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critiques de septembre 2007

Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /2007 13:23
Film roumain de Christian Mungiu
Titre original : 4 Luni, 3 Saptamini Si 2 Zile
Interprètes : Anamaria Marinca (Otilia), Laura Vassiliu (Gabita), Vlad Ivanov (Monsieur Bebe), Alex Potocean (Adi)
Durée : 1 h 54

4-mois.jpg

Note :
8/10
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Palme d'Or
En deux mots : Film apre et terriblement maîtrisé sur un avortement dans la Roumanie du communisme finissant, Palme d'Or méritée du dernier festival de Cannes.
Le réalisateur : Né en 1968 à Lasi, Cristian Mungiu a d'abord étudié la littérature anglo-américaine avant de suivre les cours de l'Ecole de Cinéma de Bucarest. Il officie comme assistant-réalisateur sur "Train de Vie" de Radu Mihaileanu et "Capitaine Conan" de Bertrand Tavernier. Il tourne trois courts-métrages et des publicités, avant de réaliser son premier film, "Occident", en 2002. 
L'histoire : En 1987 dans la Roumanie de Ceaucescu où l'avortement est un crime, Otilia et Gabita partagent la même chambre dans la cité universitaire d'une petite ville. Gabita, enceinte de plusieurs mois (4, et 3 semaines, et 2 jours...), a contacté un avorteur. Otilia doit improviser devant les conséquences de la préparation hasardeuse de son amie, trouver un nouvel hôtel et faire face au chantage du faiseur d'anges.
La critique : Après l'Allemagne de l'Est de "La Vie des Autres", la Roumanie des dernières années de la dictature stalinienne de Nicolae et Elena Ceaucescu nous vaut un autre film passionnant sur le combat difficile des simples citoyens pour leur survie dans un régime totalitaire. Là où Corneliu Porumboiu dans "12 h 08 à l'Est de Bucarest" traitait la description de cette société étouffante sur le mode de la comédie, Cristian Mungiu a choisi une tonalité bien différente.
Très vite, le spectateur est entraîné dans la tension que subissent les deux jeunes femmes, et particulièrement Otilia que Cristian Mungiu suit de bout en bout comme les frères Dardenne suivaient Rosetta (Tiens ? Une autre palme d'Or...). Comme chez Gus Van Sant ou dans "L'Esquive", il laisse les scènes se dérouler, aller au bout de leur logique interne, sans ellipse ni accélération ; la scène d'ouverture où la blonde Otilia tente d'insuffler son énergie à la brune Gabita qui planifie son avortement comme on prépare un voyage, ou celle, insupportable, où l'avorteur qui est affublé du pseudo impossible de Monsieur Bébé joue lentement de la culpabilisation et de la pression morale pour parvenir à ses fins, ou encore celle où Otilia erre de nuit dans les faubourgs sordides pour trouver un endroit où se débarasser du foetus, toutes ces scènes peuvent paraître longues. Mais cet étirement est nécessaire pour accompagner le cheminement douloureux des deux personnages, et l'absence de musique concourt à ce sentiment de vérité et de proximité.
