Les critiques clunysiennes
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Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film français de Danièle Thompson
Interprètes : Cécile de France (Jessica), Valérie Lemercier (Catherine Versen), Albert Dupontel (Jean-François Lefort), Claude Brasseur (Jacques
Grumberg), Christopher Thompson (Frédéric Grumberg), Dani (Claudie), Sydney Pollack (Sobinsky), Laura Morante (Valentine)
Durée : 1 h 46

Note : 7,5/10
En deux mots : Comédie « à la française » enlevée, avec une unité de lieu et de temps judicieusement choisie, ce film n’échappe pas parfois à un excès de bons sentiments ; mais
ça ne fait pas de mal !
La Réalisatrice : Née en 1942, Danièle Thompson est la fille de Gérard Oury et de de l'actrice Jacqueline Roman. Longtemps scénariste de son père pour ses plus grands succès, de
«La Grande Vadrouille» à «Vanille Fraise», elle a aussi écrit pour d’autres, notamment Chéreau («La Reine Margot») ou Pinoteau («La Boum 1 et 2»). En
1999 elle passe à la réalisation avec «La Bûche», puis «Décalage horaire» en 2002.
La critique : Jessica est une «brave» fille de Mâcon, petite-fille aimante de sa mamie un peu gâteuse (Suzanne Flon dans son dernier rôle) qui rabâche dans sa maison de
retraite les souvenirs de sa vie de petite main du monde du luxe parisien.
Au culot, Jessica se fait embaucher dans le VIII° arrondissement comme extra au Bar des Théâtres, en face d’une salle de concert où Jean-François Lefort doit donner un concert, d’un théâtre où
Catherine Versen prépare la première de «Ne t’promène donc pas toute nue» et d’une salle des ventes ou Jacques Grumberg s’apprête à vendre la collection d’art de toute sa vie, et tout ça
le même soir à la même heure.
Candide au milieu de ce que Frédéric Grumberg dit ne pas être un quartier, Jessica va servir de révélateur et de lien entre tous ces personnages en crise. Lefort n’en peut plus de donner
des récitals devant un public privilégié, rêve de jouer dans les hôpitaux et les prisons, et met en danger son couple avec Valentine qui lui sert d’agent.
Lemercier triomphe à la télévision dans un soap, s’embrouille avec le metteur en scène de la pièce qui n’est autre que son ex ayant en plus choisi leur fille comme assistante, et rêve de tourner
avec Sobinski le rôle de Simone de Beauvoir.
Grumnerg quant à lui, refait sa vie avec un mannequin de quarante ans sa cadette, se dispute avec son fils universitaire mais cache aux deux son cancer.
A cela s’ajoute d’autres personnages : le tenancier du café, perpétuellement sur les nerfs, et la concierge de la salle de concert, ancienne de l’Olympia qui s’apprête à partir à la retraite.
La mode est aux films chorals. Depuis «Short Cut», le cinéma, et particulièrement le cinéma français, aime à filmer ces histoires qui s’entrechoquent au rythme de ces personnages qui
s’entrecroisent. Dans le genre, «Fauteuils d’orchestre» est plutôt réussi, grâce au choix de cette unité de lieu entre ces trois salles publiques et le café qui leur sert de base
arrière.
Les personnages sont assez convenus et prévisibles (le virtuose forcément en plein doute, la comédienne de boulevard qui aspire au cinéma scorsesien, le veuf inconsolable qui se console comme il
peut) ; mais la place accordée à Jessica, Bécassine futée qui aide ces personnages à tomber les masques est une idée qui fonctionne bien, et chacun des acteurs donne de la consistance à son
personnage (avec peut-être une mention spéciale à Dupontel et à Dani).
La réalisation est portée par la structure de l’histoire, avec un montage parallèle entre les trois actions simultanées. Certes, il n’y a pas de plans à faire pâmer un étudiant de la FEMIS, mais
de bons vieux plans avec une bonne caméra posée sur pied ou sur dolly et non portée à l’épaule par un cadreur parkinsonien, ça fait du bien de temps en temps.
Quant aux happy ends multiples, d’autant plus artificiels qu’ils s’enchaînent miraculeusement, ils font partie de la loi du genre, et doivent être indispensables au large public visé par ce film.
Mais ne boudons pas notre plaisir : on n’est pas non plus condamné à aborder le sida et la torture tous les samedis soir !
Cluny
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