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Samedi 14 avril 2007

Film français de Niels Arestrup

Interprètes : Yvan Attal (Michel Dedieu), Niels Arestrup (Georges), Stefania Rocca (Laura)

Durée : 1 h 46



Note : 4/10

En deux mots : Premier film de Niels Arestrup, vieillot et démago.

Le réalisateur : Né en 1949 a Montreuil dans une famille d'origine danoise, Niels Arestrup commence sa carrière d'acteur au théâtre avant de débuter au cinéma en 1974 dans "Je, tu, il, elle" de Chantal Ackerman. Il tourne ensuite sous la direction de Resnais, Claude Lelouch, Yves Boisset, Marco Ferrerri ou Jacques Audiard. "Le candidat" est son premier film.

L'histoire : Dans un pays d'Europe, alors qu'éclate une crise internationale, Michel Dedieu prépare le débat télévisé qui l'opposera à Eric Carson avant le second tour de l'élection présidentielle. Devancé largement au premier tour, il pâtit d'une image de mollesse et d'indécision. Il a été désigné par son parti en remplacement du leader de celui-ci qui a annoncé devoir combattre un cancer.

Dans sa luxueuse résidence à la campagne, il supporte mal les nombreux avis de ses conseillers et se brouille avec sa femme qui l'abandonne après une dernière dispute.

La critique :  Que les afficionados de la campagne électorale ne se fassent pas d'illusions : on est bien loin de Ségo et Sarko. Déjà, les indices nationaux sont brouillés : pas de drapeaux, pas de lieux identifiables, et si on distingue sur les plaques d'immatriculation un drapeau européen, la numérotation n'est pas française. Ensuite, parce qu'on n'a pas l'impression d'être dans les coulisses du 282 ou de la rue d'Enghien, mais plutôt dans celles du QG de VGE ou de Raymond Barre (D'ailleurs, Niels Arestrup a reconnu s'être inspiré d'un passage du documentaire de Raymond Depardon conscaré à Giscard "1974, une partie de campagne").

En effet, on retrouve le candidat là où on avait laissé le président il y a vingt ans dans "Le Bon plaisir", dans un château (le sien, pas un palais de la République). Même lambris, et même représentation de la politique, faite de magouilles et de coups tordus. Là, on n'est plus chez Francis Girod, mais chez le Boisset de "Le Juge Fayard" ou le Pierre Granier-Deferre de "Adieu Poulet", avec un Candide propulsé en avant pour ne pas avoir à assumer la participation du pays à une coalition menée par les Etats-Unis, et pour permettre au parti de "passer son tour".

Alors, après tout, on pourra me rétorquer que des éléphants oeuvrant pour la défaite du candidat de leur parti, ce n'est pas tant que ça de la politique fiction, et qu'il n'y a peut-être même pas besoin de remonter aux manoeuvres de Giscard pour assurer la défaite du référendum de 1969 ou celles de Chirac et de Pasqua pour battre le même Giscard en 1981 pour en trouver des exemples. Certes. Mais le plus gênant est la naïveté du scénario, l'absence totale de nuances tant dans l'élaboration de l'intrigue, que dans la caractérisation des personnages, ou, plus grave pour un acteur-réalisateur, dans le jeu des comédiens.

Certaines scènes du début, comme le premier dîner avec les différents conseillers, sont atterrantes de ce point de vue. Le conseiller en communication est odieux même quand il fait l'amour, l'experte de l'audiovisuel joue l'effroi avec autant de naturel que Lilian Gish, et l'épouse dépressive semble sortir d'une troupe de théâtre amateur spécialisée dans Tennessee Williams. J'avais entendu Yvan Attal expliquer que la minute de silence que s'autorise Michel Dedieu lors du débat était un plaidoyer pour la réhabilitation du temps de la réflexion, une dénonciation de la conception clipesque de la communication politique aujourd'hui. J'avais trouvé l'idée percutante ; hélas, le résultat à l'écran ne porte pas du tout ce message.

Yvan Attal a expliqué que pour préparer le rôle, il avait rencontré François Hollande, et cela se sent : son candidat ressemble à la marionnette de ce dernier aux Guignols. Insupportablement apathique et hésitant, ce candidat semble n'avoir aucune idée, aucun programme, si ce n'est une vague réminiscence du sens mendèsiste de la morale en politique. C'est un personnage à la Capra, aussi désuet en ces temps d'élection que Mr Smith à Washington.

Mais le plus gênant dans ce film est sans doute le propos implicite : tous les politiciens sont pourris, et les oppositions publiques des grands partis ne sont là que pour camoufler la réalité de petits arrangements de la real politique. Cela fait dangeureusement écho au discours lepéniste de dénonciation du "système" ou de "la bande des quatre" ; ce n'était certainement pas le propos de Niels Arestrup (il a dit : "Cette histoire aurait pu se passer dans le cadre d'une administration, dans l'organigramme d'un grand magasin (...) d'une certaine façon j'aimerais qu'on puisse abstraire le film du politique, et le voir davantage comme une métaphore."), mais ce réquisitoire involontaire contre les "tous pourris" est passablement mal venu à une semaine d'un premier tour qui peut nous réserver d'aussi mauvaises surprises qu'il y a cinq ans.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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