S'il n'y a pas de musique pour indiquer au spectateur quelle est l'émotion attendue, la bande son est très travaillée, et ce d'autant plus que Cristian Mungiu accorde beaucoup d'importance au hors champ. L'eau qui coule quand Otilia se lave après le viol, ses pas sur un pont métallique dans son errance nocturne, la musique du mariage qui se déroule dans l'hôtel, tous ces sons renforcent le sentiment de menace qui pèse sur la jeune femme corseté par le cadre et la lumière blafarde qui baigne les longs corridors, les chambres d'hôtel ou les appartements des travailleurs méritants éclairés par des néons défaillants.
Filmée en plan fixe et frontalement, la scène où Otilia doit supporter la conversation des invités de la mère de son ami est emblématique de cette maîtrise du rapport entre ce qui est dedans et en dehors du cadre. Ce qui importe narrativement, c'est l'urgence pour Otilia de s'échapper de ce traquenard pour prendre des nouvelles de son amie qui est peut-être en train de se vider de son sang. Mais comme elle, le spectateur doit endurer les platitudes de ces bureaucrates conformistes et faussement chaleureux, débitées pour certaines par des personnages coupés bord cadre.
Car une des forces de ce film réside dans sa capacité à raconter à la fois un destin individuel, celui d'une jeune femme confrontée à l'avortement clandestin (ce qui n'est pas une spécificité roumaine, il suffit de voir "Vera Drake" ou "Une Affaire de Femmes"), et aussi de montrer le quotidien d'une société totalitaire, au travers de petits détails accessoires : la mère d'Adi qui se lève tôt pour faire un gâteau "avant la baisse du gaz", la solidarité des voyageurs devant les contrôleurs du bus, la queue devant un magasin. On ne voit jamais la Securitate, mais on perçoit tout autant sa présence qu'on voyait celle de la Stasi dans "La Vie des Autres".
Les deux actrices sont à la hauteur de leurs personnages : Laura Vassiliu, tragiquement enfantine, et surtout Anamaria Marinca, qui rappelle la Sandrine Bonnaire de Pialat, dans son mélange d'intensité et de fragilité.
A l'exception peut-être du plan du foetus sur le carrelage de la salle de bains, rien n'est inutile dans "4 mois, 3 semaines, 2 jours". Sans fioritures mais avec une véritable rigueur formelle, Cristian Mungiu réussit à rendre passionnant un sujet à priori plombant, et si la noirceur du récit rejoint celle du cadre politique et esthétique, il maintient une étincelle d'espoir en montrant la capacité de l'humain à manifester le meilleur (le dévouement d'Otilia) même au coeur de la nuit.
Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2007
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Dimanche 2 septembre 2007 7 02 /09 /2007 18:10

