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Dimanche 18 juin 2006

Film japonais de Tetsuya Nakashima

Titre original : Shimotsuma monogatari

Interprètes : Kyoko Fukada (Momoko), Anna Tsuchiya (Ichigo).

Durée : 1 h 42

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 7/10

En deux mots : La rencontre d'une lolita rococo et d'une bad girl motarde. 100% manga, plus japonais tu meurs !

Le réalisateur : Né en 1959 à Fukuoka, Tetsuya Nakashima est l'un des réalisateurs les plus connus du Japon pour ses nombreux films d'animation et films live. En 1988, il participe au tournage d'un film à sketchs, "Bakayaro : Watashi okkote masu".  Sa comédie adolescente "Beautiful Sunday" est primé au Festival de Toronto en 1998. Il a terminé son nouveau long métrage, "Memories of Matsuko" qui vient de sortir en salle au Japon

L'histoire : Momoko a 17 ans. Fille d'un ex-apprenti gangster raté et d'une reine de beauté condamnée aux éternelles places de dauphine, elle vit dans un trou au côté de sa grand-mère sénile. Solitaire et sans illusions sur ses congénères, elle consacre toute son énergie et tout son argent à ses vêtements, dans un style qu'elle qualifie de "Lolita rococo".

Pour financer ses tenues froufrouteuses, elle vend sur internet les anciennes contrefaçons Versace de son père, et fait ainsi la connaissance d'Ichigo, une motarde membre d'un gang de filles, les yankis. Tout les sépare : le style de vie, les goûts vestimentaires, le langage, le rapport à la violence. Pourtant, Ichigo s'incruste, peut-être parce que Momoko lui dit ses quatre vérités, et que finalement elles partagent la même peur de l'avenir.

Momoko révèle un talent de brodeuse qui attire l'attention de son styliste, pendant que Ichigo se débat avec les difficultés internes à son gang. Partageant les galères, elles finissent par prendre des risques extrêmes l'une pour l'autre.

La critique : Le cinéma est aussi une ouverture sur le monde. Depuis six mois que je tiens ce blog, j'ai parlé de films coréens, algériens, marocains, argentins, canadiens ou taïwanais. Là, on est loin de Ozu, Mizoguchi, Kurosawa ou même de Kitano, et pourtant, plus japonais que cet ovni, ce n'est pas possible.

Mélangeant dessin animé manga, faux documentaire, film historique (la description du style français rococo est hilarante), film de yakuza ou comédie à l'humour potache (on pense parfois à "Shaolin Soccer"), "Kamikaze Girls" a comme principe unifiant un mauvais goût revendiqué avec une jubilation contagieuse.

Construit sur un schéma narratif proche d'"Amélie Poulain", le film présente une architecture maline, faite de voix off, de flash backs, d'adresses directes de l'héroïne au spectateur ou de comique de répétition. Cette folie terriblement manga représente le principal intérêt du film, mais aussi sa limite. En effet, il est difficile de tenir la distance d'un long métrage avec cette seule originalité stylistique, et surtout en l'absence d'une histoire qui intéresse d'un bout à l'autre.

Et malheureusement, l'intrigue n'est visiblement qu'un prétexte : l'enjeu de savoir si Ichigo trouvera le brodeur mythique qui écrira sur sa tenue de kamikaze le compliment qu'elle veut rendre à sa chef ne nous passionne pas. Pire, la "morale" sous-jacente est bien neuneu, et en décalage avec l'audace formelle et la rebellion affirmée des personnages : l'amitié finit par triompher, et chacun doit vivre son propre destin...

Alors, il reste quand même un sentiment puissant d'exotisme, la description d'une société où l'anti-conformisme est pratiqué avec la même tenacité qui sert de moteur au modèle rejeté, et puis surtout la force du personnage de Momoko, incarnée avec une gravité débarassée de la pesanteur par Kyoko Fukada, aperçue dans "Ring 2" et "Dolls".

Film adolescent réalisé par un quadra, "Kamikaze Girls" est a voir comme on visite le palais du facteur Cheval ou comme on s'attarde devant un tableau du douanier Rousseau, plus charmé par l'hétérogénéité des éléments qui le composent que par l'ensemble obtenu.

Cluny

 

 

 

 
par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
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