Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film anglais de Danny Boyle
Interprètes : Chris Evans (Mace), Cillian Murphy (Capa), Michelle Yeoh (Corazon)
Durée : 1 h 40

Note : 6/10
En deux mots : Odyssée spatiale un peu confuse et tape-à-l'oeil.
Le réalisateur : Né en 1956 à Manchester, Danny Boyle a d'abord été metteur en scène pour le théâtre. Il a travaillé aussi à la BBC, pour laquelle il réalise des téléfilms et des épisodes de "L'inspecteur Morse". En 1994, il tourne "Petits Meurtres entre Amis", le premier volet de sa trilogie avec son acteur fétiche, l'Ecossais Ewan McGregor. Suivent "Trainspotting" en 1996 (deuxième plus grand succés de l'histoire du cinéma britannique) puis "Une vie moins ordinaire" en 1997.
Il tourne ensuite "La Plage" en 2000, avec Leonardo DiCaprio et Virginie Ledoyen, qui est un échec commercial. Il revient à des films à plus petits budgets avec "28 jours plus tard" en 2001 et "Millions" en 2004.
L'histoire : En 2057, le Soleil se meurt et la Terre se couvre de glace. Le vaisseau spatial Icarius II commandé par la capitaine Kaneda fait route vers notre étoile avec un équipage de huit hommes et la mission d'envoyer un engin nucléaire à la surface du Soleil pour le réactiver. A l'approche de l'astre, alors qu'ils n'ont plus de communication avec la Terre, ils reçoivent un appel de détresse du vaisseau Icarius I parti sept ans avant et porté disparu depuis.
La critique : De tous les albums de Tintin, mon préféré est On a marché sur la Lune. Pas étonnant donc que j'ai toujours aimé les films ayant pour thème le voyage spatial, de "2001, Odyssée de l'Espace" à "Mission to Mars", en passant par "Space Cowboys". Inauguré par Kubrick, le genre permet à la fois de raconter des paraboles sur l'humanité réduite à une arche, et de créer des univers graphiques originaux.
Au cinéma, les hommes sont donc allés vers la Lune, vers Jupiter ou vers Mars ; pourquoi pas le Soleil ? D'autant plus que l'idée d'une extinction prématurée de notre étoile (prévue pour dans 5 milliards d'années) permet de mettre scénaristiquement en balance la survie de chacun et la sauvegarde du genre humain. De plus, depuis les Mayas et les Egyptiens, le Soleil a toujours été associé à l'idée de divinité, et ce voyage permet une incursion du côté de la métaphysique.
Que ce soit à bord de Discovery, de Mars One ou ici d'Icarius II, le début du film sert à présenter équipage et installations. Première déception, l'intérieur du vaisseau fait vraiment cheap, et Icarius II est à Discovery ce qu'Easy Jet est à Air France ; il y a bien quelques idées intéressantes, comme la serre ou le solarium, mais on est bien loin de l'univers sphérique de 2001.
Le scénario reprend dans le désordre les ingrédients habituels de cet exercice de style : le dépassement imminent du point de non retour, le conflit d'idées qui masque un conflit de pouvoir, le sacrifice rédempteur, le passager clandestin menaçant. Il y a tous ces éléments, des rebondissements réguliers, une durée raisonnable et un montage dynamique, et pourtant l'ennui nous gagne progressivement. La faute sans doute à un narration confuse, trop élliptique ou trop symbolique, qui ne nous permet pas de surnager dans une surrenchère d'images chocs, où Dany Boyle use et abuse des effets numériques.
On retrouve le même défaut narratif que dans "La Plage", dont le scénario était aussi signé d'Alex Garland : la volonté d'aller jusqu'au bout de la logique, de pousser les effets à fond. Cela nous donne des personnages bien sétérotypés et une fin grand à la fois guignolesque et prévisible.
Dans une distribution internationale à l'image du monde de dans cinquante ans, le côté "Dix petits Nègres" de l'intrigue ne permet pas vraiment aux personnages d'exister. Cillian Murphy (le Damien de "Le Vent se lève") s'en sort le mieux, dans un rôle moins monolithique que ceux de la plupart de ses coéquipers.
Avec une réalisation moins tape-à-l'oeil et un scénario moins fourre-tout, "Sunshine" aurait pu être un grand film. Dommage que Danny Boyle n'ait pas fait les choix qui s'imposaient, et qu'il ait par exemple introduit une dimension de slasher movie inutile à un récit déjà assez consistant.
Cluny
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