Film franco-libanais de Nadine Labaki
Interprètes : Nadine Labaki (Layale),Yasmine Elmasri (Nisrine), Joanna Mkarzel (Rima)
Durée : 1 h 48
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Note : 7/10
 
En deux mots : "Beyrouth Beauté Institut", premier film attachant sur la vie de cinq femmes dans un Liban intemporel.
La réalisatrice : Née en 1974 à Baabdet au Liban, Nadine Labaki est diplômée en études audiovisuelles à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Elle réalise en 1997 son film d’école, "11 rue Pasteur", qui obtient le Prix du Meilleur Court-Métrage à la Biennale du Cinéma Arabe de l’IMA en 1998. Elle tourne des publicités et des clips pour des chanteuses du Proche-Orient. Elle participe en 2004 à la Résidence du Festival de Cannes pour écrire le scénario de "Caramel"
L'histoire : Dans le quartier chrétien de Beyrouth, le salon de beauté "Si Belle" vit au rytme des petits événements de la vie de ses employées : Layale la chrétienne attend que d'un coup de klaxon l'homme marié dont elle est amoureuse l'avertisse qu'elle peut le rejoindre, Nisrine la musulmane prépare son mariage avec un garçon impulsif, et Rima le garçon manqué a du mal à résister au charme d'une belle cliente.
Et puis, il y les habitués et les voisins du salon : Jamale qui court les castings, Tante Rose la couturière et sa soeur Lili qui n'a plus toute sa tête, Monsieur Charles qui parle le français du Beyrouth d'autrefois, Youssef le policier qui se préoccupe de la sécurité routière de sa belle voisine.
La critique :  Le caramel, nous le voyons dès le générique, filmé en gros plans alors que des mains de femmes chargées de bracelets le cuisinent et le malaxent. Il ne s'agit pas de le manger, ou alors incidemment ; il fait ici office de crème épilatoire, et Layale s'en sert deux fois comme instrument de sa vengeance, contre la femme coupable d'être l'épouse de son amant, et contre le policier coupable de la verbaliser, et accessoirement de l'aimer.
"Caramel" se présente tout d'abord comme une succession un peu décousue de scènes montrant la vie des protagonistes de ce Venus Beauté Institut oriental. Le plus souvent filmé en intérieur et en plans serrés, ces scènes pourraient se dérouler dans n'importe quelle ville méditerranéenne. Nulle trace de bombardements, d'attentats suicides ou de tensions inter-communautaires. Au contraire, le salon Si Belle apparaît comme un microcosme de cette représentation du Liban d'autrefois, qu'on avait baptisé "la Suisse du Proche-Orient", et à qui la réalisatrice dédie le film par ces mots "A mon Beyrouth".
Il y a bien une lettre affaissée sur l'enseigne du salon, symbolique du délabrement de la capitale libanaise, ou un milicien qui qualifie d'attentat à la pudeur la discussion nocturne de Nisrine et de son fiancé dans la voiture de ce dernier, ou encore l'opération de cette même Nisrine qui se fait recoudre son hymen avant son mariage (sous le pseudonyme "français" de Julie Pompidou !)
Mais cette opération donne justement lieu à une mobilisation solidaire de toutes les femmes du salon, et si le choix de la scénariste-réalisatrice (et actrice principale) chrétienne de raconter cet épisode n'est pas innocent, la tendresse avec laquelle elle filme la discussion de la mère de Nisrine avec sa fille la veille de son mariage est là pour nous montrer qu'il n'y a pas de jugement.
De même, si c'est bien entendu le point de vue des femmes qui prédomine, les hommes sont plutôt sympathiques, à l'exception de l'amant de Layale qu'on ne voit d'ailleurs jamais. 
Au fur et à mesure qu'avance le récit, l'impression de manque d'unité s'estompe, et malgré une musique un peu loukoumesque, les personnages finissent par prendre de la consistance, à l'image de Lili, que Nadine Labaki raconte avoir créé en s'inspirant d'une Madame Butterfly libanaise, amoureuse d'un militaire français reparti dans son pays et dont la famille interceptait les lettres. La scène finale du mariage fait contrepoint à un autre mariage du cinéma libanais, celui du "Cerf-Volant"de Randa Chahal Sabbag, où la frontière israélo-libanaise séparait les deux mariés. Dans cet Orient compliqué vers lequel De Gaulle volait avec des idées simples, Nadine Labaki a choisi la voie de l'optimisme et nous entraîne avec elle.
Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2007
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Samedi 8 septembre 2007 6 08 /09 /2007 16:32

