier 2008 7 06 /01 /2008 17:04

Film hong-kongais de Yau Nai Hoi

Titre original : Eye in the Sky

Interprètes : Tony Leung Ka Fai (Le Fantôme), Kate Tsui (Piggy), Simon Yam (Le Chien)

Filatures2.jpg

Durée :
 1 h 30

Note :
7/10

En deux mots
: Premier film assez palpitant du scénariste de Johnnie To.

Le réalisateur :
Né en 1969 à Hong-Kong, Yau Nai Hoi a écrit une vingtaine de scénarios pour Johnnie To, depuis "Barefoot Kid" jusqu'à "Election". "Filatures", produit par Johnnie To, est son premier film en tant que réalisateur.

Le sujet : Une jeune recrue vient de rejoindre une unité de la police de Hong-Kong chargée des filatures. A la suite d'un hold-up, ils ont repéré un des guetteurs, et ils le prennent en chasse, jusqu'à identifier tous les membres de la bande. Mais alors que les gangsters s'apprêtent à commettre une nouvelle attaque à main armée, ils reçoivent un coup de téléphone et annulent leur opération.

L'unité d'intervention met la bande hors d'état de nuire, et la brigade chargée de la filature est maintenant sur la piste de leur mystérieux chef, qu'ils ont surnommé le fantôme. Mais celui-ci a repéré ses poursuiveurs, et les chasseurs peuvent devenir proie à leur tour...

La critique :
Rarement un titre (français) n'a été aussi explicite : "Filatures" parle de filatures, de ceux qui sont filés et de ceux qui filent. En effet, particularité de la police de Hong-Kong, il existe réellement une unité spécialisée dans la filoche et qui se retire quand vient le temps de l'intervention.

Le titre anglais est "Eye in the Sky", référence au précepte qu'enseigne le Chien (chacun des membres de la brigade a un surnom animalier, le Chien, le Serpent, la Crevette...) à sa nouvelle recrue, Piggy : "Comme un oeil dans le ciel, tu dois tout surveiller". Précepte qui s'applique parfaitement à la réalisation de Yau Nai Hoi, comme il l'explique : "Tourner à Hong Kong est compliqué si vous n'avez pas de gros moyens. Je ne pouvais pas me permettre de construire des décors ou de bloquer la circulation, ou de gérer la foule des passants. Donc parfois on plaçait la caméra suffisamment loin pour que nul ne la remarque, ce qui allait parfaitement avec ce que raconte le film : donner le sentiment de surveiller les choses et les gens à distance, comme des proies qui ignorent qu'elles en sont une. Le plus difficile, c'est qu'on avait rarement droit à une deuxième prise dans les rues. Tout va tellement vite que d'une prise à l'autre, rien n'est raccord : ni les voitures, ni les métros, ni les gens !".

Il s'amuse lors de la scène d'ouverture à nous montrer le Chien en train d'entraîner Piggy à la filature, tout en les faisant croiser un amateur de sudokus, qui n'est autre que le Fantôme, celui qui sera l'objet de leur surveillance dans toute la seconde moitié du film. Et dans un plan d'ensemble, alors que le Fantôme n'est encore qu'un passant, la caméra hésite avec Piggy avant de la suivre en train de suivre le Chien.

Je regrettais hier dans ma critique de "California Dreamin'"l'abus de la caméra portée comme substitut vériste à un véritable travail cinématographique. Ici, il y a certes des caméras portées en abondance, mais utilisées intelligemment au service du récit, au même titre que de nombreuses autres figures de la grammaire du cinéma : recadrages, plongées, montage interne, et même des zooms fréquents - peut-être trop -, le tout lié par un montage extrêmement dynamique. Et effectivement, cette sinuosité de la réalisation semble épouser à la fois le dédale des rues enchevétrées de Hong Kong, et la complexité des relais mis en place par la brigade pour que ses agents ne soient pas repérés.

Centré sur une action palpitante, "Filatures" prend quand même le temps de s'intéresser aux personnages, notamment le Chien, chef de groupe paternaliste et débonnaire, et la jeune recrue, Piggy. Acceptée dans la brigade grâce à ce constat du Chien "Comme tu as l'air cruche, tu passeras inaperçue" (Y a-t-il un humour caché vis-à-vis de l'actrice Kate Tsui, Miss Hong Kong 2004 ?), Piggy fait l'apprentissage des difficultés de ce métier, au premier rang desquels l'obligation de discrétion qui peut amener à ne pas intervenir quand un délit est commis, et c'est ce qu'elle symbolise quand, en pleurs, elle se lave les mains du sang d'un policier à un tuyau d'arrosage tenu par son mentor.

A partir d'une intrigue assez mince et plutôt classique, Yau Nai Hoi réussit à maintenir une tension constante dans ce jeu de piste haletant, une des premières bonnes surprise de 2008.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de janvier 2008
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /2008 19:09

Film américain de Sean Penn

Interprètes :
Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (La mère), William Hurt (Le père), Catherine Keener (Jan)

Wild.jpg

Durée :
 2 h 27

Note :
6/10

En deux mots
: "Seul au Monde " dans les paysages de "Jeremiah Johnson". Beau, mais bien long.

