Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Stephen Gaghan
Interprètes : George Clooney (Bob Barnes), Matt Damon (Bryan), Alexander Siddig (le prince Nasir), Jeffrey Wright (Bennett), Chris Cooper (Pope), Amanda Peet (Julie)..
Durée : 2 h 06

Note : 6/10
En deux mots : Film puzzle sur les manœuvres des groupes pétroliers et de la C.I.A. au Moyen-Orient. Malgré un propos intéressant, le parti pris narratif de déstructuration du récit rend tout cela bien indigeste.
Le réalisateur : Né en 1965, Stephen Gaghan a d’abord été scénariste pour la télévision («NYPD Blue», «The Practice». Puis il a écrit les scénarios de «L’Enfer du Devoir», et surtout de «Traffic».
Il passe à la réalisation en 2002 avec «Abandon», un thriller psychologique.
La critique : Bob Barnes, vétéran de la C.I.A., s’en veut de la disparition d’un missile qu’il avait remis à Téhéran à des opposants aux mollahs. Bryan, expert d’une société suisse, perd son fils accidentellement au cours d’une fête donnée par un émir ; le fils de celui-ci l’engage alors comme conseiller. L’avocat Bennet est recruté pour prévenir les accusations qui risquent de pleuvoir sur le trust pétrolier Connex après sa fusion avec un concurrent. Le Prince Nasir défend un programme libéral, ce qui n’est pas du goût de la C.I.A., qui préfère la stabilité dans le Golfe. Barnes part à Beyrouth, où il se fait piéger par un agent double…
Comme j’aurais aimé faire une bonne critique de ce film ! Ne serait-ce que pour rendre grâce à Steven Soderbergh et à George Clooney de leur courageux travail de production, et pour soutenir cet autre cinéma américain qui aborde sans complaisance le rôle des Etats-Unis dans la géopolitique contemporaine, comme dans "Lord of War" ou "The Constant Gardener", pour ne citer que les plus récents.
Malheureusement, on s’ennuie ferme. Stephen Gaghan a décidé d’utiliser le même procédé narratif que dans «Traffic», à savoir raconter plusieurs actions parallèles en présentant de courtes séquences sans cohérence apparente. Il s’agit de pièces d’un puzzle, et le spectateur doit comprendre le sens de chaque pièce au fur et à mesure que se dessine l’image globale. Mais il y a fort à parier que d’ici-là, il aura décroché, et se soit concentré sur le nombre de ressorts de son siège.
La construction labyrinthique peut donner de la force à une histoire, en aidant à créer une ambiance de mystère, comme dans «Pulp Fiction» ou «21 grams». Mais là, la complexité est déjà dans l’histoire racontée, et plus qu’une afféterie, le procédé narratif devient un obstacle.
Alors, il y a bien quelques accélérations dans la deuxième moitié du film (avec notamment une scène de torture particulièrement réaliste, avis aux âmes sensibles) ; George Clooney est excellent dans son personnage empâté, à la limite de l’hébétude ; Matt Damon promène sa nonchalance ironique dans ce jeu d’ombres et de lumière, mais cela ne suffit pas à sauver le film de l’ennui.
En 1942, quand il s’envolait vers la Syrie, le général De Gaulle a dit : «Vers l’Orient compliqué, je me rends avec des idées simples.» Dommage que Stephen Gaghan ne se soit pas approprié cette intention !
Cluny