Film israélien de Etgar Keret et Shira Geffen
Titre original : Meduzot

Interprètes : Sarah Atler (Batya), Noah Raban (Keren), Gera Sandlerb (Michael)
Durée : 1 h 18
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Note : 7/10 
En deux mots : Premier film onirique et poétique dans un Tel Aviv méconnaissable.
Les réalisateurs : Né en 1967 à Tel Aviv, Etgar Keret est un romancier très apprécié des jeunes Israéliens. Son moyen métrage "Skin Deep" a reçu l'oscar israelien en 1996.
Née en 1971, sa femme Shira Geffen est un célèbre écrivain pour la jeunesse.
L'histoire : Batya vient de se séparer de son copain, elle travaille comme serveuse dans des mariages et ne s'est jamais vraiment remis de la séparation de ses parents. Keren, le soir de son mariage, se casse la jambe et doit renoncer à son voyage de noces aux Caraïbes. Joy, la domestique philippine, supporte mal l'éloignement de son fils de cinq ans.
Un jour, sur la plage, Batya voit une petite fille sortir de la mer. Elle la conduit au commissariat, mais la fillette qui ne parle pas la suit. N'ayant personne pour la garder, elle l'emmène à un mariage ; elle la gronde et le petite fille s'enfuit. Pendant ce temps, dans l'hôtel où ils ont trouvé refuge, Keren et son mari Michael vivent mal ce huis clos.
La critique :  Premier plan du film, fixe. Un homme et une femme  se font face, sur un fond bleu piscine. Ils se séparent, on entend hors champ les bruits d'un déménagement, des silhouettes passent dans le cadre. Il lui demande si elle n'a rien à dire, si elle ne veut pas qu'il reste ; elle ne répond pas. Il sort du cadre, on entend une portière claquer, un camion démarrer, et le fond bleu s'efface. Elle est maintenant seule, sur un fond désertique, et réussit enfin à dire : "Reste !"
Cette scène d'ouverture est représentative de ce qui fait la particularité de ce film, c'est-à-dire son côté très écrit (trop ?) -les deux réalisateurs sont écrivains-, et la maîtrise technique, plus inattendue puisqu'il s'agit d'un premier film.
Cette compréhension de ce qu'est le cinéma, à savoir l'utilisation appropriée de la grammaire du mouvement pour se mettre au service d'un récit, se manifeste particulièrement lors de la découverte du deuxième personnage, Keren. Nous rentrons dans un mariage par un long plan séquence en traveling à la suite de Batya depuis la cuisine jusqu'à la salle des fêtes. Puis la caméra filme en plongée la mariée coincée dans les toilettes, la corolle de sa robe blanche sur le fond bleu marine évoquant les méduses du titre. Un montage nerveux oppose sa détresse assourdie à la frénésie de la piste de danse, symbolique du décalage des différents personnages par rapport à leur réalité environnante.
Décalage de Batya, qui avoue douloureusement à celle qui lui propose de l'aider qu'elle ne peut faire confiance à personne, jamais remise des déchirements du premier âge entre un père cavaleur et une mère bienfaitrice médiatique, et qui s'attache à cette petite fille mutique sortie de la mer, à moins que ce ne soit de sa propre enfance.
Décalage des jeunes mariés, partis pour les Caraïbes et échoués dans un hôtel lugubre envahi par des remugles d'égoûts, et où les femmes croisées dans les ascenseurs demandent comment s'écrit opprobre éternel. En quelques jours, ils vivent en accéléré ce que subissent bien des couples : suspicion, déception, jalousie.
Décalage de Joy, lost in translation, le coeur aux Philippines, souhaitant travailler avec des bébés, et qu'on envoie s'occuper de vieilles dames, dont une meurt, et dont l'autre pense que parler allemand suffit pour se faire comprendre de cette potiche anglophone.
De tous les films récents de ce nouveau cinéma israélien si dynamique ("
The Bubble", "Tehilim", "Une Jeunesse comme aucune autre"), "Les Méduses" est certainement le plus universel. D'ailleurs, les réalisateurs se sont attaché à éviter les plans larges permettant d'identifier les lieux de Tel Aviv où se déroule l'action.
Il y a bien quelques répliques spécifiquement israéliennes, comme cet homme qui répond sombrement à sa mère amésique qui lui demande qui lui a fait cette marque au visage "Les Syriens", ou la remarque de Malka à propos du metteur en scène de sa fille "Qu'est-ce qu'un Arabe a à voir avec Shakespeare ?", ou encore l'amertune de Michaël qui répond à sa femme qui se moque de sa méconnaissance de l'orthographe hébreu "En russe, au moins, je ne fais pas de fautes..." ; mais les histoires de solitude et de mal-être qui nous sont racontées pourraient trouver lieu dans bien d'autres villes d'Europe ou d'Amérique.
Les réalisateurs tissent habilement la toile de ce film choral dans toute la première partie, à la fois poétique et par moment hyperréaliste. La seconde moitié se perd un peu dans un sentimentalisme appuyé, et la légèreté offerte par le rythme énergique et les fréquents changements de tonalité se dilue progressivement.
Malgré cela, "Les Méduses", Caméra d'Or au dernier festival de Cannes, est un film intéressant, ses défauts n'étant que les scories d'une ambition absente de bien des films d'aujourd'hui.
Cluny
      

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2007
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Dimanche 9 septembre 2007 7 09 /09 /2007 19:22

Film américain de Michael Moore

Durée : 2 h

Sicko.jpg

Note : 7/10

En deux mots : Le nouveau pamphlet de Michael Moore s'attaque toujours aussi efficacement au systéme de santé américain.

