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Vendredi 1 juin 2007

Film français de Catherine Breillat

Interprètes : Asia Argento (Vellini), Fu'ad Ait Aattou (Ryno Marigny), Roxane Mesquida (Hermangarde), Claude Sarraute(La marquise de Flers)

Durée : 1 h 50



Note : 5/10

En deux mots : Adaptation assez académique du roman de Barbey d'Aurévilly par Catherine Breillat.

La réalisatrice : Née en 1948 à Bressuires, Catherine Breillat publie à 17 ans son premier roman, L'homme facile... interdit aux moins de 18 ans. Elle continue à écrire toute en menant une carrière d'actrice. Elle tourne son premier film (érotique) en 1976, "Une vraie jeune fille". Elle écrit aussi des scénario pour Fellini ("E la Nave Va") et Pialat ("Police"). En 1988, elle revient à la réalisation avec une adaptation d'un de ses romans, "36 Fillette", puis en 1991 avec "Sale comme un Ange". Suivent en 1996 "Parfait amour !", en 1999 "Romance", avec Rocco Siffredi, et en 2004 "Anatomie de l'Enfer". La même année, elle subit une attaque cérébrale.

L'histoire : A Paris en 1835, la marquise de Flers décide de marier sa petite-fille Hermangarde à un dandy libertin, Ryno de Marigny. Celui-ci révèle à la vieille aristocrate qu'il a vécu dix ans avec une maîtresse malagaise, la Vellini, fille naturelle d'une duchesse et d'un torero. Après qu'ils aient perdu leur fille en Algérie, leur relation s'est dégradée, et Vellini a rendu la vie de Ryno impossible.

Après le mariage de Ryno et d'Hermangarde, le couple part vivre en Normandie. Alors que Ryno découvre que Vellini s'est installée près d'eux, Hermangarde tombe enceinte.

La critique : Je n'avais jusqu'à présent vu aucun film de Catherine Breillat, peu attiré par la mise en scène de ses provocations et par son attitude lors de ses interviews ; je n'ai pas non plus lu le roman de Barbey d'Aurevilly. Pourtant, la vision de certains extraits, et la curiosité de voir ce que le cinéma français a choisi de montrer à Cannes m'ont poussé à aller voir cette "Vieille Maîtresse", premier film en costumes de Catherine Breillat.

Des costumes, parlons-en ; ils sont à l'image de l'ensemble du film, un mélange d'académisme pétrifiant et de rares audaces réussies. Acteurs et réalisatrice semblent engoncés dans ces redingotes et ces robes empesées, comme ils le sont dans la langue du XIX° siècle, Catherine Breillat ayant été visiblement très fidèle aux dialogues du roman. Le début du film est épouvantablement lent et verbeux, avec des acteurs incapables de faire vivre leurs textes, à la notable exception de Michael Lonsdale.

La caméra tente bien de mettre un peu de mouvement dans cette lecture digne du Lagarde et Michard avec des travelings neurasthéniques, mais cela reste du théâtre filmé. Et puis, il y a quelques tableaux plus réussis, et même quelques fulgurences, comme la narration elliptique de la mort de la fille de Vellini et Ryno, montré à la mode orientaliste, ou plus encore le mariage de Ryno et Hermangarde, avec des garçons d'honneur habillés comme des fraises tagada ou des pages de "Peau d'Ane", et le prêtre qui lit une épître de Saint-Paul terrifiante de phallocratie.

A l'image de la pige de Lio chantant de Zarah Leander, ou des apparitions subliminales d'Anne Parillaud et d'Amira Casar, le casting est hétéroclite, avec une Claude Sarraute emmitouflée et affalée dont la modernité décalée ne passe pas l'écran, ou une Yolande Moreau en plein contre-emploi dans le rôle de la Comtesse d'Artelles. Quant à Asia Argento, elle joue la folie possessive comme si elle était dans un film de son père, et sa diction n'est pas toujours compréhensible.

Le plus intéressant est peut-être le jeune Fu'ad Ait Aattou, qui a tapé dans l'oeil de Catherine Breillat par sa féminité non effeminée. Alors qu'Asia Argento incarne une brutalité virile, fumant le cigare et se déguisant même en homme pour assister à un duel, lui aussi joue l'inversion des genres avec sa bouche sensuelle, sa démarche gracile et sa suavité.

On ressort de ce film avec l'étrange impression d'avoir vu quelque chose de très disparate, tant du point de vue de la narration, du jeu des acteurs et peut-être surtout du rythme, et d'avoir seulement effleuré, et trop rarement, ce que le film aurait pu être, un "Valmont" du début du XIX° siècle.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juin 2007
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