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Samedi 10 juin 2006

Film franco-algérien de Rabah Ameur-Zaïmeche

Interprètes : Rabah Ameur-Zaïmeche (Kamel), Meriem Serbah (Louisa), Abel Jafri (Bouzid).

Durée : 1 h 42

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 6,5/10

En deux mots : Les destins croisés d'un Algérien expulsé de France et d'une femme chassée par son mari. Dans un style qui oscille entre le documentaire et Cassavetes, ce film un peu lent et elliptique a du mal à gommer la distance instauré par le style de la réalisation.

Le réalisateur : Né en Algérie en 1966, Rabah Ameur-Zaïmeche arrive en France en 1968, et grandit dans la cité des Bosquets de Montfermeil. Equipé d'une caméra DV, il réalise en 2001 avec quelques amis "Wesh, Wesh, qu'est-ce qui se passe ?", l'histoire de la difficile réinsertion d'un ancien délinquant.

L'histoire : A peine sorti de prison, Kamel "La France" est expulsé et se retrouve chez ses cousins, dans les montagnes du Nord-Est algérien. Au même moment, sa cousine Louisa trouve refuge avec son fils chez ses parents suite à une dispute avec son mari. Les villageois doivent organiser une milice pour contrôler les entrées du bled et repousser un groupe de jeunes islamistes.

Le mari de Louisa vient la rechercher, mais il la bat et l'abandonne en pleine campagne une fois qu'il a récupéré son fils. Revenue au village, elle se fait tabasser par son frère qui lui reproche la honte qu'elle jette sur leur famille. Kamel s'oppose à lui, et cherche à aider Louisa. Mais elle part à Loulouj pour retrouver son fils, se fait chasser par sa belle-famille, et finit dans un hôpital psychiatrique.

La critique : On retrouve Kamel, le héros de "Wesh, Wesh",  interprété par Rabah Ameur-Zaïmeche lui même. Comme dans le premier film, on ne sait pas grand chose de l'avant, ou ici de l'entre-deux films. Il a finalement été expulsé, et étranger en France, il se retrouve aussi étranger dans son village. D'ailleurs, lui parle le français (tout comme Louisa), alors que ses cousins et ses voisins parlent ce mélange d'arabe et de français, et quand il utilise une expression en verlan, on ne le comprend pas.

Peu après son arrivée, tout le village se retrouve pour une "zerda", le sacrifice d'un taureau sur la tombe d'un cheikh. La scène très crue où la bête est égorgée renvoie à celle qui suit peu après, où Bouzid, le cousin de Kamel, est attrapé par des islamistes qui lui reprochent d'avoir bu de l'alcool, et où ils mettent en scène son égorgement.

La violence est omniprésente, latente et imprévisible. Elle est masquée par une indolence et une étiquette qui s'impose à tous ; quand Louisa sort de la maison après avoir été tabassée par son mari puis par son frère et qu'elle erre dans la nuit, hagarde, sa cigarette à la main au milieu des hommes, il n'y en a pas un pour lui dire sa réprobation, tant elle est évidente pour tous.

Et ce mélange d'indolence et de flambée de violence se retrouve dans la façon de filmer. Utilisant une caméra numérique, le réalisateur reste souvent à distance de l'action, cadrant en plan large ou déambulant au milieu des personnages, avec une prise de son "godardienne", où les dialogues se perdent dans le brouhaha des conversations. Le montage prend l'aspect d'une suite de plans sans grand souci du raccord, et on a souvent l'impression de suivre un de ces documentaires contemporains, où le spectateur doit reconstituter tout seul le puzzle de ce qui est donné à voir.

Ce choix, ainsi que celui d'un rythme légèrement anesthésié évoquant par moment le "Gerry" de Gus Van Sant, maintiennent le spectateur en dehors de l'histoire, un peu comme Kamel dans ce pays qu'il ne reconnaît pas. Heureusement, le film décolle parfois, notamment quand Louisa arrive à l'hôpital psychiatrique. Chassée par son mari, chassée par sa famille, elle trouve enfin un lieu où elle est acceptée telle qu'elle est, et où une des patientes proclame que les fous sont dehors. Et quand elle chante Don’t explain, de Billie Holiday, les visages des spectateurs montrent l'apaisement auquel aspire l'Algérie d'aujourd'hui.

Cluny

 

par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
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