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Mercredi 24 mai 2006

Film américain de Sofia Coppola

Interprètes :  Kirsten Dunst (Marie-Antoinette), Jason Schwartzman (Louis XVI), Steve Coogan (l’ambassadeur Mercy), Judy Davis (la comtesse de Noailles).


Durée : 2 h 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note :
7/10

En deux mots : Queen Suicide ou Lost in Versailles, Sofia Coppola poursuit sa réflexion sur la difficulté d'être une jeune femme au mauvais endroit. Parfois envoûtant, souvent ennuyeux.


Le réalisateur : Née en 1971 à New York, Sofia Coppola est la fille du réalisateur Francis Ford Coppola (qui est producteur de "Marie-Antoinette"), petite fille du compositeur Carmine Coppola, soeur du réalisateur Roman Coppola et accessoirement cousine de Nicolas Cage...

C'est âgée de huit jours qu'elle tourne son premier rôle, le bébé du baptême dans "Le Parrain". Actrice notamment chez son père et chez Georges Lucas, elle s'intéresse très vite à la réalisation. En 1999, elle tourne "Virgin Suicides", l'histoire de cinq soeurs (dont Kirsten Dunst) qui mettent fin à leurs jours plutôt que d'affronter la vie adulte. En 2003, elle obtient un grand succès avec "Lost in translation", l'histoire de la rencontre à Tokyo d'un acteur sur le retour et d'une jeune femme perdue dans la capitale nippone comme dans sa propre vie.

L'histoire : A quatorze ans, la princesse d'Autriche Marie-Antoinette est envoyée à Versailles pour sceller l'entente entre son pays et la France, et accessoirement pour épouser le Dauphin, petit-fils de Louis XV. Elle doit faire face à l'étiquette ridicule de la cour, aux intrigues de couloirs et d'alcoves, et à un mari plus intéressé par la chasse et la serrurerie que par les ébats avec sa jeune épouse.

D'abord ballotée entre les jeux de pouvoir de Versailles et l'angoisse de sa mère de ne pas la voir donner jour à un héritier qui scellerait l'alliance, Marie-Antoinette trouve ses marques quand son mari devient Louis XVI à la mort du vieux monarque. Débarassée de la menace par sa maternité, elle cherche à fuir l'étiquette compassée en s'installant au petit Trianon, en traversant une période Rousseauiste à la Ferme de la Reine et en multipliant les fêtes dispendieuses.

Elle trompe son ennui et son royal mari avec le comte de Fersen, sans se rendre compte que le peuple lui fait porter tous les maux de cet ancien régime finissant. Et quand après la prise de la Bastille, les princesses de sang et ses dames de compagnie partent se mettre à l'abri en exil, elle choisit de rester au côté de son époux, devenue enfin reine.

La critique : "Marie-Antoinette" commence avec un long voyage en calèche, celui qui conduit la jeune princesse jusqu'à Versailles, avec un passage à la frontière où elle doit se dépouiller de tout ce qui rappelle son pays natal, et donc son enfance. Violemment projetée dans l'âge adulte, elle court tout au long du film (qui balaie 19 ans de sa vie) après cette adolescence volée.

Il se termine par le début du voyage de 20 km en calèche, celui qui conduit le boulanger, la boulangère et le petit mitron jusqu'aux Tuileries, ramenés par le peuple de Paris (la populace, selon le scénario anglosaxon). Entre les deux, exceptée une virée nocturne dans un after masqué, toute l'histoire se déroule dans le huis-clos de Versailles, réplique de la maison familiale des Lisbon, ou de l'hôtel tokyoïte de Bob Harris et de Charlotte.

Une partie de la critique reproche à Sofia Coppola de s'être tapé l'incruste dans l'histoire de France et d'avoir posé un regard américain branché sur la fin du siècle des Lumières. Il y a bien quelques anachronismes (la cocarde tricolore du dauphin, presque vingt ans avant la prise de la Bastille, la fête masquée à l'Opéra-Garnier, presque un siècle avant sa construction), une place appuyée accordée à la guerre d'indépendance (les rares moments où Marie-Antoinette n'est pas à l'écran sont les conseils où le roi décide d'intervenir en Amérique). Le scénario a été écrit en se basant sur l'ouvrage de l'historienne anglaise Antonia Frazer, et certains clichés sont contestés par les historiens.

Mais la réécriture de l'histoire pour parler de préoccupations contemporaines est le propre de la création artistique, et personne ne reproche à Shakespeare d'avoir trituré l'histoire romaine pour écrire "Titus Andronicus". Alors certes, on a parfois l'impression de suivre une biographie de Diana, la popularité en moins.

Mais le propos de Sofia Coppola est visiblement autre, et ce qui l'a intéressée dans cette histoire, c'est comment peut réagir une adolescente confrontée à un monde aussi éloigné du cocon de son enfance perdue, intérêt dont on peut trouver l'origine dans la propre histoire de la fille du réalisateur d'"Apocalypse Now". Ca, la jeune réalisatrice sait le filmer avec son style déjà si reconnaissable : suppression des repères narratifs, cadre aérien alternant steadycam, travelings et plans fixes, montage syncopé, pulsation donnée par la musique (le classique pour l'étiquette, le pop-rock pour les escapades de l'Autrichienne).

Elle sait saisir l'étrange, caméra subjective même quand Kisten Dunst est dans le champ : les courtisans poudrés, échos des morts-vivants du cinéma fantastique (clin d'oeil à la présence d'Asia Argento en Du Barry ?), les fous-rires enfantins contenus de la princesse, la répétition comique des scènes du rituel de la cour, jusqu'à la présence subliminale de Converse dans la collection de chaussures digne d'Imelda Marcos.

Mais Sofia Coppola n'a pas su échapper à la contradiction des cinéastes amenés à filmer l'ennui sans plonger leurs spectateurs dans  ce même ennui. Que ce soit dans les pompes empesées ou dans la frénésie des fêtes versaillaises, ce qui nous est donné à voir avec une distance accrue par la musique et le rythme du montage est ce qui est donné à vivre à Marie-Antoinette, à savoir une répétition sans perspective et sans échappatoire, si ce n'est celle que connaît le spectateur.

Par moment enivrant, le film ne sort de sa langueur monotone (moi aussi, je peux pondre des anachronismes !) que par la fulgurance de certaines scènes où le talent de la princesse de la dynastie Coppola se rappelle au bon souvenir du cinéphile.

Cluny

par Cluny publié dans : critiques de mai 2006
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