Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Note : 8/10
En deux mots : Au travers d’un opéra romantique enfiévré, Terrence Malick revisite le mythe du bon sauvage. L’œuvre d’un grand cinéaste.
Le réalisateur : Né en 1943, Terrence Malick qui signe là seulement son quatrième film est déjà un mythe, à l’image d’un Kubrick ou d’un Salinger. Il réalise en 1974 «La Balade sauvage», qui révèle Martin Sheen et Sissy Spacek, puis en 1978 «Les Moissons du Ciel». Il faudra attendre vingt ans pour son troisième film «La Ligne rouge», d’après le roman de James Jones.
La critique : En Virginie, au début du XVII° siècle, trois vaisseaux anglais remontent la rivière, comme dans «Apocalypse Now». Mais eux ne s’enfoncent pas au cœur des ténèbres. Non, la noirceur, ce sont ces colons en armes qui l’amènent sur ce continent vierge. Pour preuve, le premier acte qu’ils s’apprêtent à commettre à peine débarqués, s’est de pendre le capitaine Smith en punition de son insubordination.
Il passe quelques mois dans le camp, le temps de découvrir que la jalousie, la haine ou la rancœur sont inconnues de ce peuple. Le temps aussi de tomber amoureux de la jeune princesse. Libéré à condition de partir au printemps, il prend le commandement de la colonie à la dérive, et trahit sa promesse…
Terrence Malick a construit son film comme un opéra. D’abord, en accordant une place importante à la musique (Mozart, Wagner, James Horner) pour ponctuer les plans magnifiant les paysages de la Virginie aux différentes saisons.
Pour cela, il utilise une caméra mobile, avec de curieux raccords entre deux plans quasi-identiques, qui créent ce sentiment d’étrangeté, et beaucoup de plans larges pour replacer l’homme à son échelle.
Et puis, parfois, le rythme s’accélère, un plan, une phrase suffisent à annoncer une ellipse de plusieurs mois. Un montage cut, qui fait débuter une scène par un panoramique déjà en mouvement accentue cette élasticité du temps, comme si les actions des hommes avaient moins d’importance que leurs émotions ou leurs sentiments.
Constante chez Malick, les voix-off des personnages, dont on ne sait si elles indiquent des flash-backs ou juste leur pensée de l’instant, ponctuent le récit et accentuent la dimension poétique.
Le personnage principal, c’est Pocahontas. D’ailleurs, quand Smith l’abandonne pour chercher de nouveaux passages vers les Indes, on reste avec elle, témoins de son chagrin, puis de sa rencontre avec John Rolfe, et enfin de son voyage en Angleterre où elle est traitée comme une princesse, et reçue par le roi dans une scène époustouflante. Malick a eu l’intelligence de confier ce rôle à une débutante de 15 ans, l’âge de Pocahontas au moment de sa rencontre avec Smith.
Certains spectateurs peuvent trouver que le film est long. Mais pour ceux qui se laissent prendre par le torrent d'émotions visuelles, auditives et sensibles (et j'en suis), la fin du film nous laisse déjà nostalgique, comme réveillé d'un rêve définitivement perdu, à l'image de la princesse, et sans doute à celle de son céateur.
Cluny
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