Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Pierre Salvadori
Interprètes : Gad Elmaleh (Jean), Audrey Tautou (Irène), Marie-Christine Adam (Madeleine), Vernon Dotcheff (Jacques)
Durée : 1 h 43

Note : 7/10
En deux mots : Une nouvelle comédie française, à la fois élégante et un peu indolente.
Le Réalisateur : Né en 1964 en Tunisie, Pierre Salvadori arrive en France à l'âge de sept ans. Après des études de cinéma à Censier, il est engagé par AB Production pour écrire des scénarios de sitcoms. Il réalise son premier film en 1993, "Cible émouvante" avec Marie Trintignant, et rencontre un certain succès en 1995 avec "Les Apprentis", une comédie policière avec Gérard Depardieu et François Cluzet. Il retrouve Marie Trintignant en 1998 avec "Comme elle respire". En 2000, il réalise un film noir "Marchand de Sable" avant de revenir à la comédie en 2003 avec "Après Vous..."
L'histoire : Jean travaille comme barman dans un palace à Biarritz. Irène adore le luxe et espère bien se marier avec Jacques, qui est plein aux as. Un soir, elle prend Jean pour un riche client, et passe la nuit avec lui. Au réveil, elle découvre qu'il est fauché, et se fait plaquer par Jacques.
Jean la poursuit jusqu'à Nice et fait capoter involontairement une nouvelle tentative d'Irène de séduire un pigeon ; pour se venger, elle accepte de sortir avec Jean et le rince en trois jours. Alors qu'il allait se faire arrêter pour grivèlerie, Jean est sauvé par Madeleine, une riche veuve qui le couvre de cadeau. Voyant cela, Irène decide de coacher Jean dans son nouveau rôle de gigolo.
La critique : Etrange sensation en regardant "Hors de Prix", celle du "déjà-vu" ; six mois après "Quatre Etoiles", voici une nouvelle comédie française (le 19° dont je fais la critique depuis un an !) aux accents lubitschiens, ayant pour cadre les palaces de la Côte d'Azur et mettant en scène un duo qui se poursuit et se déchire.
Hors de prix, c'est à la fois le train de vie auquel rêve Irène, Rastignac en robe Chanel, et la valeur morale de Jean évaluée par sa protectrice qui s'aperçoit qu'elle ne pourra jamais l'acheter. Car dans la première partie du film, pour Irène délibérément et pour Jean par la force des choses, tout est marchandise, à commencer par leurs propres corps.
Pierre Salvadori est coutumier de ces duos improbables, comme dans "Les Apprentis" ou plus récemment dans "Après Vous...". Et le personnage d'Irène évoque celui joué par Marie Trintignant dans "Comme elle respire". On retrouve bien dans ce film la réalisation assez élégante de Salvadori, qui a compris que le cinéma est avant tout l'art de dire des choses par des images ou par des successions d'images, et non pas uniquement la mise en valeur de quelques répliques : ainsi il utilise à plusieurs reprises les petites ombrelles des cocktails bus par les deux tourteraux pour suggérer en quelques images l'avancée d'une soirée bien arrosée.
Le duo fonctionne plutôt bien : Audrey Tautou joue enfin une vraie peste, et elle y met une énergie et une gouaille convaincantes. Gad Elmaleh est tout en retenue, peut-être un peu trop : le personnage aurait gagné à présenter un peu plus d'aspérité.
A la suite de certains critiques, j'évoquais Lubitsch : on est quand même loin de l'auteur de "Sérénade à trois" ou de "To be or not to be". Si Salvadori posséde comme lui une sophistication et un sens de l'éllipse certains, il y a aussi chez lui une certaine indolence, tant scénaristique que stylistique, assez éloignée du sens du rythme constitutif de la Lubitsch's touch.
Cluny
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