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Samedi 9 septembre 2006

Film américain de Jonathan Dayton et Valerie Faris

Interprètes : Toni Collette (Sheryl), Gregg Kinear (Richard), Steve Carrell (Frank), Abigail Breslin (Olive)

Durée : 1 h 41 

Note : 8/10

En deux mots : Road movie déjanté mettant au prise une famille au bord de l'explosion qui accompagne leur benjamine à un concours de mini-miss. Jubilatoire.

Les réalisateurs : Jonathan Dayton et Valerie Faris ont fait leurs débuts en créant et réalisant la toute première émission de MTV, The Cutting Edge... Ils poursuivent leur carrière musicale à la télévision, en signant des clips et documentaires, récompensés par plusieurs prix, pour des artistes comme REM, les Red Hot Chili Peppers , les Smashing Pumpkins, Macy Gray ou Janet Jackson.

En 1998, ils ont co-fondé Bob Industries, importante société de production de films publicitaires, pour laquelle ils ont réalisé des spots pour Volkswagen, Sony Playstation, Gap, Ikea, Apple et ESPN

L'histoire : La famille Hoover vit à Albuquerque. Elle est composée de la mère, Sheryll, hyperactive et légèrement dépassée, du père, Richard, qui espère faire fortune en vendant un livre de développement personnel, du fils de 15 ans, Dwayne, qui sous un portrait de Nietsche a fait voeu de silence, de la fille de 9 ans, Olive, qui depuis un séjour chez sa tante en Californie rêve de devenir Little Miss, et du grand-pére, obsédé sexuel et cocaïnomane. Vient s'ajouter l'oncle Frank, spécialiste universitaire de Proust, dépressif et homosexuel, qui tente de récupérer d'une tentative de suicide.

Quand la miss qui avait remporté le concours devant Olive est déclassée, la famille décide d'embarquer dans le Combi Volkswagen et de traverser la moitié des Etats-Unis pour lui permettre d'aller au bout de son rêve. Mais voilà, le voyage ne se passe comme prévu, et les pannes mécaniques, les problèmes de santé et les confilts de famille viennent perturber les tribulations de la tribu Hoover.

La critique : Une obsession américaine traverse tout le film : celle de la réussite, soutenue par une conception qui réduit le monde à une opposition entre gagnants et perdants. D'emblée, Frank a sinon choisi, au moins adopté le clan des loosers, accumulant déception sentimentale, échec professionnel et blessure d'égo ; il peut compter dans son camp sur son neveu Dwayne, qui dans son mutisme volontaire clame sur son petit carnet sa haine de la famille, de l'école et de la société... même s'il a l'ambition de devenir pilote dans l'US Air Force. Dans le camp adverse, on trouve le père, théoricien du succès et néanmoins praticien de l'échec, et à un moindre degré le grand-père qui rejoint son fils sur l'idée que l'essentiel est de tenter, quelqu'en soit le prix.

C'est cette même fascination pour la compétition qui pousse des familles à inscrire leur gosse à des concours de mini-miss, représentés ici avec un réalisme terrifiant ; et les images de ces mini-poupées Barbie renvoient à celles montrées ces derniers jours à propos de Jonbenet Ramsey, assassinée il y a dix ans, accentuant encore le malaise devant cette instrumentalisation des gamines pour assouvir des désirs d'adultes. Et la normalité d'Olive, qui s'amuse comme n'importe quelle môme de son âge, même un peu boulotte, est la réponse la plus saine qu'on puisse apporter à cette sinistre farce.

Mais s'il est aussi une réflexion sur les névroses de l'Amérique, au même titre qu'un "American Beauty", "Little Miss Sunshine" est avant tout une comédie, et une comédie très réussie. Ca démarre assez classiquement, avec des scènes d'exposition suffisamment longues pour permettre de présenter chaque personnage et ses nombreux petits dérangements. Puis, progressivement, alors que commence le périple entre Albuquerque et Redondo Beach, le rythme s'accélère. La route monotone est parsemée de petits (et de plus grands) événements qui perturbent l'équilibre déjà fragile de cette famille en permanence au bord de la crise de nerfs. Et ces petits bugs sont la matière première des gags qui s'amoncèlent crescendo, avec une précision quasi-horlogère, un événement déjà oublié servant de chute une demi-heure plus tard à une autre catastophe familiale.

Le choix de Toni Colette pour jouer la mère n'est pas neutre ; dans une autre rôle (passée de fille à mère), dans un autre état-continent, on retrouve la même jubilation iconoclaste que dans "Muriel", la même cruauté attendrie pour décrire la bêtise humaine et ses cortèges kitschs, et la même faculté à amuser et émouvoir dans une même scène.

Comédie apparemment sans prétention, "Little Miss Sunshine" peut postuler dès maintenant, à l'instar de son modèle australien, au statut de futur film-culte.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de septembre 2006
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