Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Guillaume Canet
Interprètes : François Cluzet (Dr Alexandre Beck), Marie-Josée Croze (Margot Beck), André Dussolier (Jacques Laurentin), François Berléand (Eric Levkowitch), Kristin Scott-Thomas (Helen), Nathalie baye (M° Feldman), Jean Rochefort (Gilbert Neuville).
Durée : 2 h 05
Note : 7/10
En deux mots : Adaptation à la française plutôt réussie du best-seller d'Harlan Coben.
Le Réalisateur : Né en 1973 à Boulogne-Billancourt, Guillaume Canet a commencé une carrière de jockey qui est interrompue par un accident. Se tournant vers l'art dramatique, il suit le Cours Florent et est remarqué au théâtre dans "La ville dont le prince est un enfant". Il débute au cinéma en 1997 dans "Barracuda", où il donne la réplique à Jean Rochefort. Il joue ensuite dans "Je règle mon pas sur le pas de mon père", "La Plage", "Les Morsures de l'aube", "Vidocq", "Jeux d'Enfants", "Narco" et "Joyeux Noël".
En 2002, il réalise son premier film, "Mon Idole" avec son épouse Diane Kruger et François Berléand.
L'histoire : Alex et Margot s'aiment depuis l'enfance. Un soir qu'ils étaient en pélerinage au bord du lac où ils s'étaient déclaré leur amour, ils se font agresser. A son réveil, Alex apprend que Margot a été assassinée, victime d'un serial killer.
Huit ans plus tard, devenu pédiatre, il n'a toujours pas réussi à tourner la page. Alors que deux corps sont découverts à côté du lac, Alex reçoit un e-mail accompagné d'une video montrant Margot filmée dans une rue par une caméra de surveillance. Les découvertes faites sur les corps amènent la police à soupçonner Alex, et une de ses proches est assassinée à son tour ; quand les policiers perquisionnent chez lui, ils découvrent l'arme du crime. Alex qui vient de recevoir un nouveau message de Margot lui donnant rendez-vous décide de fuir, aidé par un truand dont il a soigné le fils.
La critique : "Ne le dis à personne" est d'abord un best-seller du romancier Harlan Coben. Thriller efficace, ce polar était très américain : le Dr David Beck est médecin pour Medicaid, son beau-père est un ancien inspecteur de la police new-yorkaise, et le méchant est un milliardaire et potentat local.
Guillaume Canet a été emballé par cette histoire, et il a su se montrer suffisamment convaincant pour en obtenir les droits d'adaptation, alors que Michael Apted ("Gorilles dans les Brumes", "Nell", "Le Monde ne suffit pas") était sur les rangs. Le réalisateur de "Mon idole" s'est dit conquis par la multiplicité des personnages, propice à la réunion d'un casting impressionnant composé de nombre de ses amis ainsi que par l'imbrication d'une histoire policière et d'une histoire d'amour. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a voulu tourner ce film par beau temps, avec une lumière d'été, et non pas se plier aux contraintes du film noir, avec ambiances nocturnes et pluvieuses.
La transposition de l'histoire au contexte hexagonal est plutôt réussie, même si les poursuites en Scénic rendent définitivement moins bien que celles en Mustang ou en Corvette, comme le "Da Vinci Code" nous l'avait déjà montré... Guillaume Canet a su contextualiser l'intrigue à la française, en filmant les Puces de Montreuil, le Périphérique (avec une poursuite originale... à pied !), jusqu'aux objets électroménagers balancés depuis les étages des tours des cités sur les parebrises des Scénics de la BAC.
Le film bénéficie d'une distribution de gala, avec un usage du contre-emploi bien venu : François Berléand joue pour une fois un rôle sympathique, celui du policier honnête, alors qu'à des titres divers, André Dussolier, Jean Rochefort et Guillaume Canet émargent du côté des ordures. Kristin Scott-Thomas est excellente, ultra-féminine et maculine à la fois dans son rôle de l'amie de la soeur de Margot. François Cluzet qui incarne le Dr Beck n'a jamais tant ressemblé à Dustin Hoffman, et cette ressemblance n'a visiblement pas échappée à son réalisateur qui le fait courir et subir la torture comme son modèle dans "Marathon Man".
Si elle est sans génie particulier, la réalisation est efficace et donne à l'ensemble un rythme plutôt bien adapté à ce type d'intrigue. Il y a bien quelques lourdeurs, particulièrement dans les scènes les plus dramatiques : Dussolier vidant sa bouteille de gin ou Cluzet fracassant la vitrine du salon pour manifester sa colère. Certains plans, tel ce traveling au dessus de la voiture d'Alex et Margot, laissent augurer de ce qu'aurait pu en faire un véritable auteur comme Kassovitz au début des "Rivières Pourpres".
Mention spéciale à la musique, jouée en direct à la guitare par M qui découvrait le montage, comme l'avaient fait en leurs temps Neil Young pour "Dead Man" et Ry Cooder dans "Paris Texas", et qui par son équilibre instable souligne ainsi la tension dramatique de l'action.
Cluny
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