Les critiques clunysiennes
.....
Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Brad Bird
Avec les voix française de : Guillaume Lebon (Remy), Thierry Raqueneau (Linguini), Camille (Colette)
Durée : 1 h 50

Note : 8/10
En deux mots : Un univers graphique très réussi, une histoire plus fine qu'il n'y parait et un rythme d'enfer sont les ingrédients de base d'un ratatouille vraiment très digeste.
Le réalisateur : Né en 1957 dans le Montana, Brad Bird se passionne très jeune pour l'animation. Il débute comme dessinateur pour "Rox et Rouky" en 1981. Il signe plusieurs épisodes des Simpsons. Il réalise son premier long métrage en 1999, "Le Géant de Fer", avant de signer en 2004 "Indestructibles".
L'histoire : Rémy est un rat doué pour reconnaître les aliments les plus savoureux, capable de comprendre le langage des humains et même de le lire, et il est un admirateur du grand Chef décédé, Auguste Gusteau. Séparé de sa famille, il se retrouve dans les cuisines de son restaurant en même temps que Linguini, qui arrive avaec une lettre de recommandation de sa mère qui a connu Gusteau autrefois. Le second de celui-ci, le fourbe Skinner, l'engage comme commis chargé des poubelles.
Mais grâce au talent de Rémy qui se cache sous sa toque, Linguini devient un grand chef, et attire l'intérêt de Colette, la seule fille de la cuisine.
La critique : Petit, j'avais la ratatouille en horreur. Quand j'ai lu le synopsis de ce film (un rat devient un grand cuisinier), et que j'ai vu qu'avant même la sortie en salle, le rat bleu faisait de la pub pour la Nissan-Note, c'est peu dire que je n'étais pas très chaud. Mais bon, dans le désert de la programmation estivale et intrigué par une très bonne critique, je me suis résolu à fouler un tapis de pop corn pour aller voir le dernier produit de l'alliance Disney-Pixar.
Et bien m'en a pris, puisque "Ratatouille" est une vraie réussite, tant du point de vue du graphisme et du rythme, que de celui de l'histoire et des personnages. La scène d'exposition qui nous montre Rémy et sa famille dans la maison d'une Tatie Danielle bigleuse et armée d'un tromblon évoque certains épisodes de "Wallace et Gromit" ou "Chicken Run", par la mise en scène de l'ingéniosité du peuple animal contre l'oppresseur bipède. Dès le départ, le récit fonctionne grâce à un timing impeccable et des mouvements virtuoses, comme celui de Rémy sur son esquif (le livre de recettes de Gusteau) aux prises avec les rapides et les chutes d'eau des collecteurs d'égoût.
Puis Rémy arrive à Paris ; l'équipe de Pixar a pris des milliers de vues de la ville-lumière, ce qui donne un résultat à la fois réaliste et poétique, notamment par le choix d'une "photographie" mordorée et l'ajout d'éléments gentillement clichés : deudeuches, DS, 4L..., ou la boutique Julien Aurouze de dératisation de la rue des Halles, que le père de Rémy vient montrer à son rejeton comme symbole de la cruauté des hommes. Et telle la camera d'Ozu tournant à hauteur de tatami, nous déambulons dans Paris en adoptant le point de vue d'un muridé.
Autre qualité de "Ratatouille", le soin documentaire digne d'Hergé sur le fonctionnement et la hiérarchie subtile d'une cuisine, qui nourrit le réalisme des personnages qui la peuplent, et particulièrement celui de Colette, qui a compris qu'elle devrait avoir une volonté de fer pour s'imposer dans ce monde machiste.
Si le propos reste très moral (on est quand même chez Disney), avec une glorification du dépassement de soi-même et de la tolérance, les situations et les réactions des personnages échappent dans l'ensemble à tout manichéisme, à l'instar du concept humain de vol qui culpabilise Rémy alors que les siens n'y voient que la recherche légitime de la subsistance.
Certes, il y a bien des personnages caricaturaux, comme l'affreux Skinner, croisement de Super-Mario et de Rastapopoulos, avec son béret basque et sa fine moustache ; mais c'est une peu la fatalité des méchants dans les dessins animés grand public, et le critique gastronomique qui a conduit par son acharnement le restaurant de Gusteau au bord de la faillite, une sorte de Rogue étiré en hauteur, s'avère finalement plus complexe qu'il n'y paraissait au premier abord, rendu à son humanité par une ratatouille qui agit sur lui comme une madeleine sur Proust.
On peut déplorer aussi un petit creux dans le rythme aux deux tiers du film, correspondant au moment où Rémy, tel un travailleur émigré revenu au pays, se sent étranger à la fois parmi les siens et parmi les hommes. Mais ce n'est que passager, et la fin réserve quelques scènes de bravoure, comme l'organisation très coopérative de la cuisine quand le critique est dans la salle.
Et puis, Rémy en apôtre de la bonne bouffe au pays du McDo, voire en ambassadeur de la gastronomie française, c'est bien une des surprises les plus réjouissantes de ce morne été cinématographique.
Cluny
Aucun commentaire pour cet article