Le réalisateur : Né en 1954 à Flint dans le Michigan à l'ombre des usines de la General Motors, Michael Moore fonde un journal local, "Flint Voice". En 1989, quand GM ferme son usine à Flint, il tourne son premier film "Roger et moi", Roger étant Roger Flint, PDG de l'entreprise automobile. Grâce au succés de ce film, il crée l'émission de télévision TV Nation, et réalise en 1995 son seul film de fiction, "Canadian Bacon". Il revient au documentaire polémique en 1999 avec "The Big One", avant de s'attaquer au commerce des armes et à la toute-puissante NRA avec "Bowling for Columbine" en 2002. Son pamphlet contre la politique de Bush en Irak, "Farenheit 911" obtient en 2004 la Palme d'Or à Cannes, fait unique pour un documentaire.

Le sujet : Alors que 50 millions d'Américains ne bénéficient d'aucune couverture sociale (et que 18 000 en meurent chaque année), les autres pensent être protégés par les assurances privées pour lesquelles ils ont largement cotisé. Mais quand vient la maladie ou l'accident, beaucoup d'entre eux se voient refuser l'accés au soin sous des prétextes fallacieux, avec la complicité de médecins contrôleurs payé au rendement, c'est-à-dire au pourcentage d'assurés exclus des soins.

Michael Moore visite les systèmes de protection sociale d'autres pays : le Canada, le NHS en Grande-Bretagne ou la Sécurité Sociale en France. Il accompagne des sauveteurs bénévoles du 11 septembre malade d'avoir inhalé des poussières toxiques ete xclus de l'accés au soin jusqu'à Cuba où ils sont pris en charge.

La critique : Il en est de Michael Moore comme du Beaujolais Nouveau : hier très tendance, aujourd'hui légèrement ringardisé. Pourtant, le millésime 2007 du Moore Nouveau présente toujours les mêmes qualités que le célèbre primeur : pétillant, festif et rond en bouche, mais ne résistant pas au vieillissement. 

Il est donc aujourd'hui de bon ton de décrier ce qui était encensé il y a trois palmes d'or, à savoir la présentation manichéenne des enjeux, la partialité dans le montage des interviews et des extraits d'archives, et une solide dose de mauvaise foi dans le commentaire, sans oublier une mise en avant légèrement mégalomaniaque du producteur-réalisateur-commentateur.

Rassurez-vous, tous ces ingrédients sont présents dans "Sicko", et ce dès la scène inaugurale, celle du pauvre Adam obligé de se suturer lui-même son entaille au genou, suivi d'une déclaration de Georges W. déplorant que trop de bons toubibs n'ont pas de travail. Puis la caméra de Michael Moore s'insinue dans de nombreuses familles bouleversées par la maladie, filmant avec insistance les enfants en train de pleurer. On retrouve ensuite le détournement burlesque d'images d'archives soviétiques des années 30, de séries B des années 50 ou d'extraits d'émissions de télévision. 

Pourtant, au-delà de ces facilités, il y a une force de conviction qui fait qu'on oublie assez vite ces trucs pour s'intéresser au fond. Peut-être parce que Michael Moore porte le projet de "Sicko" depuis 1999, depuis qu'il avait obtenu dans son émission The Awful Truth le financement d'une greffe d'organe. Ce projet, repoussé par le massacre de Columbine et le 11 Septembre, a eu le temps de mûrir, et quand Michael Moore a passé une annonce sur son site pour avoir des témoignages de gens interdits de soins par les compagnies d'assurance privées, il a reçu 25 000 messages en moins d'une semaine.