Le réalisateur :
Né en 1960 à Santa Monica du réalisateur Leo Penn et de l'actrice Eileen Ryan, Sean Penn apprend la comédie au Group Repertory Theatre de Los Angeles. Il joue dans "Taps" d'Harold Becker en 1980, puis dans de nombreux film, dont "Outrages", "La dernière Marche", "U-Turn", "The Game", "La Ligne rouge", "Mystic River", "L'Interprète", "21 grammes" ou "The Assassination of Richard Nixon".
En 1991, il réalise son premier film, "Indian Runner". Suivront "Crossing Guard" (1995), "The Pledge" (2001) et un court-métrage dans "11'09"01 : September 11".
En 2008, il présidera le jury du 61° Festival de Cannes.

Le sujet : Tout juste diplômé à 22 ans, Christopher McCandless fait don à Oxfam des 24 000 $ de sa bourse d'étude, et part sur la route avec sa vieille Datsun. Après avoir perdu sa voiture dans la crue du Detrital Walsh, il continue à pied, sous le pseudonyme d'Alex Supertramp, vivant des ressources de la nature, faisant ici et là des petits boulots, rencontrant des personnages étonnants.
Structuré par son propre code moral, il rejette l'hypocrisie familiale et refuse de donner de ses nouvelles à ses parents. Au bout de deux ans d'errance, il décide d'aller au but ultime de son voyage, en pleine nature en Alaska.

La critique : Le scénario du film s'est grandement inspiré du livre de Jon Krakauer, "Voyage au bout de la Solitude", qui racontait l'histoire vraie de Christopher McCandless. Sean Penn avait acheté le livre par hasard, et s'était immédiatement dit qu'il l'adapterait au cinéma, pensant d'abord à Leonardo DiCaprio pour le rôle principal.

"Sans cesser d'aimer l'homme, j'adore la nature" : ces quelques mots de Lord Byron ouvre ce film très littéraire, à l'instar de Chris/Alex, qui lit Tolstoï, Thoreau et Jack London. S'il n'est effectivement pas totalement misanthrope, Alex semble avoir fait sienne la phrase de Gide "Famille, je vous hais". Reprochant à son père d'avoir abandonné son demi-frère, à sa mère de s'être tue par souci de respectabilité, il rejette la voie toute tracée qui l'attend, faite de compromissions et de renoncements. Il n'en est pas pour autant rétif aux rencontres, qui jalonnent son parcours : un conducteur de moissonneuse recherché par la FBI, un couple de vieux hippies, des Danois hilares, une chanteuse adolescente, et un retraité de l'armée devenu graveur sur cuir.

S'il est prêt à échanger, il refuse pourtant de s'attacher, et les tentatives maladroites de ceux qui se prennent d'affection pour lui le conduisent à chaque fois à reprendre la route, toujours plus loin, toujours plus profond dans la nature, jusqu'à un bus abandonné en Alaska où il passe les cinq derniers mois de sa vie, abandonnant la chasse après avoir été traumatisé de découper un élan qu'il avait abattu. Et puis, ne professe-t-il pas que "la joie de vivre n'est pas avant tout dans les rapports humains" ?

Etrange film que celui que nous propose Sean Penn, à la fois road movie, réflexion philosophique parfois maladroite, et diapositives de voyage. Le Français Eric Gautier, qui avait déjà opéré pour "Carnets de Voyages" de Walter Salles, signe une superbe photographie, avec un jeu subtil sur la profondeur de champ, des couleurs contrastées qui épousent le changement des saisons et de savants mouvements de caméra.

Sean Penn n'hésite pas à faire appel à tout le catalogue de la mise en scène : split screens, ralentis, accélérés, flash subliminaux, distortion de l'image, jouant aussi de la déstructuration du récit, construit à partir de deux points de départs de la narration : le début du voyage et l'arrivée en Alaska, et ponctué de nombreux flash back ainsi que du commentaires off de sa soeur.

Pourtant, malgré toute cette virtuosité, on reste (enfin moi en tous les cas) extérieur à l'histoire. La faute à une durée excessive, pour un voyage sans but terriblement répétitif, malgré le découpage en chapitres sensé donner l'impression d'une progression, et au jeu trop lisse d'Emile Hirsch. Au bout des 2 h 27, il reste peu de compassion pour un personnage bien naïf, mais de superbes images et une façon de saisir la nature qui rappelle "Jeremiah Johnson".

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de janvier 2008
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /2008 13:15

Film anglais de Joe Wright

Titre original : Atonement

Interprètes : Keira Knightley (Cecilia), James McAvoy (Robbie), Romola Garai (Briony à 18 ans), Saoirse Ronan (Briony à 13 ans)

Atonement.jpg

Durée :
 2h 03

Note :
4/10

En deux mots
: Adaptation hélas trop fidèle du roman de gare de Ian McEwan.

