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Lundi 26 mars 2007

Film français de Carine Tardieu

Interprètes : Karine Viard (Juliette), Chloë Coulloud (Lulu), Kad Merad (Jacques), Pascal Elbé (Antoine)

Durée : 1 h 35



Note : 6/10

En deux mots : Premier film avec quelques belles idées et pas mal de maladresses.

Le réalisateur :  Après des études de cinéma à l'ESRA (Paris), Carine Tardieu été assistante réalisatrice sur de nombreux films et téléfilms. Elle a travaillé comme scénariste de fiction et réalisé des programmes courts pour la télévision. En 2002, elle réalise son premier court-métrage "Les baisers des autres". Multi-primé dans les festivals, ce film a aussi fait l'objet d'une novélisation par son auteur, inaugurant ainsi la collection «  ciné-roman » chez Actes Sud Junior. A 30 ans, elle achève tout juste la réalisation de son second court-métrage "L'aîné de mes soucis" qui fait, lui aussi, l'objet d'une novélisation dans la même collection.

L'histoire : Garçon manqué de 15 ans, Lulu vit avec une mère hypocondiaque et dépressive et un père bien gentil mais absent. Un jour, elle trouve une photo de sa mère jeune et visiblement heureuse. Elle mène l'enquête et trouve chez sa grand-mère un film super 8 où sa mère flirte avec un dénommé Jacques.

Elle réussit à le retrouver : il est devenu soigneur dans un zoo, et "il a pris vingt ans dans la gueule". Lulu décide d'organiser leur rencontre fortuite, afin de déclencher un électrochoc chez Juliette. Mais c'est le contraire qui se passe, et les deux anciens amants se lancent dans un revival.

La critique :  "La Tête de Maman" a tout pour plaire, et c'est peut-être là que le bât blesse. On retrouve en effet dans ce premier film de Carine Tardieu les ingrédients qui ont fait les succès de "Je vous trouve très beau" ou de "Se Souvenir des belles choses" : un savant dosage d'humour décalé et parfois un peu cruel, d'émotion sur des sujets graves, et de tranches de vie intergénérationnelles. Recette efficace, puisque le film a déjà bénéficié du label des spectateurs UGC.

Le problème dans ce brouet, c'est que tous les constituants n'ont pas le même goût. Dès la première scène, Lulu qui se bat avec un garçon de son école, la mise en scène est ultra-voyante et les effets bien trop appuyés. Par la suite, et plusieurs fois dans le film, ces maladresses viennent gêner la fluidité de l'histoire, comme la scène où Lulu embrasse Jacques jeune qui se présente comme son fantasme, ou la scène finale où Carine Tardieu ressort toute la panoplie du Guide de l'Emotion, avec photo surex, ralentis et musique violonneuse.

Heureusement, beaucoup d'autres idées passent mieux, parce que bien inscrites dans le récit, comme cette mise en abyme de tous les ancêtres maudits de Lulu, ou au contraire parce qu'ils sont complètement décalés et gratuits, comme cette apparition sous le balcon de Juliette d'un Jacques-Roméo malmené par un marsupial.

Il y a aussi des répliques qui font mouche, comme ce reproche fait par Lulu à sa copine Sarah : "Tu m'énerves à toujours faire des commentaires sur tout", alors que toute l'écriture scénaristique repose sur les pensées péremptoires de la jeune héroïne, ou le prétexte qu'elle invente pour prendre contact avec Jacques : "Je fais des études en zoophilie".

Chloë Coulloud, repérée par Carine Tardieu dans le couloir où elle attendait pour le casting, s'en sort plutôt bien, sans doute meilleure quand le vernis craque que quand elle joue la dure à cuire. La réalisatrice explique qu'elle a choisi Karine Viard pour sa vivacité, afin que cette énergie apparaisse sous-jacente dans la première partie où elle s'enfonce dans la neurasthénie ; malheureusement, ce contre-emploi a été poussé sans nuance, et sa prestation est trop caricaturale. C'est sans doute cette volonté de caractériser les personnages qui entraînent Kad Merad et Pascal Elbé au pays des bisounours ; Suzy Falk est plus convaincante dans le rôle de la grand-mère au caractère proche de celui de Lulu.

Comme souvent dans les premiers films, Carine Tardieu a voulu traiter beaucoup de sujets, et montrer toute la palette des effets qu'elle pense maîtriser. Cet excès d'ambition, certes explicable, fait de la "Tête de Maman" un film fourre-tout parfois un peu racoleur. Une sincérité perceptible et quelques trouvailles originales peuvent nous donner envie de la revoir dans un projet mieux cerné.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mars 2007
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