La succession de témoignages de malades qui ont perdu des proches parce que les compagnies ont refusé une opération, ou exigé un transfert dans un hôpital de la compagnie, ou celui de cet homme s'étant sectionné les deux doigts à qui on donne le choix de celui à sauver pour 12 000 ou 60 000 $, tout cela fait froid dans le dos, comme le cynisme du système qui offre aux médécins un intéressement personnel proportionnel aux économies faites pour la compagnie.

"Sicko" est un film destiné au public américain, et si il a mis cinq semaines à faire aux Etats-Unis l'équivalent des recettes de "Farenheit 9/11" en première semaine (22 millions de $), il semble qu'il soit au centre de nombreux débats à un an des élections présidentielles. La présentation idylique des systèmes de protection sociale canadien, britannique et français peut parfois prêter à sourire. Ainsi la présentation du système de soins hexagonal est fait par des Américains résidents en France, et leur description féérique des Urgences ne correspond pas aux longues heures d'attente que j'ai pu faire partout en France lorsque j'étais directeur de colos.

Je me suis senti dans la peau d'un enseignant Finlandais gêné de voir les équipes de télévision française défiler dans son établissement pour filmer la meilleure école du monde, et le sens du raccourci et de l'amalgame consubstantiel au système Moore risque de laisser penser aux Etats-Uniens que tout Français qui a besoin d'une lessive se verra affecter une aide ménagère.

Parti d'une idée provocatrice et absurde comme les affectionne Michael Moore  (emmener des sauveteurs du 11 septembre laissés sans soin à la prison de Guantanamo présentée par l'administration Bush comme un lieu où les soins les plus modernes sont donnés aux détenus), le voyage à Cuba passe sous silence l'intérêt propagandiste que la dictature castriste a certainement dû trouver à soigner des "héros" américains. Mais j'en retiens surtout le bouleversement et l'écoeurement de cette infirmière new-yorkaise quand elle découvre que le médicament qu'on lui fait payer 120 $ aux Etats-Unis coûte 5 cents à La Havane.

Et puis, après la scène du président hébété dans son école de Floride au matin du 11 septembre, Michael Moore nous offre une nouvelle Busherie : quand une femme lui dit qu'elle a trois emplois différents, George W. s'exclame : "C'est formidable ! Il n'y a qu'aux Etats-Unis qu'on peut voir ça!'. En effet...

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2007
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Samedi 15 septembre 2007 6 15 /09 /2007 11:15

Film français d'Isild Le Besco

Interprètes :
Julie-Marie Parmentier (Charly), Kolia Litscher (Nicolas)

Durée : 1 h 35

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Note : 3/10 

En deux mots : Road movie immobile plombé par une réalisation ultra-radicale.

La réalisatrice : Née en 1982, Isild Le Besco a commencé par suivre des cours de danse avant d'intégrer l'école Estienne. A 14 ans, elle est choisie par Emmanuelle Bercot pour jouer dans son court-métrage "Les Vacances", puis dans "La Puce", qui reçoit de très nombreuses récompenses. Elle rencontre en 2000 Benoît Jacquot pour "Sade", qui la fera tourner en 2002 dans "Adolphe", en 2004 dans "A tout de Suite", en 2005 dans "Princesse Marie" et en 2006 dans "L'Intouchable". Elle a joué aussi pour Laetitia Masson ("La Repentie") et Cédric Kahn ("Roberto Succo").
Elle réalise son premier long-métrage en 2005, "Demi-tarif", sur un scénario qu'elle avait écrit à 16 ans. 

L'histoire : Nicolas a 14 ans, il vit avec dans une famille d'accueil. Après avoir trouvé une carte postale de Belle-Île, il fugue pour rejoindre cet endroit, sans même trop savoir où il se trouve (il pense qu'il y a une gare). Près de Nantes, il est hébérgé par une jeune femme, Charly, qui vit dans une caravane et qui se prostitue.