Le réalisateur :
Né en 1972 à Londres, Joe Wright étudie les beaux-arts et la vidéo au Camberwell College of Arts et au Central Saint Martins College of Art and Design. Il réalise plusieurs miniséries télévisées, et obtient le BAFTA de la meilleur série dramatique en 2004 pour «Charles II: The Power and the Passion». Il a également réalisé plusieurs courts-métrages. Il tourne son premier long métrage de cinéma en 2005, «Orgueil et Préjugés» , avec Keira Knightley.

Le sujet :
En août 1935, la famille Tallis subit la chaleur dans son manoir de la campagne anglaise. Cecilia se dispute avec Robbie, le fils de la gouvernante que son père a envoyé à Cambridge avec elle. Sa jeune soeur Briony essaie d'entraîner les cousins pauvres, Lola et les jumeaux, dans la piéce de théâtre qu'elle vient d'écrire. Ils attendent leur frère Leon qui doit venir avec un ami industriel, Paul Marshall.

A la suite de leur dispute, Robbie écrit une lettre à Cecilia, qu'il confie à Briony. Mais il s'est trompé, et a glissé dans l'enveloppe un mot salace, que Briony lit avant de le donner à Cecilia. Déjà persuadée qu'il est un obsédé sexuel, elle surprend Robbie et Cecilia en train de faire l'amour dans la bibliothèque. Quand Lola est agressée, Briony accuse alors Robbie.

La critique : Je me suis rendu au cinéma avec des sentiments mêlés : j'avais beaucoup aimé la virtuosité de la mise en scène et la légèreté du jeu de Keira Knigtley dans "Orgueil et Préjugés", alors que j'ai détesté le roman de Ian McEwan dont est tiré le film, "Expiation", digne des pires romans à l'eau de rose de la collection Harlequin. La question était donc : peut on faire un bon film à partir d'un mauvais livre ? (Le contraire étant malheureusement prouvé depuis longtemps).

Dans le cas présent, la réponse est indubitablement négative. Même débarassée des insupportables descriptions des tourments intérieurs des personnages, l'intrigue reste ce qu'elle est : une suite de lieux communs (la bourgeoise qui se tape le garde-chasse, on a déjà donné) et d'invraisemblances (le prétendant qui envoie un poéme de cul au lieu de sa déclaration), un mélo suranné plombé par une psychologie des personnages superficielle. 

La première partie est pourtant assez alléchante, resserrée sur le chassé-croisé des principaux protagonistes dans le manoir victorien. On retrouve l'importance que Joe Whright accorde à ses décors, et il sait utiliser une caméra très mobile pour suivre les déplacements de Briony, Cecilia et Robbie dans le dédale de couloirs et d'escaliers lambrissés. De même, sa façon d'adopter le point de vue des différents personnages en rejouant la même scène centrée sur la cadette puis sur l'aînée permet de comprendre comment l'imagination débridée de Briony va conduire à la catastrophe. Enfin, il réussit à rendre palpable la moiteur de ce mois d'août caniculaire où les personnages passent leur vie dans l'eau, grâce à une photographie qui restitue parfaitement la lumière de cette fin d'été.

Mise au service d'une fluidité du récit dans la première partie, cette virtuosité tourne à vide par la suite, à l'image de ce long plan séquence sur la plage de Dunkerque où la caméra en suivant Robbie découvre une succession de tableaux artificiels, comme cette chorale de bidasses en haillons chantant le visage tourné vers la Mère Patrie, ou l'abattage des chevaux par des officiers fançais, jamais un Britannique ne pouvant faire cela. Dans la station balnéaire pillonnée par l'artillerie allemande, on trouve quand même le temps de projeter "Quai des Brumes", histoire d'incruster la silhouette meurtrie de Robbie devant les visages de Gabin et de Morgan.

Progressivement, la brio devient académisme, et les effets laissent entrevoir leurs grosses ficelles, comme la musique intégrant le tic-tac de la machine à écrire chaque fois qu'apparaît l'apprentie écrivaine, ou le mimétisme revendiqué des trois actrices qui incarnent Briony à 13, 18 et à 70 ans, et qui déguise Vanessa Redgrave en gamine à sandalettes.

On ne retrouve pas la vivacité d'Elisabeth Bennet dans le jeu de Keira Knightley, engoncée dans son corset de grande bourgeoise dont les dialogues se limitent à peu près à "Come back to me" ; elle a eu plus à jouer dans sa troisième collaboration avec Joe Whright, à savoir la publicité pour Coco Mademoiselle de Chanel. James McAvoy est un peu mieux servi, et il donne plus de consistance à son personnage que dans "Le dernier Roi d'Ecosse".

Espérons que Joe Whright sera plus inspiré pour le choix de son prochain sujet, car il y a quand même dans "Reviens-moi" quelques plans qui donnent envie de le revoir : un bombardier qui passe dans le ciel circonscrit par le vasistas de la salle de bain, une petite vieille qui s'appuie sur une poussette d'enfant, le visage obscurci de Briony dans la pénombre de sa chambre une fois son forfait accompli.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de janvier 2008
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés