Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Joe Carnahan
Titre original : Smokin' Aces
Interprètes : Ryan Reynolds (Richard Messner), Ray Liotta (Donald Carruthers), Andy Garcia (Stanley Locke), Ben Affleck (Jack Dupree), Alicia Keys (Georgia Sykes)
Durée : 1 h 50

Note : 3/10
En deux mots : A ce niveau-là, ce n'est plus du plagiat, c'est du pillage.
Le réalisateur : Né en 1969 à Sacramento, Joe Carnahan a commencé par la réalisation de films publicitaires. Il réalise son premier film en 1998 "Blood, guts, bullets and octane", puis en 2003 "Narc", avec Ray Liotta.
L'histoire : Stanley locke, le directeur adjoint du FBI, envoie ses agents protéger Buddy Aces Israël, un illusionniste de Las Vegas devenu gangster et prêt à balancer Primo Spazzara, un parrain suspecté de 120 assassinat. La Cosa Nostra met alors à prix la tête d'Israël pour un million de dollars, attirant tous les tueurs à gages des environs.
La critique : Début du film, deux policiers fédéraux planquent dans un camion en parlant des bienfaits de l'urine pour la peau ; deux mecs dans une bagnole qui dissertent sur n'importe quoi, tiens, ça me rappelle quelque chose. Un chanteur s'acoquine avec les maffieux de Las Vegas, tiens, ça me rappelle autre chose...
Très vite, le seul intérêt de "Mi$e à Prix" saute aux yeux : profiter de cette compilation plagiaire pour identifier les DVD de Mr Carnahan. A côté de "Pulp Fiction", de "Casino", on doit pouvoir y trouver pêle-mêle "Ocean's Eleven" (les splits-screens, Las Vegas, l'inflation de personnages bagousés), "Les Affranchis" (Ray Liotta, la plongée dans la cocaïne), l'intégrale de Tarantino (le tueur palliatif, Nestor Carbonnel remplaçant Samuel L. Jackson, la musique funk, les tueuses à gages sexys), "Le Parrain 2" (Le flingage au Lake Tahoe), "Alpha Dog" (La partouze dans la grande pièce vitrée, l'embauche d'une star du R'n B), "Volte-Face" (le duel dans l'ascenseur, les deux corps allongés pour un échange d'organes), et même "Massacre à la tronçonneuse" (arme de prédilection d'un des néonazis) !
Sans oublier le clin d'oeil aux icones djeunz, avec la présence du rappeur Common et surtout de la chanteuse soul Alicia Keys dans le rôle d'une tueuse à gage ; drôle d'idée, c'est un peu comme si on proposait à Mireille Mathieu de jouer une mère maquerelle, mais bon, la donzelle s'en sort plutôt bien.
Alors, vous me direz que Tarantino lui-même ne se cache pas d'avoir largement pioché dans les VHS du Video Archives d'Hermosa Beach où il officiait comme vendeur, empruntant à Scorcese, De Palma, Mario Bava, ou Ozawa. Oui, mais au moins jusqu'à "Kill Bill", Tarantino a réussi à créer son propre style, avec notamment ce sens du rythme syncopé faisant alterner scènes d'actions et bavardages logorrhéiques. Joe Carnahan n'a malheureusement pas ce sens du montage, et ses transitions sont pachydermiques : deux personnages se serrent la main, fondu, et hop, deux autres personnages de serrent la main ! Un commanditaire annonce qu'il va payer les privés qu'il a embauchés 50 000 $, fondu, et re-hop, Buddy Israël s'exclame "50 000 $ ? Jamais je ne paierai ce prix pour cette suite !". Il use et abuse de tous les effets vus et archi-revus, traveling arrière en contre-plongée et au grand angulaire sur des personnages menaçants, ralentis, couleurs saturées. Ses incursions dans l'humour sont pathétiques, comme ce Karaté Kid hyperactif qui a oublié sa ritaline et qui s'agite frénétiquement devant un tueur qui se vide de son sang, ahahah.
La seule question qui me taraude encore à la sortie du cinéma est de savoir si "Mi$e à Prix" était simplement une daube racoleuse ou aussi un film dangereux. La complaisance envers l'ultra-violence, le recours à la théorie paranoïaque éculée du complot gouvernemental, et l'absence de morale cinématographique m'anènent à pencher pour la deuxième réponse.
Cluny