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Samedi 3 juin 2006

Film anglais de Lexi Alexander

Titre original : Green Street Hooligans

Interprètes : Elijah Wood (Matt), Charlie Hunnam (Pete), Claire Forlani (Shannon), Marc Warren (Steve), Leo Gregory (Bovver).

Durée : 1 h 55

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : 7/10

En deux mots : Un hobbit yankee au pays des hooligans anglais. Une description de ce milieu souvent juste et nerveuse, mais qui n'évite pas la complaisance.

La réalisatrice : Née à Manheim en Allemagne, Lexi Alexander a été championne du monde de karaté et de kick-boxing. Elle a réalisé trois courts métrages: "Pitcher Perfect", sur les difficultés d'un jeune prodige du baseball, "Foolproof" et "Johnny Flynton" sur la boxe, nommé à l'oscar 2003.

L'histoire : Injustement renvoyé de Harvard où il étudiait le journalisme, Matt atterrit un peu au hasard à Londres où vit sa soeur, juste le soir où le mari de celle-ci, Steve, a prévu une soirée romantique. Confié à Pete, le jeune frère de Steve, il se retrouve immergé dans un groupe de supporters de West Ham dont le leader se trouve être Pete. A l'issue du match, Matt, qui a été repéré par un groupe de hooligans adverses, est sauvé par Pete et sa bande et pour la première fois de sa vie, prend plaisir à la baston.

Malgré l'hostilité de Bovver, le lieutenant de Pete, qui n'accepte pas qu'un yankee intègre leur groupe, Matt est adopté par les membres du GSE, le club de hooligans qui cherche à établir sa domination sur les autres groupes. Il prend des coups, en distribue, et partage pintes de bières et chants guerriers avec ses nouveaux amis.

Jusqu'au jour où West Ham tombe au tirage au sort des quarts de finale de la Cup contre Millwall, l'ennemi héréditaire. Dix ans avant, le fils du chef des hooligans de cet autre club de la banlieue londonienne avait été tué dans un affrontement avec le GSE dirigé alors par le "Major", qui n'est autre que Steve...

La critique : Premier long métrage de Lexi Alexander, "Hooligans" présente déjà l'intérêt d'être un des rares films à aborder ce milieu des hooligans anglais, rendus célèbres en Europe depuis la tragédie du Heysel. Avec les yeux du yankee qui appelle le football "soccer", nous rentrons dans l'intimité de la bande, depuis son repère du pub "Abbey" jusqu'aux déplacements à Manchester. Loin d'être des lumpens, les membres du GSE sont profs, pilotes, traders en bourse, bref, à l'image de la société anglaise d'aujourd'hui, comme nous le montre la séquence où tous attendent sur leur lieu de travail le résultat du tirage au sort qui déterminera la localisation de leur prochain champ de bataille.

Dans la description de cette complicité arrosée de bière et de sang, la réalisatrice sait trouver des accents proches de Ken Loach, Peter Cattenao ("The Full Monty") ou Stephen Daldry ("Billy Elliott"). Chassé honteusement de sa fac et de son pays, depuis longtemps délaissé par un père grand reporter, Matt trouve la fraternité et le sentiment d'une appartenance conquise au prix du danger auprès de ses nouveaux compagnons, dont le chef peut à la fois laisser sa place à une femme dans le métro et traiter de "youpin" le leader d'un groupe adverse.

Lexi Alexander a fait appel à des "gueules" comme on en voit dans "My Name is Joe" ou "The Navigators", qui donnent une crédibilité à la description de cet univers schizophrène, où de bons pères de famille, des employés modèles ou de sympathiques pédagogues se transforment en brutes épaisses mus par des réactions tribales dignes des pires bandes de nos cités.

A la tête de ce "club", l'acteur anglais Charlie Hunnam est très convaincant, mélange de Brad Pitt et de Pacino, sachant distiller à la fois un charisme indéniable et une brutalité animale. Il illustre à lui seul la dualité inquiétante de ces hooligans qui refusent le qualificatif de "gang", mais se comportent avec la même bestialité que les bandes de "Gangs of New York".

Malheureusement, le scénario n'évite pas l'ornière des situations convenues, vues et revues depuis "West Side Story". Outre le traumatisme du père absent, on retrouve tous les ingrédients du mélo : la spirale de la vengeance, l'enchaînement fatal des événements, la trahison, le remord... Et c'est là que le film trouve ses limites : à vouloir filmer cet affrontement de petites frappes lobotomisés comme une tragédie antique ou un drame shakespearien, à vouloir parer ses héros des vertus de la droiture et de la fidélité, la réalisatrice n'évite pas une certaine forme de complaisance ; et quand de retour à New York, Matt se venge pacifiquement de celui qui l'avait laissé payer à sa place, c'est en chantant l'hymne du GSE qu'il disparaît dans la nuit de Manhattan, histoire de montrer que cette expérience en a fait un homme nouveau.

Et cette ambiguité se retrouve dans la façon de filmer les affrontements, avec une chorégraphie faite de ralentis et de saccades, qui à la fois ne cache rien de la violence des combats, tout en manifestant une fascination proche du plaisir masochiste des protagonistes à prendre les coups. Simple déformation d'une ancienne championne d'arts martiaux ou manque de discernement ? Laissons à ce premier film quand même intéressant le bénéfice du doute, et attendons de voir ce que nous proposera à l'avenir Lexi Alexander.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de juin 2006
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