Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film anglais de Michael Caton-Jones
Interprètes : John Hurt (Christopher), Hugh Dancy (Joe Connor), Claire-Hope Ashitey (Marie).
Durée : 1 h 54
Note : 7,5/10
En deux mots : L'histoire vraie de drame de 2000 réfugiés tutsis dans une école lors du génocide rwandais, confronté à la lâcheté des Européens.
Le réalisateur : Né en 1957, Michael Caton-Jones a débuté comme réalisateur pour la télévision britannique. Il tourne son premier film en 1988, "Scandal", déjà avec John Hurt. Appelé par Hollywood, il réalise "Memphis Belle" en 1990, "Doc Hollywood" en 1991, "Blessures secrètes" en 1993 qui révèle le jeune Leonardo Di Caprio, "Rob Roy" en 1995, "Le Chacal" en 1997 puis "Père et Flic" en 2002.
Preuve de son éclectisme, il a réalisé aussi cette année "Basic Instinct 2", dont la sortie est prévue le 29 mars.
La critique : Jeune professeur anglais, Joe Connor semble particulièrement à l'aise à l'Ecole Technique Officielle de Kigali, dirigée par le père Christopher. Il s'est notamment attaché à Marie, une élève qu'il entraîne en athlétisme.
En ce jour d'avril 1994, tout semble calme, malgré des va-et-vients étranges, comme ceux de ces hommes encravatés qui viennent dresser la liste de tous les habitants tutsis du quartier. Le soir du 6, alors qu'il regarde le match Nigeria-Côte d'Ivoire avec les casques bleus belges cantonnés dans l'école, il entend des explosions. Les soldats de l'O.N.U. se mettent en position, et dans la nuit, plusieurs centaines de Tutsis affluent vers l'école, pour fuir les milices hutus qui les massacrent à coups de machettes.
Bientôt cernés par les sinistres miliciens, les réfugiés qui ont été rejoints par une quarantaine d'Européens s'organisent, tout en sentant que la protection des casques bleus ne sera pas éternelle, vu les limites et l'ambiguité de leur mandat.
Contrairement à "Hôtel Rwanda", Michael Caton-Jones a choisi de se placer du point de vue des Européens, et particulièrement de trois hommes emblématiques : Joe Connor, plein de fougue et de révolte, le père Christopher, vieux routier de l'Afrique, et le capitaine belge, qui avoue combien il est fier que ses grands-parents aient sauvé de juifs pendant la guerre.
Le réalisateur a notamment adopté le parti pris de faire découvrir l'horreur au spectaeur au même rythme crescendo que celui de Joe : d'abord des témoignages entrecoupés de sanglots, puis des rues désertées, le bourdonnement des mouches, quelques corps gisant au loin, jusqu'au charnier final.
"Shooting Dogs" fait référence au seul moment de révolte du père Christopher, quand après avoir découvert les cadavres de soeurs violées et assassinées, celui-ci demande au capitaine Delon si les chiens qui dévorent les cadavres à la sortie de l'école et sur lesquels il s'apprête à faire tirer "pour des raisons sanitaires", lui ont préalablement tiré dessus, puisque le mandat de l'O.N.U. ne leur permet de faire usage de leurs armes qu'en cas de légitime défense.
Spectateurs français, ne vous réjouissez pas de voir que le sale rôle des casques bleus est occupé par les Belges : quand les légionnaires français arrivent sous les applaudissements des réfugiés, ils ne viennent chercher que les Français. Puis après une rapide négociation, ils condescendent à embarquer les autres blancs.
Ce film a été coproduit par la B.B.C. et arte, et il évoque dans son réalisme et le choix de focaliser les cas de conscience sur quelques personnages, un autre film sur un autre fiasco de l'O.N.U. : "Warriors", de Peter Kosminsky, sur les blue helmets britanniques en Bosnie. Même impuissance, même absurdité d'un mandat qui ne permet que d'être témoin de l'horreur.
Une journaliste de la B.B.C. que Joe est allé chercher, persuadé que "là où est la télévision, rien ne peut arriver", lui avoue qu'en Bosnie, quand elle voyait le cadavre d'une femme, elle pleurait parce qu'elle se disait que cette femme pourrait être sa mère, alors que là, ce ne sont que des Africains, et qu'elle a honte de ne pas pleurer. Quant au bouclier de la télé, il ne durera pas, puisque l'équipe partira dans les fourgons de la Légion...
Parce qu'on sait qu'il rapporte des faits véridiques, qu'il a été tourné sur les lieux avec des rares survivants du massacre, et parce qu'il est réalisé trés efficacement (plans fixes sur les moments de répit, steadycam quand un événement survient) "Shooting Dogs" est un film très émouvant, qui laisse un sentiment d'impuissance et de colère mêlées.
Ma seule réticence réside hélas dans un constat pessimiste : ceux qui vont voir ce film en connaissent déjà l'histoire (j'en suis, et le sentiment de déjà vu est d'autant plus désespérant), et ceux qui auraient besoin de la découvrir n'iront certainement pas le voir.
Cluny
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