La critique :  J'entendais aujourd'hui Claude Miller qui disait qu'aux Etats-Unis, on menaçait les enfants pas sages de les emmener voir un film français. Incontestablement, Isild Le Besco vient de fourbir une arme de punition massive capable de calmer le pire des kids de Ploucville, USA.

J'ai de la sympathie pour l'actrice égérie de Jacquot, et je l'avais particulièrement appréciée dans "Pas Douce", "L'Intouchable" et surtout "A tout de Suite", qui racontait déjà l'histoire d'une errance. Je n'avais pas vu "Demi-tarif" qui avait été encensé par la critique et primé dans de nombreux festivals. C'est donc sans a priori que je suis allé voir "Charly", juste alarmé par l'enthousiasme de Gérard Lefort.

Scène d'ouverture : écran noir, un adolescent ânonne "La Mémoire et la Mer", de Léo Ferré. Puis un (long) plan fixe décadré sur Nicolas (joué par Kolia Litscher, le petit frère d'Isild Le Besco déjà vu dans "Demi-tarif") qui somnole sur un canapé. Une vieille femme met une chanson de Christophe, un vieil homme baragouine, on ne comprend pas ce qu'il dit, à la fois à cause de sa diction hasardeuse et d'une prise de son aléatoire. La caméra est portée (par le grand frère d'Isild Le Besco), et les mouvements sont heurtés, saccadés, avec des zooms à la Bioman. Les personnages se découpent sur des contre-jours que ne débouche aucun projecteur, puisque bien sûr, il n'y a pas d'éclairage, pas même la plus discrète des mandarines. Le choix de la video et du cadre 4/3 complète ce parti pris radical de filmage comme à la maison, qui ravale le plus abscons des films du Dogme au rang de classique néo-hitschcockien.

La narration se rapporte au plumage, puisqu'on a l'impression d'assister à une suite de fragments de vie sans liens entre eux, avec un montage aride qui rappelle parfois celui de Bruno Dumont. Le film raconte l'histoire d'une fugue, mais se passe aux deux-tiers dans une caravane échouée dans la campagne, et Isild Le Besco choisit d'étirer le temps, filmant intégralement un long déplacement ou un acte quotidien, et coupant au milieu d'une des rares actions.

Je me suis vite interrogé (j'avais le temps...) sur la raison essentielle qui faisait que je restais à ce point à l'extérieur de cette histoire : était-ce la radicalité narrative qui me détournait du récit, ou l'histoire elle-même qui ne m'intéressait qu'aussi peu ? Pourtant, les personnages sont atypiques : Nicolas, marmonnant "Je sais pas" comme réponse à toutes les questions qu'on lui pose, avec son orthographe et son écriture de redoublant de CP, et qui pourtant se passionne pour "L'Eveil du Printemps, Tragédie enfantine", de Paul Wedekind, une pièce qui racontait - déjà - en 1906 la révolte d'adolescents contre l'école et l'ordre parental. Autant Nicolas est mutique, autant Charly est logorrhéique, ne connaissant comme mode que l'impératif, maniaco-obsessionnelle de la propreté et cherchant à ranger Nicolas comme ces objets enfantins qu'elle collectionne.

Je crois finalement que c'est cette volonté si voyante de faire vrai qui rend encore plus flagrante la démarche hper-intellectualisée de la réalisatrice, et que malgé l'énergie de Julie-Marie Parmentier, ses personnages restent épouvantablement littéraires. Comme tant d'autres films sur des adolescents jetés sur la route, comme "Les 400 Coups", "La Petite Voleuse" ou le "Thé au Harem d'Archimède", la fugue s'achève face à la mer. Mais là, et c'est symptomatique, le personnage s'est évaporé - et 25 % des spectateurs de l'Elysée-Lincoln avec, soit 1 sur 4.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de septembre 2007
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