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Samedi 26 mai 2007

Film français de Julian Schnabel

Interprètes : Mathieu Amalric (Jean-Dominique Bauby), Emmanuelle Seigner (Céline), Marie-Josée Croze (Henriette), Anne Consigny (Claude)

Durée : 1 h 52



Note : 8/10

  

Prix de la mise en scène

En deux mots : Adaptation réussie du livre de Jean-Dominique Baudy, qui restitue son humour et la vivacité de son esprit.

Le réalisateur : Né en 1951 à Brooklyn, Julian Schnabel passe son enfance au Texas. Il étudie les beaux-arts à Houston, et devient rapidement une figure importante du néo-expressionnisme. C'est son parcours de peintre qui l'amène à la réalisation en 1996 avec "Basquiat". Il réalise en 2000 un deuxième biopic sur l'écrivain cubain Reinaldo Arenas, "Avant la nuit".

L'histoire : Le 8 décembre 1995, Jean-Patrick Bauby, directeur de la rédaction de "Elle", est victime d'une attaque qui le laisse totalement paralysé, à l'exception de son oeil droit. Il se réveille à l'hôpital maritime de Berk, où il apprend grâce à son orthophoniste Henriette à communiquer en clignant de l'oeil pour arrêter l'énumération des lettres de l'alphabet dans leur ordre de fréquence. Il décide alors de rédiger un livre avec l'aide de Claude, envoyée par son éditrice.

La critique : J'avais lu "Le Scaphandre et le Papillon" à sa sortie, et j'avais été extrêmement touché par ce récit, par ce qu'il nous montrait de la force de l'esprit dans un corps devenu végétatif, et surtout par la malice avec laquelle l'auteur racontait les réactions de son entourage. En allant voir le film de l'américain Julian Schnabel, représentant la France au Festival de Cannes, j'étais curieux et légèrement inquiet du traitement cinématographique qu'il allait en faire : serait-il capable d'éviter les pièges du mélo, et de restituer ce dialogue intérieur qui faisait le sel du roman ?

La réponse positive à cette question s'impose rapidement. Le film commence en caméra subjective, cadre fixe et flou avec de fréquents fondus au noir pour figurer la sortie du coma de Jean-Do, et dès le départ, la voix intérieure qui commente lucidement les gesticulations des hommes en blanc qui s'interrogent sur le niveau de compréhension de leur patient. Ce point de vue exclusif occupe entièrement la première demi-heure, y compris la suture de sa paupière gauche, douillets s'abstenir.

Et puis progressivement, la caméra diversifie son point de vue, à partir du moment où Jean-Do découvre son visage défiguré dans le reflet d'une vitre ; Schnabel adopte alors le plan large pour montrer la plage où il revoit enfin ses enfants ou la salle de rééducation, ou les points de vue du rêve ou du souvenir, comme cet hommage au générique des "400 Coups", même traveling vers les toits de Paris, même musique de Jean Constantin.

Il y a bien quelques afféteries inutiles, comme ces plans répétés et tautologiques du scaphandre (suivi par ceux du papillon), qui font un peu penser à ces bandes dessinées où l'auteur se croit obligé d'expliquer dans un bandeau ce qui est déjà montré dans le dessin. Mais c'est peu comparé à la délicatesse de nombreuses scènes, que le réalisateur arrête juste à temps avant que ça devienne insistant, mais qui ont eu suffismment de temps pour installer une émotion vraie.

Mathieu Amalric est excellent dans ce rôle physiquement difficile (il joue la plupart du temps avec le visage déformé et un oeil exorbité) ; il est aussi juste quand il incarne le Jean-Do d'avant, notamment dans une très belle scène avec son père joué par Max Von Sydow, que quand il intègre avec sobriété le scaphandre de son personnage. On pense à la performance de Javier Bardem qui interprétait le tétraplégique Ramon Sampedro dans "Mar Adentro". Mais toute la distribution est à la hauteur, particulièrement ses deux accompagnatrices, Marie-José Croze et Anne Consigny.

Julian Schnabel a réussi le double exploit de restituer l'émotion que j'avais ressenti à la lecture du livre (et de nombreux lecteurs avec moi) en jouant habilement  de tous les moyens du cinéma, et, en faisant appel à son regard de peintre, de rendre terriblement visuel ce qui n'était plus que pensée et intériorité.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2007
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