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Mercredi 4 avril 2007

Film américain de Douglas McGrath

Titre original : Infamous

Interprètes : Toby Jones (Truman Capote), Sandra Bullock (Harper Lee), Daniel Craig (Perry Smith), Sigourney Weaver(Babe)

Durée : 1 h 58



Note : 6,5/10

En deux mots : Deuxième film sur la douloureuse écriture de "In Cold Blood", bien plus pesant que "Truman Capote".

Le réalisateur : Né en 1958, Douglas McGarth a commencé par écrire des épisodes de "La Loi de Los Angeles". Il participe ensuite à l'écriture du scénarion de "Coup de feu sur Broadway" de Woody Allen. Il tourne son premier film en 1997 "Emma l'Entremetteuse" d'après Jane Austen. Suivent "Company Man" en 2000, et "Nicholas Nickelby" d'après Charles Dickens en 2004.

L'histoire : En 1959, Truman Capote est un écrivain en vogue, partageant sa vie entre l'écriture et une vie mondaine faite de médisances et de bons mots. Il part quelques jours dans le Kansas profond pour écrire un reportage pour le New Yorker ; il ne sait pas encore que cette histoire lui prendra sept ans, qu'il en tirera un livre, "In Cold Blood", premier non fiction novel qui rencontrera un immense succès, et qu'il n'écrira plus rien après jusqu'à sa mort.

La critique :  Il est assez étonnant de voir le parallèle entre l'affaire Romand et l'assassinat de la famille Cluster : un livre ("L'Adversaire" d'Emmanuel Carrère) et deux films ("L'Emploi du Temps" de Laurent Cantet et "L'Adversaire" de Nicole Garcia) pour la première, et un livre ("In Cold Blood", de Truman Capote) et deux films non pas vraiment sur le meurtre (le livre a été adapté au cinéma en 1967 par Richard Brooks), mais plutôt sur la narration qu'en a faite Capote : "Truman Capote" de Bennet Miller, et "Infamous", traduit au premier degré par "Scandaleusement célèbre".

Si Laurent Cantet et Nicole Garcia avaient choisi deux voies différentes, le premier choisissant la fiction, dans le cas présent, les deux approches sont absolument identiques : partir de la présentation de Capote dans sa futilité new-yorkaise, décrire son immersion dans le midwest péquennot, puis son approche des assassins et sa lente identification à Perry, et enfin son dilemne dans l'attente de la pendaison.

Donc, la comparaison s'impose. Match nul, mais de grande qualité, pour le duel Philip Seymour Hoffman/Toby Jones : l'acteur de théâtre britannique est aussi convaincant que le vainqueur de l'oscar 2005, même si à l'instar des costumières, il accentue nettement plus le côté grande folle. Sandra Bullock est inhabituellement sobre, mais elle ne parvient pas à jouer aussi finement le mélange d'affection et de moquerie que Catherine Keener. Les chipies new-yorkaises (Seagourney Weaver, Hope Davis, Juliet Stevenson) en font des tonnes. Par contre, Daniel Craig à quelques années-lumières de 007 est excellent dans le rôle de Perry, le double et le négatif de Capote.

Mais au delà de cette similitude de construction, la démarche est finalement assez différente. Dans "Truman Capote", Bennet Miller avait fait le choix d'un certain classicisme, laissant les mêmes zones d'ombre sur la réalité des faits criminels que sur la nature des relations entre Capote et Perry. Douglas McGarth choisit lui de tout montrer, et donc d'interpréter et de guider la compréhension des spectateurs. Il va loin dans cette vision, et l'insistance sur la nature homosexuelle de l'attirance de Perry et de Truman gomme l'aspect essentiel de l'identification de l'écrivain à l'assassin, dont il disait que c'était "comme si nous avions été élevés ensemble dans la même maison, et que j'en étais sorti, moi, par la porte de devant, et lui par la porte de derrière."

S'étant inspiré du livre de Georges Plimpton "Truman Capote: In Which Various Friends, Enemies, Acquaintances and Detractors Recall His Turbulent Career", McGrath ponctue le film d'interviews des protagonistes. Ce procédé à la mode (déjà vu dans "Alpha Dog") n'apporte rien à l'histoire, et renforce cet aspect pesamment didactique.

Certains préfèreront cette version crue et le recours à une certaine forme d'excès formel dans la lignée de la personnalité du personnage principal. Cette crudité m'a parfois gêné, me transformant en voyeur forcé, et je lui préfère la sobriété narrative et cinématographique du film de Miller, qui laisse au spectateur faire son propre chemin dans le labyrinthe du destin des Perry, Hickock et Capote, dont un personnage dit que tous trois sont morts le soir de la pendaison.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques d'avril 2007
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