Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film mexicain de Guillermo Del Toro
Interprètes : Sergi Lopez (Le Capitaine Vidal), Ivana Baquero (Ofelia), Doug Jones (Pan),Ariadna Gil (Carmen)
Durée : 1 h 52

Note : 7,5/10
En deux mots : Conte fantastique inscrit dans la réalité cruelle de l'Espagne franquiste. Baroque et émouvant.
Le Réalisateur : Né en 1964 à Guadalajara (Mexique), Guillermo Del Toro a commencé comme spécialiste des effets spéciaux, et a écrit un livre sur Hitchcock. Il réalise son premier film en 1993, "Cronos", film de vampire remarqué à Cannes.
En 1997, il réalise aux Etats-Unis "Mimic", avant d'aller en Espagne tourner "L'Echine du diable". Retour à Hollywood pour "Blade 2" (2002) puis "Hellboy" (2004).
L'histoire : En 1944, le régime franquiste tente d'éradiquer les derniers maquis républicains. Ofelia, 12 ans, accompagne sa mère qui rejoint son nouveau mari, le Capitaine Vidal. Ce dernier a exigé qu'elle vienne le rejoindre dans les montagnes où il dirige la contre-guérilla, malgré son état : elle est enceinte de plusieurs mois.
Ofelia est entraînée par une sorte d'insecte dans un labyrinthe perdu dans la forêt. Là, elle rencontre un faune qui lui annonce qu'elle est la princesse Moroa, et qu'elle ne pourra retrouver son père que si elle réussit trois épreuves. Pendant ce temps, l'état de sa mère empire, et son beau-père mène une traque impitoyable contre les maquisards dont il devine qu'ils bénéficient de complicité dans son propre entourage.
La critique : Le genre fantastique n'est pas ma tasse de thé. J'avais vu "Hellboy" sur canal +, que j'avais trouvé plutôt bien réalisé, mais la pléthore d'adaptations des superhéros des marvels comics m'agace, les budgets engagés (1/10° suffirait à développer durablement le cinéma africain) étant inversement proportionnels au QI attendu des spectateurs.
Mais ici, Guillermo Del Toro a eu l'intelligence de situer son récit dans un contexte réel bien particulier : celui des premières années du franquisme, au moment où l'Espagne s'enfonce dans une nuit de 40 ans de dictature. Et les épreuves que doit affronter Ofelia, aussi gore soient-elles, sont finalement moins brutales et cruelles que la terreur, publique et privée, que fait régner le Capitaine Vidal. Superbement campé par Sergi Lopez, ce condottiere courageux dans le combat, fils d'un héros de la Guerre du Maroc, est un reflet des personnages noirs des contes de fées, ogres et croquemitaines.
Ofelia fuit ce monde réel qui ne lui offre que la cruauté et le mensonge, ne serait-ce que celui de devoir appeler "père" cet homme prêt à sacrifier sa mère pour assurer sa descendance, et qui, en bon franquiste, se méfie instinctivement d'une petite fille qui aime lire. Elle préfère affronter avec courage les épreuves peuplées de créatures gluantes et de monstres aveugles ; quand elle s'engage dans le tunnel qui la conduit à sa première épreuve, elle abandonne symboliquement sa robe et ses souliers vernis : ce n'est pas aux pays des merveilles qu'elle pénètre.
La réalisation est assez brillante, avec un soin particulier accordé à la bande son qui annonce le passage d'un monde à un autre. Les effets spéciaux, domaine dans lequel Del Toro a longtemps travaillé, ne sont pas envahissants, et se mettent au service du récit.
Les hasards de la distribution nous permettent de constater la vitalité du cinéma mexicain, avec à l'affiche les films de Guillermo Del Toro, d'Iniacio Gonzalez Innaritu, "Babel" et d'Alfonso Cuaron (coproducteur du "Labyrinthe de Pan"), "Les Fils de l'Homme".
Cluny
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