Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Nicole Garcia
Interprètes : Ferdinand Martin (Charlie), Jean-Pierre Bacri (Jean-Louis Bertagnat), Benoît Poelvoorde (Joss), Benoît Magimel (Pierre), Vincent Lindon (Serge)
Durée : 1 h 59

Note : 5/10
En deux mots : Les destins de six hommes et d'un garçon s'entrecroisent. Une virtuosité certaine qui se subsitue hélas à la sincérité.
La réalisatrice : Né en 1946 à Oran, Nicole Garcia arrive en métropole après ses études secondaires. Elle commence une carrière d'actrice, et tourne avec Tavernier, Sautet, Deville, Rivette, Resnais ou Lelouch. En 1986, elle passe de l'autre côté de la caméra avec un court-métrage, "15 août". Puis en 1990 elle aborde la question des enfants de parents séparés avec "Un week-end sur deux", avec Nathalie Baye. En 1995, elle tourne un film très "sautetien", "Le Fils préféré", puis quatre ans plus tard "Place Vendôme" avec Catherine Deneuve. En 2002 elle adapte le livre d'Emmanuel Carrère "L'Adversaire" joué par Daniel Auteuil.
L'histoire : Dans une ville balnéaire de la côte normande hors saison, six hommes et un enfant se croisent. Le Maire tente de cacher sa liaison avec une jeune femme. Mathieu, célèbre archéologue, vient donner une conférence sur sa dernière expédition. Son ancien camarade, Pierre, enseigne la SVT dans un collège. Joss, en liberté conditionnelle, fait les repérages pour un casse. Adrien, joueur de tennis qui vient d'essuyer une cruelle défaite, suit un stage de remise en forme. Serge cherche à dissimuler à sa femme la liaison qu'il entretient avec l'épouse de Pierre ; quant à son fils, Charlie, il traîne une tristesse entre son collège et la plage où il aime jouer au boomerang.
La critique : Plus qu'un film choral, "Selon Charlie" est un film puzzle. Il y a bien une unité de lieu (une station balnéaire sous la pluie), une unité de temps (quelques jours), mais surtout une mosaïque d'actions, présentes ou passés, dont nous ne découvrons que des bribes. On devine assez vite que chacun de ces personnages va rencontrer les autres, quand ils ne partagent pas déjà un passé, et souvent un passif.
C'est assez virtuose, peut-être un peu trop : à vouloir construire une intrigue qui justifie la collision entre ces nombreux personnages, tout en cultivant à ce point l'ellipse, on a parfois l'impression d'être des entomologistes en train d'observer des coléoptères dans un enclos. Les personnages s'agitent, mais ils n'ont pas le temps d'exister, et les crises -nombreuses- sonnent faux, comme des exercices de première année du conservatoire...
Même sentiment d'incompréhension en ce qui concerne Charlie, sorte de Tazio impénétrable : qu'est-ce qui le motive à se comporter ainsi ? "Selon" Charlie suppose un point de vue ; or, nous devinons son mal-être, nous le voyons agir, mais rien de nous permet de le comprendre.
Seul à échapper à cette évaporation des personnages : Jean-Pierre Bacri, en maire un peu beauf harcelé par son directeur de cabinet qui lui reproche ce qui en fait quelqu'un d'attachant, à savoir sa proximité des gens ; et le voir, juste après s'être fait sommer de rompre avec sa maîtresse, se faire happer et prendre la tête d'une chenille de petits vieux dans un banquet électoraliste est assez jubilatoire.
Mais cette performance ne suffit pas à sauver ce film d'un certain ennui, et la réalisation léchée ne réussit pas à dissimuler un aspect tout compte fait assez vieillot, celui des drames psychologiques à la française.
Cluny