Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Claude Chabrol
Interprètes : Ludivine Sagnier (Gabrielle), François Berléand (Charles de Saint-Denis), Benoît Magimel (Paul Gaudens)
Durée : 1 h 55

Note : 5/10
En deux mots : Un Chabrol caricaturalement chabrolien.
Le réalisateur : Né en 1930, Claude Chabrol participe aux Cahiers du Cinéma de 1952 à 1957. En 1958, il réalise son premier film, "Le Beau Serge". Depuis, au rythme de un à deux par an, il a tourné 55 films, ce qui en fait un des réalisateurs ayant une des plus grande filmographie du cinéma mondial. Subjectivement, je citerai "Landru" (1962), "Que la Bête meure" (1969), "Le Boucher" (1969), "Les Noces rouges" (1973), "Violette Nozière" (1979), "Les Fantômes du Chapelier" (1982", "La Cérémonie" (1994), "Merci pour le Chocolat" (2002) et "L'Ivresse du Pouvoir" (2006).
L'histoire : Charles de Saint-Denis est un auteur à succès de la région lyonnaise. Lors d'une interview télévisée, il rencontre Gabrielle, une juene présentatrice. Celle-ci fait la connaissance au même moment de Paul Gaudens, héritier d'une grande fortune. Gabrielle hésite entre les deux, mais quand Charles lui fait croire qu'il est prêt à abandonner sa femme, elle se précipite dans ses bras, acceptant de l'accompagner dans des partouzes de notables. Puis il l'abandonne du jour au lendemain, faisant changer les serrures de sa garçonnière dont elle avait la clé.
Gabrielle plonge dans une dépression profonde, perdant tout appétit de vivre. Patiemment, Paul reste à ses côtés et elle accepte sa présence en ami. Au bout d'un an, il craque et lui annonce qu'il ne peut supporter ça et qu'il s'en va. Elle accepte alors de l'épouser.
La critique : Après un détour par une réinterprétation de l'actualité politico-judiciaire, avec "L'Ivresse du Pouvoir", Chabrol revient à son fond de commerce habituel, à savoir ces histoires policières tarabiscotées sur fond de bourgeoisie provinciale, de secrets de famille et de notables verreux. Après le Bordelais qui avait accueilli "La Fleur du Mal" et tant d'autres villes de province fleurant bon la IV° République, nous voici donc cette fois dans la région lyonnaise. Avec plus de cinquante films au compteur, difficile d'être original et novateur à chaque fois : après tout, pourquoi pas, si l'histoire est bien ficelée ?
L'histoire n'a rien de bien nouvelle : une jeune femme hésite entre deux hommes, se donne au plus vieux qui la trahit, et finit par épouser l'amoureux transi, qui une fois marié n'arrive pas à se débarraser du fantôme de l'autre. Par contre, le ficelage de l'ensemble est particulièrement mal fichu : personnages caricaturaux (l'écrivain à succès cynique, le fils de famille habitué à tout acheter, la veuve de l'industriel de la pharmacie qui est prête à toutes les bassesses pour étouffer le scandale, le directeur de chaîne de télé cablée locale qui court après sa starlette, l'avocat vénal...), éllipses parfois gênantes succédant à des scènes redondantes, et pire que tout, des dialogues sur-écrits et sur-joués, particulièrement par les seconds rôles : cela sonne presque tout le temps faux.
Seuls les acteurs principaux réussissent à insuffler un peu de vie à ce scénario boulevardier : Berléand, égal à lui même ; Benoît Magimel, qui rempile dans le rôle du fin de race, mèche sixties et veste à fleurs, qui parvient à rendre sa bêtise et sa méchanceté d'enfant gâté crédibles et presque touchantes ; Ludivine Sagnier surtout, femme-enfant ballotée et manipulée, fragile et limpide à la fois.
Parfois dans ses huis-clos provinciaux, Chabrol réussit à saisir la cruauté et la complexité des personnages, dans "Le Boucher" et "Que la Bête meure" bien sûr, mais aussi plus récemment, comme dans "La Cérémonie". Rien de tel dans "La Fille coupée en deux", où il dépeint pour la énième fois une caste qui n'existe plus sous une telle forme, filme d'innombrables scènes de restaurant (on connaît l'importance du critère gastronomique dans le choix des lieux de tournage chez lui), et finit par réaliser un film qu'auraient pu signer Cayatte ou Christian-Jacques, les cibles de la Nouvelle Vague il y a cinquante ans.
Cluny
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