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Samedi 23 décembre 2006

Film américain de Tony Scott

Interprètes : Denzel Washington (Doug Carlin), Val Kilmer (Pryzwarra), Jim Caviezel (Carroll Oerstadt), Paula Patton (Claire Kuchever)

Durée : 2 h 10



Note : 7/10

En deux mots : Thriller assez eficace sur fond de paradoxe spatio-temporel.

Le Réalisateur : Né en Grande-Bretagne en 1944, Tony Scott est le frère cadet de Ridley Scott. Il fonde avec son frère une boîte de production et tourne plusieurs centaines de films publicitaires. En 1982, il réalise son premier film, "Les Prédateurs", avec David Bowie et Catherine Deneuve. Il renconte un succès planétaire en 1986 avec "Top Gun", puis avec "Le Flic de Beverly Hill 2" et "Jours de Tonnerre". Il réalise ensuite, entre autres : "True Romance" (1993), "USS Alabama" (1995), "Ennemi d'Etat" (1999), "Man on Fire" (2004) et "Domino" (2005).

L'histoire : Une bombe explose à la Nouvelle-Orléans sur un ferry chargé de marins de l'USS Nimitz, faisant 534 victimes. L'inspecteur Carlin de l'ATF découvre que le corps d'une jeune femme qui avait essayé de le contacter a été repêché quelques minutes avant l'explosion, avec des brûlures destinées à faire croire qu'elle avait péri dans l'attentat.

Il est alors intégré à une équipe qui utilise une nouvelle technologie permettant de visualiser des évènements survenus quatre jours auparavant. Persuadé qu'elle le conduira jusqu'au terroriste, il choisit de suivre cette jeune femme dans les heures qui ont précédé l'explosion ; mais quand il découvre que cette technologie permet aussi d'envoyer des objets dans le passé, il décide de tenter de modifier le cours des évènements.

La critique : Tony Scott est un honnête faiseur de films, qui retrouve là son producteur de toujours, Jerry Bruckheimer, et son acteur de prédilection, Denzel Washington. Il collabore pour la première fois avec le scénariste Terry Rossio, auteur de "Small Soldiers" ou de la série des "Pirates des Caraïbes". Au delà d'une réalisation efficace, quoiqu'un peu trop clinquante (photographie mordorée, abus de ralentis), l'intérêt du film repose sur un scénario assez habile, basé sur une dimension fantastique ancrée dans une réalité très contextualisée : la Nouvelle-Orléans d'après Katerina et l'Amérique post-11 septembre (même si le terroriste est ici plus proche de Timothy McVeigh, l'auteur de l'attentat d'Oklahoma City).

Ce scénario repose sur un concept aussi vieux que l'idée du voyage dans le temps : tout intervention dans le passé risque de changer le cours des événements, et donc de modifier les conditions qui ont rendu possible le présent.Terry Gilian dans "L'Armée des 12 Singes" avait choisi de répondre par la négative, et on a l'impression jusqu'au dénouement que malgré le charabia pseudo-scientifique sur la courbure du temps, les réalités parallèles finiront par se superposer.

A l'instar de John Anderton dans "Minority Report", Doug Carlin tente de  remonter le temps pour empêcher que soit commis un meurtre, ou plutôt des meurtres, puisqu'au-delà de l'attentat qu'il cherche à éviter, il s'implique aussi beaucoup dans la sauvegarde de la jeune femme dont il a forcé l'intimité ; les scènes où les agents du FBI la suivent sur une multitude d'écrans pourraient être signées De Palma, leur voyeurisme n'étant qu'une mise en abime de notre propre statut de spectateur.

Notons que le titre Déjà vu est lui-même une fausse piste, puisqu'il ne s'agit pas vraiment de réminiscence, contrairement à ce que laissait entendre la bande-annonce, et encore plus le teaser habilement diffusé dès le mois d'août pour ancrer ces images dans l'inconscient des spectateurs.

Sur un sujet lui-même déjà-vu, Tony Scott a su parfois innover, comme cette poursuite à quatre jours de décalage, un casque permettant au héros de visualiser le déplacement passé du suspect. Il a aussi pompé ses petits camarades, commes ces plans sous-marins de l'explosion du ferry avec des voitures s'enfonçant dans l'eau, et qui évoque furieusement une scène identique dans "La Guerre des Mondes".  On pense aussi à "Memento", puisque là encore, on commence par la fin, et qu'à défaut de se tatouer le corps, il utilise des magnets sur un frigo pour se laisser un message à lui-même.

Malgré ces réserves, "Déjà vu" est quand même un thriller habilement ficelé, efficacement réalisé et doté d'une distribution irréprochable. Et puis, comme pour "Sixième Sens" ou "Memento", voilà quelques discussions en perspective à la sortie de la salle sur l'interprétation de ce que chacun aura compris !

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de décembre 2006
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