Les critiques clunysiennes
.....
Amateur de cinéma depuis plus de trente ans, je vais en moyenne deux fois par semaine dans les salles obscures. Je vous propose depuis décembre 2005 mes critiques
clunysiennes sur ce blog. Comme toutes critiques, elles sont subjectives, et elles mêmes susceptibles d’être critiquées. Contrairement aux critiques professionnels, n’étant pas masochiste, je ne
vais voir que des films que je pense aimer. M'étant frotté moi-même à la réalisation, je sais que ce chaque film représente d'investissements et d'espoirs individuels et collectifs, et je prends
plus de plaisir à encenser un film qu'à le descendre.
Film américain de Steven Spielberg
Interprètes : Eric Bana (Avner), Mathieu Kassovitz (Robert), Ciarán Hinds (Carl), Daniel Craig (Steve), Geoffrey Rush (Ephraim), Hanns
Zischler (Hans), Mathieu Amalric (Louis), Michael Lonsdale (Papa)
Durée : 2 h 35
Note : 7,5/10
En deux mots : La liste d’Avner…
Après la prise d’otage sanglante de Munich, un commando du Mossad traque pour les éliminer les Palestiniens qui ont commandité l’opération. Assassiner des assassins, est-ce se mettre au même
niveau qu’eux, s’interroge Spielberg.
Naïf, démonstratif, américain. Mais quand même passionnant.
Le Réalisateur : Né en 1946 à Cincinnati, Steven Spielberg réalise en 1971 un premier téléfilm remarqué, «Duel». Son premier long-métrage de cinéma, «Sugarland
Express» sort en 1974, un an avant son premier succès, «Les Dents de la Mer».
Grâce à ses premiers gains, il monte sa société de production, Dreamworks, et enchaîne les succès planétaires : «Rencontre du troisième type» (1978), «E.T.» (1982), la trilogie
«Indiana Jones», «Jurassic Park» (1993), «La liste de Schindler» (1993), «Il faut sauver le soldat Ryan» (1998), «A.I.» (2001), «Minority
Report» (2002).
La critique : En 1972, durant les Jeux Olympiques de Munich, un commando palestinien de Septembre Noir prend en otages onze athlètes israéliens. Très mal gérée par les Allemands,
la crise se solde par le massacre des otages. Des Juifs tués en terre allemande, la nouvelle crée une émotion considérable en Israël.
Le premier ministre, Golda Meir, décide alors de former un commando de cinq hommes qui aura comme mission de retrouver et d’exécuter en Europe les onze Palestiniens jugés responsables de la prise
d’otage. Avner est désigné pour diriger l’opération. Ses hommes et lui doivent abandonner patrie et famille, et peuvent compter sur un financement inépuisable pour mener à bien leur mission.
Pour retrouver les cibles, Avner doit composer avec différents informateurs, dans un milieu où tout s’achète, et où tout le monde renseigne tout le monde. Chaque exécution s’avère plus compliquée
que prévue (le retour d’une petite fille, une charge explosive trop puissante, la présence d’agents russes ou américains). Mais surtout, le doute s’installe sur la légitimité de faire appel aux
mêmes moyens que ceux utilisés par l’ennemi.
Pourtant, ils continuent, de Rome à Beyrouth, de Paris à Londres. Jusqu’au jour où de chasseurs, ils s’aperçoivent qu’ils sont à leur tour devenus des proies…
Steven Spielberg tourne beaucoup, sans doute trop. A côté de véritables réussites («La liste de Schindler», «Minority Report»), il commet des films plus anodins
(«A.I.», «Terminal»), voir carrément ridicules («La Guerre des mondes»).
«Munich» commence par le début de la prise d’otage, vu du point de vue des Palestiniens. Puis une savante imbrication d’images d’archives et de reconstitutions nous déroule la crise en
accéléré. Car le film commence réellement à Tel-Aviv, quand Golda Meir convoque Avner pour lui proposer la mission.
Pourtant, les différentes scènes de Munich viennent ponctuer tout le film sous forme de flash-backs, histoire de redonner du sens à une opération qui s’embourbe dans le quotidien de la mise à
mort, et pour Spielberg, de répondre d’avance à la critique israélienne d’accorder trop de poids au point de vue arabe. Jusqu’à la scène finale, très décriée, où le montage montre en parallèle
Avner faisant l’amour et l’exécution des athlètes, Eros et Thanatos résumé par Hollywood.
Dans son interview à Télérama, Spielberg déclare «En tant que Juif, j'ai été élevé dans l'idée que la plus grande forme du Bien, selon le Talmud, c'est de soulever des questions.» La
question de la légitimité de la vengeance, bien sûr. En nous montrant leur première victime, traducteur des Mille et une Nuits en italien, qui explique dans une conférence «Je
m'intéresse au lien entre la narration et la survie» (le propos de Spielberg à travers de nombreux films…), il nous présente d’emblée les cibles comme des êtres humains, avec des richesses
insoupçonnées. Et le deuxième est un bon père de famille, soucieux de l’éducation de sa fille…
Quand la bombe qu’ils ont placée sous le lit de l’une de leurs victimes ravage tout un étage de l’hôtel, faisant des victimes innocentes, Spielberg ne pose-t-il pas aussi la question du mythe des
frappes chirurgicales ? Et comment interpréter le dernier plan du film, à New York où Avner refuse de revenir en Israël, avec les tours du World Trade Center en arrière plan, comme une amorce de
la guerre de revanche à venir ?
Alors certes, comme souvent, Spielberg use et abuse de certains effets narratifs (la fausse piste) ou esthétiques (les ralentis, les images Davidhamiltonniennes…), avec une représentation de
l’Europe qui empeste l’album de clichés (le marché sur le Pont de l’Alma, la place Montmartre, la terrasse de trattoria à Rome, Londres sous la pluie…).
Mais la sincérité de son interrogation porte le film, et son indéniable maîtrise technique en fait une œuvre somme toute attachante.
Cluny
Addenda :
Aucun commentaire pour cet article