Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Kevin Macdonald
Titre original : The last King of Scotland
Interprètes : Forest Whitaker (Idi Amin Dada), James McAvoy (Nicholas Garrigan), Gillian Anderson (Sarah)
Durée : 2 h 05

Note : 7/10
En deux mots : Film inégal et parfois trop démonstratif, mais qui vaut par la performance impressionnante de Forest Whitaker.
Le réalisateur : Né en 1967 à Glasgow, Kevin Macdonald est le fils du réalisateur d'origine hongroise Emeric Pressburger. C'est d'ailleurs par un documentaire sur son père "The Life and Death of a Screenwriter " qu'il a commencé en 1994 la réalisation. Il tourne plusieurs documentaires, dont "Un jour en septembre" (1999) sur la prise d'otage de Munich. Son premier film de fiction est "La Mort suspendue" (2004), sur une cordée britannique dans les Andes.
L'histoire : Juste diplômé en 1970, le médecin écossais Nicholas Garrigan ne se voit pas prendre la succession de son père. Il tourne une mappemonde au hasard, et pointe son doigt sur un petit pays d'Afrique centrale, l'Ouganda. Il débarque dans ce pays juste au moment où le gouvernement du dictateur Obote est renversé par un coup d'état emmené par le général Amin Dada. En poste dans un dipensaire de brousse, il tombe amoureux de Sarah, la femme du médecin. Ensemble, ils vont écouter le discours d'Amin dans leur village ; si Sarah se méfie des promesses démagogiques du nouveau maître du pays, Nicholas est bien plus enthousiaste. Peu après, il est appelé pour soigner Amin, et il se voit bientôt proposer le poste de médecin personnel du président de l'Ouganda.
La critique : Dans la lignée d'"Hotel Rwanda", "The Constant Gardener", "Lord of War", "Shooting Dogs" et "Blood Diamond", voici un nouveau film anglo-saxon qui aborde les maux qui frappent l'Afrique ; après le trafic d'armes, celui des diamants et l'épuration éthnique, "Le dernier Roi d'Ecosse" évoque un fléau tout aussi répandu sur le continent aux 52 états, celui des dictatures sanglantes. Ici, on découvre Idi Amin Dada, mais on aurait pu s'intéresser à Bokassa, Mobutu ou Macias N'Guema.
Première remarque : pourquoi la plupart de ces films mettent-ils en avant un héros blanc ? Ces personnages sont-ils nécessaires pour permettre l'identification des spectateurs européens et américains, et les intéresser au sort d'un milliard de Terriens ? Dans "Le dernier Roi d'Ecosse", ce choix constitue la principale faiblesse du film : le jeune médecin écossais arrivé en Ouganda par dépit n'est absolument pas crédible. Comment peut-il ne pas voir le climat de terreur lentement instauré par son mentor ? Comment gober la propagande anticolonialiste et populiste de celui qui vivait dans un palais caucescien ?
Deuxième remarque : une partie de la critique a reproché au film d'édulcorer la cruauté d'Idi Amin Dada, voire même de tenter de le rendre sympathique. Ceux qui écrivent ça n'ont pas vu le même film que moi ! Le personnage incarné par Forest Witaker est présenté d'emblée dans sa dualité, enjôleur et violent, et surtout redoutablement instable. La tension créée dans son entourage par ses sautes d'humeur est immédiatement palapable, et les silences prudents, les regards inquiets accueillent chacune de ses envolées.
Même quand il cherche à séduire Nicholas, que ce soit par des cadeaux ou par sa réthorique tortueuse, le rapport entre lui et son "invité" est immédiatement celui d'un prédateur et de sa proie. C'est d'ailleurs une des forces du film que de ne pas montrer les horreurs de la répression qui a tué plus de 300 000 Ougandais (au moins jusqu'au deux tiers du récit), mais de les suggérer par la peur de ceux qui savent que rien ne les protège de l'arbitraire.
Forest Whitaker est formidable, jouant à merveille de cette ambiguïté, et ce n'est que justice que l'académie des Oscars ait reconnu sa performance (palmarés particulièrement bien vu, qui rend aussi grace à Helen Mirren, à Scorsese et ses "Infiltrés" -enfin !-, à l'excellent "La Vie des Autres" et au prometteur "Little Miss Sunshine"). Dommage que la réalisation ne soit pas à la hauteur de cette prestation, et reprenne le bric-à-brac du filmage de l'époque : montage clipesque, abus de ralentis, musique redondante qui insistent encore plus sur les lourdeurs d'un scénario bien trop démonstratif.
Cluny