Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Woody Allen
Interprètes : Scarlett Johansson (Sondra Bronski), Woody Allen (Splendini), Hugh Jackman (Peter Lyman).
Durée : 1 h 36

Note : 7/10
En deux mots : Un Woody Allen plutôt en mode mineur, relevé par une Scarlett Johansson qui joue avec beaucoup de charme une adorable godiche.
Le Réalisateur : Né en 1935 à Brooklyn, Woody Allen a commencé comme gagman pour Bob Hope puis comme rédacteur du show télévisé de Garry Moore. Il réalise son premier film en 1969 "Prends l'oseille et tire-toi", suivi en 1971 de "Bananas", puis en 1972 de "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander". Depuis maintenant trente-cinq ans et au rythme d'un film par an, il alterne les comédies de genre ("Guerre et Amour", "Zelig", "Annie Hall", "Manhattan"), les comédies dramatiques aux accents bergmaniens ("Intérieurs", "Hannah et ses soeurs"), les comédies sentimentales ("Maudite Aphrodite", "Tout le monde dit I love you" "Melinda et Melinda") et les comédies policières ("Meurtres mystérieux à Manhattan", "Coups de feu sur Broadway", "Escroc mais pas trop", "Match Point").
L'histoire : Quand le célèbre journaliste Joe Strombel meurt, il retrouve sur le bateau qui traverse le Styx (à moins que ce ne soit l'Achéron) la secrétaire du fils de Lord Lyman qui est persusadée qu'elle a été empoisonnée par son patron parce qu'elle le soupçonnait d'être le serial killer "le tueur au tarot".
Trompant la surveillance de la Mort, il réussit à se réincarner quelques instants dans le dématérialiseur du magicien Splendini, alias Sidney Waterman, au moment où celui-ci vient d'enfermer une spectatrice, l'étudiante en journalisme américaine Sondra Bonski. Strombel révèle ses soupçons à Sondra. Celle-ci réussit à convaincre Sydney à se faire passer pour son père afin d'approcher Peter Lyman. Elle réussit à séduire le riche Anglais et tombe progressivement amoureuse de lui, pendant que Sydney se persuade chaque jour davantage de sa culpabilité.
La critique : Woody Allen a donc posé ses caméras à Londres pour la deuxième fois consécutive. Après la réussite de « Match Point », il raconte une nouvelle énigme policière, faisant appel à nouveau à Scarlett Johansson, qui semble prendre place dans la filmographie de Woody Allen à la suite de Diane Keaton et de Mia Farrow.
Malgré la délocalisation sur le vieux continent, nous sommes plus dans la continuité de ses comédies policières new-yorkaises : « Meurtres mystérieux à Manhattan » ou « Coups de feu sur Broadway ». Construite sur une de ces idées loufoques qui l’ont toujours séduit (Zelig l’homme caméléon, l’acteur qui sort de l’écran dans « La Rose pourpre du Caire » ou Robin Williams flouté dans « Harry dans tous ses états »), l’intrigue n’a pas la complexité de son opus précédent ; on sent très vite que nous sommes là en présence d’un McGuffin cher à Hitchcock, c’est-à-dire d’un prétexte pour faire avancer le récit.
Ici, Woody Allen semble s’être plus intéressé à la relation entre la jeune étudiante américaine et le vieux magicien un peu charlatan, lointain cousin de Voltan, l’hypnotiseur du «Sortilège du scorpion de jade » ; ce personnage, joué par le réalisateur lui-même, se fait passer pour le père de Sondra avec l’accord de celle-ci ; et lui qui avait dans un premier temps refusé d’aider sa jeune compatriote, argumentant à juste titre qu’il n’avait rien à voir avec cette histoire, excepté le fait que l’ectoplasme soit apparu dans sa boîte, va progressivement s’inquiéter pour sa « fille » comme le ferait un vrai père. Cette inquiétude est touchante, surtout quand on pense à la vie personnelle de Woody Allen, et à l'ambiguité dans celle-ci des statuts de filles et de femmes.
L'absence d'épaisseur de l'intrigue se fait parfois sentir, avec des situations qui se répètent (les visites dans la cave, les apparitions de Strombel), et les dialogues diarrhéiques habituels tournent un peu à vide.
Mais on prend plaisir à voir le symbole sexuel de ce début de millénaire qu'est Scarlett Johansson gourdifiée à ce point : lunettes rondes, appareil dentaire, naïveté désarmante. L'actrice de "Lost in translation" a visiblement pris plaisir à jouer ce contre-emploi, cette midinette digne des comédies américaines, qui à l'instar de ces illustres prédécesseurs (il n' y a pas de féminin à ce mot...), se montrera finalement bien plus futée qu'on ne l'aurait cru.
Oeuvre certes mineure dans la filmographie de Allen Stewart Konigsberg, "Scoop" n'en est pas moins un agréable divertissement où il est toujours plaisant de se laisser porter par une telle fluidité narrative.
Cluny
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