Les critiques clunysiennes
.....
Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Emilio Estevez
Interprètes : Anthony Hopkins (John Casey), Demi Moore (Virginia Fallon), Sharon Stone (Miriam), William H. Macy (Paul), Harry Belafonte (Nelson), Martin Sheen (Jack)
Durée : 1 h 52

Note : 6,5/10
En deux mots : Fresque chorale durant la journée qui a précédé l'assassinat de Robert Kennedy ; une belle idée, de bonnes intentions, mais beaucoup de clichés.
Le réalisateur : Né en 1962 à New York, Emilio Estevez est le fils de Ramon Estevez, plus connu sous le nom de Martin Sheen. Il commence à jouer à 18 ans dans "Outsiders" de Coppola. Tout en continuant sa carrière d'acteur, il devient réalisateur en 1986 avec "Wisdom", suivi de "Men at Work" (1990), "The War at Home" (1996) et "Classé X" (2000).
L'histoire : Le 4 juin 1968 ont lieu les primaires de Californie, décisives pour la campagne de Bobby Kennedy en vue de l'obtention de l'investiture démocrate à l'élection présidentielle. Son Q.G. de campagne est situé à l'Hôtel Ambassador de Los Angeles, et c'est là qu'il doit faire son discours à l'issue de la proclamation des résultats. Dans l'hôtel, plusieurs histoires se déroulent : un serveur mexicain est obligé de faire des heures supplémentaires et enrage de ne pas pouvoir aller voir les Dodgers, deux jeunes volontaires découvrent le LSD, une chanteuse alocoolique se dispute une nouvelle fois avec son mari, une journaliste tchèque essaie d'obtenir une interview de Bobby, le manager de l'Ambassador vire son intendant pour racisme en même temps qu'il trompe sa femme avec une standardiste, alors que le portier à la retraite trompe son ennui en jouant aux échecs avec un vieil ami...
La critique : Si je garde un souvenir plutôt flou de l'émotion causée par l'assassinat de JFK (j'avais sept ans), je me souviens très précisément de l'instant de ce mois de juin 68 déjà si particulier, où la radio a annoncé l'assassinat de Bob Kennedy, et du sentiment de fatalité et de perte de la promesse d'un avenir meilleur qu'il avait laissé au collégien en vacances forcées que j'étais.
C'est sans doute un des intérêts principaux du film d'Emilio Estevez que de restituer cet espoir au coeur d'une Amérique ravagée par l'enlisement au Vietnam et la ségrégation raciale ; on ne voit Robert Kennedy que par le biais de documents d'époque, ou alors en silhouette et de dos quand il s'agit de le mêler aux acteurs du film. Mais on comprend bien l'engouement pour le sénateur de New York, surtout quand on l'entend prononcer certains discours qui semblent s'adresser aux spectateurs d'aujourd'hui, comme celui où il explique que les économies occasionnées par un retrait du Vietnam permettraient de venir en aide aux plus démunis, ou cet entretien étonnant avec des écoliers où il leur explique les conséquences de la pollution à une époque où le mot écologie n'était encore qu'une obscure discipline universitaire.
Emilio Estevez a choisi de nous parler de cet espoir en suivant une kyrielle de personnages (joués par une kyrielle de stars) et de montrer au travers de leurs problèmes les maux et les aspirations des Américains de cette époque. Ce procédé pousse à la simplification et transforme par moments le film en une galerie d'images d'Epinal : la vedette alcoolique qui humilie son batteur de mari, la jeune fille qui a accepté un mariage blanc avec un copain de classe pour l'empêcher de partir au Vietnam et qui en tombe amoureux, la femme qui se désespère parce qu'elle n'a pas de chaussures assorties à sa robe de soirée...
Vidés de leur consistance, engoncées dans des robes-carcans de Cardin, casquées de choucroutes vertigineuses et affublés des délires de la lunetterie de l'époque, la plupart de ces personnages ont du mal à exister au delà du cliché. Certes, quelques uns en réchappent, comme les deux jeunes volontaires de la campagne qui reçoivent d'un hippie christique leur sucre au LSD comme une ostie et vivent leur premier trip, ou surtout Miriam, épouse trompée et coiffeuse-confidente, jouée par une Sharon Stone qui domine une distribution inégale.
Le film trouve enfin un rythme avec la scène finale, quand on comprend le lien qui unit tous les personnages, et qu'images d'archive et reconstitution se mélangent alors que l'on entend le discours d'avril 68 contre la violence. Sympathique mais un peu mou, "Bobby" se perd dans le dédale des couloirs et des cuisines de l'Ambassador, et passe à côté du film altmanien qu'il aurait pu être.
Cluny
Aucun commentaire pour cet article