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Mercredi 7 février 2007

Film français de Eric-Emmanuel Schmitt

Interprètes : Catherine Frot (Odette Toulemonde), Albert Dupontel (Balthazar Balsan), Jacques Weber (Olaf Pims)

Durée : 1 h 44



Note : 3/10

En deux mots : "Odette Toulemonde" est au cinéma ce que le calendrier des postes (celui avec les chatons) est à la photographie.

Le réalisateur : Né en 1969 à Lyon, Eric-Emmanuel Schmitt réussit le concours de Normal Sup, et en sort avec une agrégation de philosophie. Il a écrit de nombreuses pièces et romans, et a signé le scénario de l'adaptation de son livre "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" .

L'histoire : Odette Toulemonde vit à Charleroi avec son fils, coiffeur homosexuel, et sa fille, chomeuse dépressive. Elle est vendeuse dans un grand magasin, et travaille le soir chez elle comme plumassière. Elle est une lectrice passionnée de Balthazar Blazan, un écrivain populaire. Quand elle le voit lors d'une séance de dédicace, elle n'arrive pas à lui parler, et lui écrit une longue lettre.

L'écrivain et critique Olaf Pims assassine Balzan dans une émission littéraire. Ce dernier rentre dans une crise de doute, accentuée par la découverte de l'infidélité de sa femme. Après une tentative de suicide, il part se réfugier chez cette lectrice dont il a retrouvé la lettre dans sa poche.

La critique :  Eric-Emmanuel Schmitt est connu pour ses pièces et ses nouvelles, qui exploitent avec rouerie des situations "vendeuses", comme la rencontre de Sigmund Freud et de Dieu, ou la vie d'un Adolf Hitler qui aurait été reçu à l'Académie des Beaux-Arts. Il a su aussi exploiter la veine lacrymale avec des paraboles pleines de bons sentiments comme "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" sur la relation entre juifs et musulmans, ou "Oscar et la Dame rose" sur la mort d'un enfant cancéreux.

Boudé par la critique littéraire et plébiscité par le public, Eric-Emmanuel Schmitt ne cache pas que Balthazar, c'est lui ; il raconte d'ailleurs que l'épisode de la lettre d'une lectrice avec un coeur en mousse lui est arrivé, non pas en Belgique mais en Allemagne. Gentiment pachydermique dans le conte sentimental, il perd malheureusement toute gentillesse quand il prétend régler ses comptes ; ne reste alors qu'une pénible condescendance.

Schmitt ne fait pas dans la dentelle : Libération devient Rebellion, le patronyme Toulemonde veut bien dire ce qu'il veut dire, et que penser du choix du nom de Balsan, emprunté au producteur Humbert Balsan, qui s'est suicidé en 2005 ? Le discours de Pims est visiblement une compilation des attaques contre les livres de Schmitt, mais par une mise en abyme, il s'applique parfaitement à ce qui nous est donné à voir : une succession de personnages caricaturaux et vulgaires, digne du plus mauvais cinéma populaire des années 50, des rebondissements téléphonées, et une absence totale de rythme.

Catherine Frot fait ce qu'elle peut pour sauver son personnage Marypoppinesque, mais elle brasse beaucoup dans le vide, et ce ne sont pas ses pauvres chorégraphies sur les chansons de Josephine Baker (n'est pas Demy, ni même Ducastel qui veut !) qui rachètent sa performance en demi-teinte ; quant à Dupontel, on n'a qu'une envie : foncer chez soi regarder "Bernie" ou son "Sale DVD"...

A l'instar d'autres écrivains comme Alexandre Jardin ou Yann Moix, Eric-Emmanuel Schmitt a décidé de passer à la réalisation. Etrangement, ce n'est pas dans la mise en scène que le film fait naufrage : il y a même quelques belles idées, comme ce travelling en plongée sur les différentes pièces de la maison d'Odette. C'est bien dans l'écriture que réside le vice caché qui explique le ridicule et la démagogie du propos, et qui fait de "Odette Toulemonde" un conte soit-disant naïf et en réalité raccoleur et méprisant.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de février 2007
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