Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film allemand de Matthias Luthardt
Interprètes : Sebastian Urzendowsky (Paul), Marion Mitterhammer (Anna), Clemens Berg (Robert)
Durée : 1 h 29

Note : 7/10
En deux mots : Huis-clos familial étouffant. Assez réussi pour un premier film.
Le réalisateur : Né en 1972 à Leiden, Matthias Luthardt fait des études de littérature allemande et française avant d'étudier le journalisme en Allemagne et en France. En 2001, il réalise le court métrage «Blindgänger». Son documentaire «Menschen brauchen hobbies» est nominé pour le Silver Wolf Award au Festival du Documentaire d'Amsterdam. En 2005, Matthias Luthardt sort diplômé de l'école de cinéma de Potsdam-Babelsberg.
L'histoire : Paul, 16 ans, débarque à l'improviste chez son oncle un beau jour d'été, celui-ci lui ayant dit à l'enterrement de son père qui s'était suicidé qu'il pouvait venir quand il voulait. Ni attendu ni souhaité, Paul va s'incruster chez son oncle et sa tante Anna qui ont appelé leur fils Robert et leur chien Schumann.
Des relations empreintes d'un mélange de complicité et de rivalité s'installent entre les deux cousins, tandis qu'Anna ne décourage pas les timides avances de son neveu.
La critique : Quand Paul débarque dans la villa de son oncle, on sent bien qu'il n'est pas vraiment le bienvenu. Il y a des non-dits, des reproches, des conflits jamais résolus, surtout depuis le suicide de Frank. Son oncle Stefan voit en lui l'incarnation du reproche de la brouille avec sa soeur, Anna le perçoit immédiatement comme une menace pour sa quiétude, et sa première rencontre avec son cousin Robert perturbe la répétition de l'audition de piano qu'il doit passer quelques jours plus tard.
Les demandes appuyés sur la date de son départ, les allusions à la gêne qu'il occasionne glissent sur lui. Il ne répond pas aux multiples petites provocations, même quand elles prennent la forme de toast de bienvenue ou qu'elles attaquent son père. Il oppose sa présence, l'impose comme une évidence et propose même de poser le carrelage de la piscine. Pourtant, on sent d'emblée que l'explosion n'est pas loin, que toute cette douleur et cette colère contenues ne peuvent pas ne pas finir par sortir.
"Pingpong", jeu anodin, jeu des vacances, mais où ici aucune partie ne se termine, interrompue par des éclats de jalousie, des jeux de pouvoir, jusqu'à ce moment où Anna détruit la table à coups de pelle. Et à la fin, Paul joue seul avec rage sur la table replié, éjecté de cette famille où on ne sait pas communiquer.
On pense par moment à "Festen", par la tension et le poids des secrets de famille. On peut aussi évoquer "La Tourneuse de Pages", notamment avec le rôle du piano comme catalyseur des rapports de forces, et à cause de cette menace que fait planer l'irruption d'une personne inattendue dans une maisonnée. Comme dans ce film d'ailleurs, le meilleur est dans l'atmosphère, dans ces menus détails qui instillent la perversion des relations entre le trois protagonistes, bien plus que dans les scènes "tragiques" où Matthias Luthardt n'évite pas toujours le piège du pathos démonstratif.
Mais malgré ces défauts, malgré la prévisibilités de certaines péripéties, ce film de fin d'étude vraiment maîtrisé, couronné à Cannes du Prix de la Jeune Critique, est quand même assez prometteur, et vient s'inscrire dans le renouveau d'un cinéma allemand qui semble sortir d'une longue latence.
Cluny
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